Chapitre 1 : premier péril
On toooombe, on tombe pas. On toooombe, on tombe pas...
Mais qui a eu l'idée de nous percher si haut ? Les noirs risquent de tomber vers l'inconnu, tandis que les blancs en profitent pour les aider, réclamant une énorme rançon en échange. La tour noire de gauche est affolée : les traîtres blancs les dévalisent ! Quant à la tour noire de droite, l'autre banquière, elle est bien trop occupée : son dessous est tellement glissant qu'elle dérape de l'armée noire à l'armée blanche... Soudain, les trois pions guetteurs crient d'une même voix nasillarde :
-Aleeeerte !
Alors, tout le monde se tait. Les noirs en équilibre sur les dalles et les blancs arrêtés en plein éclat de rire narquois. Ils regardent tous les guetteurs avec un regard incompréhensif.
-Aleeeerte! Voilà le monstre veluuu!
Certains lèvent la tête pour voir le chat, d'autres ne préfèrent pas. Mais la réaction est la même pour tout le monde. L'échiquier est encore plus chaotique que la seconde d'avant! Blancs, noirs, tous se mélangent, s'emmêlent et se démêlent, crient, hurlent, se cachent les uns derrière les autres. Dans ce fouillis hystérique, on remarque huit personnages : la reine noire, qui regarde sottement la scène avec ses grands yeux, le roi noir qui court d'un bout à l'autre de l'échiquier, la reine blanche hurlante et excitée comme une puce, son mari qui essaye de se cacher derrière un pion évanoui. Les quatre autres sont les cavaliers qui se forcent à faire bonne figure :
-Hardi, les gars ! Celui qui tue l'immonde beste gagnera l'Avantage des Quatre Banques !
L'Avantage des Quatre Banques, c'était un privilège qui consiste à entrer dans chaque banque (la banque blanche gauche, la banque blanche droite, la banque noire gauche et la banque noire droite), dire bonjour à tout le monde (au banquier, s'il est là) et s'en aller. Ca ne sert à rien, ça ne rapporte rien, mais cet échiquier est loufoque, alors ne cherchez pas à comprendre. Mais reprenons le fil de l'histoire.
Les quatre cavaliers chargent déjà le gros matou. Celui-ci les regarde, toutes griffes dehors. Et splatch ! un cavalier blanc au sol ! 1...2...3...4...5...6...7...8...9 ! Out ! Le pauvre cavalier est tout déformé dans les machoires du chat, hurlant et gesticulant d'agonie. Les trois autres se replient, pour ne pas dire qu'ils fuient.
-Sauve qui peeeeut !
Inutile de dire que c'est la re-re-alerte générale. Si les cavaliers ne le peuvent pas, qui les sauvera de > ? C'est là qu'un fou hurle, plus fort encore qu'avant. Et il a raison : pour mieux maîtriser le cavalier mourant, le chat fait un grand geste de la patte arrière, et précipite l'échiquier dans le vide !


