L'ARBRE SANS RACINES
Ce matin là, lasse et fourbue, je décidais de ne rien entreprendre de physique, tant je me sentais éreintée par le poids de tout le travail abattu ces deux dernières semaines!
Dès la fin du petit-déjeuner, je décidais de m'octroyer une journée rien qu'à moi !
C'est donc avec joie que je préparais ma table et mon siège pliables en m'installant sous mon arbre préféré dans le fond du jardin!
Dès que je pris cette décision, je fus d'une humeur si contagieuse, que mon mari me demanda en souriant : « que ce passe t-il ? » Je répondis avec entrain:
« Aujourd'hui je ne suis là pour personne, je suis en congé ! »
Il dut se dire : « elle me surprendra toujours ! » Je n'eus pas de réponse !
Je n'en avais cure, j'avais prévu dès cet instant : je me ferai servir comme une princesse ! A l'ombre de mon arbre, j'entrepris de lire si j'en avais le désir ou d'écrire... quand ça me plairait.
Délicieux moment de jouissance...fière d'en avoir pris la décision.
A peine installée, j'entendis déjà gémir mon mari : « où as-tu mis mon short ? » Non ?
J'hallucine ! Comment avoir la paix...Quelle utopie !! Impossible, même en restant ici dans notre jardin ?
Je décidais de ne pas répondre à sa question ! J'étais à la limite de l'insolence en lui criant : « aurais-tu trouvé le mien ? »
Il grommela quelques mots inaudibles et semblait râler ! Tant pis pour lui !
Fulminante, je pliais bagages ! Quand pourrais-je être un jour tranquille, sans être dérangée par des demandes et des attentes intempestives ?
Je décidais de prendre ma voiture et d'aller me réfugier dans un splendide parc à quelques kilomètres de la maison. Je remplissais un sac de livres, mes carnets d'écritures, évidemment j'emportais la table et le siège pliants !
J'entendis déjà l'appel « Où tu vas ? » Je répondis illico!
« Trouver un endroit calme et tranquille sans personne, qui me demande : toutes les cinq minutes...
« T'es où? Tu fais quoi?Où t'as mis ceci ?Où t'as mis cela ? »
A voir la tête de mon mari, j'avais compris qu'il n'était pas certain que je partirais ....Avoir une journée de tranquillité...faire ce que j'avais envie...sans être interpellée pour des broutilles ! Oui, je l'avoue, j'étais à la limite de l'énervement, je dus faire un effort pour ne pas exploser....je ne retrouverai mon calme, qu'une fois installée et peinarde sous un arbre !
Je me mis au volant. Zut ! J'avais oublié de prendre des boissons! Je tentais d'aborder l'oiseau rare : « Chéri : tu pourrais m'apporter deux sodas ? » Là, je me sens mielleuse et audacieuse !
Bien sûr, pour toute réponse j'entendis : « vas les chercher toi-même ! »
Raté, ma vieille ! Pas de chance ...je sors de la voiture et me précipite vers la cuisine...où bien sûr...dans sa colère ... s'était déjà tapi...mon oiseau rare, à mon insu !!! Je restais surprise...
« Pourquoi tu te caches derrière la porte ? » Il osait me répondre : « Tu es sûre de vouloir partir ? » ...Quoi ?
C'est un guet-apens ? Non, ce n'est pas possible ! Pire qu'un enfant de cinq ans, privé de sortie !
« Tu reviens à quelle heure ? » «Donnes-moi un petit bisou!» : Smak furtif. Je gardais mon calme.... je me sentais prête à exploser!
« Mon chéri, tu sais que je t'aime, mais là, tu vas me lâcher les baskets, je souhaite passer une journée tranquille et paisible, loin de toi ! » « A quelle heure tu rentres ? »
« Plus tu m'énerveras, plus tard je reviendrai ! C'est d'un puéril !!! »
« As-tu pensé au souper ?? » Quoi ? « T'as vu l'heure ? Il est dix heures du matin...ce n'est pas possible ! »
J'en rajoute...en blaguant.... (Il est très radin) ... il ne trouvera pas ça drôle du tout... et je lui rétorque avec une pointe d'ironie:
« T'inquiètes pas mon chéri... tu m'emmèneras faire un petit resto ce soir ? Non ? »
Là, je sens que c'est moi qui l'énerve! Depuis le début de ma retraite j'ai un malin plaisir à le faire mousser de temps en temps. J'oserais même dire que c'est quelque fois, intentionnel de ma part.
Il ne supporte absolument pas mon humour quand il se sent vaincu, encore moins quand sa femme s'affirme !
Cette fois je ferme la portière et je démarre avec un air moqueur en soufflant ...un baiser du creux de ma main vers mon oiseau rare !!
A entrevoir ses yeux, je devine qu'il n'est pas content ! Il ne sait pas où je vais, ni chez qui ? Ni avec qui ?
Sincèrement, ce n'est pas très gentil de ma part, mais ça me fait un bien fou de le tourmenter un peu!!!
Au volant, je mets la musique à fond et chantonne allègrement tout le long du chemin jusqu'au parc !
Je me gare ! A peine arrivée à la grille du parc, la table pliante me glisse des mains, elle tombe sur mon gros orteil droit. Je pousse un léger cri de douleur ! Aie !
Tentant maladroitement de rattraper le siège pliant, en me relevant je vois des pieds chaussés de mocassins...impeccablement cirés !
Surprise...je me retrouve face à un homme de style gentleman qui tient ma table sous le bras! Je tente de ne pas bégayer tant mon étonnement est visible ! J'en rougis presque. Qu'est ce qui m'arrive ? Je reste aussi muette que lui. Il bredouille en me demandant :
« Qu'aller vous faire avec cette table et ce siège ? » Penaude, mais souriante : je réponds :
« Monsieur, je ne suis pas venue pique - niquer ! » Presque agressive...il n'y a pas lieu de l'être, me dis-je à voix basse !
Je reste interrogative du fait qu'il reste planté là ...il a presque l'air stupide avec ma table sous le bras ! Il aurait pu continuer son chemin, non ? Aussi embarrassé l'un que l'autre, il me suit dans l'allée principale du parc !
« Où allez vous, Madame ? » Je bredouille déjà moins, mais reste toujours aussi perplexe devant son élégance, son aisance et l'assurance de son verbe. « Je me rends sous le cèdre du Liban au bout de l'allée qui mène au Musée, Monsieur ! »
J'ai l'impression de parler la bouche pincée en cul de poule !! Je me sens idiote, de faire la précieuse...mais ça m'amuse follement !
« Ah, vous êtes une habituée, Madame? » « Non, Monsieur, c'est la première fois que je viens seule ! »
« Autrefois nous y venions régulièrement en famille, il y a plus de trente ans, aujourd'hui j'y viens pour trouver de l'inspiration!»
« De l'inspiration ? » « Oui ! Je suis à la retraite depuis quelques mois, comme j'ai toujours beaucoup aimé cet endroit, je crois pouvoir m'y ressourcer pour écrire ! »
« Vous écrivez Madame ? »
Non, je tente d'écrire des petites nouvelles, j'en écris à quatre mains via le Net avec une personne que je n'ai encore jamais rencontrée, et j'ai un projet de biographique sous forme de fiction en chantier ...
« Madame ? Appelez-moi Andy ! » « Ah, oui, Andy, c'est un diminutif ? » Qu'importe ! Je ne réponds pas.
« Bien sûr...il rajoute : « c'est votre vrai prénom ? Sans réponse il me dit : moi, c'est Nestor ! » J'ai failli éclater de rire ! Il n'a vraiment rien du domestique de Tintin au Château de Moulinsart !!!
« Je comprends votre sourire, Andy, vous avez de l'humour ! » J'ose ajouter : vous n'avez vraiment rien du domestique de Tintin et du Capitaine Haddock !! » Non, là je trouve que ... je deviens familière !
Nous avons l'air ridicule au milieu de cette allée, lui ma table sous le bras et moi le siège et mon sac à la main ... mais sa compagnie me devient tout à coup agréable ! Du calme, me dis-je en me parlant intérieurement! Te rends-tu compte ? Sois prudente, ne t'embarque pas...il va te monopoliser toute ton après – midi !
"Tu voulais la paix...Et ton projet d'écriture ?" La petite voix intérieure s'interrompt et me dit :
« Eh, bien tant pis pour ce que tu avais à faire, tu pourras encore mieux décrire cette rencontre en laissant libre cours à ton imaginaire, de surcroît, il me semble érudit, disert et courtois ! »
Arrivés au cèdre, il me propose de l'accompagner à la cafétéria du Musée en m'offrant un café ! J'acceptai volontiers, mais je le rends attentif, je ne peux pas y aller avec la table et le siège?
« Ce n'est pas un problème Andy, me dit-il : nous allons les déposer au vestiaire du Musée et nous aurons toute la liberté pour discuter ensuite ! » Je me dis que cet homme est vraiment très élégant...tant, dans le verbe que dans le geste !
C'est qu'il m'intrigue. Il me semble être chez lui ici ? Etrange...
Il se doute que je reste coite par son aplomb et de suite il me rassure en me disant : « je suis le Conservateur du Musée ! » Sic ! Je reste interdite, je n'arrive pas à dire un mot !
Nestor, ce prénom ne lui va pas du tout ! Charles-Edouard...c'est un prénom plus drôle... un soupçon de snobisme ...Je ris seule...
Nestor me dis : « Pourquoi ce sourire ? » Gênée, je ne réponds pas !
Je me dis que j'exagère un peu...il finirait par être aussi fier que les paons qui se promènent sur les pelouses !! Je ne dis mot !! Comme par hasard j'entends au loin, comme un écho...Léon...Léon, Léon...les paons en choeur !!!
(Je décide de prendre un autre ton ....moins pincé, je quitte cette bouche en cul de poule !)
Nous nous dirigeons vers le vestiaire... je me sens très loin d'imaginer une seule seconde que je vais atterrir dans une telle histoire !
« Monsieur, euh ...pardon, Nestor, je ne comprends pas ce qui vous porte à me suivre et à vouloir m'offrir un café, le but de ma visite ne se déroule absolument pas tel que je l'avais prévu ! »
« Je vous remercie de m'avoir aidé à porter ma table, je pense que vous avez mieux à faire ! »
« Excusez-moi Andy, c'est un plaisir pour moi d'être en votre compagnie, vous me semblez être quelqu'un d'un grand intérêt et avec qui j'aimerais avoir des discussions intéressantes ! »
« Nestor, je suis désolée : vous ne m'avez jamais vue ni rencontrée, permettez-moi d'être étonnée...je souhaiterais que nous en restions là ! »
« Je ne souhaite nullement vous importuner, mais j'aimerais que vous sachiez Andy que, dès que je vous ai vu, je me suis rendu compte que vous étiez effectivement quelqu'un de très rare !! »
Rare ? (Une pièce de Musée ?) ...j'éclate de rire !! Nestor interrogatif et perplexe rit de bon cœur avec moi... il ne sait pas pourquoi !
Je réplique en lui disant ne rien comprendre à sa façon mystérieuse d'aborder la gent féminine, cette manière m'insécurisais, je dirais même me tétanisais!»
« Vous me donnez, l'impression de lire au fond de l'âme ! Cela m'effraie, je ne me laisse pas découvrir par le premier venu, oui, vous êtes le conservateur du Musée, vous avez probablement fait des études d'archéologie et quoi d'autre encore, vous, vous ne savez rien de moi? »
« N'ayez pas peur Andy, je ne vous ferez aucun mal, je désire et souhaite tout simplement que nous soyons amis et qu'au fil de nos rencontres, vous acceptiez que je vous offre un café !
" Etrange proposition, Monsieur ! Pardon.
Nestor, je vous demande un temps de réflexion...je ne peux accepter votre offre sans que je me pose des questions ? »
D'emblée je décidais : « Et bien Nestor, allons y le boire ce café, ensuite nous verrons si nous pouvons envisager de devenir les amis du Parc et du Musée ! »
Nous nous sommes rendus à la cafétéria et là je me suis laissée apprivoiser, j'ai découvert Nestor sous un aspect moins incisif et de surcroît, fin psychologue ! Je suis restée bouche bée !!
Le plus stupéfiant ? Nous avons les mêmes origines sociales ! Sa mère l'a abandonné chez ses grands-parents quelques mois après sa naissance en 1945, tout comme moi...j'ai découvert que nous n'avons que quelques mois de différence.
Touchant de l'entendre se raconter...je l'ai écouté sans interruption, dès qu'il eut terminé ; par bribes je lui confirmais avoir vécu une multitude de situations identiques aux siennes ! Sans aucun doute a-t-il eu la même impression que moi pendant notre conversation ; le sentiment d'avoir rencontré son jumeau ! Trop d'émotions, hésitante... je n'osais pas lui poser la question.
Nous avons découverts ensemble que nous avons passés plus de cinquante ans à retrouver nos origines, nos racines ! Ni lui, ni moi, ne savons qui est notre père ! Nous avons été et sommes toujours des secrets de famille! Surprenant et incompréhensible !
Dès cet moment, trop impulsive et relativement enjouée, je lui annonçais que le titre de mon nouvel écrit serait : « L'arbre sans racines ». « Je le mets au pluriel, Nestor ? »
« Cela me touche beaucoup Andy, aurais-je la primeur de le lire ? »
Peut-être...en l'état présent, très certainement, je me sentais fébrile ! Là, prise à mon propre jeu de spontanéité... je me sentais piégée...presque impossible de faire marche arrière ! Non...je n'avais aucun regret!
Comment Nestor pouvait-il deviner qui j'étais ? C'est cela qui me décontenançait le plus! J'eus presque l'impression qu'il avait des dons de voyances !!
Il lui restait encore un an à travailler. Ensuite la retraite et enfin le temps des voyages et des découvertes archéologiques.
Nous avons projeté de nous revoir au moins deux fois par semaine ! Par beau temps, nous nous promettions de découvrir la beauté et toute la richesse des essences d'arbres rares importées par Waroquier lors de ses expéditions, plantés dans ce magnifique Parc entourant le Musée de Mariemont.
Lorsque le temps serait maussade, froid ou pluvieux, nous nous réfugierions au Musée ou la cafétéria.
Je restais malgré moi, méfiante et interrogative!
« Nestor, maintenant il faut que je rentre...je n'ai pas vu le temps passé ! » Il semblait déçu que je parte. Je ne lui disais rien de plus...j'étais certaine de revenir dans trois jours ! Il esquissait un timide sourire de joie et de plaisir.
J'avoue que j'aurais aimé lui parler jusqu'au bout de la nuit ! A son regard, je devinais, qu'il en était de même pour lui !
« Bonne soirée, Andy ! » ...dans trois jours ? »
« Oui, Nestor ! C'est promis ! Bonne soirée...J'ajoute timidement : Fais des beaux rêves ! » J'avais osé... le tutoyer et lui avouer que j'avais le sentiment d'avoir trouvé mon frère jumeau !! Nous nous séparâmes ...sans un mot...chacun dans ses pensées, comme si nous nous demandions, qu'est-ce qui c'était réellement passé ?
J'aurais aimé l'embrasser...ne fusse que par gratitude pour la richesse et le partage de nos échanges ! Nous nous sommes éloignés....fait un léger et timide signe de la main...de loin...chacun au volant de sa voiture !
Sur le chemin du retour, je dus doubler de vigilance afin d'arriver sans dommages à la maison !
J'eus des regrets...j'eus tant aimé lui poser encore une multitude de questions. Je suis rentrée relativement désarçonnée par cette rencontre.
Seule condition imposée de ma part : pas de téléphone ni d'adresse e-mail pour le moment, ce que Nestor accepta immédiatement!
Seules, seraient essentielles, nos rencontres dans le Parc afin de continuer à apprendre à mieux se connaître ! Nous nous sommes promis de préserver notre secret afin qu personne ne puisse nous blesser ou interférer dans cette amitié naissante !
J'avoue, que c'est une rencontre incroyable, je la garde dans un petit coin secret pour l'instant... Le plus difficile me semblait à venir ! Rentrer à la maison sans ne rien laisser paraître !
Dès mon arrivée, je fus accueillie à bras ouverts...Je compris pas de suite et à mon plus grand étonnement mon mari me pressa de prendre une douche, de me changer. Il avait réservé deux places, nous étions attendus au restaurant.
J'avais décidé de garder mon secret, il me fallait du temps pour comprendre et intégrer cette rencontre, qui à cet instant, me semblait irréelle ! Sous la douche, j'avais l'impression et le sentiment d'être quelqu'un d'autre depuis quelques heures !
Comment mon mari allait-il réagir face à ce changement que moi je ressentais, allait-il s'en apercevoir? A cet instant, j'aurais tellement aimé être seule, non pas pour ruminer...mais pour mieux me remémorer toutes les étapes de notre conversation.
Heureusement, pas une seule fois mon mari me demanda : « qu'as- tu fait de beau ? »
Etrange...ce n'était vraiment pas son habitude !
Me voilà encore plus intriguée !
Peut-être mon absence avait-elle fait qu'il se rappela la raison de mon départ précipité ? J'osais espérer qu'il allait tenter de se remettre en question et d'accepter que je puisse avoir la possibilité d'avoir des activités et des centres d'intérêts différents des siens ?
Mon mari est resté un certain temps interdit par mon silence...Il me demanda si j'avais eu un problème ?
« Evasivement, je répondis, non ! » Nous avons parlé de tout et de rien...dans ma tête, j'étais ailleurs...de manière inconsciente, je faisais quelques escapades fugitives au Parc...ce Nestor était omniprésent...
Me secouant et sursautant : quand mon mari me disait :
« Tu m'écoutes ? » Il me rappelait à la raison...je me sentais par moment complètement absente ! Je me sentais quelqu'un d'autre...quel étrange sentiment !
Cette journée avait été réellement bouleversante ! Nous rentrâmes à la maison, j'étais épuisée.
Muette, je suis montée dans ma chambre...toujours aussi interrogative...je ne comprenais rien à cet évènement ! Oui, pour moi c'était vraiment très important : avoir rencontré une personne qui avait le même vécu, qui lisait au fond de moi tel un livre ouvert !
Désarçonnée ! Oui, c'était le terme adéquat : j'étais entièrement désarçonnée !
J'eus du mal à m'endormir cette nuit là ! Je ressentais une grande sérénité et une certaine inquiétude...les deux à la fois, c'était une étrange ambivalence !
Je ne me sentais absolument pas amoureuse, mais j'étais et restais intriguée d'avoir rencontré un frère jumeau ! Je restais sous l'effet d'étonnement que ce type de rencontre puisse avoir existé... elle avait réellement eut lieu!
Je n'entendis pas mon mari se mettre au lit ce soir là !
J'avoue qu'au petit matin en me réveillant je me sentais encore tellement bouleversée que je surpris quelques larmes qui perlaient dans le coin des yeux, les vieux fantômes étaient encore venus roder cette nuit ? Pourquoi une telle émotivité? J'en avais pourtant vu bien d'autres dans ma vie !
A cet instant, j'aurais aimé être avec Nestor...rien que pour savoir, comment lui se sentait ? Quelle conséquence avait eu cette rencontre sur lui ? Que d'interrogations ? Je ressentais la nécessité d'en parler tout simplement ! Je regrettais presque de ne pas avoir échangés nos numéros de téléphone ! Comment faire... faire comme si...cette rencontre n'avait pas eu lieu ?
Je me sentais vraiment dans un état second. Je me décidais enfin à sortir du lit ! J'humais la bonne odeur du café frais dans la cage d'escalier. Je me demandais quelle attitude adopter vis-à-vis de mon mari ?
Je sentais qu'à partir de ce jour, plus jamais rien ne serait comme avant !
Mon mari était déjà levé depuis un certain temps et avait déjà préparé un bon café et des tartines grillées !
Je riais en allant l'embrasser !
« Ah ! Tu sembles de bonne humeur ce matin ? » Je ne pouvais pas répondre, muette, je restais presque indifférente !
Dès la première gorgée, je me cachais la tête dans le bol de café ! Je me tenais la tête entre les deux mains, les coudes sur la table.
« Qu'est-ce qu'il y a pour que tu fasses une tête pareille, alors que tu souriais il y a à peine cinq minutes ? »
« Excuses-moi, j'ai un peu mal à la tête et je n'ai pas très bien dormi cette nuit ! »
« Ah, ton idée de resto hier soir ? » « Peut-être une mauvaise digestion ! » Aucune envie de réagir ! J'évitais la remarque et répondis évasivement...
« Euh, oui mon chéri ! Tu as, sans aucun doute raison ! » Je devinais à son regard que ma réponse lui fit un plaisir fou !
Inévitablement je me remis à penser à cette rencontre ! Un frère jumeau ! Je restai pensive ! Oui, il m'avait réellement impressionné, personne à qui en parler.
Garder un secret si lourd ? Même pas à Santi, ma meilleure amie? Peut-être...dès que je l'aurai rencontré une deuxième fois ?
Ensuite, quand je le connaîtrais un peu plus, alors pourrais-je mieux lui en parler et expliquer mon état actuel?
J'étais attirée et apeurée à la fois ! Je ne saurais dire s'il y avait de la méfiance ? Certainement pas...mais je resterai étrangement absente jusqu'à notre prochaine rencontre.
Qu'avais-je à craindre ?
Que je puisse être déçue ? Je ne pourrais m'en prendre qu'à moi-même ! Quelles seraient les conséquences d'une déception éventuelle ? La sagesse m'imposait d'être lucide et prudente ! La réflexion était légitime.
Ne faisant rien de mal, il était hors de question de me culpabiliser ! Ce n'était certes pas une rencontre ordinaire, et je n'allais pas rater l'occasion de laisser grandir cette amitié naissante, tout en m'imposant une certaine prudence !
A force de me mettre des limites, je sentais que je devais aussi faire confiance !Oui, l'habit ne fait pas le moine ! Je savais...mais ce qui m'importait, c'était de revoir Nestor le plus vite possible!
Je savais que je n'avais qu'à me présenter à l'entrée du Musée...à travers son bureau vitré à l'étage, il ne pouvait voir que moi dès qu'il aurait levé la tête un bref instant de ses
paperasses ! Oui, j'irais ! C'était presque devenu vital.
Mon empressement de le revoir très vite me tiraillait, je devais absolument savoir comment il se sentait après nos échanges, nos confidences ? Avait-il pu dormir ?
Etait-il heureux ? Avait-il peur ? Avait-il confiance dans cette nouvelle amitié ? N'allait-il pas être déçu ?
Etait-il aussi perturbé que moi ? Mes éternelles questions ?
J'en avais la tête à l'envers! Impossible de me sortir Nestor de la tête....Je me sentais complètement envahie par un vague...comme une marée montante très houleuse, ce n'était en aucun cas une inquiétude!
Après autant d'années d'errances, je rencontrais enfin quelqu'un qui avait une part du même vécu que moi, ma soif d'échanger avec lui était plus forte que tout !
Ne pas m'empresser trop vite, surtout ne pas perturber mon mari, il me fallait trouver un motif pour pouvoir revoir Nestor !
Je ne me sentais absolument pas prête, de rentrer dans une situation de mensonge ! D'ici là, je verrai bien comment présenter mon départ !
L'estomac noué, je m'activais à quelques tâches ménagères, mais je restais troublée ! Je me sentais mal, je ne souhaitais aucun autre lien avec Nestor, qu'échanger notre vécu, bien entendus, nos réussites !
...La suite ne me faisait pas peur...!
Au terme de deux jours de réflexions, d'une humeur mitigée avec mon mari ...le pauvre, il n'était encore au courant de rien...je pris mon courage à deux mains pour lui raconter cette extraordinaire rencontre avec Nestor! Je lui exposais le plus naturellement possible la vraie raison de mon désir de le revoir! Le seul but ?
Continuer notre conversation d'il y a deux jours en ce qui concernait le secret de famille à chacun!
J'étais soulagée d'avoir eu le courage d'aborder le sujet! C'est ce que je devais expliquer à mon mari. Si j'avais voulu, j'aurais pu lui inventer n'importe quoi, alors que là, je jouais la carte de l'honnêteté !
Mon mari pouvait ne pas être heureux de cette annonce et avoir quelques inquiétudes, mais il devait admettre que j'avais décidé de revoir Nestor ! Je vous avoue que j'ai failli faire des bonds de joie, surtout pas devant lui...
Je voulais avoir la certitude qu'en nous revoyant, nous pourrions continuer à échanger positivement à propos de nos dépassements, où et comment nous avions trouvés la force d'être les personnes que nous étions aujourd'hui , tous les obstacles que nous avions franchis et surmontés dans nos parcours respectifs !
J'avais décidé de nous interdire dès la prochaine rencontre...de nous lamenter ! Notre galère était depuis très longtemps derrière nous, j'avais ressenti que nous nous étions reconstruits envers et contre tous, j'étais certaine que nous nous sentirions soulagés et sereins de pouvoir encore en parler plus longuement à deux !
J'avais l'impression que le futur allait me donner des ailes !! Je ne me reconnaissais plus, j'étais comme une adolescente ! Tout à coup...j'eus peur! Non, je ne me culpabilisais pas !
Mais comment allais-je pouvoir maîtriser la suite de cette rencontre, j'appréhendais la crainte que Nestor ne tombe amoureux ! Et moi, comment allais-je être disposée après autant de connivence ?
Là, je divague seule ...nous n'avions même pas encore parlés de notre vie actuelle...je ne savais même pas si Nestor avait quelqu'un dans sa vie...comme lui ne savait rien de moi, ni de mon mariage l'année dernière! J'avais l'accord de principe de mon mari de revoir Nestor ! C'est ce qui m'importait !
J'avoue que les deux journées qui suivirent cette rencontre, m'avaient mis dans une certaine léthargie ! J'avais l'impression de vivre à côté de moi ! Mais cet état me motivais et me dynamisais étrangement. Je me sentais ...comme sur un petit nuage.
Mes gestes et mes actions étaient d'un mécanisme acquis...aucun geste n'avait de sens réel pour moi !
Le jour de ma deuxième rencontre avec Nestor...après le dîner, en sirotant le reste d'un bon vin, je scrutais attentivement le regard de mon mari. Je pris conscience qu'il semblait inquiet à mon sujet...supporter mes sautes d'humeur...mes silences ! Mes absences ...même quand j'étais présente ? J'eus un bref instant l'humilité d'inverser les rôles ! Comment moi, aurais-je réagi dans la situation inverse ?
Je crois honnêtement, que j'aurais eu une pointe de jalousie ! Je me devais d'être un peu moins démonstrative, me montrer plus patiente. Ce que je mis en application sur le champ pour notre bien-être à tous les deux ! Je crois que j'aurais été aussi ouverte à ce qu'il puisse revoir la personne rencontrée.
L'essentiel : c'était d'en parler ensemble !
Je terminais de ranger la cuisine, lorsque tout à coup mon mari me dit ne pas se sentir bien.
Je lui proposais de s'allonger sur le divan et qu'il fasse sa sieste coutumière...que j'étais sur le point de partir et demanderais à notre voisin et ami de venir voir s'il allait mieux après son petit somme quotidien.
Evidemment, je compris immédiatement qu'il me jouait ce petit tour afin que je reste auprès de lui !
Impossible et ingérable, sa réaction m'insupportais, je n'avais jamais la possibilité de rester zen ! J'estimais que cette réaction était enfantine!
A chaque fois que j'élaborais un projet, quel qu'il soit, je devais me battre pour l'obtenir. Je sortis de la maison et me rendis chez le voisin.
« Bonjour, François ! Mon mari me dit qu'il ne se sent pas bien, alors qu'il sait que je dois partir et être à quinze heures trente au Parc. » Il me répondit :
« Pfff ! Andy, à son âge, il ne changera plus...tu dois t'en faire une raison ! » ... Cela me faisait une belle jambe me dis-je, en pestant !
« Toi, François s'il te plaît.... rassures-moi, qu'est ce que tu en penses ? Dès que je dois sortir il me fait son cinéma, le jour où ça sera réellement sérieux, ni toi, ni moi ne pourrons croire qu'il est réellement malade...ce n'est pas possible !! »
« Ecoute Andy, fais ce que tu as à faire, j'ai ton numéro de portable et s'il y a un problème je t'appelle ! » « C'est gentil François, je serai de retour vers dix huit heures au plus tard ! Bonne après-midi, je te revaudrai ça ! »
Rassurée, rentrant à la maison, mon oiseau rare dormait à poings fermés ! Non ! Ne culpabilise pas ! Vas-t'en ! »
J'avais un étrange pressentiment dès que je pris le volant. Je me raisonnais : ... n'aie aucune appréhension, tu vas retrouver Nestor !! Je ne me sentais absolument pas aussi enjouée qu'en me réveillant le matin !
Zut, je finirai par croire que l'étrange personnage : c'était moi ! Tu as accepté de le revoir ? Alors fonce et vas-y !
Arrivée au bout de l'allée arborée...je sentais mon cœur battre plus rapidement qu'à l'accoutumée. Reste calme, me disais-je, tout ira bien. J'appréhendais malgré moi nos retrouvailles. Pourquoi cet étrange sentiment ?
Je décidais que dès qu'il me verrait, je l'écouterais et poserais mes questions ensuite, ce déroulement me semblait plus aisé et me rassurait. Dès que j'eus franchi la porte, Nestor descendit les marches quatre à quatre !
J'en fus fière en tant que femme ...mais inquiète à la fois par autant d'empressement !
Naturellement, chacun fut sincèrement heureux de revoir l'autre ! Il me tutoyait immédiatement ce qui me rassurait!Son sourire ?
Alors là, j'étais éblouie et tellement émue que spontanément je me levais légèrement sur la pointe des pieds et d'instinct je déposais, sans réfléchir, un léger baiser sur sa joue !
Il ne sembla pas étonné, il fit de même ! J'étais ravie d'avoir humé l'odeur de sa peau, je n'avais aucune honte d'avoir eu ce geste de tendresse après trois jours d'attente et de stress !
« Bonjour, ma chère Andy, j'ai passé trois jours entièrement sous le charme de notre rencontre ! » « Deux nuits blanches, tel un zombie, entièrement à côté de mes pompes!
Je souriais et j'étais contente de son lâcher prise : mes pompes ???...Charles - Edouard ! Quel langage !! Le Nestor se montrait –il ... au naturel ?
« Il me dit : Je ne saurais expliquer ce qui m'est arrivé!»
Je restais interdite et amusée à la fois, ne sachant que répondre. J'avais décidé de l'écouter...je m'y appliquais ! Ensemble, presque automatiquement, nous nous sommes rendus vers la cafétéria...en silence.
A cet instant, je me rendis compte que notre rencontre l'avait autant perturbé que moi.
Trop heureuse intérieurement, je me disais...jusqu'où iras-tu ?
Là, où le destin me mènera !
A peine arrivés, il me présenta au gérant et ami en disant : « Voici mon amie, Andy ! » « Voici, Emile, un ami de longue date. » « Enchantée, bonjour, Emile ! » Je restais un instant interdite : il n'allait pas mêler son ami à notre conversation ?
A croire qu'à mon seul regard il avait compris en disant : « A tout à l'heure? Emile ! »
Je me sentais rassurée et nous pouvions enfin rejoindre notre coin tranquille : à la même table qu'il y a trois jours.
Je l'écoutais attentivement, l'observais encore d'avantage et de plus près, lui semblait faire de même, sans faire aucune remarque, ni l'un, ni l'autre ! Dès le café servi...Nestor se mit à raconter, marquant quelques poses en le sirotant.
Il était rentré entièrement perturbé suite à notre rencontre, jamais il n'avait vécu un tel évènement, je ne pus qu'acquiescer, précisant avoir vécu le même chamboulement...
Dès cet instant il me dit « C'est un vrai tsunami Andy, je ne sais plus où j'en suis ! »
« Nestor, soyons prudents ! Moi, je me suis mariée l'année dernière avec mon compagnon de 20 ans de vie commune, toi, je ne sais même pas si tu es libre ? »
« Andy, je suis libre comme l'air depuis plus deux ans...célibataire et deux enfants mariés ! Trois fois divorcé !..." (Sic!) ...
Là, je changeais de couleur et restais interdite !
Trois divorces? et un enterrement pensais-je tout bas? (sic)
« Nestor, je suis bouleversée depuis notre rencontre et je dois t'avouer que j'ai été très heureuse d'avoir partagé ce que nous nous sommes confiés, notre secret de famille, nous avons beaucoup de points en commun...le sentiment d'avoir rencontré un jumeau, c'est tel que moi je définirais cet évènement ! »
Je lui racontais ma situation plus en détail encore, mes enfants, petits-enfants, le père de mes enfants...mes différentes tranches de vies et mes expériences professionnelles.
Il buvait littéralement mes mots ! Je dus me rendre à l'évidence, qu'une telle osmose était à présent un réel dilemme !
Non, pas que j'avais peur, je n'étais absolument pas amoureuse...pour lui cela semblait couler de source et il avait déjà tracé des plans sur la comète, seul, sans m'en dire un mot, me semblait-il !
Je dus être ferme dans mes propos, je souhaitais actuellement que nous en restions là : des amis ! Il m'avoua que pour lui, il en était tout autrement. Je me sentais très mal à l'aise, c'est vrai que j'avais rencontré mon autre...jumeau... moi, j'aimais mon mari !
Je ne pouvais rien lui promettre pour l'instant. Arriva donc ce que je redoutais le plus. Il accepta, mais ne souhaitait pas me perdre !
« Aussitôt, je répondis : moi non plus, Nestor mais restons uniquement, amis » !
Il semblait heureux de ma réponse.
Comment allais-je pouvoir rester insensible à son charme envahissant ? Combien de temps pourrais-je résister ? Je ne pipais mot !
« Je laisserai du temps au temps, me répondit-il ! »
Je ne pouvais répondre que la même chose. J'étais persuadée que cette rencontre était unique !
Jamais plus à mon âge, je n'aurais l'opportunité de rencontrer un être avec lequel je retrouverais une telle complicité...une telle osmose, un si profond sentiment jumelé!
Là dès cet instant, jamais je ne me passerais de l'amitié de Nestor, quoi qu'il advienne...quel que soit l'issue de cette rencontre!
J'étais cependant très intriguée, j'avouerais même perturbée par ses trois divorces, ce qui pour moi, semblait définir une certaine instabilité affective !
Je lui en fis part à l'instant même, il était hors de question de se quitter cette fois sans aller au bout de tout ce que nous avions à nous dire ! Je souhaitais que la clarté soit faite pour chacun.
Pas un instant je n'avais pensé à mon mari. Je n'avais pas à en avoir honte !
Immédiatement je me rendis compte que ma vie pouvait entièrement basculer, je devins prudente ! Je n'en dis pas un mot à Nestor.
Un bref instant, je revins à la réalité...regardant ma montre, il était déjà dix sept heures quarante cinq !
J'avais prévenu mon mari et François, d'être rentrée vers dix huit heures.
Je vis à son regard que Nestor s'imagina que j'étais tracassée...Non, je ne l'étais pas un instant ! Je décidai de téléphoner à François pour prendre des nouvelles de mon mari ! Dès que je l'eus en ligne, il me rassura !
« Ne t'inquiète pas Andy, il s'est réveillé, frais comme un gardon!"
« François, dis-lui que je rentrerai plus tard que prévu ! »
« Attends, il est ici, je te le passe, nous sommes sur la terrasse !! »
"Qu'allais-je lui dire ? J'étais embarrassée!"
J'avais décidé d'assumer ! Je dis donc à François :
« Bien, merci, passes – le moi ! Bonne soirée »
« Allo ! T'es où ? « « Je suis encore au Parc ! Je rentrerai plus tard que prévu... vers vingt et une heures, ça ne te pose pas de problème ?»
« Non pas du tout, amuses-toi bien avec ton Nestor ! »
« Je répondis : Ce n'est pas mon Nestor ...tu sais très bien que c'est toi que j'aime...»
« D'accord...je vais sortir avec François!Bonne soirée !! Bisous » J'étais rassurée, je n'avais ressenti aucune amertume.
Nestor qui s'était brièvement éloigné vint aux nouvelles ! Il me lança un regard envoûtant qui en disait long...je le regardais droit dans les yeux et sans un mot, je lui fit comprendre que je restais sur mes positions...
J'avais souhaité que nous continuions notre entretien afin que cette fois, chacun puisse rentrer sans être frustré et que nous puissions retrouver une certaine quiétude dans notre vie personnelle au quotidien !
J'avais la nette impression qu'il souhaitait éluder son problème d'instabilité affective !
Il me demanda l'heure...un prétexte ?...savoir sans aucun doute quand et à quelle heure je rentrais. Je le rassurais...lui annonçant être libre jusqu'à vingt et une heure trente.
Il pivota telle une toupie sur un pied pour m'exprimer sa joie que nous puissions encore passer deux heures trente ensemble! Je trouvais sa réaction enfantine et me posais de plus en plus de questions à son sujet !
Il s'excusa pour s'éclipser un instant au Musée, afin de reprendre ses affaires personnelles avant la fermeture. Je lui demandais de reprendre ma table et mon siège ! « Ah oui, j'allais oublier, excuse-moi Andy ! »
Je l'attendais patiemment ! Il ne tarda pas à revenir me rassurant : tout était sous contrôle !
Un peu prétentieux ! Le paon ! Nous empruntions ensemble la grande allée vers la sortie !
Arrivés à proximité de sa voiture, il m'invita à l'accompagner pour nous rendre dans un petit restaurant qu'il souhaitait me faire découvrir. Je mentirais si je vous disais que cela me laissait indifférente !
Il y avait une éternité qu'aucune personne n'avait pris autant soin de moi et avait été aussi attentionné ! Oui, je le devine, vous me direz et à raison :
Tout ce qui brille n'est pas de l'or....
Je pensais cependant qu'arrivé à un certain âge, l'expérience de la vie faisait et ferait qu'intuitivement on ressentait toute la différence! J'avais pris ma décision sans en parler !
Tout comme Nestor, je laisserai du temps au temps ! La route qui s'ouvrait devant moi ne serait certes pas facile...je me sentais prête à tout assumer !
Nous arrivâmes au petit restaurant! Nestor, me présenta au gérant, il était un habitué de la maison, il y avait même sa table personnelle ! Il se doutait en regardant ma moue interrogative que j'avais des doutes! Dès que nous fûmes assis il me dit ne jamais être venu dans ce lieu avec une femme !
Je restais sceptique...je n'avais rien demandé...était-ce nécessaire? Il me répétait encore être célibataire depuis plus de deux ans.
Dans sa trajectoire de vie, il me confia ne jamais être retourné dans un lieu où il aurait pu être allé en couple. Je trouvais que c'était élégant de sa part...un peu trop à mes yeux ! Il voulait sans aucun doute m'épater!
Je ne lui en fis pas le compliment, je voulais rester réservée et apprendre à le connaître par moi-même.
Une petite voix se fit entendre discrètement...et mon désenchantement se pointait à l'horizon !
Notre tête à tête fut agréable...le repas délicieux, mais le temps compté ! L'heure venue...il fallait qu'il me ramène à ma voiture. Cette entrevue me laissa sur ma faim...je n'avais pas eu de réponse à toutes mes interrogations!
Il semblait déçu de mon départ.
« Nestor, excuses-moi, mais nous nous revoyons déjà dans deux jours ! » « Deux jours sans te voir Andy ? » « Non, Nestor, tu m'as promis ! Laisser du temps au temps ! » Il m'avoua être incapable de vivre deux jours sans avoir de mes nouvelles.
Pour le rassurer tel un gamin, moi, imprudente et trop gentille, je lui communiquais mon numéro de portable, et lui demandais de ne m'envoyer que des texto afin d'éviter des difficultés avec mon mari.
Il comprit la situation et accepta ma proposition. Je lui demandais le sien et lui promettais de l'appeler uniquement, si j'en avais la possibilité. Il semblait heureux de ma proposition jusqu'à notre prochaine rencontre.
Je rejoignis ma voiture...en le quittant je l'embrassais timidement sur la joue...Il fit de même...mais semblait vouloir déroger à sa promesse....cherchant mes lèvres ! A mon grand étonnement... je sortis précipitamment de sa voiture en disant :
« Bonne nuit Nestor, à vendredi même heure? Moi, je t'appellerai ce soir vers vingt trois heures!»
J'évitais de me retourner !
Je démarrais en trombe...sans aucun signe de la main, cette fois !
J'estimais qu'il n'avait pas respecté sa promesse, j'étais mécontente! Je le lui dirais ce soir en ligne. Pour l'instant, je devais rentrer, mon mari m'attendait.
Sur le chemin du retour, je mis une musique douce qui m'apaisa de suite...
En rentrant, je fus accueillie par mes deux compères terminant une partie de cartes.
François se leva pour rentrer chez lui, je l'invitais à rester pour prendre ensemble un bon verre de Bordeaux !
Il accepta, j'en fus secrètement ravie, mon mari s'empressait immédiatement à déboucher une bonne bouteille ! Nous parlions à bâtons rompus...et passions un bon moment !
Bien sûr, aucun de nous trois n'aborda la raison de mon retour tardif. J'en fus heureuse. Discrètement je scrutais l'horloge du séjour...vingt deux heures quarante cinq !
J'avais promis à Nestor de l'appeler vers vingt trois heures. Les compères discutèrent les différents plis qu'ils avaient réalisés au jeu de cartes, ce qui ne m'intéressait pas du tout ! Je filais rapidement vers la salle de bains, mon portable dans la poche !
J'avais l'impression d'être une adolescente...se cachant pour téléphoner à son petit ami ! A mon âge... je trouvais ça d'un ridicule !
Dès la première tonalité, Nestor décrocha ! J'étais tellement surprise par la rapidité de son allo que j'en restais muette ! « Nestor, c'est moi ! »
« Oui, oui, j'ai reconnu ta voix, Andy » « Je te dis bonne nuit et je t'appelle demain matin, nous avions de la visite lorsque je suis rentrée ! Je te quitte, bonne nuit !! » « Bonne nuit, Andy...je t'aime... » Je raccrochais aussitôt !
Je rejoignis mes compères ! Ni l'un ni l'autre, ne c'était rendu compte de mon absence, tellement absorbés par leur comptage de points !
Je poussais un léger soupir de soulagement. J'étais revenue tellement perturbée...ce Nestor devenait vraiment envahissant et pressant !
Laisser du temps au temps...après une deuxième rencontre ?...il brûlait les étapes. Je ne me sentais pas de taille à maîtriser cet empressement.
Il avait promis et le voilà déjà enflammé en ligne tel un chiot jappant ...franchement, je me sentais de mauvaise humeur à son égard !
Je décidais que dès que François serait parti, je ferais un texto pour mettre les points sur les i...en lui disant que s'il n'était pas plus modéré...je ne viendrais pas à notre prochaine rencontre ! Ce que je fis !
Dans la minute qui suivi, Nestor s'excusa par texto ! Je lui avais demandé de me promettre de ne pas m'importuner et de ne pas me faire de déclaration pour l'instant !
Je ne lui avais rien demandé d'autre ! Tout ça pour une table pliante qui m'avait échappée des mains ? Non ! J'étais déçue et presque en colère !!
Je ne répondis pas à son texto, mais lui promettais de venir vendredi comme convenu, que la situation entre lui et moi, devait être claire ! Il accepta de prendre patience et d'être correct à mon égard ! Un baiser amical tels de vrais amis oui, rien de plus !
François parti, mon mari me demanda comment allait mon Nestor ? Je devais certainement avoir changé de couleur, le verre de vin aidant...
Je bafouillais...lui disant que je le verrais encore vendredi prochain, qu'ensuite je cesserais sans aucun doute nos rencontres !
Il semblait heureux, mais ne disait pas un mot, je ne fis aucun commentaire !
Apaisée, suite à ce coup de fil et ce texto j'avais déjà plus ou moins pris cette décision, sachant que Nestor ne me laisserait pas tranquille et qu'il ne respecterait pas ma demande...
J'avais été heureuse d'avoir pu discuter et partager l'histoire de nos vies ... mais après deux rencontres me dire ...je t'aime au téléphone, je ne pouvais pas supporter cette impulsivité.
Je me couchais ce soir là, plutôt déçue...mais certaine de prendre la bonne décision, je n'étais pas capable de gérer une double vie et encore moins un pot de colle ! Nestor serait déçu, rien ne se serait passé s'il avait respecté notre pacte, j'avais été claire et je le resterais !
Le lendemain matin mon portable vibra dans ma poche. C'était Nestor ! Pourquoi ? J'étais et me sentais tout à coup très en colère ! Il avait promis de ne pas appeler !! Je n'étais vraiment pas contente. Je le lui dis.
Je pris sur le champ la décision que nos rencontres n'auraient plus de suite ! Il semblait effondré gémissant...presque pleurant ! J'étais encore plus déçue...quel mollasson ?
Je restais ferme sur ma décision et je trouvais que sa réaction était inadéquate à la situation ! Il avait un réel problème affectif, je ne souhaitais même pas l'aborder !
Nous avions discutés et échangés à peine quelques heures...comment pouvait-il se mettre dans un tel état ?
Je devins agressive et lui dis que j'allais immédiatement changer de numéro ! Il me suppliait que nous nous rencontrions encore le vendredi comme prévu !
Je ne changeai pas d'avis ! Ma décision était prise et je m'y tiendrais. Il ne dis plus rien...je lui souhaitais bonne chance et bonne route !!
Je n'eus plus jamais aucune nouvelle ! J'étais certaine d'avoir pris la bonne décision. Ce Nestor, il m'aurait dévoré toute crue, tel un vampire !!
Le vendredi venu, je décidais sans aucune explication de partir comme d'ordinaire, non pas au Parc...voir Santi ma meilleure amie, enfin de lui raconter toute l'histoire de ce Nestor !
Elle trouvait que j'avais été un peu dure...quand je lui reparlais de son comportement de ...mollasson? Elle devint plus compréhensive, non pas que je voulais qu'elle me donne raison.
Mais je devais lui avouer que même si je m'étais laissée prendre un peu au jeu à un certain moment, très bref par ailleurs, j'avais été honnête et claire dès le départ, cette situation était impossible à gérer !
Nous nous décidâmes à aller nous faire coiffer et ensuite faire quelques courses ! Elle était heureuse de mes confidences, elle m'avait sentie un peu éloignée ces dernières semaines ! Rassurée, elle me comprenait ! J'étais soulagée d'être débarrassée de Nestor !
Nous nous quittâmes en nous promettant de nous revoir très bientôt pour faire un petit resto ou un cinéma ensemble!
Je décidais de rentrer à la maison, soulagée et enfin calmée !
A mon grand étonnement, je fus ravie de sentir l'odeur des grillades, dès que j'eus fermé la portière de ma voiture.
François et mon mari préparaient des brochettes et des pommes de terre en chemise sur le barbecue de la terrasse.
« Ah, voilà ma chère épouse ! » François se contenta de me faire un clin d'œil ! Il ne me restait qu'à préparer la vinaigrette, mon mari n'aimant que la mienne!
C'est comme si je n'avais eu qu'à mettre les pieds sous la table! J'étais ravie, même enchantée! Mon mari avait dressé la table ! Ce fut un réel plaisir de partager ce dîner avec lui et François.
J'avais tellement apprécié cet accueil que je leur avouais être agréablement surprise et les remerciais pour ce sympathique dîner improvisé ! Contente, je proposais aux compères d'inviter Santi à partager ce repas, je l'appelais aussitôt!
" J'arrive ! Quelle bonne idée vous avez eu!"
Quelqu'un sonna à la porte...C'était déjà Santi?
" J'allais ouvrir, ce n'était pas elle....
C'était un agent avec un colis par Taxipost...pour moi dis-je étonnée?
Je n'eus pas le temps de refermer la porte que je voyais Santi sortir de sa voiture!
Contentes et ravies de nous retrouvées...elle voulait savoir ce que pouvait contenir ce petit colis?
Je t'en prie...laisses-nous rentrer!
Je retournais le colis dans tous les sens...aucune trace de l'expéditeur?
Bizarre..je dirais même étrange!
Santi voulait absolument savoir! Je dus presque me fâcher, il n'était pas question pour moi de l'ouvrir en présence de mon mari et de François.
" Cela suffisait, ils nous attendent pour le dîner! Arrêtes, je l'ouvrirai quand tu partiras? D'accord?"
Enfin...elle me laisserait tranquille, c'était typiquement féminin, cette impatience?
Je cachais le colis dans la penderie faisant office de vestiaire et nous avons rejoints nos compères, qui firent un excellent accueil à ma meilleure amie.
Nous prenions l'apéritif lorsque mon portable sonna! C'était la sonnerie d'un texto et non d'un appel téléphonique!
Tous voulaient savoir qui m'envoyait un message à cette heure tardive!
Je fis semblant d'être très occupée en me dirigeant vers la cuisine avec les verres vides. Ce ne fut qu'un prétexte...cela m'amusais aussi de les faire languir!
Ma curiosité fut la plus forte...je ne sus pas résister...je reconnu son numéro de qui vous avez deviné?
... Il était de Nestor!
J'eus une certaine appréhension de le lire!
Que pouvait-il avoir à me dire?
Ses déclarations d'amour? Il pouvait se les garder...il était hors de question qu'il me demande que nous nous revoyions!
J'étais sceptique quant à ses promesses de ne plus m'importuner...il pouvait être un ami...tel un frère jumeau, pour moi, impossible qu'il fasse poursuive tel un pot de colle!
Je voulais qu'il me respecte autant que moi je l'étais à son égard!
Devrais-je quand-même encore accepter une rencontre?
C'est vrai que sans avoir lu son message...j'avais déjà l'esprit en activité et mon imagination m'entraina dans un certain délire, presque invraisemblable!!
Enfin je me décidais à me réfugier au "waterclosed" comme disent nos amis anglo-saxons!
Effectivement, je n'étais pas très éloigne de la réalité!
Nestor, souhaitait me revoir!
Dilemme! Qu'allais-je décider?
Dans un premier temps fermer mon portable, afin de ne plus être interpellée pendant cette fin de soirée!
Je décidais aussitôt de ne donner aucune explication ni compte rendu du texto!
Je laisserais passer un peu de temps...ensuite j'en reparlerais avec mon mari, surtout pour ne pas avoir l'air de vouloir faire des cachotteries!
Santi, pas question de lui en parler avant que je prenne ma décision!
L'énigne restait le petit colis dans la penderie?
J'avais le pressentiment que c'était un cadeau de Nestor!
Là, j'avais quand même quelques sueurs, cela voulait donc dire qu'il avait fait des recherches et connaissait mon adresse?
Non? Je le croyait capable de pas mal de choses...mais mollasson comme lui aurait-il le culot de m'oser envoyer un cadeau par Taxipost?
De retour à table...j'avais l'esprit voyageur...j'étais présente physiquement...dans la tête j'étais au Parc!
C'est à peine si j'entendais parler mes compagnons de tablée!
Santina, me lança un regard interrogatif?
Je tentais de rester imperturbable.Pas si facile de faire semblant!



Très agréable, Chouette !
Bravo !