Je rigole, et encore une fois je me dégoûte. Pourquoi dois-je respecter ces hommes que je répugne et trouve abjectes ? Tous autant qu'ils sont ne font que se pavaner, se vanter, et pour finir se vautrer dans leur propre suffisance. Mais non, contrainte de sourire, d'accueillir ces hommes chez moi, de les supporter, je prends sur moi. Il n'est que vingt-deux heures, la soirée commence à peine, et déjà j'étouffe. Mes talons me font mal, mes zygomatiques me donnent la sensation qu'ils vont éclatés si je continue à les faire travailer de force ainsi, et enfin ces petits fours me donnent la nausée. Mais encore une fois, l'honneur de mes parents est en jeu, soit belle et tais-toi ! Telle est la devise de ces soirées d'autocongratulations, oh non pardon : réceptions d'honneurs... Foutaises !
Et voilà, pour combler à mon malheur le fils McKenhal s'approche de moi. S'il y en a bien un que je déteste, c'est lui. Imbu de sa personne, fier comme un paon, mais pire que tout, stupide. Vous savez le genre de personne qui n'a pour rien au monde inventé l'eau chaude, mais qui jurerait avoir inventer la poudre ! Ce même type qui se prend pour supérieur, parce qu'il est né de famille noble. Certes, son père est un sénateur connu et reconnu, aussi verreux que les autres, soit dit en passant, mais le fils, je vous jure, il n'est pas aidé. Comme le dit Sam, une amie, la lumière n'est pas présente à tous les étages chez lui !
Enfin bref, encore une fois, mon père voulant être bien vu du sénateur, je l'accueille, charmante et charmée... Et oui, selon Sam toujours, les hommes aiment se croire séduisants et irrésistibles...une histoire de fierté mal placée. Alors allons-y ! Jouons les petites filles modèles, car bien sur moi, je n'ai pas le droit de jouer les hautaines et les fières... ce serait mal vu vous comprenez...
Mon Dieu, s'il en existe un, aidez moi.....

La basse-cour...
Humour · 4 chapitres · 4 plumes · écrite du 3 juin 2006 au 16 décembre 2006 · 705 lectures à l'époque
La haute société vue à travers le regard d'une de leur membre, une jeune fille.
" Tu veux que je t'aide?"
Je sursaute.
Dieu est une femme et parle allemand !
Bien sûr, ce n'est pas Dieu qui me répond.
C'est Wilhemine qui parle, une amie qui séjourne chez nous pour quelques semaines.
Dans la même langue, je réponds:
"M'aider?
- Oui, te débarrasser de ce Mc Kenhal.
- Tu ferais ça?
- Présente-le moi."
Aussitôt dit, aussitôt fait.
Devant cette fille superbe, blonde, élancée, au corps de rêve, Mc Kenhal perd un peu pied. Et je l'entends bafouiller pour répondre à Wilhemine :
" Oui, je m'appelle Henry.
- Je vous trouve très sot.
- Pardon ? s'étrangle-t-il.
- Oh ! J'ai encore dit une bêtise. Je vous trouve très beau."
Là, je vois Henry rougir de plaisir, se redresser de toute sa hauteur.
Je sens le poisson ferré. Je crois que je vais bien m'amuser, de loin, en regardant ce que Wilhemine va faire de ce balourd.
- Vous me flattez beaucoup mais c'est plutôt le genre de compliment qu'un homme fait à une femme et non l'inverse. Dans tous les cas, je vous remercie. Mais...dit en bafouillant Henry, cela me fait penser étrangement au titre d'un film récent. A y repenser, cela me gêne un peu. L'avez-vous vu ?
- Non, répondit Wilhemine, en souriant intérieurement. De quoi cela parlait-il ?
- Hé bien, d'un agriculteur qui cherche à rencontrer l'âme soeur depuis la mort de sa femme et qui a recours à une agence matrimoniale, spécialisée dans les filles de l'Est. Et chaque fois qu'on lui en propose une, elles tiennent les mêmes propos flatteurs que vous venez de me faire. Je dirais même plus, flagorneurs. Dans le film, le type est plutôt moche et bourru, alors je me demandais si tout cela n'était pas que de la pure moquerie de votre part pour me mettre dans l'embarras, dit il d'un ton troublé.
Wilhemine sourit et battit des cils.
- Que racontez-vous cher Monsieur? Moi? Me moquer de vous?
Elle se pencha, lui offrant la vue de son décolleté plongeant et lui susurra:
- Vous me faites un de ces effets....Que faîtes-vous après cette réception?
Henry toussota et émit un petit rire tout en jetant un regard nerveux autour de lui. Un petit groupe de gens les regardaient, curieux.
- Allons Mademoiselle, dit-il d'une voix audible. Reprenez-vous.
Se tournant vers Wilhemine de façon à leur tourner le dos,il déclara à voix basse et rapidement:
- Je dépose ma femme et je viens directement chez vous. Donnez-moi l'adresse.
Pendant qu'il se retournait afin de s'assurer que ses propos n'avaient pas été entendus, mon amie me lança un regard mi-dégouté mi-amusé tandis que réprimant mon haut le coeur, un sourire crispé plaqué sur mon visage "radieux", je saluais de la tête certains convives de loin. Décidément, tous abjects.

