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Garde tes larmes pour plus tard, ma fille...

Psychologie · 8 chapitres · 5 plumes · écrite du 27 mars 2006 au 26 septembre 2007 · 597 lectures à l'époque

Ligne de conduite

Fille-mère, descente vers la haine et la folie

Fb413280 27 mars 2006 · 1

Vers la mi-juillet, Bruno rendit visite à sa soeur.
Il avait pris cette habitude une ou deux fois l'an depuis la mort de leur mère et Dominique semblait l'accueillir avec plaisir.
Il restait peu de temps, racontait quelques blagues, buvait un café, se plaignait du manque à gagner et s'en allait.
De quelques années plus âgé qu'elle, il n'avait jamais admis sa désinvolture, son mépris de l'argent ni ses lits de hasard dont lui-même, flambeur invétéré, sortait hagard et déplumé pour trouver refuge auprès d'une mère trop éprise de ses fils pour oser le rejeter. L'époque est telle , que cadres encadrés se désencadrent et leur prometteuse cinquantaine voit arriver avec effroi l'horrible minimex. Actuellement il loufiatait de gauche à droite, tenant la dragée basse à son cadet Richard, riche d'économies et de crachats rentrés. Tout ce beau monde naviguait entre un demi siècle d'âge et le début du suivant.
Dominique avait déménagé et il était curieux, malgré son peu d'intérêt, de connaître l'antre de cette femme dont la différence paraissait s'approfondir encore depuis la mort de leur mère voici trois ans.
-"J'espère qu'elle s'est arrêtée de boire et de fumer. Elle avait pris dix ans la dernière fois que je l'ai vue. Gentille, c'est vrai, plus gentille qu'au vivant de maman, mais quelle emmerdeuse! Bon, c'est son anniversaire demain, oublions-ça!" C'était l'un de ses mots de prédilection.

Au troisième coup de sonnette, la porte s'ouvrit. Il resta bouche bée.
Impossible de reconnaître sa soeur dans cette silhouette élancée, étroitement moulée de jersey beige, fine et racée jusqu'au bout des ongles.......

Fleur2yeux 28 mars 2006 · 2

La bouche pendante, il réussit à proférer au bout d'un certain temps d'adaptation à sa nouvelle soeur ces quelques mots:
- Putain de merde, quesque t'as changée !!!
- Généralement on dit bonjour Bruno, et pas "putain de merde"
Un sourire radieux, comme dans les films de Spielberg, une embrassade comme pour sentir le parfum de l'inconnue qui se dresse devant soi et une invitation à entrer, "parce qu'il fait froid dehors" bien qu'on ne soit en juillet. Le hall d'entrée était scandaleusement dans un tel état de propreté qu'on se serait cru sur un plateau de télé, ce qui ne manqua pas de mettre Bruno mal à l'aise. Bruno enleva ses chaussures sous les ordres de sa soeur, mit des patins achetés au prix d'or exprès pour sa venue expliqua Dominique et remarqua ce miroir d'environ 1,50m juste devant lui, lui montrant la dégaine qu'il avait, la même que d'ordinaire tandis que le reflet de sa soeur resplendissait de mille feux. "Je dois rêver, ce n'est pas possible".

Alix65 29 mars 2006 · 3

Bruno se sentait comme un gros lourdeau face à cette soeur soudainement si...si.. incroyablement changée et surtout belle. Il s'assit sur le rebord du canapé n'osant s'y vautrer comme à son habitude. Il remarqua à cette occasion que le canapé avait lui aussi changé, finit le gros cuir brun, à la place un siège au design aussi impeccable que la nouvelle silhouette de sa soeur. Elle lui proposa un verre de Chardonney qu'il n'osa refuser, une bière lui ayant mieux convenu.
- Et bien mais quelle surprise osa-t-il
- Quelle surprise ? de quoi tu parles ?
- Euh eh bien toi, ce magnifique appartement, ces meubles
- Qu'est-ce qui tu surprend le plus ? Que ta soeur ne soit plus cette femme au physique ingrat sur laquelle t'appesantir histoire d'oublier ta propre misère ? Je trouve que la cinquantaine est plutôt cruelle avec toi
Bruno ne sut que répondre, il se sentait effectivement réduit à pas grand chose. Il était surtout déconcerté par la nouvelle assurance de sa soeur, émanait d'elle quelque chose qui le faisait se sentir inférieur, misérable même.
- Il est très bon ce Chardonnay osa-t-il
- Et pourtant on ne donne pas de la confiture aux cochons
- Dominique pourquoi te montres-tu si agressive avec moi?
- Je crois que c'est ta façon d'être depuis que tu es arrivé qui m'y pousse
- Ah !
Le silence prit soudainement toute la place...

Fb413280 1 avril 2006 · 4

ce fut elle qui le rompit: "viens mon coeur, mon nid véritable est plus loin.

Il s'engagea derrière elle- Ce n'est pas possible, ce dos a vingt ans, cette démarche n'est pas la sienne.- Il ne pouvait détacher son regard de la chute des reins, des mollets fermes caressés de soleil, des talons hauts dont le martèlement sur le carrelage déclencha une érection peu prévisible. La honte le submergea quand juste avant d'ouvrir l'ultime porte elle se détourna et par son absence de sourire, il sut qu'elle savait.
Trop buté pour découvrir le mépris dans ce masque grave d'un instant, il n'y lut que faiblesse et légèreté.
-allons, entre.
Il la suivit. La pièce était petite mais claire. L'ouverture vers un jardin lui conférait un aspect campagnard ou "ancienne conciergerie.".
Il regarda autour de lui.- C'est bien elle se dit-il, levant les yeux vers le lit trônant sur l'immense mezzanine beaucoup trop vaste pour la pièce.
-Toujours, toujours se croire plus jeune, alors qu'elle a...mais elle a cinquante ans ans demain; nom de dieu! Jamais une femme ne change à ce point et aussi vite.
Trop honteux encore, il n'osait la regarder en face et tournait sur lui-même. Il y a pourtant des choses différentes, mais quoi donc? Les meubles sont les mêmes... Là, le secrétaire, la table, les.... mais oui, avant tout était bordélique et aussi... et aussi mais oui, bien sûr, les miroirs, à part le premier il n'y avait plus de miroirs.
Dominique vivait dans de petites pièces et adorait tous les miroirs; sources disait-elle d'espaces plus grands, de négatifs de lumière vers des paysages où l'on n'ira jamais. Je suis peintre, c'est normal. Son sourire le défiait alors. Renversant les bonnes femmes! Plus une seule toile aux murs! Et les photos de leur mère? Il y a six mois encore...

Alix65 4 avril 2006 · 5

alors que Bruno croisait par hasard l'ancien ami de Dominique il en avait suffisamment entendu pour se forger un avis style "décidément elle ne changera jamais". Et le voilà dans cet autre lieu en compagnie de cette autre soeur. De but en blanc il lui lance :
- Bon maintenant fini de jouer, tu vas me dire ce qui t'est arrivé !
- Oh mais je vois que mon cher frère se la joue autoritaire, un brin de jalousie non ?
- Ecoute soit tu me réponds ou je m'en vais sans te donner ton cadeau.
- Mon cadeau ? Il est où le cadeau ?
La curiosité de Dominique était piquée au vif, son frère ne lui avait jamais fait de cadeau à part quelques fleurs parfois.
- Motus et bouche cousue soeurette.
- Bon et bien j'ai rencontré le Diable et lui ai vendu mon âme! Ça te va ?
-Tu dois avoir un contrat quelque part non ?
- On ne signe pas de contrat avec Lui mais tiens regarde ça.
Elle souleva ses cheveux et lui présenta une marque boursouflée en forme de trident.
Bruno se demanda s'il était en train de rêver quand soudainement ...

Fb413280 4 avril 2006 · 6

il réalisa que les photos de leur mère fleurissaient encore aux quatre coins de l'appartement; des agrandissements géants qu'elle avait elle-même réalisés et qu'il trouvait ridicules et déplacés ainsi que ces inscriptions de gosse en manque. Maman, au secours! Maman au secours! Immenses ou minuscules, romaines ou cyrilliques, elles s'étalaient, obscènes, et vous bousillaient le cerveau.
Mais pas le mien! Dieu merci, j'ai toujours gardé la tête froide et ce qui est fini est bien fini.
D'après l'avis de toute la famille, Dominique était déséquilibrée et puisqu'ils portaient tous trois le même nom, Richard et lui songeaient sérieusement à la collocation.
A la moindre incartade....!
Mais lorsqu'il se tourna vers elle ses jugements s'effondrèrent.
-Des tatouages et des verres de contacts?
-Oui, c'est joli n'est-ce-pas-?
Tu as minci, c'est inimaginable!
-Oui, beaucoup de volonté. Le résultat en vaut la peine, non?
-Mais tu as cinquante ans, c'est ridicule de t'habiller ainsi.
Et ces cheveux longs! Tu as fait un lifting ma parole, Où as-tu trouvé l'argent?
Pas besoin d'argent pour remplir quelques rides, Bruno.
-Mais, comment?...
-Je ne pense plus, c'est tout! Pas facile à comprendre pour toi, je le sais.

Elle se leva, tourna sur elle-même en riant. Que bois-tu? Mais attends, il y a peu de choses à visiter mais je vais te montrer le jardin...

Morgoth 4 mai 2006 · 7

La porte-fenètre s'ouvrit sans grincer, ce qui agaça Bruno au plus haut point. Il n'en pouvait plus de cette mascarade insensée, tout avait changé et il se rendait compte que bien qu'il n'aimait pas sa soeur comme un frère devrait aimer sa frangine, il la préférait avant, naturelle même avec ce brin de folie qui lui passait devant les yeux de temps en temps.
- Après toi cher frère, ne fais pas le timide.
- Excuse-moi je rêvais...
- Je vois bien ça, dit-elle en lui passant la main délicatement dans les cheveux, ce que Bruno détestait prodigieusement. Cependant, il se surprit à apprécier ce geste fraternel, un geste qu'il n'avait jamais osé effectuer envers personne.
- Alors, qu'est-ce que je te sers?
- Je boirais bien une bière, le Chardonnay m'a donné mal au ventre, je n'en ai pas l'habitude...
- Pas de souci.
Elle se dirigea vers cette cuisine toute neuve, rutilante, à faire gerber et en sortit, deux chopes à la main. Elle posa les verres pour aller chercher les bouteilles consignées dans le réfrigérateur quand elle se retourna brusquement vers son frère qui lui matait les fesses.
- Eh bien, je te souhaite bienvenue dans ma nouvelle vie, une vie délicatement parfumée, une vie de luxe et de...

Lolly 26 septembre 2007 · 8

confort. Finis les problèmes à présent ! A moi la belle vie !
En prononçant ces mots, elle éclatait de rire. Un rire sûr et hystérique. Quelque chose avait changé en elle mais... Bruno ne saurait dire quoi...
Quand soudain, il comprit. Il la regarda durement et lui dit :
- Es-tu allé voir cette bonne femme ?
Dominique le regarda mal à l'aise et lui répondit franchement :
- Ecoute Bruno, tu sais, elle a été très gentille avec moi et m'a tout expliqué avec netteté et franchise. Je n'avais aucune raison d'hésiter.
Bruno ressentit alors une immense bouffée de colère lui monter au visage. Comment avait-elle osé aller voir cette sorcière ? Une vieille femme qui se faisait passer pour une sorcière de haut niveau et osait donner de l'espoir à une femme qui n'en avait plus... Elle n'avait pas besoin de ça. Seulement de médecins avertis. C'était l'avis de Bruno.

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