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Et après...

Psychologie · 11 chapitres · 7 plumes · écrite du 21 décembre 2005 au 25 octobre 2007 · 612 lectures à l'époque

Ligne de conduite

Personne ne sait ce qui se passe après... moi non plus...

Evertkhorus 21 décembre 2005 · 1

J'arrive au crépuscule de ma vie... déjà ou enfin... je ne sais pas trop.
Ma petite fille joue du piano tout près de moi et je ne peux que l'écouter. Il y a bien longtemps que mes yeux ne voient plus, il y a bien longtemps que je suis dans le noir. Je l'imagine se concentrant férocement pour interpréter Mozart d'une manière parfaite, tirant un peu la langue, et le front plissé, ramenant souvent en arrière ses longs cheveux blonds qui lui tombent devant les yeux.
Je ne vois déjà plus et bientôt je ne pourrai plus imaginer cette vision, oublié dans un cercueil, là-bas au fond d'un sinistre cimetière.

Eleinad 21 décembre 2005 · 2

Pourquoi joue-t-elle toujours du Mozart?
J'aimerais bien du jazz. Ray Charles, par exemple. Lui aussi était aveugle mais portait sur scène des chaussures rouges.
Ah! J'aimerais bien avoir des chaussures rouges mais ma femme ne voudra jamais. Elle est tellement raisonnable. "Une véritable sainte, dit toute la famille".
Je préférerais qu'elle soit moins parfaite, elle m'horripile
particulièrement aux moments des fêtes.
Avec cette voix trop douce pour être naturelle, elle s'enquiert de mes souhaits.
Je n'en ai qu'un, qu'on me laisse en paix. Je pourrais le dire de façon plus brutale , "qu'on me fiche la paix". Mais, je suis trop las.
Je me réjouis quand même à l'idée qu'une chose lui a échappée: la rédaction de mes dernières volontés.
Un jour que Jérôme, mon ami et néanmoins notaire est passé me dire bonsoir, comme il le fait souvent.
Ma femme, Sophie, puisqu'il faut l'appeler ainsi, était absente. Gym aquatique pour se maintenir en forme!
Jérôme est revenu un autre soir avec Phil, son clerc.
Il a bien voulu écrire sous ma dictée pendant Phil me filmait, en train de dicter.
" Pour mon enterrement
je ne veux pas comme
Paul Eluard
d'un enterrement en noir.
Je veux d'un enterrement
en rouge.
Comme musique
du jazz, du reggae.
Surtout pas de Mozart.
Pas d'église.
Une procession à pied vers le cimetière.
Des tonneaux de bière et
de vin de Bordeaux
en perce.
Que tous boivent
et se réjouissent."
Et puis tout le reste: l'incinération, la dispersion de mes cendres dans la Baie des Trépassés. Comme ça, elle n'aura pas de tombe où se recueillir ostensiblement, pas de chrysanthèmes à la Toussaint.
Et oui, car c'est à cause d'elle que je suis aveugle.

Alchimiste8817 28 décembre 2005 · 3

Enfin presque, elle a une part de responsabilité dans cet accident, elle se mêlait de tout. Je ne veux pas y revenir parce que cela me dérange beaucoup et me met dans tous mes états. Sa présence m'étouffait.......
- Papa,....PaPPPPPPPPPPPa !
- Oui, ma chérie tu es formidable
- Qu'est-ce que tu as ?
- Non ! Rien mon trésor, continue je t'écoute.....

Domicado 29 décembre 2005 · 4

Clarisse, ma seule petite fille, me rappelle à la vie. Sa présence apaise mes rancoeurs, adoucit mes vieilles douleurs. Fille de ma fille unique, née un an avant l'accident, j'ai pu voir ses yeux bleus acier me dévisager et m'interroger quand je la tenais dans mes bras et que je lui faisais découvrir la nature. Elle ne parlait pas encore quand j'ai perdu la vue. La complicité qui nous unit m'aide à me maintenir en vie. J'ai envie de lui transmettre la beauté de la vie.
- Recommence, Clarisse encore une fois. J'aime ce morceau. Après nous jouerons un petit morceau à quatre mains, tu veux ?
- Oh, oui pappy !
- A table ! vous jouerez demain. Tout est prêt, impose Bernadette, sa femme d'une voix stridente.
- Non, pas question. Nous jouerons d'abord et dînerons ensuite, que tu sois satisfaite ou non.
-Mais...
- Ce soir je décide ! J'en ai assez de cette dictature.

Kenat 3 janvier 2006 · 5

Il y avait longtemps, fort longtemps que je n'avais pas tenu tête à cette femme qui était mienne depuis, me semblait-il, une éternité déjà. En homme doux et docile que j'étais, j'avais appris avant même notre mariage à acquiescer à chacune de ses demandes... chacun de ses ordres devrais-je dire. Mais la récente rédaction de mon testament m'avait permis de m'ouvrir les yeux... malgré la noirceur qui toujours y régnerait. Ça m'avait frappé comme un coup de poignard en plein coeur: à l'aube de mes 70 ans, il était plus que temps que je prenne ma place, que je sois. Dorénavant peu m'importeront les sautes d'humeur de Bernadette et sa légendaire bouderie, je vivrai à ma guise avant que la mort ne vienne sournoisement s'emparer de mon corps. Il le faut, pour que je demeure sain d'esprit, pour sauver mon âme...
Et j'ai joué au piano avec ma petite fille malgré le l'incroyable fracas que faisait ma femme avec ses casseroles, offusquée qu'elle était de mon entêtement peu coutumier.

Alchimiste8817 3 janvier 2006 · 6

Au début de notre rencontre j'étais très épris d'elle, d'ailleurs je n'ai jamais cessé de l'aimer, mais ma vision des choses a changé. A cette époque je la trouvais spontanée, timide, fragile douce en un mot elle était très ‘‘fée'' line et très ‘‘fée''minine. J'étais, heureux et fier qu'elle soit mienne. Oui heureux, pensant dans mon for intérieur qu'elle m'était supérieure, j'étais convaincu qu'elle méritait mieux,
Ignorant que lorsqu'on se sent inférieur à quelqu'un, on ne se rend pas compte de notre bêtise car c'est par notre regard envers nous-même qu'on se laisse piétiner, qu'on se fait piéger.
Jamais je n'ai pu formuler clairement un vrai OUI ou un vrai NON. Toutes mes réponses essayaient de lui faire plaisir, de la satisfaire. Je n'osais même pas un « oui mais ».
J'ai fini par apprendre à lire dans ses pensées, dans son regard et à dire ce que je ne pensais pas.
Avec le temps, et sans m'en rendre compte, j'ai tué mes désirs et l'usage de mes sens. Je laissais tout de coté ; mes idées, mes ambitions et mes capacités en espérant y revenir un jour. Mon talent d'artiste-peintre, en quelques mois, était vite archivé. J'avais fini par oublier cette bouffée d'oxygène que j'avais.
J'avais pris l'habitude de ne rien décider mais juste accepter.
« L'habitude » était ma mauvaise compagne et le « laisser-aller » le pire de mes ennemis.
Seule la musique m'était d'un vrai secours. La raison: ma future et chère veuve ne s'y intéressait pas et ne voyait aucune une objection à ce que je joue...

Alchimiste8817 4 janvier 2006 · 7

A vrai dire je ne sais plus si j'aimais la musique ou non, mais qu'importe, puisqu'elle est un refuge pour moi cela veut dire que j'aime bien....
A l'avenir,je vais faire plus d'effort et retrouver.... d'abord ma dignité .
Vous pensez, peut être que c'est trop tard, qu'il ne me reste plus beaucoup de temps pour y remédier. Non, ce n'est pas mon avis et ne pensez pas que je vais me venger, ou même la contredire dans sa conduite. Non je veux seulement vivre ma vie comme je l'entends, vers une paix intérieure- .....

Kenat 16 janvier 2006 · 8

Clarisse me rappella à l'ordre, dissipant mes pensées.
-Papy, tu es encore dans la lune!
-Excuse-moi ma puce, je réfléchissais à quelque chose d'important.
-Mais Mamy veut qu'on aille manger "tout de suite" qu'elle dit!
-Si c'est ce que ta mamy veut, eh bien, c'est ce que nous ferons. De toute façon je crois bien avoir une faim de loup... et je vais te dévorer si tu ne cours pas vite à la cuisine.
Je m'enquis de chatouiller Clarisse qui riait aux éclats tout en tentant de s'enfuir. Après quelques secondes, je la laissais enfin partir, faisant mine de vouloir l'attraper et elle se remit à rire de plus belle. La petite savait bien que je n'aurais pas pu la suivre rapidement même si je l'avais voulu. Mon âge avancé ainsi que la noirceur dont mes yeux sont prisonniers m'empêchent malheureusement de faire une foule de choses dont j'aurais bien envie. Comme courir avec ma petite fille entre autre. Seigneur qu'elle est rafraîchissante cette enfant! Sa douce innocence met un baume sur mes trop nombreuses plaies. Son amour inconditionnel remplit les vides que la vie a laissés dans mon coeur.
-Mon Dieu, faites qu'elle conserve ses si nombreuses qualités durant toute sa vie. Et surtout, faites qu'elle ne se mette pas à ressembler à sa grand-mère en vieillissant, ai-je prié en souriant sournoisement, me dirigeant lentement vers la cuisine.

Eleinad 15 février 2006 · 9

Il n'y pas de raison qu'elle lui ressemble, puisque ma fille, Clara, n'a aucun lien biologique avec Bernadette.
Personne ne le sait, mais Bernadette est stérile. Un grand malheur pour elle. Pour moi, ce fut moins grave, car Clara est ma fille biologique.
Sa mère fut une aventure d'un soir. Elle ne voulait pas de cet enfant; nous en voulions un.
Bernadette mena rondement la transaction, sans savoir que j'étais le père de "cette pauvre fille séduite et abandonnée".
Nous déménageâmes juste après la naissance de Clara. Nous n'avions ni famille, ni amis: la guerre avait fait son oeuvre jusqu'au bout!
Bernadette adore Clara et Clarisse.
Elle aime beaucoup Pierre, notre gendre. Il lui en impose avec tous ses diplômes.
Et puis, elle sait Clara heureuse.

Snoupi2005 3 avril 2006 · 10

Tout le monde y trouvait son compte même moi, mais maintenant je serai tenter de dire : tout le monde oui mais sans moi.... Il fallait que je fasse quelque chose, même si ce n'était qu'une seule chose, peut-être la dernière, mais l'important c'est qu'elle me grandisse d'abord à mes yeux mais aussi aux yeux des autres, que ma vie ne soit pas passée pour rien. Il fallait que je laisse un souvenir une belle chose, mais quoi? mais quoi?.....

Quintina 25 octobre 2007 · 11

...L'AMOUR, vingt ans que je t'aime. Tes jolies boucles noires sont parsemées de fils gris, bientôt elles seront toutes blanches, et mon Amour les accompagnera encore et encore, pour l'éternité.
Tu es mon Ami, mon Amant, mon compagnon des bons comme des mauvais jours, tu souris à la vie, moi je lui dis merci de t'avoir mis sur mon chemin.
Notre Amour est invincible et pourtant... un jour... il y a eu ce terrible...accident !!! Tu as quitté la maison par un matin froid et brumeux, j'ai dit "à ce soir mon Amour", un bisou et la porte s'est refermée. Une heure plus tard, mon Amour était le prisonnier d'un amas de tôles froissées, inconscient et seul, désespérément seul. Je t'ai retrouvé nu sur une table, j'avais froid, j'avais mal au coeur, j'étais seule, désespérément seule.
Et pourtant, pourtant, nous sourions à nouveau ensemble, l'Amour a vaincu la Mort, l'Amour a conjuré le mauvais sort, l'Amour quinze ans après grandit encore, encore, e n c o r e...Je t'aime, mon AMOUR...

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