Vers la mi-juillet, Bruno rendit visite à sa soeur.
Il avait pris cette habitude une ou deux fois l'an depuis la mort de leur mère et Dominique semblait l'accueillir avec plaisir.
Il restait peu de temps, racontait quelques blagues, buvait un café, se plaignait du manque à gagner et s'en allait.
De quelques années plus âgé qu'elle, il n'avait jamais admis sa désinvolture, son mépris de l'argent ni ses lits de hasard dont lui-même, flambeur invétéré, sortait hagard et déplumé pour trouver refuge auprès d'une mère trop éprise de ses fils pour oser le rejeter. L'époque est telle , que cadres encadrés se désencadrent et leur prometteuse cinquantaine voit arriver avec effroi l'horrible minimex. Actuellement il loufiatait de gauche à droite, tenant la dragée basse à son cadet Richard, riche d'économies et de crachats rentrés. Tout ce beau monde naviguait entre un demi siècle d'âge et le début du suivant.
Dominique avait déménagé et il était curieux, malgré son peu d'intérêt, de connaître l'antre de cette femme dont la différence paraissait s'approfondir encore depuis la mort de leur mère voici trois ans.
-"J'espère qu'elle s'est arrêtée de boire et de fumer. Elle avait pris dix ans la dernière fois que je l'ai vue. Gentille, c'est vrai, plus gentille qu'au vivant de maman, mais quelle emmerdeuse! Bon, c'est son anniversaire demain, oublions-ça!" C'était l'un de ses mots de prédilection.
Au troisième coup de sonnette, la porte s'ouvrit. Il resta bouche bée.
Impossible de reconnaître sa soeur dans cette silhouette élancée, étroitement moulée de jersey beige, fine et racée jusqu'au bout des ongles.......


