Elle retint son souffle. Ses mains, fébriles, se posèrent d'elles-mêmes au-dessus du clavier, à quelques centimètres des touches.
Il fallait que ce soit parfait. Telle était sa voie, toujours, toujours viser la perfection. Cela restait impossible, elle le savait. Mais elle ne se contentait que de suivre le chemin qu'on lui avait déjà tracé.
Un détail sembla la contrarier. Peut-être un pli de sa robe qui la gênait et qu'elle se dépêcha de lisser avant de replacer d'un geste assuré ses mains. Peut-être le regard insistant qu'il avait, des premiers rangs du public mais qu'elle ignorait ostensiblement. Quelques années plus tôt elle n'y serait pas arrivée. Rester ainsi sereine malgré sa présence n'était due qu'à son expérience, lui semblait-elle.
Elle se lança alors. Le flot de notes qui jaillirent du piano laqué s'écoulait harmonieusement, tissant une mélodie complexe à laquelle personne ne pouvait se détourner. Entièrement dévouée, elle parcourait le clavier aisément, vivant chaque instant plus profondément que quiconque présent dans la salle de concert, se délectant des subtiles modulations, accentuant parfois certaines altérations, adoucissant d'autres.
Peu à peu, ses sentiments se firent entendre par l'intermédiaire de la nocturne.
Elle aurait voulu pleurer. Elle voulait fuir, mais aussi se précipiter dans ses bras.
Elle se sentait idiote, comme avant, comme le jour où elle était tombée amoureuse de lui, lors d'un concert bien différent de celui-ci.



Très beau début! Merci HOPE!