J'ai eu du mal à les trouver, mais ça y est je les ai, se dit Rose, en conduisant son auto. Son coffre était rempli de précieux fruits dont elle avait absolument besoin pour confectionner ce dessert improbable que Madame Martron lui avait demandé. Elle n'avait plus que quatre heures pour éplucher, mixer, monter en mousse une partie des fruits. Puis dresser son gâteau magique et le recouvrir d'écailles de fruits.

Fruits
Romantique · 4 chapitres · 2 plumes · écrite du 24 février 2007 au 3 mars 2007
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Jusqu'où va les porter l'amour des fruits frais? Un couple se forme.
Evidemment, elle aurait aimé acheter des fruits bio, mais ils étaient plus chers et Madame Martron lui interdisait formellement d'acheter bio. D'ailleurs, une fois c'était arrivé et Madame Martron l'avait tout de suite remarqué, à la saveur plus prononcée et à l'effet plus satisfaisant du fruit. Elle avait dit :
- Rose, venez ici !
- Oui, madame ?
- Ces fruits sont délicieux... ils me mettent dans un état de bien-être étonnant. Sont-ce des produits biologiques ?
- Oui, madame.
- Je vous interdit d'acheter bio ! C'est beaucoup trop cher.
- Mais madame...
- Pas de "mais" ! J'ai bien vu le prix des pommes : trente centimes de plus le kilo ! Vous vous rendez compte ? Nos finances ne nous le permettent pas ! Depuis que nous avons cette maison à St Raphaël, nous sommes contraints de payer un jardinier pour s'en occuper, et un jardinier ça coûte cher. Alors fini, le bio. Désormais, vous achèterez normal !
- Bien madame.
Et voilà. Rose avait ainsi dans le coffre de sa voiture des fruits dépourvus d'une partie de leur saveur... Et puis il y avait une autre raison pour laquelle Rose aurait aimé aller faire ses achats au stand des produits "bio"...
Non, ce n'était pas ce que vous croyez, elle n'était pas amoureuse du fruitier, mais elle ne pouvait pas manger de fruits gorgés de pesticides... ça lui donnait des plaques rouges!
Elle devait donc s'acheter elle-même ses fruits et légumes au lieu de les chiper à ses patrons!
Arrivée dans son domaine, elle déchargea ses denrées, en pestant contre les marches certes pleines de charme pour les visiteurs, mais si fatigantes pour le personnel.
La réception de ce soir mettait tout le monde en émoi.
Le jardinier avait installé les torches à pétrole dans le jardin, pour tracer le chemin romantique parmi les rocailles et les bouquets de fleurs exotiques disséminés de ci de là. Il avait transporté des tables et des chaises toute la journée, sous les ordres de Monsieur et Madame Martron qui se contredisaient sans cesse, évidemement! Pourquoi auraient ils été d'accord sur la disposition des meubles?
Les femmes de chambre avaient garni les salles de bains de produits de maquillage et de soins pour les femmes de passage. Elles astiquaient l'argenterie et les cristaux depuis une semaine en prévision de cette grande fête. Elles avaient dressé des dizaines de tables dans le jardin, sur la terrasse, et une solution était prévue en cas improbable d'orage.
Rose était devenue indispensable à Madame Martron, car elle lui servait de confidente. La pauvre femme était persuadée d'être l'amie de sa cuisinière! Mais qu'est ce qu'une amitié à sens unique?
Rose, en tant que confidente pouvait donc se permettre quelques privautés.
Sa patronne lui avait proposé qu'un cuisinier vienne l'aider pour la partie salée du dîner de gala. Mais elle avait refusé catégoriquement. Elle avait confectionné l'entrée et laissait après avoir parlementé la place à un cuisinier pour les plats de résistance.
Il devait arriver dans l'après midi pour installer ses marmites, ayant tout préparé chez lui.
Rose se mit au travail sans tarder, le casque sur les oreilles pour écouter son morceau de musique favori.
Elle aimait cette place, malgré les contradictions de cette famille richissime et pingre, malgré les réceptions incessantes. Les Martron préféraient recevoir que sortir, car, disaient-ils, les gens ne savent pas reçevoir.
Lors des petits dîners intimes qu'elle préparait, Rose prenait un plaisir fou à composer ses menus selon le caractère des invités qu'elle consignait dans un petit carnet secret. Pendant le service elle ouvrait grand ses oreilles, à l'affut des conversations, puis elle se cachait à la porte du salon pour espionner la tournure de la conversation, le changement d'ambiance après l'absorbtion de quelques verres d'alcool.
Cela lui permettait d'avoir toujours l'esprit occupé, fourmillant d'idées pour des romans à écrire, pendant qu'elle accomplissait les tâches les plus répétitives et les plus ardues.

