Le commissaire Lapointe fume sa pipe accoudé au bar du café appelé "FUNERAILLE EN BLEU" Il regarde sans les voir les volutes de fumée qui s'élèvent vers le plafond jauni. L'endroit, initialement et banalement s'appelait il y a quelques mois encore "AU PETIT COUP"
Une affaire mystérieuse a fortement ému la population de cette petite bourgade, jusque-là sans histoire. A trois reprises on a retrouvé devant la porte du café le corps de la personne qu'on avait enterré la veille. Elle avait été exhumée et son corps avait été badigeonné de bleu pour le plus grand émoi des famille endeuillées. On n'a pu encore mettre la main sur ce mauvais plaisantin, de plus, aucune des familles concernées ne se connaissait d'ennemi.
Afin de dédramatiser quelque peu la situation et peut-être conjurer le sort, le tenancier du bistrot a rebaptisé son établissement "FUNERAILLE EN BLEU". Les tentures mortuaires qui servaient à la fete d'Halloween sont restées accrochées en permanence et le requiem de Mozart passe en sourdine tout au long de la soirée.
Lapointe se regarde dans les miroirs embués du bar ; ses joues sont grises de barbe naissante, sa tenue est frippée et le noeud de cravate défait. Gageons que si elle le voyait Madame Lapointe ne serait pas contente du tout mais notre commissaire a veillé toute la nuit.

Funérailles en bleu
Policier · 45 chapitres · 3 plumes · écrite du 28 novembre 2007 au 14 juillet 2011 à 20h15 · 2068 lectures à l'époque
UN DROLE DE CRIME OU L'ARME EST UN POTIRON
Les 45 chapitres, dans l'ordre
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Il a passé la nuit dans la maison de la victime, un certain Gaspard qui vivait seul dans une petite maison sise rue de la verte vallée, tout au bout du village. Juste après sa maison il y a un petit chemin qui mène au petit bois de sapins. On a retrouvé la victime allongée dans son jardin, la tête enfoncée dans un énorme potiron. Cétait sans nul doute le plus gros de la récolte de Gaspard qui en faisait commerce sur les marchés des alentours.
Il était couché sur le ventre, bras et jambes écartés, une seule pantoufle au pied comme s'il avait dû sortir en catastrophe. On a d'ailleurs retrouvé la seconde au pied de son lit.
Malgré l'heure matinale, 7h30 à la vieille horloge accrochée au-dessus de la porte, il y a déjà du monde et le sujet de toutes les conversations est bien entendu le crime d'hier.
La porte de l'estaminet s'ouvrit et une femme d'une bonne cinquantaine d'années entra.
Elle portait des cheveux mi-longs teints en blond avec repousses noires et des boucles d'oreille en métal argenté. Son tempérament était dynamique et ses yeux gris bleu pétillaient de vie.
Elle vendait : des canards, des oies, des coqs et des poules le jeudi sur le marché. Ce dont pourquoi, on lui avait attribué le surnom de : « Poulette ».
-«Salut la compagnie!» Dit-elle en prenant la direction du comptoir et en se hissant sur un haut tabouret.
Confortablement installée, elle prit une cigarette dans son sac à main et l'alluma en tirant plusieurs bouffées.
-«Gaston, donnes-moi une gueuze « Mort Subite » bien fraîche, j'ai soif !» Dit-elle au cafetier. Et puis, d'une voix forte, afin d'être entendue de tous, elle déclara :
-«Il paraît que : ni Saint Pierre et ni Satan ne veulent de ce vieux schnock de Gaspard.
Je les comprends, cet enfoiré n'était pas un enfant de chœur. Il ne pouvait s'empêcher de tenir des propos salaces. C‘était un emmerdeur et un vicieux!"
"Notez bien !" Ajouta t'elle. "S'il m'avait demandé de coucher avec lui, j'aurai accepté pour ses picaillons. Mais pendant l'amour, j'aurais fermé les yeux et pensé très fort au beau George Clooney." Puis elle continua. "Toute cette manigance est sûrement l'œuvre d'un fantôme. Gaspard a eu suffisamment de noises avec des personnes de leur vivant. Et celles-ci ne veulent pas qu'il repose en paix.
N'est-ce pas commissaire?" Dit-elle en s'esclaffant d'un rire gras et profond et en donnant un coup de coude sur le bras de Lapointe qui était assis non loin d'elle.
-«J'...J'ai dé...dé...jà... v... vu... des....des... re... re...venants qui...qui... han... hantaient le... le... ci... cimetière.» Intervint Maurice, le fossoyeur qui était bègue.
-« Ce... ce... jour...là, tu tu ne devais pas mourir de soif!» Lui répondit Poulette avec humour.
Puis subitement et d'une manière inattendue, Poulette dit au patron du bar : "C'est quoi cette musique ? (Pour le requiem de Mozart). Juste bon pour avoir le moral dans les talons. Tu n'aurais pas des disques de Claude François dans ton juke-box?"
"Tiens ! Donnes-moi encore une « Mort Subite », au moins avec elle je verrai la vie en rose!"
Elle but son verre d'un trait et ajouta : «Gardes-en une autre bien au chaud pour tout à l'heure.» Puis elle prit congé.
Le commissaire se disait en voyant le reflet dans le miroir des tentures mortuaires, du papier peint jauni imprimé de grandes fleurs brunes ainsi que le carrelage à damier noir et blanc : "Quel contraste entre l'humour de Poulette et cette mascarade de morgue."
Un journal déposé sur le comptoir était à la disposition de la clientèle. Sur la première page, on lisait le titre suivant :
«Meurtre à Noixville. A trois reprises on a retrouvé devant la porte du café, « FUNERAILLE EN BLEU », le corps de la personne qu'on a enterré la veille. Elle avait été exhumée et son corps avait été badigeonné de bleu. En cette période d'halloween, on pense que le meurtrier pourrait être un revenant. Le commissaire Lapointe est chargé de conduire l'enquête.»
Lapointe se sentit irrité. De quoi avait-il l'air ?
Mais il était forcé d'admettre, lui qui était un vieux de la vieille et qui avait si souvent sondé l'âme humaine, que cette histoire sortait de l'ordinaire.
Il se sentit las et fatigué. Une odeur de café vint titiller ses narines, alors il commanda deux croissants et un café crème.
Lorsqu'il eut bu son café et mangé ses croissants, il regarda l'heure à sa montre. Il était neuf heures. Il était grand temps de rentrer chez lui, sa femme, Claire l'attendait.
Il releva le col de sa veste à carreaux marron, style anglais et posa son grand chapeau en feutrine noire sur la tête. Puis il sortit en disant : « Bonne journée à tous ».
Il déambula le long des échoppes : de fruits, de légumes, de poissons et de textiles. L'air transportait le parfum des aromates, l'odeur d'épices et du fumet d'escargots.
Lapointe croisa des paysans que l'on reconnaissait grâce à leurs mains calleuses, à leurs joues rouges burinées par le soleil et le vent. Dans leurs vêtements étriqués et démodés, ils faisaient leurs emplettes et l'on devinait aisément que le jour du marché était, pour eux, un délassement.
Soudain, le commissaire reconnu la voix de « Poulette ».
Dans un brouhaha de piaillements, elle aguichait, avec humour et bonne humeur, les passants.
Dès qu'elle aperçu Lapointe, elle s'écria : «Tu viens m'acheter des poulettes, commissaire.
Regardes comme elles sont belles ; ici on n'est pas trompé sur la marchandise!»
Amusé, Lapointe lui sourit. Il aimait sa spontanéité, son naturel et son humour.
Malgré la fatigue, son instinct de policier le conduisit à la rue de la verte vallée, il voulait s'imprégner, « renifler » les lieux. Quand il arriva devant la propriété de Gaspard, il poussa la vieille grille en fer forgé, couleur vert de gris, qui grinça sur ses gonds.
La beauté et le parfum délicat des roses blanches, d'un rosier liane, qui grimpait sur une gloriette captèrent son attention. Un banc invitait au repos et le commissaire s'y assit. Il voulait profiter de cet endroit romantique.
La maison était construite en jolies pierres blanches de Gobertange et sur les seuils des fenêtres des géraniums rouge vif se flétrissaient. Ils mourraient de soif.
Un doux gazouillis se fit entendre. Lapointe leva les yeux vers le feuillage léger et argenté, d'un bouquet de bouleaux. Sur une branche, un verdier au plumage vert olive s'était posé.
Comblé de plénitude par la beauté que lui offrait la nature, il se leva et inspira profondément l'air dans ses poumons. Celui-ci était chargé de l'odeur de résine qui provenait du bois de sapin tout proche.
Il emprunta un petit sentier bordé de dahlias : pompon, cactus, à fleurs de pivoines, à fleurs d'anémone, à collerette... Et en arrière plan de ces jolis massifs, des fleurs de tournesols rouges, jaunes, oranges donnaient, à l'endroit, étonnamment de lumière.
Puis il déboucha sur un potager où poussait une grande variété de légumes et de courges :
des calebasses, courgerons, courgettes, courges spaghetti, pâtissons, citrouilles, potimarrons et des potirons.
Surpris par la palette de couleurs qu'offrait le jardin, Lapointe se dit : "Gaspard était un maître jardinier, un architecte paysagiste, un collectionneur de cucurbitacées. Peut-être participait-il à des concours? Et il devait attirer bien des jalousies."
En voyant les fragments d'un gros potiron qui gisaient sur le sol, Lapointe prit son téléphone portable et appela le commissariat. Il voulait parler à l'inspecteur Renard.
Et quand il eut celui-ci en ligne, il lui dit :
-"Paul, ici Germain. Je t'appelle au sujet du meurtre de Noixville. Je voudrai que tes hommes passent au peigne fin la propriété de la victime et qu'ils ramassent, dans le potager, les débris d'un potiron. Ils doivent appartenir à l'arme du crime (potiron). Il faut les envoyer au laboratoire et les faire analyser.
Toi, tu iras voir la vieille institutrice pour lui demander si elle ne se souvient pas d'un élève qui avait une prédilection pour la couleur bleue et un goût prononcé pour l'étrange, le paranormal et la fête d'halloween.
Ensuite, tu interrogeras le vieux curé sur la vie de Gaspard.
Et tu demanderas aux organisateurs des concours de potirons, des environs de Noixville la liste des participants et des vainqueurs de l'année passée et des années antérieures.
Puis, offres toi une ballade dans le village et repères la couleur bleue partout où elle se trouve."
-"Bien patron." Répondit Renard. "Dès que je disposerai de tous ces éléments, je vous ferai un rapport."
-"Ah oui ! Insista Lapointe. Mets en poste, jour et nuit, un gendarme devant la sépulture de Gaspard."
L'inspecteur acquiesa, puis souhaita une bonne journée au commissaire.
Lapointe raccrocha son téléphone portable et le remis en poche.
-"Maintenant il faut absolument que je rentre chez moi." Se dit-il.
Chaque fois qu'il était en retard, sa femme, Claire, s'angoissait. Il la connaissait bien depuis vingt ans qu'ils étaient mariés. Elle craignait toujours le pire.
Le commissaire mit sa voiture en marche et alluma la radio. Michel Sardou chantait : « Les Vieux mariés ». L'émotion à fleur de peau, il entonna avec le chanteur : « ce soir il me vient une idée, si l'on pensait un peu à nous, un peu à nous...On s'est toujours beaucoup aimés...Et si tu me tiens bien la main, je te reparlerai d'amour...Ce soir il me vient une idée...
Content de rentrer chez lui, Lapointe se sentit de plus en plus décontracté : Il allait chausser ses charentaises, se laisser tomber dans son fauteuil en velours marron. Et sa femme viendrait s'asseoir, près de lui, sur l'accoudoir. Elle lui donnerait un baiser et lui demanderai : «Tout va bien mon chéri?».
Il la trouvait toujours aussi belle qu'au premier jour de leur rencontre. Il aimait sa chevelure rousse qui retenait la lumière, son teint de porcelaine, ses yeux couleur émeraude, ses tâches de rousseurs dans le visage qu'elle essayait de masquer avec du fond de teint.
Soudain il appuya plus fort sur l'accélérateur de son automobile. Il était pressé !
Il parcourut sans problème la petite centaine de kilomètres qui le séparait de son domicile, l'heure de pointe étant passée. Radio nostalgie diffusait ses airs romantiques! La pluie se mit subitement à tomber alors qu'il empruntait la sortie de l'autoroute. Il arrêta la radio car ses essuies-glace faisaient un bruit infernal. Il eut une pensée compatissante pour la marchande et sa volaille. La poule mouillée ne se vendrait pas facilement. La pluie tombait de plus en plus fort. Il se gara devant sa maison. Le temps d'ouvrir la grille et de franchir l'allée, il était trempé! Claire qui avait entendu le grincement de la grille et reconnu le bruit de ses pas, lui ouvrit la porte.
- "Mon pauvre chéri, te voilà trempé." Dit-elle en lui donnant un rapide baiser. Elle l'aida à se débarrasser, lui essuya le visage, tenta de redonner forme au feutre tout cabossé.
Le commissaire se laissait chouchouter comme un enfant. Chez lui, en compagnie de Claire, il retrouvait un peu de sérénité et oubliait pour quelques heures les horreurs dont il était si souvent témoin. Mais aujourd'hui, le répit serait de courte durée, il avait à peine chaussé ses charentaises que la sonnerie de son portable retentit. Malgré le regard implorant de sa femme, il répondit :
- "Allo..."
Renard ne lui laissa pas le temps de parler.
- "Patron, il faut que vous reveniez, je suis chez l'institutrice et il y a un problème !"
- "Mais que se passe-t-il avec l'institutrice?"
- "Nous n'avons trouvé personne, ni dans la maison ni dans le jardin, mais il faudrait que vous veniez rapidement car la porte d'entrée était entrouverte et tout laisse à penser au vu des premiers éléments que l'institutrice en
savait un petit peu plus sur le corps de ce pauvre Gaspard."
- "Bon malgré mon envie d'aller prendre une bonne douche chaude et un bon repas j'arrive d'ici une bonne heure."
Sachant déjà que son cher mari allait repartir, Claire avait déjà préparé un bon sandwich et une thermos de café bien chaud afin qu'il puisse reprendre des forces car pour lui la soirée s'annonçait longue, froide et toujours aussi humide car il pleuvait comme "vache qui pisse". Il remit son imper encore humide et se couvrit de son feutre lui aussi encore humide et prit son casse-croûte amoureusement préparé par Claire.
- "Je risque de ne pas rentrer ce soir, je pense dormir sur place car avec ce temps mon attention sur la route diminue avec la fatigue puis toute cette affaire m'intrigue car ce n'est pas chose courante que de retrouver des corps exhumés et badigeonnés de bleu!" Il embrassa claire tendrement et se mit en route.
La route s'annonçait longue !
Il se mit à chercher une station radio moins nostalgique car radio nostalgie allait l'endormir plutôt que de le tenir éveillé.
Il prit la bretelle d'autoroute direction Noixville toujours sous une pluie battante tout en pensant à tous les éléments de cette curieuse affaire aussi étrange que soudain un curieux frisson lui parcourut le dos en entendant les premières notes du requiem de Mozart.
Etrange sensation.
- "Drôle d'histoire!" Se dit-il en coupant sa radio sur le champ.
Il s'arrêta sur une aire de l'autoroute afin de grignoter le
sandwich que Claire lui avait préparé et boire son café mais toujours cette étrange sensation d'une affaire peu banale.
Vingt minutes plus tard il arriva au "FUNERAILLES EN BLEU" pour prendre Renard qui l'attendait et tous deux partirent rejoindre le gendarme que Renard avait fait mettre en poste pour surveiller la maison de l'institutrice.
- Quel est le problème Paul avec la vieille institutrice ?
- Nous n'avons toujours pas retrouvé l'instit par contre chez elle nous avons retrouvé une vieille coupure de presse locale sur un concours de cucurbitacées dont l'un des prix aurait été emporté par notre Gaspard et devine, la coupure de presse était poignardée sur la table de la cabane du jardin. Nous avons retrouvé également une préparation à base de pigments bleu de la même couleur que le badigeon retrouvé sur Gaspard.
- Il faut faire envoyer ça au labo et attendre le résultat.
- "C'est déjà fait patron ! Nous aurons les résultats dans quelques heures."
Lapointe poussa la porte et entra dans la maison. Comme chaque fois qu'il entrait dans une maison vide, il avait l'impression de violer l'intimité des habitants. Aujourd'hui, plus encore car, il doutait que cette vieille personne puisse être impliquée dans cette macabre affaire. Une odeur de renfermé le saisit dès qu'il eut franchi la porte du séjour, il faisait froid et humide comme si la maison était inoccupée depuis longtemps. Pourtant d'après le témoignage des voisins, la vieille demoiselle avait été aperçue à la fenêtre de sa cuisine, le soir du crime. Au centre de la pièce, sur un tapis usé se trouvait une table ronde, recouverte d'une toile cirée jaune, quatre chaises empaillées complétaient l'ensemble. Deux armoires vitrées encadraient la cheminée. D'un geste machinal, le commissaire avança ses mains vers le vieux poêle à charbon. Il était froid mais la présence de quelques morceaux de bois et d'un peu de papier, laissait supposer que la demoiselle avait bien l'intention de revenir. Tout en allumant sa pipe, Lapointe regardait les photos qui se trouvaient en grand nombre sur les murs et les armoires. La demoiselle aimait s'entourer de souvenirs.
- "Les gars, visitez les autres pièces de la maison. J'ai ici la vie de l'instit racontée en photos. Apparemment, une vie sans histoire."
Du haut de l'escalier, Paul l'appelle :
- "Patron venez voir!"
Lapointe monta quatre à quatre l'escalier et entra dans la chambre de la vieille dame. Elle gisait sur son lit. Elle aussi avait été assassinée avec un potiron et son corps aussi avait été badigeonné de bleu. Le meurtrier avait découpé une citrouille pour y dessiner, en creux, un visage et l'avait déposée au pied du cadavre. Un petit mot avai été posé sur la table de nuit : "le revenant a encore frappé". "C'est une histoire surréaliste. Du moins c'est ce que veut nous faire croire le meurtrier", dit le commissaire.
Il faut déterminer l'heure de sa mort. Appelons le médecin légiste !
Stanpish le médecin légiste arriva une heure après. Il commença à examiner le corps de Mlle Berthe l'institutrice.
- "La mort remonte probablement à huit ou onze heures tout au plus, d'un coup violent porté à l'occiput sur la partie postérieure avec quelque chose de très lourd, sûrement un de ces potirons, il faut quand même être loufoque pour aller assassiner quelqu'un avec un potiron qui doit peser entre douze à quinze kilos et en plus tout ça est d'une
discrétion enfin....à l'orée de ma retraite je crois que je n'ai pas encore tout vu. De toute manière Lapointe je te fais passer le rapport d'autopsie au plus vite, enfin la routine quoi!"
- "Patron j'ai le labo au téléphone, les pigments que l'on a retrouvé dans la cabane du jardin, sont issus d'une préparation à base de plantes crucifères."
- "Paul tu as dit crucifère ?"
- "Oui Germain crucifère."
- "Appelé plus communément pastel c'est avec les feuilles que l'on obtient cette couleur bleue, dans des teintes plutôt douces et claires."
- "En plus connaisseur..."
- "Non c'est grâce à Claire qui utilise ce type de pigment pour ses loisirs créatifs, bref..."
- "Paul il faut demander un relevé d'empreintes sur le petit mot que vous avez trouvé sur la table de nuit, on ne sait jamais."
- "Si tu regardes bien Germain toute cette galerie de photos, il y a pas mal de photos qui sont prises sur des marchés et d'autres aussi sur des foires ou des concours de cucurbitacées."
- "Paul dès demain il nous faudra nous rendre dans les villages voisins pour rencontrer les différents responsables d'associations ou de clubs de cucurbitacées car il y en a pas mal dans la région."
Lapointe se rendit sur le palier. Il y avait trois pièces. Les enquêteurs avaient déjà visité les lieux.
La chambre de la victime, lieu du crime et pour l'heure transformée en laboratoire, puis une autre pièce qui servait de bureau et de bibliothèque. Contrairement aux autres celle-ci semblait beaucoup plus accueillante. Il y avait des livres partout, des photos d'élèves en classe, en excursions.
Berthe aux différentes époques de sa carrière, toujours souriante. Des piles de cahiers ça et là. Et puis sur les murs de grandes affiches. Certaines datant de plusieurs années. C'étaient des publicités pour les foires annuelles aux potirons.
- "Tiens, tiens, tiens..." Se dit Lapointe en découvrant ces affiches. "Nous tenons peut-être un indice!"
Il y avait aussi la salle de bain carrelée de bleu pastel
rutilante comme si elle n'avait pas servi depuis longtemps!
Soit la demoiselle était une maniaque et faisait un grand nettoyage après chaque toilette ou bien quelqu'un s'était chargé de faire le ménage! La poubelle était vide, le panier à linge également. Les pots de crèmes bien rangés avoisinaient aux côtés d'une boîte destinée à contenir un dentier et un tube de Stéradent.
- "Stanpish, la victime a-t-elle toujours ses fausses dents?" Demanda le commissaire en rejoignant le palier.
Il n'entendit pas la réponse car son attention venait d'être attirée par quelque chose au plafond. C'était à peine visible. Le plafond était recouvert de plaques de frigolite. C'était une trappe. L'accès rendu impossible en raison de la présence d'un lourde lingère placée juste au dessous.
- "Renard, venez m'aider à déplacer cette armoire ! Il y a un endroit qui mériterait une petite visite !"
- "Les journalistes sont là patron ! Que dois je faire ?"
- "Leur interdire la porte, sacrebleu, nous ne sommes encore nulle part dans cette enquête!" hurla Lapointe.
Renard et Lapointe déplacèrent cette foutue armoire qui pesait un âne mort.
- "Renard je reviens, j'ai vu un escabeau dans la cabane du jardin, il va nous aider à accéder à cette trappe."
Lapointe revint avec l'escabeau tout poussiéreux.
- "Aprés vous patron je vous en prie."
- "Demande à Stanpish qu'il te prête sa torche il en a une dans sa mallette de légiste."
Lapointe monta à l'escabeau déplaça la trappe.
- "Patron! Stanpish vient de trouver des plumes, probablement de gallinacées dans les commissures des doigts de la main gauche de Berthe, bizarre quand même ici il n'y a pas de basse-cour et je viens de regarder dans le frigo,
rien, dans le garde manger, rien non plus, d'où peuvent bien provenir ces plumes?"
- "J'ai ma petite idée Renard."
Lapointe précéda Renard dans le grenier et là stupéfaction! Ils se retrouvèrent devant un musée!
- "Le musée des graines et sélections de cucurbitacées en tout genre. Des centaines de variétés, une véritable experte. Et si ces graines sont toutes stockées là-haut bien à l'abri des regards, c'est sûrement qu'il y a une bonne raison."
- "Vous avez raison patron, tous ces collectionneurs et amateurs de courges et potirons en tout genre ont tous une bonne raison de cacher et protéger leurs spécimens jusqu'au dernier moment lors de leurs foires annuelles ou leurs concours."
Le mobile de l'assasin était certainement de trouver la graine rare d'un super et unique potiron. Il devait être lui-même collectionneur. Il connaissait bien les victimes qui elles aussi étaient passionnées par les cucurbitacées.
Lapointe se tourna vers Renard et lui dit : "Tous ces individus se connaissent entre eux. Ils fréquentent certainement les foires aux potirons et probablement, participent aux concours. J'espère, ajouta-t-il, qu'il n'y aura pas d'autres victimes!"
L'inspecteur, interloqué, par cette sordide affaire répondit: "Mais, patron, pourquoi badigeonner les victimes en bleu?"
-"Très bonne question mon cher Renard! Il doit y avoir un rapport, car depuis le début de cette enquête, nous nous trouvons toujours en présence de potirons et de cucurbitacées ainsi que de cette couleur bleue. Quel rapport entre ce bleu et ces cucurbitacées?"
Lapointe et Renard rejoignirent Stanpish dans la chambre de la victime ou un parfun malsain envahissait la piece.
-"Brrr qu'il fait froid ici!" Dit Renard
-"Du nouveau Stanpish?"
-"Oui! Des traces de ton fameux pastel sous les ongles. J'en ai fini pour aujourd'hui, vous pouvez emporter le corps."
-"Bon si cela vous dit j'ai demandé au patron des "FUNERAILLES EN BLEU" de nous préparer un petit repas pour grignoter un petit peu."
Renard et Stanpish se regarderent d'un air affamé.
-"On vous suit patron."
La pluie s'etait calmée, ils arrivérent au "FUNERAILLES EN BLEU".
Un mélange d'odeurs d'alcools, de cigarettes et un brouillard de
fumée envahissaient la salle, mais il y faisait bon.
Lapointe: Bonsoir patron! Nous serons trois pour manger.
-"Très bien, installez vous à la table du fond, vous serrez tranquilles.
J'ai préparé un boeuf bourguignon fait maison bien sûr."
On entendit un "mmm" collectif.
-"Renard il est temps pour nous d'ouvrir grand les mirettes et les esgourdes, car c'est dans ce genre d'endroit qu'en laissant trainer les oreilles on apprend pas mal de choses."
C'est dans un tintamarre hilare que l'on entendit à haute voie:
-"salut la compagnie" deux "mort subite" bien fraiches s'il te plait Gaston!Et tu te sers ce que tu veux: c'est la mienne."
-"Elle ne suce pas que des glaçons la madame!" Dit Stanpish en rigolant.
-"Je vous présente Poulette." Dit lapointe à voix basse. "C'est une figure du marché, un phénomène local habitué des marchés et également des foires et concours de cucurbitacées, car j'ai remarqué qu'elle apparaîssait sur plusieurs photos chez Mademoiselle Berthe, et c'est à elle que je pensais quand tu m'as dis que Stanpish avait trouvé des plumes de gallinacées."
-"Regardes Lapointe on dirait quelle a du bleu sous ses ongles."
-"Renard tu as une vue surprenante, demain il faudra lui rendre une petite visite, mais il vaudra mieux attendre la fin de la matinée: elle aura à ce moment quelques verres dans le nez et il est fort probable quelle se lâche plus facilement à la discussion. Sur ce messieurs,je vais aller me coucher et je vous souhaite une très bonne nuit! Stanpish bonne route pour toi, et Renard à demain
matin ici même à 7h30 frais et dispo."
-"Ok patron!"
-"J'ai oublié Renard, demain nous irons voir Poulette à Brouville, car demain c'est jour de marché, et j'ai téléphoné au placier de la municipalité de Brouville qui m'a dit quelle avait un abonnement annuel pour le marché hebdomadaire du mercredi."
-"Sur ce bonne nuit Renard à demain..."
Renard regardait Lapointe et le médecin légiste qui s'empiffraient de frites et de bœuf bourguignon.
Lui ne parvenait pas à avaler la moindre chose. Cet établissement avait une atmosphère de morgue avec ses tentures mortuaires et le requiem de Mozart qui passait en permanence.
Il n'avait jamais aimé le contact avec la mort, elle lui rappelait trop sa propre fin.
Au fond de lui-même, il savait qu'il n'était pas fait pour ce métier!
L'odeur du cadavre d'Emilie lui restait dans les narines.
Il avait une sensibilité à fleur de peau, qu'il essayait de masquer en jouant au macho.
-"Tu n'as encore rien mangé, insista Lapointe en regardant Renard. C'est pourtant toi qui disais avoir une faim de loup!"
-"C'est exact patron, mais j'ai l'estomac barbouillé."
-"C'est dommage pour toi. Ce plat est délicieux!"
Le commisaire et le médecin légiste se goinfraient. Au dessert, ils mangèrent à eux deux, une tarte au sucre et burent une grande tasse de café avec trois sucres. Et pour terminer le repas, ils vidèrent, d'un trait, deux verres de calva.
D'un air satisfait, le commissaire tira sa pipe de la poche de sa veste puis l'alluma. Quand à Stanpish, il fuma un gros cigare.
Indisposé par la fumée, l'inspecteur fut pris d'une quinte de toux.
Les cloches de l'église sonnèrent quinze heures. Alors le commissaire dit d'une manière inattendue : "Nous devons rencontrer le vieux curé. Il peut certainement nous apprendre des choses sur bon nombre de ses paroissiens !
Tous les trois sortirent du "FUNERAILLES EN BLEU", Lapointe et Stanpish le ventre bien rond alors que Renard, l'estomac toujours barbouillé, apprécia la bonne bouffée d'air frais qui lui remit les idées en place.
Lapointe et Renard partirent en direction du presbytère qui jouxtait l'église.
-"La sonnette ne fonctionne pas, je vais frapper."
Des pas ce firent entendre derrière la porte, et c'est une vielle femme qui ouvrit la porte.
-"Bonjour messieurs, que puis-je pour vous?"
-"Commissaire Lapointe et inspecteur Renard de la police criminelle. Nous souhaiterions rencontrer l'abbé Cottard s'il vous plait."
-"Rentrez messieurs, je vais vous le chercher. Il est à l'église en train de préparer les vêpres de l'office du soir."
Elle passa par une petite porte et revint aussitôt avec l'abbé.
-"Commissaire Lapointe, et mon collegue l'inspecteur Renard, nous enquêtons sur l'exhumation de ce pauvre Gaspard et sur meurtre de Mademoiselle Berthe l'institutrice."
-"Ah oui! Etrange affaire!" Dit l'abbé l'air pensif.
-"Auriez-vous quelque chose à nous apprendre mon père sur ces deux personnes? Avaient-elles des points communs? Sachant que le moindre petit détail pourrait avoir son importance."
-"Je connaîssais trés bien Gaspard ainsi que Mademoiselle Berthe. Deux fidèles de ma paroisse, des gens sans histoire. Des points communs? Oui: les cucurbitacées, ce sont des inconditionnels de variétés de courges et potirons en tout genre."
-"En sauriez-vous plus que nous, concernant le bleu avec lequel les deux corps ont été badigeonnés?"
-"Le bleu? Oui, c'est du pastel, et ce bleu sert lors des concours pour marquer chaque fruit qui concourt dans sa catégorie. Une fois presenté, et visé par le jury les fruits sont marqués pour ne pas qu'ils soient présentés deux fois dans des catégories différentes."
-"Déjà mon père, vous nous avez permis de faire un grand pas car ce bleu nous posait quelques soucis, et je pense qu'il faut aller voire du côté de tous ces amateurs de cucurbitacées."
-"Mon père je vous remercie pour tous ces renseignements et peut être à bientôt."
Après le départ des policiers le brave abbé resta pensif. Un curieux mal être l'envahissait. Quelque chose titillait son subconscient. Cela le rendait mal à l'aise.
-"Solange, je sais que ce n'est pas encore l'heure, mais servez moi une larme de calva. Cela m'aidera à réfléchir." Il s'assit dans son fauteuil aux accoudoirs usés, fixa d'un oeil distrait le feu qui crépitait dans la cheminée et caressa d'une main toute aussi distraite le dos de son chien qui venait de se coucher à ses pieds.
-"Soyez raisonnable, mon père, vous devez encore dire votre messe!" Dit Solange en lui apportant son verre.
-"Tu as été prudente, ma bonne, il n' y a pas de danger, avec ce que tu m' as servi, je n'oublierai pas mes prières. Assieds toi un instant, nous allons bavarder un peu."
Solange obtempéra de bon coeur car le brave abbé semblait vraiment tout retourné et tant pis pour les préparatifs du souper.
L'abbé Cottard resta pensif un moment.On n' entendait que le bruit de la pluie sur les vitres et quelque part, un volet qui claquait.
-"Dis moi Solange, te souviens-tu des camps de scouts que j'orgarnisais dans mes jeunes années. Nous avons vu tout ces jeunes devenir adultes mais il y en a un dont on n'a plus jamais entendu parler. Je ne sais pas pourquoi je pense à lui aujourd'hui!"
L'abbé Cottard avait omis de raconter l'histoire du petit scout aux policiers et il se disait qu'il serait intéressant pour faire avancer l'enquête de la faire connaître. Alors, il appela le commissariat par téléphone et invita Renard et Lapointe à le rencontrer à nouveau.
Il les fit entrer dans une pièce sombre et austère qui sentait le moisi et le refermé. Le cabinet contenait une étagère où des livres religieux étaient rangé, un bureau, quatre chaises en bois et un prie-Dieu devant un Christ en croix.
« Asseyez-vous ». Dit le prêtre en désignant de la main les chaises.
Il fit virevolter d'un quart de tour sa vieille soutane noire usée jusqu'à la corde, puis il prit place à son bureau face au commissaire et à l'inspecteur.
« Je ne vous ai pas tout dit au sujet de Gaspard ! » Dit-il.
Il se signa et entama la conversation en disant : Que Dieu me pardonne, si je médis sur la famille Lemoine.
La mère de Gaspard a eu un enfant avant son mariage, un petit garçon qui s'appelait Jean.
« Gaspard avait donc un demi frère! » Intervint Renard.
« Oui! » Répondit le prêtre.
« Portait-il lui aussi le nom des Lemoine ? » Demanda Lapointe.
« Non répondit l'abbé, il avait pris le nom de la lignée maternelle : Lepetit ».
Et le prêtre de continuer : « Jean ne fut jamais accepté par les siens. Il fut toujours le bâtard, la cinquième roue du chariot. On ne manquait pas de lui répéter. Il vivait dans l'ombre de Gaspard qui souvent pour le ridiculiser le badigeonnait de bleu.
Même Mademoiselle Berthe, qui pourtant était une brave femme et une bonne chrétienne, le méprisait.
Les « Lemoine » étaient communistes et ne venaient jamais à l'église. Il se signa à nouveau et enchaîna : Ils étaient possédés par le démon !
« Voilà je vous ai tout dit ! » Conclut le vieux curé.
« Encore une chose, monsieur le curé, demanda Lapointe. Savez-vous ce qu'est devenu Jean Lepetit ? »
« Et bien... Répondit l'abbé Cottard... Dès sa majorité, il quitta Noixville et nul ne sut jamais ce qu'il était devenu.
-"Merci pour votre témoignage monsieur l'abbé." Dit Lapointe tandis que leur hôte les raccompagnait à la sortie.
"J'ai l'impression que ce brave homme ne nous a pas tout dit!" Fit remarquer Renard dès que la lourde porte se fut refermer dans un grincement sinistre.
-"C'est aussi mon avis, nous devrions retourner chez l'institutrice et chez ce brave Gaspard qui, d'après notre homme d'église n'était pas si brave que cela!" Répondit Lapointe en relevant le col de son pardessus. Le vent s'était mis à souffler. A certains endroits moins protégés, les deux hommes peinaient pour garder leur équilibre. De plus la fatigue se faisait sentir. La journée avait été longue.
Lapointe dit d'une voix lasse:
-"La nuit porte conseil ! Rentre embrasser tes enfants et passe une soirée tranquille avec ta femme. Je fais un saut au commissariat et puis je rentrerai aussi."
Les deux hommes se quittèrent au coin de la rue sans se douter que quelqu'un, caché derrière une fenêtre aux vitres crasseuses les observait depuis un moment.
En lustrant sa moustache il suivit du regard les deux policiers jusqu'à ce qu'ils disparaissent au coin de la rue. Puis il remonta son pantalon rapiécé et beaucoup trop large pour lui.
Il se sentit las. Cette affaire le fatiguait. Il alla s‘asseoir dans son vieux fauteuil voltaire en velours bleu nuit aux accoudoirs déchirés.
Lolita, la chatte ne cessait de miauler et de se frotter contre la jambe de monsieur X.
Elle semblait consciente du danger qu'encourait son maître de se faire arrêter par la police.
-"Ne pleures pas ma belle, leur enquête piétine". Dit-il. "Ils ne sont pas prêts à m'arrêter. J'ai brouillé les pistes, j'ai même mis des plumes de gallinacés dans une des mains de la vieille chipie de Berthe. Cette institutrice avait des «chouchous ». Elle nous en a fait baver, à moi et à Jean Lepetit. Et cette andouille de Gaspard qui n'arrêtait pas de nous torturer, moi et son frère. Il était moqueur, hypocrite et orgueilleux.
Chaque fois, qu'il était vainqueur du concours du plus gros ou du plus original des potirons il posait,fier comme un coq, pour la photo."
La chatte miaulait toujours. Alors il la prit et la mit tout contre lui sur ses genoux.
La bête se calma et ronronna.
Après un bon moment, monsieur X regarda l'heure à la vieille pendule murale. Il était presque midi. Il devait mettre sa soupe à chauffer et donner à manger à Lolita.
Cette après-midi, il irait au café « Funérailles en bleu ».
Dans cet établissement les nouvelles étaient nombreuses !!!
Tout en touillant sa soupe au potiron il eut une pensée ironique.
"- Dorénavant, il faudra que certains crèvent la dalle pour pouvoir avaler une seule cuillère de cette soupe!"
Il partit d'un rire sarcastique et avait hâte le soir venu de faire le compte rendu des événements à Jean le petit qui se cachait pas très loin. Une cachette découverte dans leur jeunesse et dont ils n'avaient jamais parlé. Bien sûr Jean avait quitté le pays depuis de nombreuses années, l'espace d'une vie presque. Mais lui, n'avait jamais quitté sa maison natale et régulièrement ses errances en solitaire avaient conduit ses pas jusque là. Rien n'avait changé.
Puis un jour à sa grande stupeur, Jean avait frappé à sa porte. C'était une de nuit de juillet où la pleine lune brillait d'un éclat blafard. On y voyait comme en plein jour. Il avait eu du mal à le reconnaître en cet homme amaigri, le cheveu presque rare, une barbe grise cachant une partie de son visage, les yeux creusés par la fatigue ou la maladie. Mais le regard, lui, n'avait pas changé toujours aussi fier et déterminé. Sans proférer une seule parole, Jean le repoussa dans sa maison.
-"Il ne faut pas que quelqu'un me voie!" Dit-il d'une voix enrayée par le tabac.
Lapointe et Renard se rejoignirent au "FUNERAILLES EN BLEU" et prirent deux cafés et trois croissants. (deux pour Lapointe et un pour Renard)
-"Moi si je n'ai pas deux croissants pour entamer la journée je ne démarre pas! Dis-moi hier soir est-ce que tu as remarqué, en sortant de chez l'abbé Cottard, les yeux derrière la fenêtre?"
-"Maintenant que vous me le dites patron, effectivement vous avez peut-être raison."
-"Renard je crois que tu avais raison, ce cher abbé Cottard ne nous a visiblement pas tout dit, il en sait beaucoup plus qu'il ne veut nous le faire croire, concernant ce Jean Lepetit, et sûrement d'autres choses."
-"Patron, j'ai l'intime conviction que nous avons une affaire de cucurbitacées doublée d'une affaire de moeurs familiale."
-"Et tu crois que ces deux affaires seraient liées?"
-"Oh!lala! vous savez patron, nous sommes à la campagne, et les histoires de familles en tout genre sont très fréquentes, dans ces campagnes, d'ailleurs dès cet après-midi je me rends au bureau de l'état civil de la mairie pour demander les extraits de naissance des diverses personnes impliquées sur trois générations antérieures."
-"Très bonne idée Renard je viens avec toi!"
En cette fin de novembre, la nuit était froide et humide. La vallée était couverte d'un brouillard épais. Un frisson lui parcourut l'échine. Machinalement, il remonta le col de son vieux pardessus et réajusta son écharpe.
Il emprunta un sentier pentu et étroit qu'il connaissait par cœur. Quand ils étaient enfants, Jean et lui, y passaient souvent pour se rendre dans une petite caverne qu'ils avaient creusée à flanc de coteau.
Il régnait un silence de mort, lorsque la voix enrouée d'un homme caché derrière un arbre l'appela et lui dit :
« Je t'attendais impatiemment !!! Viens!" Dit-il en l'entraînant dans leur antre.
A la lueur vacillante d'une bougie, Jean sortit d'un sac à dos en toile une bouteille de genièvre et versa deux verres. Puis il dit :
-« Buvons à nous et à notre secret! A propos as-tu des nouvelles de l'enquête?" Demanda-t-il.
-"Non. Je sais que les deux flics ont interrogé le curé."
-"Bien !" Dit Jean. Alors, il retira de la poche intérieure de sa veste une enveloppe avec de l'argent et la tendit à son associé, en disant :
-« Chose promise, chose due!" Puis il ajouta. "La vengeance est un plat qui se mange froid! Quoiqu'il arrive, je te demande de ne jamais mentionner mon nom. Maintenant, dit-il, je vais rentrer chez moi, loin d'ici. Adieu mon ami!" Ajouta-t-il en mettant la main sur l'épaule de monsieur X.
Lepetit sortit de la cachette et disparut dans la nuit.
Monsieur X resta un bon moment pensif et se demanda pourquoi une nuit de juillet il avait accepté de tuer Gaspard et l'institutrice ? Et comment avait-il pu pendant quatre mois orchestrer cette sordide affaire. « Et tout ça, se dit-il, je l'ai fait pour satisfaire mon vice! »
Un hibou hulula, c'était un signe de mauvais présage !
Monsieur x grelottait de froid et de peur. Il venait de prendre conscience des horreurs qu'il avait commises. Un sentiment d'angoisse et de culpabilité l'envahit. Il sentait ses entrailles se tordre et il se plia sous la douleur. Il s'avança péniblement jusqu'à la cheminée, où subsistait encore un peu de feu. Il jeta une bûche dans l'âtre et le feu se ranima rapidement. X se saisit de la bouteille d'alcool à moitié vide, qui gisait sur le sol à côté du vieux fauteuil. Il prit une grande rasade, buvant à la régalade comme un homme assoiffé, qui aurait traversé le désert. Cela l'apaisa un instant. De temps en temps il caressait l'enveloppe que Jean lui avait remise. Il n'avait pas pris la peine d'en vérifier le contenu. Cet argent si odieusement gagné serait dilapidé en quelques heures. Il était accro aux jeux d'argent et il avait déjà perdu des fortunes.
Il devrait cependant maitriser son impatience car il fallait s'assurer qu'il n'avait laissé aucun indice, négligé aucun détail. Demain, il se rendrait au bistro prendre la température. Il termina sa bouteille et s'endormit devant la cheminée où le feu commençait à décliner.
L'amitié de Lepetit et de monsieur X était basée sur une blessure commune qui les perturbait psychologiquement.
Depuis son plus jeune âge, Jean avait été en manque d'amour maternel et familial.
Gaspard, son demi frère, avait été adulé par leur mère et prit toute la place dans son cœur.
Jean, lui le bâtard, avait été sa honte et sa faute!
Qu'aurait-il donné pour recevoir un geste de tendresse, de celle qui l'avait mis au monde!
Mais elle restait de marbre à son égard.
Que de sarcasmes avait-il enduré !!! Même mademoiselle Berthe ne s'en privait pas.
Petit à petit, un trouble profond s'était installé dans son âme et il s'était juré de se venger.
Le jour de sa majorité, il quitta les siens et ceux du village pour une destination inconnue de tous. Il voulait se reconstruire !!! Loin, très loin.
Mais ni l'éloignement, ni le temps qui passait n'avaient pu dompter ses démons intérieurs qui se transformaient en haine, puis en désir de meurtre.
Un jour, par hasard, il avait rencontré X dans un casino et tous les deux, ils avaient remué le passé. Son ami X, lui avait fait une confidence : il domptait sa douleur, disait-il, par le jeu et l'alcool.
L'idée de tuer Gaspard et l'institutrice, chez Jean, avait fait son chemin et tout naturellement, il avait pensé à faire de X son complice.
Une nuit noire de juillet, il s'était introduit dans la propriété de son ami et avait frappé à sa porte. Celui-ci l'avait fait entré subrepticement et avait compris immédiatement que l'heure était grave.
Autour d'un verre de l'amitié et moyennant une somme d'argent pour X, qui devait exécuter les meurtres, Lepetit avait orchestré les assassinats.
Du navire qui le ramenait chez lui, Jean regardait un soleil rouge qui, à l'horizon, plongeait dans la mer. La nuit et ses fantômes approchaient !!!
Le lendemain un soleil radieux inondait le ciel. Lapointe et Renard se retrouvèrent au "FUNERAILLES EN BLEU" pour le petit déjeuner du matin avant d'entamer la journée. Ils se dirigèrent vers la sortie, quand quelqu'un poussa la porte de l'estaminet et cogna assez violament l'épaule de Lapointe.
-"Il pourrait s'excuser au moins!" Lança Renard discrètement à Lapointe.
Mais Lapointe ne répondit pas de suite, il fixait étrangement le regard de cet homme barbu et très amaigri.
-"J'ai déjà croisé ce regard... Où? Je ne sais pas. Mais ce regard ne m'est pas inconu."
-"Patron ce ne serait pas les yeux derrière la fenêtre dont vous m'aviez parlé l'autre soir? vous aviez l'impression que quelqu'un nous observait."
-"Attendons patiemment qu'il sorte et nous iront poser quelques questions au patron du bar. Le voila! Pendant que je vais au bistrot files moi cet homme et essayes de voir ou il habite."
-"Patron l'homme qui vient de sortir, vous le connaissez?
-"Oui et non, pourquoi?"
-"Il vient de faire tomber ce petit carnet de sa poche."(c'etait une ruse bien sûr afin d'en savoir un petit peu plus sans éveiller les soupçons)
-"Donnez-le moi je le lui remettrai quand il reviendra, car ici nul ne sait son nom."
-"Pourquoi??? Il ne vient jamais ici?"
-"Si, c'est plutôt un habitué, il vient, boit son canon, de temps en temps jette un coup d'oeil sur le journal local, mais il ne parle jamais à personne, et personne ne lui cause, c'est pourquoi que je n'en sais pas plus que ça sur lui. Je sais qu'il habite au village ou dans ses environs, mais je ne sais même pas où."
Sur ce Renard arriva tout essoufflé.
-"Patron vous aviez raison ce type a des attitudes bizarres, ou alors il a sentit que je le filais, il a cru me semer mais j'ai pu voir où il entrait, et en fait vous aviez raison! Il est entré par une petite porte qui jouxte le presbytère et donc c'etait bien lui
les yeux derriere la fenêtre!!! Que fait-on patron maintenant?"
"Il est impératif que nous allions à la mairie pour consulter le registre de la population et obtenir toutes les pièces d'identité concernant Jean Lepetit. »
Ils refermèrent la porte branlante de l'estaminet puis s'engagèrent dans une des rues qui menait à la mairie. Sur une plaine de jeux, des enfants de sept à douze ans jouaient : aux billes, au volley et roulaient à vélo. Tandis que les bambins, sous l'œil vigilant d'un parent, faisaient du toboggan.
-« C'est pour quand, mon vieux,l'heureux événement ? » Demanda Lapointe à son collègue.
-« Dans deux mois patron .» Répondit Renard.
-« Et votre femme se porte bien ? »
-« Trèèès bien patron. » Répondit Renard d'un air satisfait.
-« J'ai l'impression que le cafetier nous a menti au sujet de homme qui habite près du presbytère. Il dit ne pas le connaître et bien moi, je pense le contraire : il le connaît très bien, fit remarquer le commissaire. »
Ils montèrent les marches d'une grande bâtisse en pierre blanche du pays. Un rosier grimpant sur la façade offrait, pour la dernière fois de la saison, sa belle couleur rouge et son parfum délicat.
Les deux policiers entrèrent dans une grande salle. Les bureaux des employés étaient tous séparés par des cloisons en verre. Seuls les murs, côté fenêtre, étaient plafonnés et peints, couleur argile. Des photos, représentant des endroits pittoresques de la région, ainsi qu'une carte géographique de la commune les décoraient.
Lapointe et Renard repérèrent le guichet « population » devant lequel une file nombreuse de personnes attendait les services de l'administration.
-« Patron, vu la queue, nous ne sommes pas encore sortis de l'auberge !!! »
Le commissaire exhiba sa carte de gardien de la paix en disant : « Police ».
Les individus s'écartèrent et laissèrent passer Lapointe et Renard.
Le commissaire était un bel homme et il faisait toujours sensation auprès des femmes. Une employée avenante, le sourire jusqu'aux oreilles et la voix doucereuse demanda :
-« Que puis-je pour vous, cher commissaire ? »
-« Avez-vous une trace dans vos registre d'un homme qui s'appelle : Jean Lepetit ? »
-« Un moment! » Dit-elle. Puis elle pianota sur le clavier de son ordinateur et le nom demandé apparu à l'écran.
-« Oui, dit-elle, il y a une dizaine d'années qu'il a quitté la commune pour aller s'établir à Sidney. »
-« Merci mademoiselle et bonne journée à vous ! »
Après avoir quitté la mairie, l'inspecteur fit la remarque suivante :
-« Elle n'est pas mal cette fille avec son jean moulant et son tee shirt à l'effigie du Che ! »
-"N'oublie pas que tu seras papa dans deux mois !" Répondit Lapointe en lui donnant une bourrade dans le dos et ajoutant :
-"De toute façon, tu as d'autres chats à fouetter. Il faut exercer une filature de tous les instants. Je veux un compte rendu détaillé de l'emploi du temps de ce zigoto. Dépêche deux hommes sur place puis file à l'aéroport me réserver une place dans le premier avion pour Sydney. Puis rentre chez toi te reposer un peu."
Lapointe rejoignit le commissariat pour appeler INTERPOL.
Quarante-huit heures plus tard, il posait le pied sur le tarmac de l'aéroport de Sydney, abruti de fatigue. Son homologue australien, l'attendait brandissant une pancarte "Commissaire Jones " écrit en gros caractères rouges. C'était un homme grand et très mince, à l'allure dégingandée. Il portait un jeans noir, une large chemise à carreaux sous une veste de cuir. Il était chaussé de bottillons noirs de cuir également. Son sourire était avenant et la poignée de main chaleureuse.
-"Germain Lapointe?"
-"Lui même."
-"Enchanté, Harry Jones du central de Sydney, vous avez fait bon voyage?"
-"Oui merci, un peu fatigué par huit heures de décalage mais ça ira mieux demain, après une bonne nuit de sommeil, mais pour l'instant place à notre affaire, vous avez pu localiser l'olibrius?"
-"What?"
-"Oh pardon, je voulais dire l'individu."
-"Oui, oui, votre olibrius vit dans le quartier de St James, au 195 King Sreet et deux de nos hommes sont postés devant son immeuble mais celà fait plus de 24 heures qu'il ne s'est pas montré, et il n'est pas chez lui."
-"Est-ce qu'il travaille?"
-"Oui, il est chef cuisinier, dans un grand restaurant français dans le quartier de Rosebery au sud de la ville et là aussi, il y a un homme en poste mais toujours pas de Jean Lepetit en vue!"
-"Il aurait disparu?"
-"Non, car il y a quatre jours, il était bien à la descente
d'avion du vol 772 Paris/Sydney, nous avons vérifié auprès de la compagnie, il avait deux jours de repos à prendre a dit un garçon de salle à l'un de mes hommes qui s'est fait passer pour un ami à lui, comment on dit dans votre pays? Demain il fera jour!"
-"Oui c'est ça."
-"Je vais vous conduire à votre hôtel, et je passerai vous chercher demain à 8H00 précises, ok?"
Lapointe prit possession de sa chambre, se fit monter un repas, vérifia l'heure il était 23H25 et 15H25 en France, il téléphona à Renard.
-"Allô! Renard, Lapointe en direct de Sydney, quoi de neuf?"
-"Notre homme a de curieuses fréquentations, patron,vous avez fait bon voyage ?"
Lapointe étouffa un baillement.
-"Ce qui veut dire ???"
-"Trop long à vous raconter, patron, reposez vous on verra demain."
-"Vous avez raison Renard." Répondit Lapointe qui sentait le sommeil s'abbattre sur lui.
Il se dévêtit rapidement et pénetra dans la salle de bain. Il opta pour une douche, en dépit de la baignoire immense munie d'un jacuzzi. Il risquait de s'endormir de son sommeil de plomb habituel et trouver un commissaire français noyé à l'hôtel le plus renommé de Sydney compliquerait fameusement l'enquête. Sa toilette fut rapide mais il prit le temps de se raser car il ne supportait pas sentir le picotement de ses poils gris sur les joues et le menton. Il enfila sa veste de pyjama rouge à
carreaux rouges et bleus et s'affala enfin dans le grand lit spacieux. Il s'endormit aussitôt, nullement gêné par la réverbération des néons lumineux qui clignotaient au dehors la régularité d'une horloge.
Lapointe se réveilla en sursaut, quelqu'un venait de frapper à la porte de sa chambre!
-"One moment please!" Insista-t-il.
Il sauta du lit et regarda l'heure, le réveil indiquait huit heures dix.
Il avait dormi d'un sommeil de plomb et n'avait pas entendu la sonnerie de son portable qu'il avait réglé sur sept heures trente.
Il sauta du lit, enfila son peignoir en éponge blanc et mit, aux pieds, des chaussons de la même couleur. Il se frotta les yeux et l'esprit encore embué de sommeil, il alla ouvrir la porte.
-"Hello ! Lapiinte!" Dit Harry Jones. "Vous faîtes la grasse matinée !!!"
-"Entrez, mon ami." Dit Lapointe. "Je suis désolé, je n'ai pas entendu mon réveil."
- "Alors..." Lui dit Harry d'un air amusé tout en mâchouillant un bout de cigare à moitié éteint. "Ce n'est pas grave, nous avons le temps ! Relax!"
Le policier australien à la silhouette longue et musclée s'affala dans le canapé de couleurs bleu et beige à carreaux.
-"Pour me faire pardonner, puis-je vous offrir quelque chose à boire ou à manger ?" Demanda le policier français
-"Beer please." Répondit Harry.
Lapointe prit le téléphone et appela la réception pour commander une bière, un café crème et deux croissants.
Le garçon déposa un plateau décoré, aux motifs indigènes australiens, sur une table ronde recouverte d'une nappe blanche bordée de dentelle.
L'odeur des croissants et du café crème fumant aiguisèrent l'appétit de Lapointe.
Il versa dans un verre la bière glacée et le donna à Harry. Puis il prit un croissant dans lequel il mordit à pleines dents.
-"Lapiinte!" Dit Harry "Votre suspect s'est enfui. Sa voiture n'est plus dans son garage et il ne s'est pas présenté à son boulot. J'ai donné son signalement et ordre à toutes les polices d'arrêter le fuyard qui circule dans une land lover, couleur safari, immatriculée JANFRE"
-"Nous n'avons plus qu'à être patients !!!"
-"Dans l'attente de nouvelles informations, je vous propose de visiter l'opéra, un de nos plus beau joyaux. Ensuite nous irons déjeuner au Sydney tower restaurant où vous pourrez déguster un plat national : « Filet de kangourou aux figues »."
Lapointe acquiesça d'un sourire. Subitement, il pensa à Claire, sa femme qui aurait certainement beaucoup apprécié une telle invitation !
-"Allô! Jean."
-"Oui."
-"C'est moi Emile."
-"Mais tu es fou de m'appeler ici, que veux-tu?"
-"Je m'inquiète car ici je ne vois plus aucun poulet!"
-"Bien moi, je suis obligé de m'escamper, parce que j'ai les flics au cul, un flic s'est presenté à mon boulot hier, il s'est fait passer pour un ami et en plus il y a un autre flic qui est en planque depuis deux jours, c'est un serveur qui m'a averti, c'est pour ça que j'ai pris la poudre d'escampette direction Singleton vers le nord, je te laisse maintenant car il ne faudrait pas que toi ou moi soyons mis sur écoute, bye-bye."
La communication fut brève au cas où son portable ou celui d'Emile eut été mis sur écoute.
Jean Lepetit filait à toute allure vers Singleton, direction l'aéroport. Quand il arriva à proximité il aperçut devant l'entrée et la sortie toute une flopée de policiers, il fit demi-tour direction Port Macquarie, car il ne savait pas s'ils étaient là pour lui. Par prudence il était préférable de ne prendre aucun risque. Donc faute d'avion ce serait le bateau.
En entrant dans la ville de Forster il aperçut une patrouille de police, dont un des policiers croisa son regard avec le sien. Là il sentit de suite que ce regard
voulait en dire long et il le prit pour un avertissement. Cette fois-ci il était bel et bien recherché, même si ce policier n'avait réagi que du regard. De suite il ne tarda pas à trouver un parking pour poser son 4x4 et continuer sa fuite par les transports en commun. Il prit un bus et direction la gare routière pour changer de correspondance car il etait à vingt cinq kilometres de Port Macquarie. Trois quarts d'heure plus tard il achetait son billet et
prit place dans le bateau le "South-Sea" direction Wellington en Nouvelle-Zélande où il aviserait une fois sur place.
Lapointe entra dans la vieille berline toute cabossée. Le cendrier débordait de mégots et l'habitacle sentait le tabac brûlé.
Avant de prendre le volant, Harry Jones mit le gyrophare sur le toit et glissa sa haute silhouette sur le siège conducteur qui avait été coulissé vers l'arrière et réajusta son chapeau « western » de feutre marron orné d'un galon de même couleur.
Harry Jones tourna la clef de contact et fit vrombir le moteur. Puis démarra sirène hurlante sur les chapeaux de roue en disant : « To the Opera House.». Et il ajouta en regardant fièrement Lapointe : « Vous avez la tour Eiffel et nous avons l'Opéra ; vous avez le Pont Neuf et nous avons Harbour Bridge.
Pendant un long moment la voiture du chef de la police de Sydney roula à toute allure et après un virage à gauche, s'engagea sur le célèbre pont.
Le commissaire regarda en contrebas et vit une multitude de navires, de voiliers et de hors-bord qui naviguaient dans les eaux vert foncé de la baie. Leur passage laissait dernière eux des sillons d'écume blanche.
Et soudain, sous un ciel d'un bleu profond, se profila un bâtiment atypique dont le toit reflétait, à la fois, l'image : d'un grand voilier, d'une vague s'agitant sur l'océan ou bien d'un coquillage. Harry Jones s'exclama : « Voici notre joyau national ».
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Du parvis de ce bel édifice, les deux policiers admiraient la vue sur Harbourg Brige et sur l'océan pacifique bleu turquoise.
Lapointe goûtait à la magnificence des lieux et pensait à sa femme Claire.
Il se disait que pour fêter l'anniversaire de leur vingt cinq ans de mariage, ils s'offriraient un voyage au pays des kangourous.
"Come ! Allons visiter l'opéra." Insista Harry.
Les deux policiers parcouraient l'une des grandes salles de concert quand soudain la sonnerie du talkie walkie de Jones rententit. Il prit son appareil et appuya sur un bouton tout en disant : « Yes ! Harry Jones ». Alors il s'en suivit une longue conversation.
Celle-ci terminée, le chef de la police de Sidney annonça à Lapointe : « Nous avons repéré Jean Lepetit ! »
" S'il vous plait ! Demandez à vos hommes de l'arrêter avec courtoisie." Insista le commissaire." Pour l'instant nous n'avons pas de preuve contre ce fugitif."
Pendant que la police se préparait à cueillir Jean le Petit, Emile de l'autre côté de la planète, était fort mécontent d'avoir obéi à son impulsion et appelé son ami. Cet appel allait non seulement lui coûter la peau des fesses mais avait aussi contrarié ce cher Jean! Cela commencait à faire beaucoup et il sentait sa patience fondre comme neige au soleil. Il tournait comme un lion en cage. Afin de calmer le tremblement qui l'agitait, il se servit un verre d'alcool, s'assit dans son fauteuil usé après avoir remis une bûche dans la cheminée. Il ferma les yeux et savoura en souriant les bienfaits de l'alcool qui lui brûlait le palais puis descendait le long de sa gorge. Un plan machiavélique prenait peu à peu forme dans son esprit torturé. Il ne voulait à aucun prix être impliqué dans ces meutres commandités par ce Jean Le Petit. Certes c'était lui qui les avait commis mais il n'avait été que l'instrument de celui qui réclamait vengeance!
Il renonça à se servir un second verre, posa celui-ci sur le guéridon et ouvrit le tiroir d'un vieux bureau. Il en sortit une enveloppe remplie de liasses. C'était la rétribution de son forfait. A présent la somme lui semblait bien dérisoire par rapport aux risques qu'il encourait car il se mettait à douter de la fidélité de son ami. Il fallait qu'il triple ou quadruple sa mise. Il lui fallait beaucoup d'argent pour pouvoir exécuter sa vengeance et enfin il pourrait renoncer définitivement au démon du jeu.
Il se dirigea vers la salle de bain, brancha la chaufferette électrique et se fit couler un bain. Il resta un très long moment plongé dans l'eau bouillante et lorsque que son bain refroidissait, il ouvrait le robinet eau chaude avec son gros orteil, la laissant couler jusquà la limite du supportable.
Il mijota longtemps dans son jus, réfléchissant à sa vengeance.
Enfin,il émergea de son bain, fit une toilette minutieuse, rasage, coiffage, eau de toilette en abondance puis il se dirigea vers la chambre attenante. Il n'alluma pas, la lune avait assez de puissance pour percer au travers des vitres sales et éclairait la pièce d'une lueur blafarde qui convenait bien à l'humeur de notre homme. Il revêtit son unique costume dont le fond était élimé, trop de temps sans doute passé sur les sièges du casino, sa chemise blanche par contre était neuve et se trouvait encore dans son emballage. Ces préparatifs terminés, il plaça l'enveloppe dans la poche intérieure de son veston, ajusta une dernière fois sa cravate, inspecta ses chaussures puis appella un taxi. Quelques minutes suffirent à celui-ci pour arriver.
Le chauffeur était sans contexte un habitué car Emile le salua avec amitié et celui-ci lui dit :
- "A l'endroit habituel?"
Emile acquessia.
Le Ferry-boat lança un long et grave coup de sirène ; il quittait Port Macquarie en direction de Wellington. Jean Lepetit était rassuré, il prenait le large. Lentement, il releva le col de son veston en tweed gris, enfonça son chapeau sur la tête. Puis, il mit ses lunettes solaires, noires, sur son nez.
A travers le hublot du bateau, la mer offrait ses différents tons de bleus turquoise. Et les mouettes, au plumage dorsal gris et blanc, tournoyaient dans le ciel. Ces cadeaux de la nature insufflaient force et bien-être à Lepetit.
Il prit la direction du bar. Et dès son arrivée, il fut surprit par l'ambiance douce et feutrée de l'endroit : Un tapis rouge carmin recouvrait le sol et des photos, de Blue Mountain et de Ayers Rock, décoraient les murs en crépi blancs.
« Hey Jude », des Beatles, passait en sourdine. Et la lumière tamisée du bar, ainsi qu'une lampe Tiffani : décor (fleur) bleu, rouge et vert, posée sur le comptoir, rendaient l'atmosphère intime et reposante.
Jean Lepetit s'installa sur un haut tabouret devant le bar en acajou et demanda un double whiskey. Il le but d'un trait.
Cette eau de vie lui procurait une détente physique et psychologique. Et les notes maltées, épicées et moelleuses de cet alcool de blé, flattaient ses papilles.
Le miroir, couleur bronze, qui couvrait le mur à l'arrière du comptoir lui renvoyait son reflet. Et à son grand dam, il voyait l'image d'un assassin. Il détourna son regard.
"Garçon un autre whiskey!" Insista t-il.
La police avait lancé à la télévision un avis de recherche et diffusé une photo du fugitif :
« Recherchons : personne se déplaçant à bord d'une quatre fois quatre.
Yeux bleus, mesurant environ un mètre nonante. Ossature forte.
Signe particulier : cicatrice importante à l'arcade sourcilière gauche ».
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Tout en sirotant son café crème, une dame d'une cinquantaine d'années se demandait où elle avait bien pu voir l'individu assis sur le tabouret et qui buvait plus que de raison.
Soudain, son petit caniche beige, avec un joli nœud rouge sur la tête, aboya. Il quémandait le biscuit que sa maîtresse avait reçu avec son café.
Lepetit, surpris, se retourna et laissa voir une grande cicatrice à l'arcade sourcilière gauche.
Alors, la quinquagénaire se souvint de l'avis de recherche qu'elle avait vu, à la télévision, avant son embarcation.
D'une manière discrète, elle prit la direction des toilettes et de son téléphone portable, elle en avisa la police de la présence sur le navire de Jean Lepetit.
Harry Jones et Lapointe ordonnèrent d'arrêter le suspect dès à son arrivée à Wellington et de le placer en garde à vue.
Le taxi prit la direction de l'autoroute, ralentit à l' embranchement, attendit pour laisser le passage à un énorme camion, s'engagea et accélèra. Assis à l'arrière, Emile essayait de vaincre son impatience en fixant la nuque du chauffeur. Une nuque épaisse qui débordait sur le col de la chemise, des cheveux noirs trop longs mais propres,au dos de la veste polaire un écuson avec une marque devenue illisible.
Le chauffeur sentit-il le regard d'Emile, il orienta son rétroviseur de façon à pouvoir le regarder.
Les yeux étaient noirs et le regard était d'une acuité redoutable, du moins pour Emile qui se sentait transpercé.
Deux perles noires brillant sur un écrin de blancheur.
-"Détendez vous, nous ne sommes plus bien loin." Dit-il. Il brancha le lecteur de CD et fixa à nouveau la route.
Assitôt l'habitacle fut envahi par un air d'opéra et Emile qui pourtant n'était pas mélomane, se laissa bercer par des les voix magnifiques.
Le taxi s'arrêta devant un immeuble d'aspect anodin qui se trouvait dans une rue en cul-de-sac.
-"Je vous attends, comme d'habitude?" Demanda le chauffeur en encaissant le prix de la course.
-"Oui." Répondit son passager. "Mais cela rique d'être long!"
Emile sortit du taxi d'un pas sûr et décisif et se dirigea vers l'entrée de l'immeuble. Il prit la porte d'entrée, descendit un étage passa toute une serie de portes et de couloirs avant d'arriver devant une porte avec un hublot. Il montra patte blanche et alla s'installer à une table de jeux dans une pièce très sombre ou une odeur de fumée et d'alcool fort empuantissaient la pièce.
Déjà là, assis à la table cinq types, dont deux à l'air plutôt patibulaire,qui comptaient leurs liasses de billets, tout en sirotant un grand verre d'alcool fort.
-"Bonsoir!" Fit Emile d'un ton sec.
-"Tony, ma bouteille et mon verre s'il te plaît!"
-"De suite."
Emile jeta un coup d'oeil autour de la table.
-"Nous attaquons à combien ce soir ?"
-"Quinze cent" Dit un des deux patibulaires.
Puis Tony l'espèce de barman qui faisait également office de croupier prit le jeu de cartes, mélangea et distribua.
Avec douceur, le ferry et ses passagers firent leur entrée dans le port de Wellington.
Du pont du paquebot, Jean Lepetit regardait la coque, blanc et bleu d'un chalutier, qui frappée par les vagues et marquée par les brûlures du soleil se ternissait. En sifflotant, des marins trapus, aux épaules larges, aux biceps gravés de tatouages et au teint hâlé par le grand large déchargeaient la cargaison de poissons. Visiblement, Ils étaient heureux d'avoir été choisis par l'océan pour pêcher dans ses eaux.
Sur un fond de ciel bleu intense, des collines verdoyantes bordaient le port. Et un nuage ouaté perdu au dessus de l'océan se déplaçait au gré du vent. Il faisait rire, à grand coup, un goéland qui s'y engouffrait avec volupté.
Saisi d'émotion, Jean se souvint de l'histoire de Jonathan Livingston le goéland.
Les rares moments de bonheur, Lepetit les avait toujours trouvés au contact de la nature !
Jean était un homme solitaire. Il n'avait ni ami, ni famille. Il ne voulait pas d'attaches. Et ses amours étaient furtifs et sans lendemain.
Sa rudesse cachait une fragilité à fleur de peau et une âme de poète.
Il ne possédait aucun bien, sauf un carnet à la couverture écornée et aux feuilles jaunies. Ce petit cahier, il l'emportait toujours avec lui. Il y avait couché sur papier ses états d'âme et ses émotions les plus profondes.
Il était né sous une mauvaise étoile. Le manque d'amour, de reconnaissance, et les sarcasmes de son entourage, avaient fait germer la haine dans son cœur. Quand à son âme, elle se consumait petit à petit. Alors, il s'était dit que le seul baume pour panser ses plaies et calmer sa souffrance était le meurtre.
Aujourd'hui, son but atteint, il était toujours face à lui-même et à ses démons.
Il n'était pas seulement un assassin, mais un lâche. Il connaissait l'addiction d'Emile au jeu et le besoin d'argent que celle-ci occasionnait. Alors, il s'était servi de ce pauvre bougre pour tuer. Et comble du morbide, pour épouvanter les villageois, il avait imaginé que les meurtres seraient exécutés avec des mises en scène spectaculaires :
Plume de gallinacées.
Potirons.
Fantômes.
Halloween.
Badigeonnage des cadavres en bleu.
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Cette fois encore, il avait réussi à semer la police. « Pour combien de temps », se disait-il ?
Mais après tout, que lui importait d'aller moisir en prison, où ailleurs !!!
Sa vie était un fiasco et son destin scellé d'avance.
Le bateau accosta dans le port de Wellington et une bonne odeur s'échappait des restaurants portuaires. Elle venait titiller les narines de Jean Lepetit. Alors, il décida de s'offrir un bon « gueuleton ».
Il entra dans une auberge cossue, où le moelleux des banquettes, en velours rouges, charmait la clientèle.
Les pas des clients s'enfonçaient dans des tapis en pure laine vierge, faits main, avec de jolis motifs. Des tables bien dressées sur des nappes blanches amidonnées et décorées de narcisses blancs au cœur jaune, qui diffusaient généreusement leur parfum.
Quand soudain et d'une manière inattendue, deux policiers en civil l'interpellèrent et lui demandèrent de les suivre.
Jean Lepetit n'opposa aucune résistance. Il se dit que les dés étaient jetés !!!
Jones et Lapointe en route pour le central de Sydney, apprirent par radio que Lepetit venait d'être interpelé dans une auberge du port de Wellington et que l'interpellation c'était opérée toute en douceur, comme l'avait demandé Lapointe. Car il n'avait jusque là aucune preuves tangibles pouvant accuser formellement Lepetit.
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"Nous avons ordre de vous conduire au central de Sydney pour une garde à vue" dit l'un des deux policiers, et sans broncher ni laissant apparaître aucun signe d'inquiétude, Lepetit marchait au rythme des deux civils les menottes aux poignets. Les deux civils conduisirent Lepetit au central de Wellington afin d'attendre 19h00 pour le retour du ferry pour port Macquarie.
Au central de Wellington Lepetit fut incarcéré sans lacés ni ceinture, la procédure habituelle, on lui servit un sandwich et une bouteille d'eau. Mais dans sa tête il commença à réfléchir de la manière dont les deux civils l'avaient interpellé ! Garde à vue ???????????
Visiblement pour ce cher Emile ce n'était pas la baraka, son jeu n'était pas du tout à la hauteur de ce qu'il espérait, et il voyait une partie de son enveloppe fondre comme neige au soleil, pour prendre un peu de confiance, il n'hésita pas à ce resservir une double dose de "JB" avec deux glaçons, cela lui ferai le plus grand bien car il avait le visage ruisselant de grosses gouttes de sueur en pensant que la somme perçue pour les meurtres de Gaspard et de Berthe était dérisoire, si toute fois toute l'affaire devait être découverte et élucidée, "tu es un con ce disait il".
"Oh tu suis au tapis ou tu rêves t'es le dealer ?" lança un des costauds;
"fais pas chier" répondit sèchement Emile, et il suivit la mise d'un montant de 20 000 mille sans même avoir pris le temps de tourner les deux dernières cartes qu'il venait de prendre, et il jeta ses cartes sur le tapis et surpris de voir un carré de Rois apparaître, il ramassa le pactole se leva, vida son verre et salua d'un geste sec.
Pendant ce temps à Noixville Ce cher Renard continua de suivre son feeling et de fouiller minutieusement les moindres détails ainsi que les différents documents d'état civil concernant Jean Lepetit jusqu'à sa majorité, ainsi que de se pencher plus sérieusement sur les fameux yeux derrière la vitre et fit mettre en planque une jeune inspectrice pour suivre et filer ce fameux Mr X.
L' inspectrice Samantha Jones , était nouvellemenet diplômée et avait débarqué des ETATS UNIS quelques semaines avant les faits horribles qui s' étaient déroulés dans la commune . Malgré sa jeunesse , rien ne semblait la dérouter , elle avait du en voir bien d' autres de l'autre coté de l' océan .Elle était très jolie , ce qui pouvait lui causer tort dans son travail de pisteuse mais elle avait l' art de se transformer en la plus insignifiante des personnes .
Samantha avait un don , personne n' était au courant , elle même , e, était à peine consciente .
Lors de la planque devant chez Emile elle avait fait part d'une remarquable créativité, une véritable transformiste, elle avait pris l'apparence d'une artiste peintre installée non loin des fenêtre d'Emile avec tout l'attirail du peintre, chevalet, palette, blouse maculée de taches, et même l'esquisse (l'église) était vraie car en plus elle était douée d'un véritable coup de crayon ! Une véritable artiste exerçant son travail, en fait elle était aussi douée pour la peinture sur toile que pour la planque, personne n'aurait mis en doute sa véritable présence ici, même Emile qui dans l'après midi en revenant des FUNÉRAILLES EN BLEU avait jeté un furtif coup d'œil sur la toile et avait remarqué sa beauté en rentrant chez lui.
Garde à vue ??? se disait dans sa tête Jean Lepetit et dans le plus grand calme sur le banc de sa cellule, garde à vue ???
-"En fait il n'ont rien de bien concret contre moi ? Ou bien Emile aurait il lâcher le morceau ? J'en doute ce n'est pas du tout le genre à jouer les balances, d'autant plus que si j'en suis le commanditaire lui en est l'exécuteur et là, la sanction serait terrible autant pour l'un que pour l'autre".
-"Enfilez vos lacés et votre ceinture, nous partons pour Sydney".
Annonça l'un des policiers. Jean Lepetit refit minutieusement les
lacés de ses chaussures reboucla sa ceinture et se présenta debout devant la porte de la cellule dans le plus grand calme, quelque part il ressentait une certaine quiétude et il sortit de la cellule ou il fût de nouveau menotté et suivit les deux geôliers.
Ils avaient tous deux des mines patibulaires , mais Jean ne s' en formalisait pas .Il ressentait même une certaine euphorie !
-Dire qu'il y des gens qui s'ennuient ,des gens dont les jours se suivent et se ressemblent ! Il pensait surtout à l' Emile,à son assertion au jeu ! Le pauvre, il ne quitterait sans doute jamais son village sauf pour peut-être se retrouver en tôle ! Jean aussi bien sûr risquait la tôle lui aussi mais son sort était bien plus enviable! Sydney,regorgait d' avocats plus ou moins honnêtes.
Ce qu'on en a dit sur le moment
bonsoir Nathalie , j 'attends avec impatience que tu te joignes à nous pour cette histoire


je suis les épisodes depuis peu et j'aime bien.
pour enclencher une hypothése sur le bleu, je propose l'expression comme un bleu = jeune soldat... pendant la guerre
ou débutant...