Un joli champ bordait une route de campagne ensoleillée, et un autre champ lui faisait face, de l'autre côté. Nous étions un beau matin d'été, merveilleux, propice à la joie, au bonheur. L'air embaumait de senteurs douces et également épicée, réchauffées par l'astre lumineux peu avare de ses rayons chaleureux. La gaieté régnait tout autour, comme un nouvel Eden. Plus loin, se profilait un gros nuage. Mais que venait-il donc faire dans ce ciel radieux ? Son charme était différent, moins coloré, alors il était également moins regardé, voire ignoré. Des fleurs s'y épanouissaient, moins hautes en couleur, mais montraient néanmoins une beauté à percevoir. Pour cela, il aurait fallu approcher ce champ, mais personne ne traversait le chemin, comme attiré par la lumière de son opposé. Il pensait y être habitué, mais l'est-on, de n'être point aimé jamais ? Il le crut, car que faire d'autre de toute façon ? Accepter était sa seule raison d'être, il n'avait pas demandé sa présence. S'il était là, une raison devait exister, mais laquelle ?
Le vent souffla un jour sous l'écrasante chaleur, poussant des pétales du champ baigné de lumière, vers le champ aride. Les fleurs chatoyantes furent fort mécontentes de voir quelques pétales s'enfuir vers ce champ terne. Mais elles se rassurèrent, se disant que pareil champ ne pouvait développer des beautés comme elles. Il sembla qu'elles eurent raison, car aucune végétation ne se développa. La saison avançait et elles finirent par oublier cette envolée. Car elles, pour rester aussi sublimes avaient eu besoin de soins, d'attention et de beaucoup d'eau et de l'autre côté, seuls les orages et les ondées y avaient pourvu. D'un seul coup, l'automne arriva, mais comme s'il touchait à sa fin, carrément au seuil de l'hiver et ses premiers frimas. Etonnant, après une telle saison !
Le temps devenait-il fou, car les humains étaient totalement perdus devant ce phénomène ! Puis, chaque soir, à la tombée de la nuit, les étoiles se mirent à éclairer le champ... aride et sec. Celui-ci trouva injuste d'être seul à être illuminé et se demanda s'il n'était pas possible qu'au moins, quelques flammes brillantes aillent rejoindre son opposé, alors plongé dans une nuit terriblement hivernale, glaciale et sombre, alors que nous n'étions qu'au début de l'automne. Il fut entendu.
Miraculeusement, les pétales désertiques échappés dans le champ merveilleux, se mirent à germer doucement et patiemment, dans le champ aride. Curieusement, les fleurs en repos désormais, se sentaient comme écartées de leur sillon, bousculées. Elles ne comprirent pas évidemment, car elles étaient belles et gracieuses, et puis chez elles ! Alors se sentir poussées hors de leur champ par des pétales intrus, ah non !!!
Car en saison, elles étaient si belles, si accueillantes... Tout le monde les regardait avec avidité et les plus hardis osaient même se hasarder à cueillir une brassée enchantée... qui étrangement, fanait aussitôt mise dans le vase ! Les fleurs si belles, si joliment colorées, s'étiolaient, tandis qu'à mesure que le temps passait, les pétales intrus grandissaient et verdoyaient. L'hiver fut bien là, et le champ aride était fleuri comme jamais, avec des fleurs dont personne ne connaissait le nom. Noires comme l'ébène, bleues comme l'azur, vertes comme l'espérance, scintillantes comme les étoiles, rayonnantes de bonheur. Cependant, chaque pétale laissait perler une goutte... comme une larme.
Au beau milieu du champ d'été, quelques orties, cactus, yuccas prirent place. Ils se mirent à fleurir ! Comment était-ce possible, car un yucca ne fleurit que tous les cinq ans ? La nature devenait folle, assurément !
Et bien non, elle ne l'était pas : au contraire, elle savait ce qu'elle faisait mieux que personne car sa mission lui était dictée. Le champ magnifique fut à son tour ignoré et il souffrit alors de ce mépris. De jolies fleurs avaient poussé ailleurs, mais était-ce une raison pour le mépriser ? Sans doute avait-il été trop vantard, et commis des erreurs. Ce qu'il ne savait pas, c'est qu'en fleurissant prématurément, le yucca allait mourir... Il montra alors qu'il était prêt à se sacrifier pour le pardon et l'amitié, car lui savait, qu'une fois la floraison passée, il ne survivrait...
Est-ce à dire qu'une ortie ou un yucca doivent mourir, parce que les feuilles du yucca sont coupantes, celles de l'ortie, urticantes ? Que sont une coupure ou quelques boutons que l'on peut soigner, contre sentiments, affection et compréhension ? Guérir quelques lésions externes sans conséquences est plus facile, que soigner une âme endeuillée, blessée, que l'on a définitivement rejetée.
Alors le champ aride redevint terne et sec, tel qu'il l'était, car à quoi bon vouloir donner de l'amitié essayer d'être lui-même, apprendre à l'être, car il ne serait jamais vraiment aimé. Trop maladroit, avec sa poussière, trop moche, incompris, parce qu'il n'était pas comme les autres. La saison qui suivit, il prit feu, de lui-même. Il décida de se purifier et peut-être qu'une dernière chance lui serait alors offerte...
Il n'avait qu'à patienter, comme une parcelle abandonnée...

LA BELLE SAISON
Psychologie · 1 chapitres · 1 plumes · écrite le 16 octobre 2007 · 541 lectures à l'époque
Ligne de conduite
Un peu de morale sur la tolérance, liée à la maladie et aux différences...

