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Insupportable hiver

Psychologie · 24 chapitres · 8 plumes · écrite du 26 novembre 2005 au 5 avril 2006 · 1182 lectures à l'époque

Ligne de conduite

(Insupportable hiver)

Les 24 chapitres, dans l'ordre
  1. Quadrablues
  2. Telma
  3. Quadrablues
  4. Eleinad
  5. Quadrablues
  6. Domicado
  7. Quadrablues
  8. Telma
  9. Quadrablues
  10. Eleinad
  11. Domicado
  12. Elektralias
  13. Domicado
  14. Quadrablues
  15. Telma
  16. Eleinad
  17. Telma
  18. Sab67
  19. Jade
  20. Eleinad
  21. Sab67
  22. Eleinad
  23. Monique2006
  24. Eleinad
Quadrablues 26 novembre 2005 · 1

Le ciel est si bas, tant chargé de cette épaisse cotonnade qui s'effiloche dans l'air glacé. Ses mèches ébouriffées virevoltent et dansent devant ma fenêtre avant de s'allonger sur le sol et de tisser leur manteau de sommeil blanc.
Bientôt la vie n'apparaît plus, engourdie voire endormie profondément dans ce silence feutré qui me pèse déjà.
C'est pour moi le moment de m'évader vers d'autres horizons...

Telma 26 novembre 2005 · 2

... Partir ; je continue d'arranger mes effets dans ce grand sac marron qui m'a si souvent accompagné dans mes vagabondages. Prendre quelques livres, quand même.

Quadrablues 26 novembre 2005 · 3

Quelques livres, oui, pour quelques rêves en écrin de papier qui m'aideront peut-être à découvrir une lumière, une chaleur que cet hiver naissant a chassées de mon corps et de mon âme. Tout mon être est maintenant suspendu à ce départ, à ce voyage onirique vers des cieux aux couleurs de la vie. Mon bagage à la main, la porte de ma maison claque derrière moi...

Eleinad 26 novembre 2005 · 4

Et je ne vois plus le chemin. La neige a commencé à tomber pendant que je remplissais mon bagage. La porte est fermée et bien fermée. Où sont mes clés?

Quadrablues 26 novembre 2005 · 5

Puisque le retour ne m'est plus permis, je n'ai qu'à poursuivre en aveugle dans ce paysage lunaire où chacun de mes pas semble me conduire vers des terres hostiles. J'avance alors sans repères, seulement guidée par cet irrépressible besoin de fuir, de ne pas m'avouer vaincue par les affres de Dame Nature. Je marche vers mon exil...

Domicado 26 novembre 2005 · 6

Vers quelle terre mes pieds de plomb m'emportent-ils ?
Etrangère à cette vie, existe-t-il un refuge dans un ailleurs du possible. La froidure engourdit mon esprit. Toute initiative s'évapore avec la brume matinale. Envie de me laisser emporter par la prochaine onde de blizzard.

Quadrablues 27 novembre 2005 · 7

Ce blizzard qui me repousse, qui freine chaque tentative d'avancer, qui brûle mes yeux et ma peau, mais pire encore qui s'immisce jusque dans mon esprit et lui intime l'ordre de renoncer, de se laisser emporter dans un tourbillon glacial sans retour. Je résiste, à quoi je ne sais plus, seuls me conservent encore en vie les souvenirs de voyages vécus ou rêvés qui défilent dans ma mémoire comme des cartes postales jaunies.
Au loin, une pâle lueur apparaît...

Telma 27 novembre 2005 · 8

C'est le bus !
Enfin.

Quadrablues 27 novembre 2005 · 9

Enfin, c'est ce que je crois discerner dans ce paysage sans relief, sans profondeur, qui ne sait qu'être blanc.
Je trouve la force d'allonger le pas, de courir presque, enfin je le crois aussi.
La lueur grossit, rassurante; je ressens la chaleur qu'elle dégage, je la touche, je l'encercle...
Non. Ce n'était qu'un mirage dans ce désert de neige, qu'un mauvais tour que vient de me jouer le blizzard ensorceleur d'esprit. Je viens de trébucher et la douleur qui envahit mon genou me ramène à la réalité. Je suis perdue...

Eleinad 27 novembre 2005 · 10

Perdue? Reprenons nos esprits, où est mon téléphone portable?

Domicado 27 novembre 2005 · 11

Une déchirure enflamme mon genou et remonte jusqu'au coeur. Je ne peux me relever. Je m'enfonce dans un cocon glacé. La tête embrouillée, des images défilent, mon corps ne me porte plus, je flotte...

Elektralias 27 novembre 2005 · 12

Après tout, pourquoi m'encombrer d'un bagage ? Pourquoi emporter avec soi les douloureux souvenirs du passé ? Je regarde un instant ce sac contenant mes quelques effets personnels, repousse du pied ce vestige d'hier, ressers mon manteau sur mon corps engourdi et intime l'ordre à mon genou de se remettre en route. J'ai du chemin à faire, de la route à mordre, des vies à croiser, il est temps de se relever !

Domicado 27 novembre 2005 · 13

Se délester des vestiges du passé, regarder devant soi, entrevoir dans ce brouillard des lendemains printaniers. Mon corps se déploie, mon genou a entendu le message.
Je suis à l'été de ma vie.

Quadrablues 28 novembre 2005 · 14

Les membres lourds, la tête enserrée dans un étau mais le coeur plus léger, je me suis donc remise à marcher, certaine que ma bonne étoile finirait par me conduire là où un destin plus doux m'attendait. Combien de temps cela m'a-t-il pris pour sortir de cet enfer de vent, de froid et de peur mêlés, je ne sais plus...Une minute, une heure, un siècle, le temps n'existe plus que dans les pulsations de mon pouls et les battements anarchiques de mon coeur.
Mais, il me semble entendre au loin...oui, j'entends bien, cette fois c'est bien réel...

Telma 28 novembre 2005 · 15

J'aperçois l'autobus ou le car, voire le bus. Bref, un transport en commun.

Eleinad 28 novembre 2005 · 16

Un bus! Hourrah! Alléluia ! Mais...il ne s'arrête pas. Et le chauffeur reste sourd à mes cris. Normal, c'est Ernest, le sourd du village. Une des passagères m'aperçoit et va lui taper sur l'épaule. Il s'arrête enfin cinq cents mètres plus loin. Mais j'entends toujours ce "brr" qui s'amplifie. Un son de plainte humaine ou de rage animale?

Telma 28 novembre 2005 · 17

Finalement ce râle n'était-il pas le mien ? Je cours et monte dans le bus. Il est presque vide et je m'affale sur des banquettes molles.

Sab67 29 novembre 2005 · 18

Le bus repart...
Je demande à Ernest où le bus va nous mener. Le chaufeur se retourne et je m'aperçois que ce n'est pas mon ami le sourd. Ce monsieur est plutôt étrange car entre deux éternuements il me répond que le bus embarque des personnes mais n'en laisse pas descendre. Je tremble de peur! Je regarde autour de moi, ce bus est vraiment lugubre. Plus encore que le plafond de ma mansarde et encore plus lugubre que les toilettes chimiques de Madame Lapipota. Ho la la! Je suis bouleversée.
C'est à cet instant que le bus s'arrêta....

Jade 8 décembre 2005 · 19

Je regarde par la vitre crasseuse du véhicule; une enfant se tient sur le bas-côté. Mon coeur bat à tout rompre, elle ne doit pas monter, il ne faut pas, elle aussi sera prise au piège et alors...
Je panique de plus en plus lorsque les portes du bus s'ouvrent enfin. La petite fille s'apprête à monter et un cri sort de ma bouche, incontrôlable; il faut que je la prévienne ! Le chauffeur n'y prête pas vraiment attention car une (des rares) passagère tente de s'échapper au même moment. Comme dans un rêve, je vois sa lourde chevelure rousse projetée sur le siège près de la porte : le chauffeur vient de la repousser violemment. Le visage de l'homme ne reflète maintenant que haine et mépris. Je tremble et l'enfant monte. Une larme roule sur ma joue, encore une victime... Suis-je en plein cauchemar ?
Je me tourne vers la gamine... Ses yeux sont rouges sang !!!

Eleinad 11 décembre 2005 · 20

"B'jour Papa. T'en as ramassé combien aujourd'hui?, dit la petite fille au chauffeur.
- Un bon paquet, Olga.
- C'est Maman qui va être contente!
- Pour sûr!"
Elle alla s'asseoir au fond du car , en fredonnant une drôle de chanson. Des variations sur le son "brr". Assez joli, une fois qu'on s'était habitué.
Puis elle se tut et...

Sab67 14 décembre 2005 · 21

Le bus s'arrêta de nouveau, une autre enfant monte...
-B'jour Olga, b'jour papa! T'en as ramassé combien aujourd'hui????
-Une bonne vingtaine!!!
-Wow! Maman va être contente, du bon sang frais....

Eleinad 18 décembre 2005 · 22

" Maman? De qui tu parles? De la tienne ou de la mienne?
Je te rappelle, au cas où tu l'oublierais, que notre père n'a bien sûr qu'une femme à la fois mais que la liste des mères de ses enfants est fort longue.
Je commence la litanie: Abigaël, Barbara, Clotilde, Doris, Eva, Florence, Ginette (ta mère), Henriette, Isis, Janine, Karine, Lola ( ma mère), Marie... J'arrête là mais lui, il a bien parcouru l'alphabet trois ou quatre fois!
Tu parlais de sang frais? Pourquoi?

Monique2006 5 avril 2006 · 23

Et le bus repart, traverse d'épaisses forêts...mes dents claquent de peur en entendant les commentaires des enfants sur les réserves pour les jours à venir. Le père a bien travaillé, il a su renouveler les provisions...Le palais des ogresses: il apparaît au tournant de la route, des murs aux couleurs vives presque criardes, un groupe de femmes qui prépare des légumes et des fruits. Etrange tenue à mi-chemin entre le Moyen Age et le XXIe siècle, et une foule de chats de toutes tailles et couleurs.

Eleinad 5 avril 2006 · 24

Le vent annonciateur de l'orage miaulait autour de moi quand je descendis du bus.
Les branches des arbres se tordaient désespérément, implorant je ne sais quelle divinité de les épargner.
Je me rapprochai le plus vite possible des femmes.
Il faisait frais et je frissonnais. Une des femmes vint à ma rencontre avec un grand bol de chocolat et dit: " Bois, ça te fera du bien".
Le chocolat, parfumé à la cannelle, me fit vraiment du bien. Je soupirai d'aise et la remerciai.
Je ne savais pas où j'étais mais je sentis que j'étais arrivée. Sensation à la fois réconfortante et angoissante.
Des chats, assis, bien droits, les deux pattes avant jointes, leur queue ramenée soigneusement devant, yeux mi-clos me regardaient.
D'autres s'étiraient, faisant jouer les muscles de leur dos.
D'autres encore aiguisaient leurs griffes sur des troncs d'arbres.
Enfin, les plus jeunes fôlatraient, courant après un papillon, une feuille emportée par le vent ou des moucherons.
Aucun ne quémandait de caresses.
Aucun ne me souhaitait la bienvenue en se roulant par terre ou en s'enroulant dans mes jambes.
La sensation d'être observée me fit me retourner.
Un grand chat noir aux yeux jaunes me fixait avec un rien d'ironie dans le regard.
C'est alors que j'entendis...

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