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La Malédiction des Gitans

Science-fiction · 75 chapitres · 8 plumes · écrite du 8 décembre 2006 au 9 avril 2011 à 18h46 · 5817 lectures à l'époque

Ligne de conduite

Les terribles pouvoirs des graffitis manouche

Les 75 chapitres, dans l'ordre
  1. Colombus
  2. Alex6
  3. Rikiki
  4. Mirakle
  5. Mirakle
  6. Dielorelei
  7. Dielorelei
  8. Dielorelei
  9. Dielorelei
  10. Dielorelei
  11. Dielorelei
  12. Dielorelei
  13. Dielorelei
  14. Dielorelei
  15. Dielorelei
  16. Dielorelei
  17. Dielorelei
  18. Dielorelei
  19. Dielorelei
  20. Dielorelei
  21. Dielorelei
  22. Dielorelei
  23. Dielorelei
  24. Dielorelei
  25. Dielorelei
  26. Dielorelei
  27. Dielorelei
  28. Dielorelei
  29. Dielorelei
  30. Dielorelei
  31. Chouette
  32. Dielorelei
  33. Fleurdemai
  34. Dielorelei
  35. Dielorelei
  36. Dielorelei
  37. Chouette
  38. Dielorelei
  39. Fleurdemai
  40. Fleurdemai
  41. Fleurdemai
  42. Fleurdemai
  43. Chouette
  44. Fleurdemai
  45. Dielorelei
  46. Dielorelei
  47. Dielorelei
  48. Dielorelei
  49. Fleurdemai
  50. Fleurdemai
  51. Fleurdemai
  52. Dielorelei
  53. Dielorelei
  54. Dielorelei
  55. Dielorelei
  56. Dielorelei
  57. Dielorelei
  58. Fleurdemai
  59. Dielorelei
  60. Fleurdemai
  61. Dielorelei
  62. Dielorelei
  63. Dielorelei
  64. Fleurdemai
  65. Dielorelei
  66. Fleurdemai
  67. Artengo
  68. Dielorelei
  69. Fleurdemai
  70. Artengo
  71. Dielorelei
  72. Fleurdemai
  73. Dielorelei
  74. Fleurdemai
  75. Dielorelei
Colombus 8 décembre 2006 · 1

On m'avait dit :"si tu passes un jour par le petit village de Lamurge, surtout ne t'attarde pas dans la chambre du château où se trouvent les graffitis des gitans, ils ont déjà tué dix-sept personnes !"
Seulement, ce bon conseil arrivait trop tard, j'avais bien dû voir les graffitis une dizaine de fois et je n'en suis pas mort et les milliers de touristes qui, chaque année, visitent le chateau, non plus, ou bien ça se saurait.
Pourtant, les gens du pays vous diront qu'elle existe bel et bien cette
"malediction des gitans" et même qu'elle est bougrement efficace !

Alex6 14 décembre 2006 · 2

La légende raconte qu'au début du siècle, par une nuit de tempête, des gitans se présentèrent à la porte du château et demandèrent l'hospitalité pour la nuit . Le châtelain, un homme froid et mauvais commença par les chasser, mais apercevant parmi eux une toute jeune fille à la beauté renversante, il changea d'avis et les fit entrer.
Il installa les hommes dans l'écurie et mit les femmes dans les chambres de l'étage supérieur.
Il se recoucha mais ne trouva pas le sommeil. L'image de cette jeune fille si belle le tourmentait. Il fini par appeller son homme de main et lui ordonna de faire venir la jeune fille dans sa chambre sur le champ.
Ce qui se passa ensuite tout le monde s'en doute !
Mais on ne s'attaque pas à l'honneur des gitans sans risquer des représailles et le châtelain s'en rendit vite compte!
Dés le lendemain matin ,en apprenant ce qu'il avait fait, les gitans mirent leur vengeance au point......

Rikiki 16 décembre 2006 · 3

Deux d'entre eux les plus vifs et silencieux se faufilèrent à l'intérieur du château et s'engagèrent dans l'escalier qui menait à la chambre du malfaisant châtelain. Ils s'y glissèrent prestement et apposèrent sur les murs d'étranges gribouillis; qui en fait de gribouillis étaient une vieille formule utilisée jadis par les gitans de Roumanie pour porter le mauvais oeil à quiconque osait poser les yeux sur une femme gitane si belle et envoutante soit -elle.

Mirakle 3 janvier 2008 · 4

Pour écrire ces runes ensorcelées, les Roms utilisaient leur propre recette d'encre indélébile. Une subtile composition à base de sangs de plusieurs animaux et d'une goutte du propre sang de la personne à maudire. C'est la jeune femme violentée elle-même qui leur avait fourni ce dernier ingrédient. Pendant sa nuit de torture, elle s'était débattue, avait rué et griffé son bourreau lui arrachant quelques millimètres d'épiderme. Elle avait gardé cette matière sous ses ongles durant toute la nuit.

Lorsqu'au petit matin, elle avait été renvoyée par le châtelain, elle était restée très digne. Son regard vengeur s'était posé sur lui puis elle avait craché à ses pieds. Le châtelain avait ri à gorge déployée et son rire avait résonné dans tout le château.

Accueillie par sa famille, elle n'avait dit mot. Elle avait juste tendu son bras et présentée sa main aux matrones. Les Roms savaient ce qu'ils avaient à faire : ils récupérèrent les milligrammes de derme et de sang coagulé pour préparer l'encre de la malédiction.

Gino et Tiago avaient été chargés par leur communauté de l'exécution de la sentence. Chacun d'eux connaissait par coeur le rituel et les mots sacrés à écrire. Des mots anciens comme l'éternité, des mots au lourd passé, des mots d'une efficacité redoutable...

Tiago était en charge de l'encre : il la portait dans une outre en peau de bouc. Gino devait calligraphier la phrase en écoutant psalmodier Tiago. Ces deux garçons n'avaient pas froid aux yeux. Ils n'étaient pas seulement rompus aux arts occultes. Ils savaient aussi s'introduire subrepticement en tout lieu et, s'il le fallait, tuer en silence à mains nues.

Mirakle 7 mai 2008 · 5

A l'aurore, le châtelain se réveilla en nage, littéralement englué dans ses draps. La nuit ne lui avait apporté que des cauchemars, des rêves dénaturés et des images vivaces de mort. Il se sentait fatigué et sans énergie. Il eut même du mal à reconnaitre sa chambre. Lentement, il s'extirpa des damas de son lit puis entreprit de se lever pour aller satisfaire un besoin naturel. La tête lui tournait. Ses yeux éprouvaient de grande difficulté face à la lumière naissante du jour. Il fit deux pas de vieillard qui le conduisirent à s'étaler de tout son long sur le sol glacé. Il ne se releva pas.

La châtelain avait une réputation d'autorité qui effrayait jusqu'à ses domestiques. Si bien que vaguement inquiets de ne pas voir leur maitre levé de toute la matinée, ils ne vinrent prendre des nouvelles que vers les abords de midi. Lorsque le majordome découvrit le corps de son maitre, il poussa une exclamation. Sidéré sur le pas de porte, il n'osait aller au chevet du châtelain. Cherchant du regard une aide potentielle, ses yeux s'arrêtèrent sur le mur nord de la chambre, celui du côté de la tête de lit. Dans une langue inconnue, une série de caractères carmins ornaient l'intégralité de la paroi : du sol au plafond. Nulle doute doute qu'il avait fallu plusieurs heures pour réaliser pareil exploit.

Dielorelei 8 mai 2008 · 6

Le majordome se signa précipitamment, car il voyait là l'oeuvre du malin.
Puis, faisant demi-tour, il redescendit le vaste escalier de pierres et ouvrit brutalement la porte de l'office:
-le Maître...Le Maître...dit-il en s'appuyant contre le mur, tout retourné.
-Quoi, le Maître, qu'avons nous encore fait qui n'ait eu l'heur de lui plaire, bougonna sa femme qui était aussi l'intendante du château, mais te voilà tout pâle, Simon, c'est donc si grave?
-Grave, oui, il est étalé raide mort dans sa chambre!
-Raide mort? C'est pas Dieu possible!
-Comme je te le dis, et les murs sont couverts de signes étranges, comme si le diable y avait mis la patte!
-Eh bien ça devait arriver tôt ou tard, avec la mauvaise nature de notre Maître, il aura pactisé avec Satan et ce dernier sera venu chercher son du!
Et l'intendante se signa derechef.
-En attendant, il faut prévenir son épouse, Dame Gisèle, en voilà une, la pauvre, qui va se trouver bien soulagée!
Ce fut tout l'éloge funèbre que reçut le châtelain Gilles de Lonzac, qui, étendu sur le sol glacé de sa chambre, venait de payer de sa vie l'acte odieux -un de trop- qu'il avait commis en déflorant une innocente.
Le plus étrange dans cette affaire fut qu'on ne put jamais effacer les caractères maudits. On eut beau frotter, lessiver, et frotter de nouveau, les runes étaient toujours là, indélébiles, témoins et instruments de vengeance de l'ignominie de Gilles de Lonzac.
Sa veuve fit condamner la pièce, les caractères souillant les murs lui donnaient la chair de poule. Puis, à sa mort le château fut vendu, aucun héritier direct n'étant là pour perpétuer la lignée.
Et actuellement, ces marques existent toujours, les années n'ont pu les effacer, comme si, par delà le temps, perdurait l'avertissement maudit:
"Celui qui s'attaque à l'honneur des gitans devra en payer le prix"
Et une fois encore, je comtemplais ces témoins du passé, et je ne pouvais m'empêcher de me sentir troublé: Et si la malédiction frappait de nouveau? Quelle serait la prochaine victime?
Et bien que je me flattais d'avoir l'esprit cartésien, quelque chose de malfaisant dans l'air me fit écourter la visite , et je quittai la chambre au plus vite.
Quand je sortis dans le soleil, l'impression oppressante s'atténua. Je me dirigeai vers le village, et décidai de couper à travers champs pour aller plus vite. J'étais presqu'arrivé quand soudain, je ralentis le pas malgré moi: On entendait, se mêlant au chant des cigales, les accords lancinants d'une guitare. J'avançai encore, et au détour du chemin, je les vis.
Les gitans.
Ils venaient d'installer leur camp à l'entrée du village.

Dielorelei 9 mai 2008 · 7

Trop tard pour faire demi-tour. Et d'ailleurs, pourquoi aurais-je rebroussé chemin, je n'étais pas de la région, donc la malédiction ne me concernait pas. Subitement, je me rendis compte que je raisonnais comme une vieille femme superstitieuse. Les gitans étaient là, bon, et alors? peut-être se rendaient-ils aux Sainte Marie de la Mer, après tout, le rassemblement avait lieu en Camargue, à la fin du mois de mai, c'était leur route.
J'avais beau réfléchir de façon rationnelle, j'évitai de passer trop près du campement. Je n'avais pas envie d'être suivi par de farouches yeux sombres. Seul un chien attaché à un piquet me regarda passer: le reste de la tribu était invisible.
Quand j'arrivai à l'auberge où je prenais mes repas les trois quarts du temps, je fus accueilli, contrairement aux autres jours, par la patronne, la jeune serveuse qui prenait ma commande habituellement étant occupée à servir un autre client.
-Vous avez vu, me souffla la propriétaire de l'auberge, "ils" sont revenus!
-Vous voulez parler des gitans, dis-je en pensant que rien ne passait inaperçu dans le village.
-Oui, et c'est pas de bon augure, croyez-moi!
-Bah! ils vont sûrement repartir bientôt pour leur pélerinage, le village est sur leur chemin, ils font une halte!
-Oh! fit la patronne d'un ton sentencieux, mon instinc ne me trompe jamais, je vous dit que leur arrivée ici est source de malheur, vous pouvez en être certain. Et pourquoi cette année, un siècle après le drame du château maudit, un siècle, oui, Monsieur, jour pour jour! Un siècle, martela -t-elle comme si je n'avais pas compris. C'est drôle, vous ne trouvez pas?
Et sans attendre ma réponse, elle enchaîna:
-Je vous recommande mon lapin en gibelotte, une merveille!
-Va pour le lapin, je vous fais confiance! Maryse est occupée, aujourd'hui, ajoutai-je pour dire quelque chose.
-Oui, un nouveau client, il est arrivé hier soir. Et avec le lapin, un petit vin rouge, la cuvée du patron, comme d'habitude!
-Comme d'habitude.
En attendant le fameux lapin, j'observai les rares clients qui déjeunaient.
Maryse frétillait devant le nouveau venu, prenant des poses, rejetant une mèche de cheveux par-ci, papillonnant des cils par-là, manifestement subjuguée.
Il faut dire qu'il était bel homme: blond, bronzé, les yeux bleus et le sourire ravageur des pubs pour dentifrice. Conscient de son charme, il en rajoutait, en habitué de la drague facile.
Bref le genre de bellâtre que je n'aimais pas.
Maryse finit par rejoindre les cuisines en se tortillant, et je constatai, amusé, qu'elle n'avait même pas remarqué ma présence.
Je déjeunai rapidement, règlai l'addition et repris ma veste au porte-manteau. Dehors, le soleil commençait à chauffer et je mis mes lunettes de soleil pour l'affronter. Je me dirigeai à pas lents vers la petite place du village quand une voix retentit derrière moi:
-Vous n'êtes pas d'ici, n'est-ce pas? non, vous n'êtes pas d'ici, ça se voit tout de suite.
Je me retournai et considérai l'intrus. Seule ma bonne éducation m'empêcha de lui tourner le dos.
-Je me présente, continua celui qui venait de déjeuner à l'auberge en même temps que moi et qui avait tourneboulé Maryse, Raoul de Lonzac, de passage pour quelques jours dans cette belle région.
Raoul de Lonzac? du coup, j'oubliai mes a priori et serrant machinalement la main tendue, je déclinai mon identité à mon tour.
-Johanes Muller.
-Allemand?
-Autrichien par mon père, français par ma mère. Etes-vous de la famille du baron de Lonzac?
-Celui par qui le scandale est arrivé? oui, c'est un arrière-arrière-arrière grand-oncle, un sacré gaillard, à ce qu'on en disait, fit-il en éclatant de rire.
-Il est à l'origine de la malédiction des gitans, rétorquai-je pour le mettre mal à l'aise.
-Non, mais vous n'allez pas croire ces sornettes! s'esclaffa-t-il de plus belle, j'ai d'ailleurs hâte d'aller visiter le château, on dit que la vue est superbe, de là-haut! Et j'avoue que je suis curieux d'examiner les gribouillis de la fameuse chambre!
-Vous êtes au courant, alors?
-Bien sûr, je connais mon arbre généalogique! Mais ce n'est qu'une légende, vous savez! Rien qu'une légende! Ah c'est vrai que vous autres, Autrichiens êtes d'incurables romantiques, et que quelques graffitis sur un mur vous ouvrent des perspectives angoissantes sur le monde des forces occultes!
-Rien de tout ça, répliquai-je d'un ton un peu trop sec, mais il vous sera peut-être utile de savoir que les gitans sont revenus, et que leur retour coïncide avec votre arrivée. Vous devriez vous méfier. La "légende" comme vous dites, aurait déjà fait des victimes au cours de ces décennies!
Il me considéra d'un air moqueur.
-Et vous me dites cela sérieusement! Allons, accompagnez moi plutôt dans ma visite du château de mes ancêtres, vous serez témoin que je ne tomberai pas raide devant la malédiction!
Je ne sais trop pourquoi j'acceptai, et nous retournâmes à ce fameux château, mon voisin bavardant allègrement de tout et de rien, ne semblant pas remarquer mon mutisme.
Quand nous passames devant le campement, il trouva moyen de me dire en désignant une jeune fille qui étendait du linge sur un fil tendu entre deux piquets:
-Si la fille de la légende était aussi belle que cette petite Esméralda, je comprends mieux mon célèbre baron de Lonzac!
Je ne sais si la jeune gitane l'entendit, mais j'eus l'impression qu'un regard noir se posait sur nous et ne nous quitta pas jusqu'à ce que nous soyons hors de vue.
Quand nous atteignimes le château, la visite était sur le point de commencer. Nous nous mêlames aux visiteurs et bon gré mal gré, je refis le parcours du matin.
Arrivé devant la porte de la chambre aux graffitis, le guide ménagea le suspense en observant un petit silence avant de nous décrire avec force détails ce qui s'était passé voici un siècle. Il insista sur l'aspect ésotérique des évènements, nous recommandant de contempler les
signes cabalistiques avec crainte et respect -on ne sait jamais- tandis que Raoul de Lonzac, l'oeil goguenard, examinait de près les runes vieux de cent ans. Je m'attendais à ce qu'il avise la cantonade de son origine maudite, histoire de pimenter la visite, mais il n'en fit rien. Il se contenta de hocher la tête de temps à autre, comme s'il déplorait la crédulité du guide, qui, grisé par l'attention de son auditoire -les gens raffolent de l'étrange- rajouta des détails de son cru, n'hésitant pas à embellir encore la légende:
-Et c'est là, termina notre guide avec le geste du prestidigitateur qui montre la femme coupée en deux, c'est là, à cet endroit même, que l'on retrouva le baron, les yeux exorbités, la mâchoire pendante, étendu sur le sol, les mains cripées autour de son cou, à l'endroit même où vous êtes, Madame, mort, après une épouvantable agonie!
La dame mis en cause se hâta de reculer tandis que le narrateur, comme s'il voulait nous persuader qu'il avait été le spectateur privilégié de la scène, regardait chacun d'entre nous, guettant la peur sur nos visages.
Je ne m'étonnais plus qu'au cours des années, la rumeur ait enflé aussi démesurément.
Cependant, il y avait, je le pressentais, un fond de vérité à cette histoire, et je ne croyais pas au hasard de l'arrivée simultanée des gitans et de Raoul de Lonzac. Et il y avait toujours cette impressions désagréable que je ressentais dans la chambre
Lorsque la visite guidée prit fin, Raoul me dit, tandis que nous ressortions:
-Eh bien, vous voyez, j'ai traversé l'épreuve sans dommage apparent!
"Pour l'instant", pensai-je, "et si j'étais toi, je m'éloignerais de ce village, avant que l'histoire ne recommence!"
Mais je savais qu'on ne s'oppose pas à son destin. Et je me demandai confusément si les évènements, au-delà du temps, n'allaient pas se répéter, et s'il existait un moyen de conjurer le sort, et de mettre un terme à la malédiction. C'est alors que je décidai (allez savoir pourquoi) de me renseigner de façon plus approfondie sur ce qui s'était passé au village de Lamurge au début du siècle. Je voulais tout connaître de l'histoire du château, et je voulais savoir aussi ce qu'il était advenu de la tribu des gitans, et plus particulièrement de la petite bohémienne.
Et je me demandai aussi comment commencer mes recherches. Mais la première chose à faire, puisque la providence avait mis sur mon chemin Roul de Lonzac, n'était-il pas de tirer le maximum de renseignements de ce dernier?
C'est ce que je décidai de faire, et passant outre le peu de sympathie qu'il m'inspirait, je lui proposai de descendre jusqu'à la ville la plus proche, histoire de se rafraîchir.
-Ma voiture est garée tout près de l'église, lui dis-je, et puisque vous êtes de passage pour quelques jours, permettez que je vous fasse visiter certains coins absolument charmants!
Il acquiessa, apparemment enchanté d'avoir trouvé quelqu'un pour lui tenir compagnie, et tout en réfléchissant à la façon dont j'allais m'y prendre pour l'amener aux confidences, nous redescendimes au village.

Dielorelei 10 mai 2008 · 8

Tandis que nous roulions sur la petite route sinueuse, encaissée entre les collines où s'étalaient toutes les teintes tendres du printemps, je l'amenai au sujet qui me préoccupait.
-Alors, votre impression sur le château?
-Il est tel que je l'imaginais, me répondit-il, et tel que le décrit l'historien qui s'est intéressé à l'histoire des Lonzac.
je dressai l'oreille.
-Un historien s'est penché sur l'histoire de votre famille?
-Il y avait de quoi, dit-il en riant, si vous saviez les personnages qui ont alimenté la chronique au cours des temps, il y a de quoi en faire un roman!
-Vraiment?
-Oh oui! à commencer par le célèbre Gilles de Lonzac! Un fieffé gaillard, celui-là! toujours à l'affut du moindre jupon, mais il faut dire, qu'il était affublé d'une épouse confite en dévotion et d'un frère qui était un véritable pisse-froid !
-Il avait un frère?
-Oui, mais je vais vous raconter tout ça devant un verre, c'est moi qui vous invite.
Je ne me fis pas prier et m'arrêtai devant le premier bar que je vis: je n'avais pas l'intention de laisser refroidir la mécanique, mais je m'aperçus rapidement qu'il faisait parti de ces incorrigibles bavards qui se grisent de leurs propres paroles et, à peine attablé devant une bière bien fraîche, il commença le récit que j'avais si hâte d'entendre.
-Voyez-vous, me dit-il en préambule, le plus drôle, c'est qu'une fois sur deux, parmi mes ancêtres, on tombe soit sur une Messaline, soit sur un débauché.
Là, il s'arrêta un instant, comme s'il trouvait que descendre de tels trublions malfaisants forçait l'admiration. Il secoua la tête, amusé, et poursuivit son récit:
-Gilles de Lonzac, à l'origine de la légende, n'eut pas de descendance, sa femme étant ou stérile, ou peu portée sur la chose. Ce qui, entre nous, me paraît le plus vraissemblable. Le frère de ce Gilles, Guillaume de Lonzac, était par contre lugubre, mais avait épousé, on se sait par quelle ironie du sort, une véritable diablesse qui épuisait tous les mâles qu'elle mettait dans son lit. De leur union naquit un fils, Raoul, qui hérita du tempérament de l'oncle Gilles, ou bien de celui de sa mère, ou encore des deux. Je vous laisse supposer les méfaits dont se rendit coupable ce dernier. Le mariage qu'on lui imposa (il avait mis à mal la fille d'un nobliau quelconque) ne l'assagit pas. Sa femme finit par quitter la vie infernale que ce Raoul lui faisait mener: elle mourut en donnant le jour à un fils unique, Bertrand, qui s'ingénia à faire le désespoir de son père en voulant rentrer dans les ordres.
Ce qui était la pire des choses pour Raoul.
Celui-ci usa de tous les moyens pour le faire renoncer à prendre l'habit: il alla jusqu'à demander à une de ses maîtresse de séduire son fils , ce qu'elle fit à merveille. Le benêt se laissa subjuguer par les appas de la belle vénéneuse et troqua les délices du paradis futur pour les délices présents de la chair. Mal lui en prit: Il fut trompé de façon éhontée par celle qui devint sa femme et qui s'empressa de retourner à sa vie de débauche dès que cela fut possible. De leur union naquirent un fils et une fille, mais je ne suis pas sûr que Bertrand fut le géniteur: il faudrait plutôt chercher du côté de Raoul, entre autres. La fillette ne vécut pas très longtemps: elle quitta ce monde à l'âge de sept ans, et son père, rongé à la fois par le remord d'avoir trahi sa foi pour une gourgandine et par le chagrin d'avoir perdu sa fille suivit celle-ci dans la tombe quelque temps après.
Le fils survivant, Grégoire, ne démentit pas la renommée funeste des de Lonzac et vécut une vie dissolue, passant son temps à parcourir le monde, tandis que sa femme, résignée, élevait seule leur fils Gilles (deuxième du nom). C'est peut-être, d'ailleurs, ce que Grégoire a fait de mieux, en abandonnant femme et enfant, car celui-ci n'eut pas à subir l'influence paternelle et put grandir dans un environnement à peu près normal. Gilles épousa en première noces une fille de bonne famille qui mourut elle aussi en couches, lui laissant un garçon, Raoul, mon grand-père. Gilles eut la malencontreuse idée de se remarier pour donner une mère à Raoul, ce fut une erreur. Sa seconde femme, outre le fait qu'elle ne s'occupait pas de l'enfant collectionnait les coquins et buvait comme un trou. Raoul, dans cette situation, ne pouvait que mal tourner: un père dépassé par les évènements, une belle-mère alcoolique, ce qui fit que le petit Raoul fut élevé à la va-comme-je-te-pousse, c'est-à dire qu'il vira délinquant. Il fit d'ailleurs de la prison pour des vols sans importance, et bien qu'il tentat de se stabiliser en se mariant, il n'y réussit pas tout à fait. Je crois que ce qui lui arriva de mieux dans la vie fut la naissance de son fils Paul, mon père donc, qui mena une vie simple et tranquille, en compagnie de ma mère, une femme sans histoire.
Inutile de vous dire combien la vie, entre ces deux êtres, manquait de piment . Nous étions loin des turpitudes de mes aieuls.
Il s'interrompit un moment, les yeux dans le vague, comme s'il avait la nostalgie des frasques de certains de ses ancêtres
-Voilà, en résumé, la vie des de Lonzac. Ce fut le jour et la nuit en alternance. Quand un conjoint manifestait son appétit pour les joies de l'existence, l'autre faisait office d'éteignoir.
Je le regardais sans répondre: il avait une drôle de conception des "joies" de l'existence.
Si je comptais bien, Le Raoul actuel était le septième descendant des de Lonzac. Et si on s'en tenait à la façon cyclique dont étaient distribués les défauts et les qualités, il tombait fatalement dans la catégorie de ceux qui avaient écopé des défauts. Tous ceux qui s'étaient prénommés Raoul étaient corrompus. Et celui qui était assis en face de moi s'appelait Raoul. Ce qui renforçait ma théorie. Ce n'était pas le hasard qui l'avait fait revenir sur les lieux, mais le destin. Il était là pour que s'accomplisse, une fois de plus, la malédiction. Je posais la question qui me brûlait les lèvres:
-Et la petite gitane à l'origine de la malédiction, on sait ce qu'elle est devenue?
Il haussa les épaules.
-Seuls des gitans pourraient vous renseigner, à condition de retrouver des manouches ayant entendu parler d'une légende vieille d'un siècle. Comme vous le savez, leur tradition est purement orale. Je suppose qu'elle a été chassée du clan. Selon leurs coutumes, la virginité chez la femme non mariée est primordiale! Et elle avait apporté le déshonneur dans la tribu, selon eux. C'est aussi bête que ça.
"Aussi bête que ça".
La femme, pour lui, devait être un objet de plaisir. Rien de plus.

Dielorelei 12 mai 2008 · 9

Il s'interrompit pour allumer une cigarette, et j'en profitai pour l'observer Il était indéniablement beau, avec son allure de viking, et sa haute stature.
Il possédait ce je-ne-sait-quoi qui fait que toutes les femmes devaient tomber sous son charme sans s'en rendre compte.
-Vous savez, continua-t-il, vous devriez oublier toute cette histoire, ce n'est qu'une légende, après tout, et il y a une explication rationnelle à tout. Tenez, le fait que ce vieux brigand de Gilles ait été retrouvé mort: Je dirais qu'il a été victime d'une attaque après une nuit agitée en compagnie d'une fille. Il avait quarante cinq ans, mangeait comme quatre, sautait sur tout ce qui bouge -et c'était d'ailleurs le seul sport qu'il pratiquait- Il avait, avouez-le, le profil du candidat idéal à l'infarctus! Ceci dit, il avait choisi de vivre une vie courte et dense plutôt que longue et insipide, je peux parfaitement le comprendre.
-Mais les runes?
-Je ne suis pas sûr qu'il s'agisse de runes, ou alors, ce serait un salmigondis de runes et de caractères quelconques tracés dans le but d'effrayer les non-initiés, et sans signification particulière. Ces gribouillis sont censés faire passer un message ésotérique.
-Ils ont résisté au temps, cependant!
-Une substance colorée qui aura imprégné la pierre poreuse, et je ne suis pas persuadé qu'un bon coup de kärcher suivi d'une couche ou deux de peinture n'en viennent à bout! seulement, ce serait tordre le cou au folklore.
-Donc, vous ne croyez pas à la malédiction?
Il secoua la tête.
-Non, au risque de vous décevoir, je ne vois là rien de maléfique. Uniquement une légende comme on en raconte dans les villages. Ajoutez à cela l'arrivée des gens du voyage, et vous avez la trame parfaite pour un roman de série B. J'en vois d'ici le titre "la malédiction des gitans".
-Vous ne devriez pas prendre tout ça à la légère, fis-je remarquer, en tentant de le mettre en garde, ce qui, je le sentais, était inutile.
-Allons, ne me dites pas que vous ajoutez foi aux sornettes de vieilles bonnes femmes! Tout ça sont des contes à dormir debout.
J'abandonnai l'idée de le faire changer d'avis: il était de ces gens qui ont les pieds bien ancrés sur terre. J'oubliais que, moi aussi, il y a peu de temps, j'aurais ri si quelqu'un m'avait mis en garde contre les dangers d'une légende. Mais c'était avant que les coïncidences ne s'accumulent. Certes, ma profession me faisait voir le mystère partout (j'écrivais des polars qui, ma fois, se vendaient très bien) mais je ne pouvais nier cette impression de malaise ressenti dans la fameuse chambre du château.
Apparemment, Raoul y avait été insensible.
-Je vous redépose au village? dis-je en constatant, après avoir jeté un coup d'oeil à ma montre, que l'après-midi touchait à sa fin.
-Ce serait très aimable à vous, d'autant plus que j'ai un rendez-vous que je préférerais ne pas manquer, ce soir!
-Ah?
-Eh oui, la petite serveuse de l'auberge, j'ai promis de l'emmener faire un tour, vu que c'est sa soirée de libre, et que les distractions sont plutôt rares par ici!
-Maryse?
-Heu...oui, ce doit être ça, Maryse, je n'ai pas très bien fait attention à son prénom.
Eh bien, il ne perdait pas de temps. Mais c'était son affaire, et si la petite était consentante -en fait, elle me paraissait peu farouche- je ne voyais pas ce que j'aurais pu trouver à redire.
Nous remontâmes donc au village, et en chemin, je lui montrai quelques sites pittoresques que j'appréciais particulièrement, mais qui le laissèrent de marbre. Il s'intéressait par politesse, mais je sentais qu'il était d'avantage préoccupé par le programme de sa soirée -et de sa nuit- que par le charme bucolique de paysage que nous traversions.
Je le laissai à l'entrée du village où il devait récupérer son véhicule, et je me dirigeai vers l'auberge.
J'avais besoin de mettre mes pensées en ordre, et d'ajouter également un chapitre ou deux à mon livre actuellement en cours. Après tout, j'étais venu là pour me documenter sur la région qui devait servir de décor à mon histoire, et je ne tenais pas particulièrement à subir les foudres de mon éditeur qui me faisait régulièrement le décompte des jours qui me restaient avant de l'envoyer.

Dielorelei 24 mai 2008 · 10

Mais je ne fus pas particulièrement prolifique en cette fin d'après-midi, et plutôt que de rêvasser devant mon ordinateur, je redescendis dans la petite salle de l'auberge, dans l'intention d'y déguster un petit apéritif, et, accessoirement, tailler une bavette avec la patronne.
Celle-ci, occupée à dresser les tables, me demanda, avec son accent qui évoquait la garrigue:
-Alors, vous avez fait une belle ballade?
-Je suis retourné au château en compagnie de votre nouveau convive, il voulait voir la chambre maudite.
-Dites, vous ne devriez pas aller trop souvent dans ce château, il porte malheur, à ce qu'on dit, et il ne faut pas tenter le diable, croyez-moi!
A ce moment, la porte de l'auberge s'ouvrit et nous vîmes entrer une jeune gitane, portant deux grands bidons en plastique vides.
-Eh bien quand on parle du diable...maugréa tout bas la patronne, qui, d'un ton peu amène, demanda:
-Que voulez-vous?
-Bonjour, dit la jeune fille, pourriez-vous me remplir mes bidons d'eau, s'il-vous-plaît, c'est pour le repas de ce soir.
-Et quoi, encore? On ne donne pas d'eau, ici, allez en chercher à la rivière!
La jeune gitane resta un instant immobile, puis, sans dire un mot, ses bidons à bout de bras, fit demi-tour pour s'en aller. Elle était particulièrement belle, avec sa silhouette de tanagra, et quand elle passa devant moi, je pus voir de face son visage aux traits délicatement ciselés. Mais alors que je m'attendais à croiser un regard de braise, je reçu le choc d'un regard bleu azur, étincelant dans sa peau brunie par le soleil.
La porte se referma sur elle, et je la vis qui s'éloignait, sa jupe bariolée virevoltant autour de ses chevilles fines.
-Non, mais vous vous rendez compte, fit la patronne, le sans-gène de ces gens! On donne de l'eau aujourd'hui, et ils reviennent tous les jours! C'est voleur et compagnie, oui!
Je me gardais de répondre, ne tenant pas particulièrement à me faire une ennemie de mon hôtesse, mais je me demandai, tandis qu'elle continuait son monologue tout en faisant tinter les couverts, où la jeune gitane allait se procurer l'eau dont elle avait besoin.
A ma connaissance, je ne voyais que le gave, mais à cet endroit, il était , bien que réguler par des lacs, assez tumultueux avec ses cascades et ses torrents. Et je n'imaginais pas une jeune fille, presqu'encore une enfant, porter des bidons d'eau de la rivière au campement.
Au bout d'un moment, je me levai, et prétextant avoir oublié une course, je sortis à mon tour.
Le printemps était particulièrement chaud, cet année, et j'avais laissé ma veste sur le dossier de ma chaise.
Je décidai de prendre ma voiture, au cas où j'aurais du ramener la petite gitane et ses bidons, J'agissais sans réfléchir, tout en me disant que, si elle refusait de monter en voiture, elle pourrait au moins me laisser transporter son eau. Je refis le parcours qui menait à la rivière sans rencontrer âme qui vive, regardant de tous côtés pour tenter d'apercevoir une silhouette gracile, et j'arrêtai la voiture non loin du cours d'eau.
Le bruit de gave à cet endroit évoquait un peu le bruit d'une circulation intense, mais malgré tout, ce bruit restait apaisant, et en temps ordinaire, j'aimais venir y chercher l'inspiration.
Je regardai autour de moi: elle n'était peut-être pas venue là, mais je ne voyais pas où elle aurait pu puiser de l'eau ailleurs, c'était l'endroit le plus calme de la rivière, et le plus proche. Quand tout à coup, je vis, sur l'herbe de la berge, un bidon vide.
Saisi d'appréhension, je contournai les arbustes, redoutant le pire, quand je la vis, accrochée à une branche d'épineux, tentant de remonter sur la rive. Elle n'avait pas lâché son bidon et transie de froid, ne parvenait pas à sortir de l'eau.
J'allai lui tendre la main pour l'aider à remonter quand la branche céda et je vis la jeune fille s'éloigner du bord. Il n'y avait pas trente six solutions: encore quelques mètres et elle serait prise dans le courant. J'étais très bon nageur et je n'hésitais pas à enlever rapidement mes mocassins pour plonger. L'eau était glaciale, mais j'en avais l'habitude, étant un adepte des bains en toutes saisons. Je la saisis au moment où elle allait droit vers la cascade qui l'aurait noyée immanquablement. Apparemment, elle ne savait pas nager, et je dus lui maintenir la tête hors de l'eau tandis que je remontais la rivière, la remorquant jusqu'à ce que, l'eau étant plus calme, je pus atteindre le bord de la rive. Il s'agissait de remonter, maintenant, et ce ne fut pas le plus facile. Je parvins à agripper une saillie rocheuse, lui enlevai le bidon qu'elle n'avait pas lâché en le balançant sur l'herbe et lui demandai de se tenir à deux mains à la roche tandis que je remontai sur la berge. Puis je la tirai hors de l'eau. Nous étions trempés et transis. Elle claquait des dents et j'allai chercher un plaid dans la voiture, et l'en enveloppai.
Elle n'avait pas prononcé un mot, ce que j'attribuai au choc. Je lui dis que j'allai la ramener à son campement, quand elle me montra les bidons:
-Il faut ramener l'eau, s'il-vous-plaît, me dit-elle, c'est précieux, pour nous.
Je remplis ses fichus bidons et les mis dans le coffre arrière après les avoir fermées. Puis, au moment de monter en voiture, elle me regarda et me dit simplement:
-Merci.
Je répondis par un hochement de tête et démarrais. J'avais hâte de rentrer, je frissonnais dans mes vêtements mouillés et des petites rigoles d'eau se formaient sur le plancher de la voiture.
Revenir au campement fut l'affaire de quelques minutes. Mais au moment où je descendais de voiture pour lui ouvrir la portière, je vis s'avancer vers nous deux hommes -des gitans- jeunes et à l'allure peu engageante. Avant que j'ai pu dire quelque chose, la jeune fille alla au devant d'eux et leur parla dans une langue que j'assimilai à du hongrois, ou tout au moins à un pays de l'est, tout en me montant du doigt.
Le plus vieux des deux (il devait avoir trente ans alors que j'en donnais vingt environ à l'autre) vint vers moi et me fit signe de le suivre.
-Prenez les bidons d'eau, d'abord, dis-je en ouvrant mon coffre-après tout, c'était à cause d'eux si j'en étais là-ce que fit le gitan en saisissant les deux jerricans.
Puis encadré par les deux hommes, la jeune fille fermant la marche, je me dirigeai au coeur du campement.

Dielorelei 29 mai 2008 · 11

Je fus étonné à la vue des caravanes qui servaient au transport des gitans: certes, je ne m'attendais pas à voir les antiques roulottes tirées par des chevaux, mais ces verdines gitanes les faisaient revivre. Habillées de bleu et de blanc, le toit arrondi, elles étaient disposée en cercle autour d'une voiture un peu plus grande, à la porte de laquelle un des gitans frappa de façon particulière avant d'entrer seul dans le véhicule. Nous attendimes en silence et j'en profitai pour regarder autour de moi. Il n'y avait pas grande effervescence dans le camp: une femme, un foulard noué sur la tête, la jupe tombant jusqu'aux pieds étendait un drap au soleil. Non loin d'elle, un enfant jouait en silence. A ma connaissance, cette tribu devait faire parti des Roms. En effet, seuls les femmes de Roms continuent à porter ces longues jupes, et celles qui sont mariées cachent leur chevelure.
Mais je ne m'expliquais pas le regard d'azur de la petite gitane. J'avais déjà rencontré un tel regard. Et la similitude me faisait froid dans le dos.
Alors que le soleil s'évertuait à sécher nos vêtements -malgré tout, j'étais persuadé que le rhume serait inévitable- le jeune homme ressortit de la roulotte et nous fit signe d'entrer à notre tour.
Suivant la jeune fille, je pénétrai dans la verdine.
Assise dans un fauteuil à haut dossier, une vieille femme nous demanda d'approcher. Et bien que cette femme me parut aussi âgée que Mathusalem, sa voix ferme et nette me surprit. Elle était petite, du moins l'estimai-je en la voyant assise dans un fauteuil à haut dossier, frêle et ridée comme une pomme desséchée au soleil. Mille rides creusaient son visage tanné par des années et des années passées à sillonner les routes, mais quand je croisai son regard bleu, vif et pénétrant, je reçus mon second choc: le même regard que la petite gitane, fier, étincelant et qui ne devait pas souvent baisser sa garde.
Autour de son cou brillait un grand collier de pièces d'or, qui devait être le trésor de la tribu. Manifestement j'avais devant moi le chef du clan.
-Tu as sauvé ma petite-fille, étranger, que Sarah la Noire te bénisse.
Sarah. La Sainte Patronne des gitans. Leur Patronne.
-Personne ne laisserait quelqu'un se noyer sans intervenir, dis-je, j'ai eu la chance d'arriver au bon moment. C'est tout .
S'adressant à la jeune fille qui se tenait un peu en retrait, la vieille gitane lui dit:
-Va enlever tes vêtements mouillés et rejoins nous ensuite.
La jeune fille obéit et disparut dans le fond de la caravane, derrière une porte coulissante.
-Assieds toi près de moi, étranger, et dis moi comment tu as su que ma petite Paprika était à la rivière.
Je lui racontai l'anecdote de l'auberge et comment j'avais décidé de partir au devant de la petite pour l'aider à ramener l'eau au campement.
-Je me suis dit qu'une frêle jeune fille aurait du mal à porter de lourds bidons d'eau, et je ne voyais qu'un endroit où elle pouvait les remplir. Manifestement, votre petite-fille a du trop se pencher et est tombée dans l'eau. Et la branche à laquelle elle s'est accrochée manquait de solidité.

Dielorelei 2 juin 2008 à 23h40 · 12

-Ce n'était pas prévu que Paprika aille à la rivière. Non, ce n'était pas prévu, répéta la vieille gitane. Sinon, un de ses frères l'aurait accompagnée. Elle devait seulement se rendre à l'auberge.
Quelque chose semblait tourmenter le chef de clan, et j'attendais qu'elle poursuive mais elle se tut.
-Vous avez les yeux bleus, dis-je avec la sensation d'avancer en terrain miné, c'est assez rare, même si l'on tient compte du brassage des populations.
-Dans notre cas, il n'y a eu aucun brassage de population, répliqua la vieille femme avec force. Ces yeux bleus sont un héritage maudit. Tu le sais, toi qui connais l'histoire du château.
Je me demandai comment elle pouvait être au courant de mes déplacements. Je réfléchissais à toute vitesse, soucieux de ne rien dire qui put fermer la porte qu'elle venait d'entrouvrir.
-Oui, je connais la légende du sinistre comte de Lonzac.
-Ce n'est pas une légende, oh non! c'est une histoire vieille de cent ans qui va bientôt trouver sa juste conclusion. Tu sais aussi, n'est-ce pas, que le dernier rejeton de cette branche est ici?
-Oui, j'ai parlé à Raoul de Lonzac, nous déjeunions tous deux à l'auberge.
-A l'auberge, ainsi c'était vrai, il était bien à l'auberge, il n'avait pas menti. Il ne ment jamais.
-Qui ne ment jamais?
Mais elle ne me répondit pas.
Elle secoua la tête, me permettant ainsi d'échapper au magnétisme de son regard. Puis, à brûle pourpoint, elle demanda:
-J'aimerais que tu partages notre repas, ce soir, acceptes tu?
J'avais conscience que refuser l'offenserait, et j'acquiesçai.
-Oui, et je vous remercie.
Ma réponse parut la satisfaire et elle continua, en désignant mes vêtements encore mouillés:
-J'imagine que ceci n'est pas confortable, et que tu as besoin de te changer. Quand tu reviendras, je te présenterai aux autres membres du clan.
Je compris qu'elle me congédiait et je me préparais à partir quand Paprika reparut avec le plaid qui avait servi à l'envelopper. Elle me le tendit sans un mot et le prenant, je leur dit:
-Le temps de repasser à l'auberge, et je serai de retour dans une heure environ.
-Le goulash sera prêt au coucher du soleil, nous t'attendons.
Et la grand mère de Paprika fit un petit signe de sa main aux doigts chargés de bagues.
Je pris congé des deux femmes et retournai à ma voiture. Les deux gitans qui m'avaient amené étaient là, adossés à une caravane. Ils me regardèrent démarrer, et dans mon rétro, je les vis qui me suivaient des yeux.
J'atteignis l'auberge en un temps record, pressé que j'étais de me débarrasser de mes vêtements plus qu'humides.
Comme je m'y attendais, la patronne, pourtant occupée à servir un couple d'estivants, ne rata pas mon entrée.
-Eh bien, on dirait que vous avez pris un bain tout habillé!
Ce qui attira sur moi l'attention de tous les autres convives.
Je n'avais pas l'intention de m'étendre sur mon aventure, encore moins sur ma visite au camps, et tout en grimpant l'escalier pour échapper à son oeil de lynx et à ses commentaires, je me contentai de répondre que j'avais glissé sur la berge, et que je n'allais pas dîner.
Arrivé dans ma chambre je me déshabillais rapidement, pris une douche et enfilais des vêtements secs.
Je me sentais mieux mais je ne pouvais pas arrêter le carrousel des questions sans réponses qui tournait dans ma tête.
Le soleil déclinait quand je ressortis dans la tiédeur du mois de mai. Je me heurtai à la patronne qui sortait une poubelle.
-Je n'ai rien voulu dire tout à l'heure rapport à la clientèle, chuchota-t-elle, mais votre baignade n'était peut-être pas tout à fait accidentelle!
-Comment ça?
-La malédiction, monsieur, la malédiction!
-Mais non, j'ai glissé sur l'herbe mouillée en voulant attraper une truite -enfin ce que je croyais être une truite- et je suis tombé à l'eau, rien de grave!
J'avais conscience de dire n'importe quoi, et je mis fin à mes élucubrations en lui souhaitant une bonne nuit.
Elle me regarda monter en voiture, peu convaincue, et j'actionnai le démarreur.
En roulant en direction du camps, je me rendis compte que j'avais mis le doigt dans un engrenage infernal.
Mais je me rendais compte également, bien que la raison m'en échappât, que j'étais décidé à aller jusqu'au bout.

Dielorelei 3 juin 2008 à 21h03 · 13

Quand j'arrivai au camp, je vis les femmes en train de dresser les tables: En l'occurrence il s'agissait de plateaux posés sur des tréteaux, ce qui m'indiqua que tout le clan participerait aux agapes. Chez les gitans, on ne laisse personne de côté.
Le fumet des viandes qui cuisaient chatouilla mes narines, et je m'avançai vers la vieille gitane qui, assise au pied de sa verdine, avait rassemblé autour d'elles tous les mâles de la tribu.
Elle m'attendait, et me présenta aux hommes comme celui qui avait sauvé sa petite fille. Je fis ainsi connaissance de Laszlo, le frère aîné de Paprika, de Kore, le second frère, des oncles et des cousins, et tous me remerciaient d'avoir préservé la jeune fille de la noyade. J'étais un peu étonné que ce simple sauvetage prenne autant d'importance, mais je ne m'attardai pas sur la chose, occupé que j'étais à essayer de retenir les noms des hommes qui me serraient la main. Puis vint le tour de Milosh qui s'avéra être le fiancé de Paprika. C'était un beau jeune homme aux cheveux noirs et brillants, à la silhouette fine et au regard de braise. Assurément, Paprika et lui formaient un très beau couple, tous deux fiers et gracieux comme seuls le sont les gitans de race pure. Puis on me présenta aux autres femmes de la tribu. J'appris que la vieille gitane s'appelait Kalia, et je dus encore une fois faire un effort de mémoire pour retenir les prénoms des belles-soeurs, tantes, et cousines. La tribu comptait environ une trentaine de membres, mais Kalia, la grand-mère de Paprika, prit soin de me préciser que le reste du clan était resté en Hongrie, la tribu présente n'étant là que dans un but bien précis. Je ne relevai pas l'allusion, sachant que la gitane m'en dirait davantage quand elle jugerait le moment opportun.
Sur un signe de Kalia, Laszlo et Kore menèrent la vieille femme jusqu'à la table et on m'attribua une place à côté d'elle.
-Et quel est ton nom, étranger, demanda la gitane en se tournant vers moi.
-Johannes.
Alors elle leva son verre qu'une jeune femme venait de remplir et le silence se fit autour de la table.
-Levons nos verres à Johannes, à celui qui a croisé notre route. Sa présence parmi nous était écrite. Que le destin s'accomplisse grâce à lui.
-Que le destin s'accomplisse, reprirent tous les gitans d'une même voix, en levant leurs verres.
Je ressentis une impression d'irréalité, comme si j'avais été transporté dans un autre temps, au coeur d'évènements que je ne maîtrisais pas, et cette impression dura tout au long du repas qui par ailleurs était excellent. On avait commencé par une soupe de poulet et de légumes, et nous en étions au goulash que l'on me servit avec des haricots blancs. A mesure que le temps passait et que les verres se remplissaient, je remarquai que les esprits s'échauffaient un peu. Je prenais soin de laisser mon verre plein car je ne tenais nullement à perdre tout contrôle, chose que ne manqua pas de remarquer Kalia.
-Tu ne bois pas, Johannes, dit-elle, et il y avait dans son intonation quelque chose d'approbateur.
-Je n'aime pas boire, dis-je, et je n'ai pas l'habitude.
-C'est la fête, ce soir, poursuivit-elle, chacun est heureux de savoir que Paprika est saine et sauve. Chez nous, nous aimons la fête, bien que, en ce moment, nous ne sacrifions pas aussi souvent à la tradition des réjouissances.
Et tandis qu'arrivaient les galettes de maïs avec la confiture de prunes,elle ordonna qu'on allumât un feu.
-Ce soir, en ton honneur,Milosh va prendre son violon.
Le feu jaillit bientôt, haut et clair, projetant les ombres mouvantes des gitans qui maintenant s'étaient levés tandis que Milosh, le violon calé sous son menton, entamait une mélodie lancinante, qui évoquait la vie difficile, le chagrin, l'amour et la mort. Sa virtuosité était étonnante et unique, et je sentis un frisson parcourir mon échine en écoutant cette musique tzigane exceptionnelle.
-D'habitude, les gitans dansent à la lumière du feu sur la musique des violons, me dit la vieille femme, mais pas en ce moment, non, pas en ce moment. Nous danserons de nouveau, mais plus tard. Pour l'instant, j'ai besoin de te parler, accompagne moi jusqu'à ma caravane.
J'aidai Kalia à se mettre debout et je la conduisis à sa roulotte.
-Le moment est venu de te conter l'histoire de Salomé, dit Kalia, et je ne voudrais pas que tu rentres à l'aube.
-Salomé?
-La victime du comte de Lonzac. Tu vas tout savoir.

Dielorelei 7 juin 2008 à 23h29 · 14

-Fais nous un peu de thé, la bouilloire est là et le thé est dans cette boîte. Et viens t'asseoir près de moi, dit Kalia en s'installant sur le canapé qui faisait face à une télévision.
Je m'exécutai et tandis que le breuvage infusait, la vieille gitane se mit à égrener ses souvenirs.
-la nuit où les gitans se sont arrêtés au château était une sombre nuit d'hiver. La tribu avait fait une longue route, et les chevaux, fourbus, ne demandaient qu'à se reposer.
Mais ils auraient mieux fait de poursuivre leur chemin. Vois tu, Salomé était issue de la septième génération des roms Tsiganes, et à ce titre, elle était "l'élue". C'est-à-dire qu'elle possédait les trois dons: celui de guérir, celui de voir l'avenir et celui de lire dans les coeurs. Pour elle, il n'y avait ni temps ni espace, elle soignait les gens et les bêtes, et nul ne pouvait lui mentir sans qu'elle le sache. Mais ces dons n'étaient réunis que toute les sept générations. Et ce monstre, par son acte odieux, modifia le cours de sa destinée, de notre destinée à tous.
Après ce qui s'était passé-le rite magique qui provoqua la mort du comte- le clan ne pouvait que s'enfuir.
Les gitans décidèrent de regagner la Hongrie pour se mettre sous la protection de György, le roi du clan des roms tsiganes de Hongrie.
Kalia s'interrompit et but un peu de thé. Puis elle continua son récit.
-Ils sont arrivés au printemps au village de Kisilova où résidait György. Et là, Salomé s'aperçut qu'elle attendait un enfant. L'enfant du comte de Lonzac. Imagine son désespoir. Elle s'accusait d'avoir jeté l'opprobre sur le clan, bien que personne n'envisageât de la bannir. György, qui était au courant de la prophétie, arrangea les chose: il la donna pour épouse à son fils cadet, afin que l'enfant ne fut pas considéré comme un bâtard, et pour tenter de renouer le fil du destin. Salomé mit au monde une petite fille aux yeux bleus, et on ne tarda pas à voir, dans la main du nourrisson, l'étoile à cinq branches qui était le signe de sa prédestination.
Par la suite, toutes les descendantes de salomé eurent cette étoile à cinq branches inscrite dans la main, et toutes eurent les yeux bleus. Mais nous ne possédions pas pour autant les trois dons: nous savions seulement lire l'avenir dans le tarot des gitans. Paprika, étant la septième, verra les trois dons révélés le jour de ses seize ans. Et l'on dit que, lorsque tout sera accompli, la prochaine lignée retrouvera les yeux noirs de notre race.
La vieille gitane se tut un instant. Je ne l'avais pas interrompue, même si certaines choses me semblaient tenir du domaine de l'imagination.
-Regarde, étranger, dit-elle en me tendant sa main paume ouverte, regarde l'étoile, elle est là, comme elle est dans la main de ma petite fille.
Et je vis, imprimée sur la ligne de vie, nettement dessinée, une étoile, tel le pentacle du roi Salomon.
-Et toi, johannes, toi le gadjo, le tarot des gitans m'avait prévenu de ton passage dans notre destin.
Et elle me montra un paquet entouré de tissu violet d'où elle sortit un vieux tarot gitan.
-Tu est sorti avec le Zahori, celui qui permet un nouveau départ, me dit-elle, et le Georges vert-l'énergie- t'accompagnait.
J'avoue que c'était de l'hébreu, pour moi, car je n'avais aucune connaissance de la significations des lames du tarot, fut-il gitan ou de Marseille.

Dielorelei 29 juillet 2008 à 23h20 · 15

J'étais un peu mal à l'aise, face à Kalia qui se complaisait à parler par énigmes.
Aussi, je prétextai qu'il était tard et que je devais travailler encore un peu à mon livre pour prendre congé.
-Tu reviendras, dit la vieille gitane en se levant péniblement, je le sais. Que ta nuit soit bonne.
En sortant de la verdine, je vis que les gitans, assis près d'un feu, écoutaient toujours le violon de Milosh.
J'allais monter dans ma voiture quand une ombre se dressa devant moi.
-Je voulais te remercier encore pour avoir sauvé ma soeur. Au nom de tous les miens.
-De rien, Lazlo, tout le monde en aurait fait autant.
Il eut un petit rire:
-Pas tout le monde, non, et certains auraient même profité de la situation.
Encore ces paroles à double sens.
-On se reverra sûrement au village, dis-je pour couper court.
-Sûrement, oui.
Et il disparut dans la nuit, sans bruit.
Je roulais vers l'auberge en me demandant si je pourrais entrer sans me faire remarquer. Certes, j'avais une clé, comme tous ceux qui avaient une chambre, et ils étaient relativement peu nombreux, mais j'aspirais à un peu de calme, et je ne me sentais pas l'envie de tailler une bavette à une heure du matin.
Je descendais de mon véhicule quand une autre voiture s'arrêta en freinant sec. Je n'avais pas besoin de me retourner pour savoir qui arrivait. Une présence dont je me serais bien passé.
-Alors, on regagne sa chambre à cette heure tardive?
-Tout comme vous, répondis-je à Raoul de Lonzac. J'aurais cru que vous seriez rentré plus tard, puisque vous étiez en bonne compagnie.
-Je ne savais plus quoi lui dire, rétorqua-t-il, et sa conversation est plus limitée que ses charmes! Et puis, ce n'est pas le genre auprès de qui on s'attarde, vous savez!
Je ne répondis pas à cette muflerie, et m'apprêtai à rentrer.
-Dites, me demanda-t-il en me rejoignant à la porte, vous n'avez pas entendu de la musique en passant près du campement des roms?
-Non, je ne devais pas faire attention, mentis-je en maudissant intérieurement le trublion.
-J'irais bien faire un tour de leur côté, moi, poursuivit de Lonzac sans tenir compte de mon ton un peu sec, il paraît que les femmes sont assez belles!
-Je vous conseille de vous tenir à l'écart de ces gens, dis-je, ils ne voient pas les étrangers d'un très bon oeil!
-Et comment le savez-vous?
-Je ne le sais pas, je le suppose, dis-je énervé, tout le monde sait que les gitans forment un clan à part!

Dielorelei 7 novembre 2008 à 20h53 · 16

-Balivernes, que tout cela, dit De Lonzac en marchant à côté de moi tandis que je montais les marches, une femme reste une femme, et je suis sûre qu'un peu d'exotisme ne serait pas pour leur déplaire.
-Vous cherchez vraiment les ennuis, dis-je en baissant la voix pour ne pas éveiller les rares occupants de l'auberge.
L'exemple de votre aieul n'est-il pas suffisant?
-De grâce, enterrez une fois pour toutes cette vieille légende!
-En tout cas, je vous aurai prévenu: encore une fois, restez hors de portée de ces gens, ils ne vous attireront que des ennuis.
-Dans ma famille, nous n'avons jamais reculé devant les difficultés, mon cher, au contraire, elles pimentent notre quotidien. Mais vous ne pouvez pas comprendre: les aventures, vous les vivez à travers vos personnages, vous ne savez pas ce que ça donnerait dans la réalité!
Et sur cette flêche, avec un petit rire, il referma la porte de sa chambre.
Je jetai mon veston sur mon lit et comtemplai, morose, mon ordinateur: aurai-je ou non la tête à écrire un chapître supplémentaire?
Je décidai que non. Mais trop préoccupé pour dormir, j'ouvris la fenêtre pour contempler la nuit calme et le ciel ponctué d'étoiles. Un vent léger faisait frémir la cime des arbres, et m'apportais le parfum des fleurs printanières. Jamais le mois de mai n'avait été aussi beau et aussi chaud que cette année là. Tout me paraissait si serein que j'avais du mal à imaginer qu'à tout moment, le drame pouvait survenir.
Car il couvait, j'en étais sûr. Je le pressentais avec une acuité presque douloureuse.
Mais que pouvais-je faire, en dehors de rester neutre?
Je suspectais les gitans de vouloir m'utiliser pour assouvir leur vengeance. C'est à travers moi qu'ils espéraient atteindre De Lonzac. Et ce crétin ne voyait rien venir, avec son égo démesuré, il n'imaginait même pas que l'on put attenter à ses jours.
Les gitans me faisaient peur. La voix de la vieille femme Kalia résonnait encore dans ma tête.
"Tu reviendras, je le sais" avait-elle dit.
S'il n'y avait eu que moi, non, je ne serais pas revenu. Mais si je pouvais arrêter le cours des choses, il me fallait attendre.
Mais peut-on arrêter le destin?

Dielorelei 3 juin 2009 à 19h04 · 17

Mon sommeil, cette nuit-là fut agité, rempli de songes qui confinaient au cauchemar. Je m'éveillai tôt et descendis prendre mon petit déjeuner dans la salle à manger encore déserte. Je fus étonné de voir que la patronne officiait seule, et je lui demandai où était Maryse.
-Allez savoir, elle n'est pas encore arrivée, je suppose qu'elle a du s'endormir! Faut dire que c'était sa soirée de congé, hier, et elle a du faire la fête! C'est de son âge, vous me direz, mais enfin, elle devrait savoir que ce n'est pas le travail qui manque, ici!
-Je ne l'ai jamais vu en retard, depuis que je suis là!
-Eh non! et c'est pour ça que je passe l'éponge. Il n'empêche, si dans une heure elle n'est pas là, je téléphone, moi! Après tout, elle est peut-être malade!
-Peut-être, dis-je en prenant un journal et en me plongeant dedans en espérant que mon hôtesse allait se taire.
Ce fut peine perdu.
-Et vous, vous n'êtes pas rentré de bonne heure non plus, hé! je vous est entendu cette nuit -ou plutôt ce matin- mais avec qui étiez vous donc, que vous avez jacassé à m'en réveiller?
-Si je vous est réveillée, je vous prie de m'en excuser, répondis-je n'ai pourtant pas eu l'impression de parler fort?
-Oh! ce n'est pas tellement ça, mais vous savez, j'ai le sommeil léger, et la nuit, les bruits sont multipliés par dix!
-J'étais seul, mais un de vos pensionnaire est rentré en même temps que moi, et nous avons échangé quelques mots avant de nous quitter.
-J'ai reconnu votre voix à cause de votre très léger accent, j'ai l'oreille, vous savez!
Tout en parlant elle disposait les croissants, le pot de café et le lait sur la table.
-Prendrez-vous un jus d'orange?
-Je vous remercie, non, j'ai du mal à digérer le jus d'orange le matin.
-C'est à cause de l'acidité, dit la brave femme d'un ton sentencieux. Remarquez, c'est une habitude d'outre-manche! Moi, j'ai toujours pris un petit déjeuner de café -noir, hein le café- de pain et de confiture. Je les fais moi-même mes confitures. Je vous donnerai un pot, si vous voulez.
-Ce sera avec plaisir, dis-je, priant le ciel pour qu'elle se taise.
-C'est pas tout ça, moi, je téléphone. C'est pas normal que Maryse ne soit pas encore là.
Je la vis avec soulagement quitter la salle et me mis à lire tranquillement le journal.
Pas pour longtemps.
-Elle ne répond pas, m'annonça mon hôtesse en revenant.
-Elle est peut-être en chemin, dis-je, patientons encore un peu. Elle habite loin d'ici?
-Loin, non, à La Murge même, elle loue un petit studio non loin du château, elle en a pour vingt minutes à pied, sans forcer.
-Alors attendons vingt minutes, après nous aviserons.
-Quand même, ça ne lui ressemble pas, ça!
Je me replongeais dans mon quotidien sans plus m'inquiéter: Ce ne serait pas la première fois qu'une jeunette, après une nuit mouvementée, aurait une panne d'oreiller.
La patronne n'arrêtait pas de tournicoter, et au bout d'un moment, elle finit par me dire:
-Les vingt minutes sont passées, là, dites, monsieur, si je puis me permettre, vous ne voudriez pas faire un saut jusqu'à chez Maryse, histoire de voir si tout va bien?
-Téléphonez de nouveau, dis-je, en soupirant intérieurement, et si vous n'avez toujours pas de réponse, je vais y aller.
-Non, parce que vous comprenez, je ne peux pas partir et laisser l'auberge comme ça, avec les clients qui vont se lever et réclamer leur petit-déjeuner! Je retourne téléphoner.
Elle revint quelques minutes après, l'air chamboulé.
-Ça ne répond toujours pas. Dites, il faut faire quelque chose! Je ne vais quand même pas faire intervenir les gendarmes!
-C'est bon, j'y vais, mais indiquez moi précisément le chemin, j'ignore totalement son adresse.
-C'est simple.
Et se saisissant d'un papier et d'un crayon, elle me traça un itinéraire approximatif.
-Voilà, c'est la petite rue avant d'arriver au château. L'adresse, c'est 45 rue des tamaris. Vous verrez, c'est un immeuble ancien, elle habite au rez-de-chaussée.
-Et quel est son nom de famille?
-Pasquier. Maryse Pasquier.
-Et si elle ne répond pas?
-Vous aviserez. Faites assez de boucan pour la réveiller!
Je pris le bout de papier et gagnais ma voiture.
Voyons: je devais descendre la grand rue, tourner à gauche de l'église, rouler tout droit sur 500 mètres environ puis m'engager sur le chemin menant au château pour enfin tourner à droite avant d' arriver rue des tamaris.
Ayant mémoriser l'itinéraire, je lançais le moteur.
A cette heure matinale, il y avait peu de monde dans les rues du village: par-ci par-là une personne âgée promenant son chien, et je fus rapidement devant le 45.
C'était une vieille maison de pierres Renaissance, à deux étages, et avant d'entrer, j'examinai la façade. Les volets de gauche étaient fermés, et je supposais que j'avais des chances de trouver l'appartement du premier coup. J'ouvris la porte d'entrée sans difficulté et me trouvais dans un couloir sombre. La porte de gauche, comme je l'avais bien supposé, portait une carte de visite punaisée avec le nom de M. Pasquier.
Je regardais autour de moi, gêné de frapper à cette heure matinale (il n'était que sept heure et demi, après tout) et tapais timidement contre la porte.
Rien.
Je frappais plus fort, jusqu'à tambouriner carrément au bout d'un certain temps.
-C'est fini ce vacarme?
Allons bon, j'avais réveillé la voisine d'en face.
La dame qui m'interpellait, l'air peu aimable, se tenait sur le seuil de sa porte, en peignoire et bigoudis.
-Qu'est-ce qui se passe, que vous tapez comme un sourd?
-Je... Et bien je viens de la part de la patronne de l'auberge où travaille Melle Pasquier, elle n'est pas venue travailler ce matin. Je viens voir si elle n'est pas malade.
-En tous cas, elle n'était pas malade cette nuit, elle a fait assez de raffut avec sa musique!
-ce n'est pas normal qu'elle ne réponde pas, continuai-je, imperturbable, il faudrait voir si tout va bien.

Dielorelei 3 juin 2009 à 21h34 · 18

-C'est vrai que je ne l'ai pas entendue partir ce matin, admis la voisine. Vous pensez qu'il y a un problème?
-Le fait est qu'elle n'ouvre pas, qu'elle ne répond pas, et qu'elle n'a pas prévenu qu'elle était souffrante. Et même endormie, le bruit que j'ai fait aurait du la réveiller.
-J'ai une clé.Si vous voulez, on pourrait entrer, histoire d'en avoir le coeur net. On ne sait jamais: et si elle avait eu un malaise?
-Faites donc ça, madame heu...
-Bouzigue. Mme veuve Bouzigue.
Et la voisine fit un preste aller-et-retour, revenant munie de la clé.
-J'espère qu'elle n'a pas laissé sa clé dans la serrure, ça nous compliquerait les choses, dit-elle tout en farfouillant dans la serrure.
-Ah non. Voilà, c'est ouvert.
J'écartais doucement mais fermement Mme Bouzigue afin d'être le premier à pénétrer dans l'appartement.
Je me trouvais dans une petite entrée sombre, et je cherchai l'interrupteur pour éclairer.
-Là, dit Mme Bouzigue qui me suivait comme mon ombre, en faisant jaillir la clarté d'un petit luminaire.
L'appartement était petit -Ce n'était qu'un studio- mais coquet, propre et bien rangé de prime abord.
Une entrée, la kitchenette sur la droite et le séjour sur la gauche. En face, ce que je supposais être une salle de bain.
J'avançais dans le séjour, et d'emblée, je vis. Je fis un pas en arrière, butant sur mme Bouzigue qui poussa un hurlement en découvrant à son tour la vision d'horreur.
Dans une alcôve, à gauche, un lit. Sur le lit le cadavre d'une femme.
Nul doute, en voyant la quantité de sang répandu et la position du corps, que cette femme était morte.
Je voulus cependant m'en assurer.
-N'approchez pas, Mme Bouzigue, dis-je à la voisine qui, la main sur la bouche, les yeux équarquillés, semblait statufiée.
Prenant soin de ne toucher à rien, j'approchais du lit.
Nul doute. Cette femme, gisant dans une mare de sang, le regard désormais fixé sur le néant, était bien Maryse.
Apparemment, elle avait été poignardée sauvagement. Les draps et la courtepointe ainsi que les oreillers étaient rouges de sang. Celui-ci avait même éclaboussé le mur au dessus du lit.
Je cherchai sans trop y croire un signe de vie en appuyant mes doigts sur son cou: rien.
Je pris mon portable et appelais la police et les pompiers. Puis je repoussai Mme Bouzigue vers la porte.
-Il ne sert à rien de rester là, dis-je, attendons-les dehors.
-Mais qui a pu faire ça, chevrotta la voisine qui, manifestement tremblait de partout.
-Je n'en sais rien, soupirai-je, tout ce que je sais, c'est qu'il y a deux jours, c'était une jeune fille pleine de vie.
Et maintenant...
-On est peu de chose, murmura Mme Bouzigue. Quand même, finir comme ça...
-L'avez-vous entendue rentrer, cette nuit?
-Pas cette nuit, hier soir vers vingt deux heures, et elle était avec quelqu'un, je l'ai entendu rire et parler.
-Et l'homme, vous l'avez entendu?
-Très peu, il parlait bas.
-Vous êtes sûre de l'heure?
-Certaine, je regardais un téléfilm en deux épisodes et c'était la fin de la première partie. Y a qu'à regarder le programme.
-Vous ne les avez pas vus, par hasard?
Et je jetais un coup d'oeil au judas de sa porte.
-Ah! mais je n'espionne pas, moi, fit Mme Bouzigue énergiquement.
Trop énergiquement.

Dielorelei 16 juin 2009 à 17h48 · 19

-C'est dommage, cela aurait servi l'enquête, si vous aviez eu le réflexe de jeter un coup d'oeil.
-C'est-à-dire...mais tout à fait entre nous, hein, je vérifiais si le verrou de ma porte était bien tiré -vous savez, à l'heure actuelle on n'est jamais trop prudent- et j'ai du machinalement jeter un coup d'oeil par le judas.
-Et?
-Et j'ai vu Maryse avec un homme blond, grand, bien de sa personne, ils semblaient se connaître. Elle a ouvert sa porte et ils sont rentrés. Et la minuterie s'est éteinte peu après. Et je suis retournée voir la seconde partie de mon téléfilm.
-Avez-vous une idée de l'heure à laquelle l'homme -le blond- est reparti?
-Alors là, vous m'en demandez trop. Pas tout de suite après la fin du film, ça non, j'aurais entendu claquer la porte d'entrée, vous savez, l'inconvénient d'un rez-de-chaussée, c'est qu'on est assez souvent dérangé par la porte. Enfin, la nuit, c'est rare.
-Et là, vous n'avez rien entendu?
-Si. Je l'ai entendu claquer deux fois cette nuit, puisque j'ai été réveillée deux fois. Mais je n'ai pas regardé l'heure.
-Il faudra dire tout cela à la police, dis-je à Madame Bouzigue. Justement, les voilà.
La voiture des pompiers et celle de la police arrivaient presque simultanément.
Et tout le monde débarqua des voitures. Un homme en civil s'adressa à nous:
- Inspecteur Cojean. C'est vous qui avez appelé? qu'est-ce qui s'est passé? Vous êtes monsieur...?
-Johannes Muller, et voici Madame Bouzigue. Nous venons de trouver une jeune femme baignant dans son sang.
-C'est où, au juste?
Nous le précédâmes dans le couloir et le laissâmes entrer.
-Vous avez touché à quelque chose? demanda-t-il après s'être penché sur le corps.
-Non, nous avons juste constaté ce qui s'était passé et téléphoné aussitôt.
Il sortit son portable et composa un numéro. Tourné vers la fenêtre il dit quelque chose que nous n'entendimes pas.
-Le légiste va arriver, nous renseigna-t-il, en attendant, si vous pouviez m'apporter des précisions sur ce qui s'est passé...
-Mais entrez donc chez moi, nous serons mieux, dit Madame Bouzigue en ouvrant sa porte.
Tandis que le reste de la troupe montait la garde dans le couloir pour empêcher les curieux de voir, l'inspecteur Cojean et moi-même entrâment chez Madame Bouzigue.
-Je vous sers un café, proposa-t-elle, je venais d'en faire quand j'ai entendu Monsieur frapper à la porte de Mademoiselle Pasquier.
Le café fut accepté et l'inspecteur Cojean me demanda si je connaissais Maryse Pasquier et pourquoi je venais la voir à cette heure matinale.
-Je loge à l'auberge où elle travaille et..
-"Les Mimosa"? coupa-t-il, et quelles sont vos relations avec Mlle Pasquier?
Je décidai de commencer par le commencement et lui dis que j'étais autrichien, en vacances dans la région, que j'étais auteur de romans policiers en quête de documentation et que la patronne de l'auberge, inquiète de ne pas voir Maryse à l'heure habituelle m'avait demandé d'aller voir si elle n'était pas souffrante.

Dielorelei 16 juin 2009 à 22h12 · 20

-Et vous Madame heu...
-Bouzigue, madame veuve Bouzigue.
-Oui, madame Bouzigue, avez-vous remarqué quelque chose de particulier cette nuit?
Madame Bouzigue lui raconta ce qu'elle m'avait déjà dit et Cojean me demanda:
-Vous voyez qui peut-être cet homme blond?
-Je pense qu'il s'agit de Raoul de Lonzac, il avait rendez-vous avec Maryse hier soir. Enfin, c'est ce qu'il m'a dit.
-Et où peut-on le trouver, ce Raoul de Lonzac?
-Mais à l'auberge, il est de passage et loge quelque temps aux "Mimosas".
-Eh bien, nous allons rendre une petite visite à ce monsieur. mais avant, je vais voir où en est le légiste.
Cojean disparut dans l'appartement de Maryse, et quand il revint, il me fit simplement signe de le suivre.
-Ah, j'oubliais: vous voudrez bien passer au commissariat pour faire votre déposition, dit-il à madame Bouzigue.
-Vous avez votre voiture, je suppose, me dit Cojean quand nous fûmes dehors, il est inutile de se faire escorter par la police pour aller à l'auberge.
Tandis que nous roulions, Cojean me posa la question que j'attendais.
-Et vous étiez où, monsieur Muller, cette nuit?
-Chez les gitans.
Il me regarda, surpris.
-Vous pouvez répéter?
-J'étais chez les gitans. J'ai dîné hier soir au camp. Avec eux.
-En voilà une nouvelle. C'est pour votre "documentation"?
-Non. J'avais repêchée la petite fille du chef de clan, et en remerciement, ils m'ont invité. Je ne pouvais pas refuser.
-Repêchée d'où?
-Du gave, elle était tombée dedans en voulant remplir ses bidons d'eau.
-Eh bien dites donc! Bon, en tout cas, on vérifiera, question de routine.
-Bien sûr.
Quand nous sommes arrivés à l'auberge, la patronne nous attendait devant l'entrée.
-Mais c'est vous, monsieur Cojean! ah mon Dieu, il est arrivé malheur! Je le sentais! C'est Maryse, n'est-ce-pas? Il lui est arrivé quelque chose?
-J'en ai bien peur, mais ne restons pas dehors.Il y a un endroit où on peut être tranquilles?
-Dans le petit salon derrière la salle à manger, à cette heure-ci il n'y a personne.
Nous nous sommes assis autour d'une petite table, et la patronne nous a proposé un café. Que nous avons refusé. Et Cojean est tout de suite entré dans le vif du sujet.
-Maryse est morte, madame Bonafou.
-Mais morte...morte comment? hier soir, elle allait très bien!
-Justement, parlons-en, d'hier soir. Savez-vous avec qui elle est sortie?
-Non, c'était son jour de congé, elle ne m'a pas tenu au courant de ses projets, c'est une adulte, vous savez, elle fait ce qu'elle veut.
-"C'était", madame Bonafou, elle est morte maintenant.
-C'est vrai. C'est la malédiction des gitans. J'en suis sûre. C'est à cause d'eux, tout ça.
-Attendez, vous n'allez pas croire à ces foutaises, madame Bonafou? on a un assassin en liberté, et si c'est un gitan ou un homme blond, on le trouvera.
-Un homme blond?
-Vous avez bien un certain Raoul de Lonzac parmi vos pensionnaires?
-Oui, mais pourquoi?
-Attendez, les questions, je les pose, vous vous répondez. Alors, ce Raoul de Lonzac?
-Il dort encore, je suppose.
-Allez le chercher.

Dielorelei 18 juin 2009 à 22h07 · 21

-Ou plutôt non. Je suppose qu'il a le téléphone dans sa chambre? Alors dites lui de descendre immédiatement, Je tiens à voir sa réaction à l'énoncé de la triste nouvelle.
La patronne fit ce que Cojean lui avait demandé, mais on dut attendre un bon quart d'heure avant que De Lonzac fasse son apparition dans le petit salon où nous nous tenions. Et on avait eu droit, durant tout ce temps, aux lamentations de madame Bonafou qui continuait à tenir les gitans et leur malédiction responsables de touts les catastrophes.
-Ca dure depuis cent ans, ne cessait-elle de répéter, cette malédiction, et ce ne sera pas le dernier cadavre que vous retrouverez, vous pouvez en être sur!
-Il n'y a pas eu de crimes depuis des lustres, rétorquait l'inspecteur, c'est une région calme, ici!
-Evidemment, les gitans n'étaient pas revenus! Ils sont là pour assouvir leur vengeance, c'est moi qui vous le dit.
Si elle avait su que De Lonzac était issu de la lignée maudite, je me demande quelle aurait été sa réaction.
Quand Raoul De lonzac arriva, l'air encore endormi, Cojean se présenta et lui fit signe de s'asseoir.
Cueilli au saut du lit, De Lonzac ne semblait pas bien se rendre compte de ce qui se passait. Il nous regardait d'un air interrogateur, et muet, attendait que Cojean lui explique le pourquoi de ce réveil brutal.
-Vous connaissez Melle Pasquier? lui demanda Cojean.
-Mademoiselle Pasquier? je devrais? qui est cette demoiselle?
-La serveuse de cette auberge.
-Ah! vous voulez dire Maryse? je ne connaissais que son prénom. Bien sûr, je la connais. Pourquoi cette question?
-Quand l'avez-vous vue pour la dernière fois?
-Hier soir, mais pourquoi diable me demandez-vous cela?
-Contentez-vous de me répondre le plus précisément possible: a quelle heure avez-vous quitté Melle Pasquier?
-Euh...il devait être minuit et demi, quelque chose comme ça, je n'ai pas regardé ma montre juste au moment où je partais, je...
-Et vous êtes rentré à quelle heure à l'auberge?
-Environ à une heure du matin, demandez à Monsieur, là, il est rentré en même temps que moi.
-Il était une heure dix très exactement, dis-je, en tout cas, c'est ce qu'indiquait l'horloge de mon tableau de bord quand je suis arrivé.
-Il ne faut pas quarante minutes en voiture la nuit pour revenir de chez Melle Pasquier, c'est à peine à un kilomètre d'ici, dit Cojean. Tout au plus dix minutes.
-Bon, allez-vous me dire ce qui se passe, à la fin! vous me tirez du lit, vous me posez des questions au sujet de Maryse, j'ai le droit de savoir ce que vous me voulez! Il n'y a pas eu de détournement de mineure, que je sache, et je ne l'ai pas forcée à coucher avec moi!
-Elle est morte, dit Cogean.
-Comment? qu'avez-vous dit?
-J'ai dit: "elle est morte".
-Morte, Maryse? elle était en pleine forme hier soir, et quand je suis parti, elle était bien vivante! peut-être un peu pompette parce qu'on avait diné en ville avant d'aller chez elle, mais vivante!
Et De Lonzac sembla tout à coup perdre de sa superbe.
Abasourdi, il nous regardait d'un air égaré. Je l'observai attentivement : le choc semblait réel.

Dielorelei 23 juin 2009 à 22h37 · 22

Il me regarda:
-Mais comment a-t-on su qu'elle était morte?
-Elle n'était pas à son travail ce matin, cela a inquiété la patronne, et j'y suis allé pour me rendre compte de ce qui se passait.
A ce moment, le portable de Cojean a sonné et il a décroché en s'éloignant de quelques pas. Quand il est revenu, il n'y est pas allé par quatre chemins:
-Vous allez me suivre tous les deux au commissariat, j'ai besoin de vos empreintes. Bon, Monsieur Müller, vous ne verrez pas d'inconvénient à nous servir encore une fois de chauffeur?
-Puisque vous insistez...mais vous voudrez bien m'indiquer le chemin, je connais mal les environs.
et nous sommes partis tous les trois pour le commissariat.
Et là, Cojean, après avoir fait prendre nos empreintes a fait rentrer De Lonzac dans son bureau. Cela a duré un certain temps, et je me demandai ce que le commissaire avait en tête. Je l'ai su quand j'ai vu De Lonzac ressortir menotté, en compagnie d'un agent.
Quand il est passé auprès de moi, il m'a dit:
-Dites lui, vous, que je ne suis pas coupable! Je n'ai pas tué Maryse! Je n'ai jamais tué personne!
Il criait encore quand il disparut au tournant du couloir.
Je m'adressai à Cojean:
-C'est mon tour, maintenant?
-Entrez, j'ai besoin que vous me précisiez certaines choses.
Je le suivis dans son bureau et pris la chaise qu'il me désignait.
-Alors vous avez arrêté De Lonzac?
-Mis en garde à vue pour quarante huit heures, simplement. Il me fallait un coupable, il s'est trouvé qu'il avait le profil.
-Il n'est pas coupable.
-Je vous demande pardon?
-Il n'est pas coupable, ça se voit.
-J'ignorais que vous étiez policier.
-Non, mais j'ai suivi des cours de criminologie en temps qu'auteur de romans policiers. Et je peux vous dire qu'il n'est pas l'assassin.
-Tiens donc. Et qu'est-ce qui vous rend si affirmatif?
-Réfléchissez, dis-je en me penchant en avant, ce crime a été commis avec une grande sauvagerie. Combien de coups de couteau?
-Une dizaine, selon le légiste.
-Donc portés par un individu dans un état émotionnel intense. Or, quand il est arrivé en même temps que moi à l'auberge, cette nuit-là, il était tout à fait décontracté et il n'y avait aucune trace de sang sur lui. Et pourtant, Une dizaine de coups de couteau, ça fait gicler le sang, il n'y a qu'à voir les murs de l'appartement de Mlle Pasquier!
-Expliquez moi ce trou de trente minutes dans son emploi du temps.
-Vous lui avez demandé?
-Une explication vaseuse: il aurait fait un tour avant de rentrer. Pas d'alibi donc.
-Mais à quelle heure votre légiste situe-t-il l'heure de la mort?
-Justement, entre minuit et 1 heure du matin.
-Et madame Bouzigue a entendu deux fois la porte claquer cette nuit.
-C'était peut-être un autre locataire.
-Ou l'assassin.
-Au fait, j'ai eu confirmation de votre alibi par mon adjoint. Vous étiez bien chez les gitans. Et il serait étonnant que tous les roms témoignent en faveur d'un gadjo, même s'il a sauvé la vie de la petite fille du chef de clan.
-Je dois vous raconter quelque chose au sujet de De Lonzac.
Vous savez qu'il descend des De Lonzac par lesquels la légende est arrivée?
-Je ne suis pas assez au courant de cette légende, l'ayant toujours considérée comme une aimable farce. Voyez-vous, Monsieur Müller, au cours de ma carrière, j'ai vu beaucoup de choses, rencontré beaucoup d'individus tous plus ignobles les uns que les autres. Mais à chaque fois, quand il y avait crime, c'était toujours un être de chair et de sang qui l'avais commis, ce n'était jamais le fait d'une malédiction. Et ça, j'en suis sûr.
-Ce que je veux vous dire, c'est que les gitans sont persuadés -à tort ou à raison- que De Lonzac doit être châtié pour des exactions commises il y a plus d'un siècle et qui ont changé le cours de leur destin. Ce destin ne peut-être redressé qu'après que De Lonzac aura payé sa dette envers le clan.
-Et alors?
-Alors...je ne sais pas, cela me trouble.
-Nous interrogerons donc les gitans!
-Ils ne vous parleront pas.
-D'atant plus que je ne peux pas les coffrer tous, et je ne peux prendre que leurs empreintes.
-Si l'assassin est parmi eux, il est protégé, vous ne le trouverez pas. Il doit d'ailleurs être loin, pour tout autant que l'assassin soit bien un gitan ce dont je doute.
-Il faudrait savoir ce que vous voulez!
-Quelle raison de tuer une inconnue pour faire accuser De Lonzac et lui permettre ainsi d'échapper à leur châtiment une fois sous les verrous?

Dielorelei 24 juin 2009 à 13h09 · 23

-C'est vous qui faites allusion aux gitans, moi je vais vous dire comment je vois les choses: De Lonzac passe une partie de la nuit avec la donzelle. Pour une raison que j'ignore, il est pris d'une crise de folie furieuse, la poignarde -on peut supposer qu'il n'est pas habillé- prend une douche pour effacer d'éventuelles traces de sang, se rhabille tranquillement et s'en va, ferme une première fois la porte et la fait claquer une seconde fois pour que l'on pense qu'une seconde personne est venue. Dans l'appartement, il y a tout un tas d'empreintes lui appartenant. Et ce trou de trente minutes.
-Et l'arme du crime?
-Il l'aura jetée dans un endroit quelconque, le gave, par exemple, ce qui expliquerait le détour pour rentrer.
-Et pourquoi serait-il devenu subitement fou? il avait l'air tout à fait normal à une heure du matin, pareil à lui-même.
-Il descend d'une lignée de barjos, non?
-Quand même, un accès de folie calmé en une demi-heure, c'est invraisemblable! Si encore il était rentré à cinq heures du matin! et pourquoi poignarder Maryse? il avait eu ce qu'il voulait!
-C'est peut-être un psychopathe qui tue ses victimes après l'acte, allez savoir!
-Vous savez quoi? avec votre permission, je vais retourner voir les gitans. Peut-être me parleront-ils.
-Eh! laissez donc la police faire son travail.
-Vous savez bien que la police n'obtiendra rien avec les gitans, moi, ils risquent de me parler. Et je vous promets de vous tenir au courant.
-Quand même, je n'aime pas trop qu'un écrivain joue les détectives amateurs.
-Vous savez bien que vous ne pouvez pas m'empêcher de parler à ces gens, voyons!
-Mais je peux vous faire coffrer pour entrave à la bonne marche de l'enquête!
-Vous ne ferez pas ça. Je n'entrave rien du tout.
-Faites ce que vous voulez, mais n'allez pas leur mettre la puce à l'oreille: si l'assassin est parmi eux, ils risquent tous de mettre les voiles.
-Surveillez discrètement le campement et intervenez s'ils manifestent une activité anormale.
-Monsieur Müller, vous savez quoi?
-Dites.
-Je crois connaître mon métier.

Dielorelei 29 juin 2009 à 19h44 · 24

Il était presque onze heures quand je revins vers l'auberge, non sans m'être perdu une fois en cours de route. Tout en roulant, je ne pouvais m'empêcher de penser à De Lonzac. Bien que je n'eus aucune sympathie pour lui, je ne le voyais pas dans la peau d'un meurtrier. Selon mon habitude, je tentai de classer les différentes hypothèses: la première, Il était le meurtrier et dans ce cas nous avions affaire à un psychopathe. La seconde les gitans tentaient de lui tendre un piège, et la troisième, il y avait un assassin inconnu de nous mais qui était un familier de Maryse. La quatrième mais peu vraissemblable selon moi, était qu'il s'agissait d'un crime de rôdeur.
Je me demandais aussi comment contacter les roms. Question qui ne devait pas me tourmenter longtemps. Arrivé au village, je stoppai à un feu rouge. Je pianotais distraitement sur le volant en ruminant mes pensées quand la portière côté passager s'ouvrit et un homme se glissa silencieusement sur le siège avant. Surpris, je tournai la tête, et reconnus Laszlo.
-Kalia veut te voir, me dit-il sans préambule, en me tendant la main que je serrai.
Je le regardai sans répondre, et il dut se rendre compte de la façon cavalière dont il m'avait abordé.
-C'est urgent, et il ne faut pas qu'on nous voit ensemble. Tu peux venir maintenant?
Je hochai la tête et pris la direction du camp.
Kalia nous attendait. Je la saluai et nous la suivîmes tous deux à l'intérieur de la roulotte.
-Le gadjo a été arrêté? me dit-elle dès que nous fûmes assis
-Oui, ce matin.
-Ce n'était pas prévu. Il faut qu'il sorte de prison.
-Il est seulement en garde à vue. Si aucune charge n'est retenue contre lui, il sortira dans quarante huit heures.
-Je connais la police, elle a un coupable sous la main, elle ne va pas le lâcher. Ce n'est pas lui qui a tué cette fille.
-Et vous, vous savez qui est coupable?
Kalia me regarda. Je soutins son regard bleu sans ciller.
-Tu crois que c'est l'un de nous? Non. Nous ne nous servons pas d'innocents pour règler nos comptes. Elle ne devait pas entrer dans cette histoire, elle change le cours des choses.
-Elle aurait sûrement préféré vivre.
-Je sais. Ce que je veux dire, c'est qu'elle a rencontré son destin au mauvais endroit, même si c'était son heure. Mais un criminel perturbe toujours le cours d'un destin, c'est pour ça qu'il offense gravement Celui qui a tout planifié: il se permet de changer Ses plans.
-En attendant, je ne vois pas comment sortir de Lonzac de là. Mais s'il était condamné, vous seriez vengés, non?
-Crois-tu que quelques années de prison peuvent effacer la malédiction? Celle-ci doit s'accomplir. Ici et maintenant. La lignée des De Lonzac doit être détruite à jamais. Regarde, le malheur arrive à cause de lui. Et d'autres vont arriver.

Dielorelei 30 juin 2009 à 22h27 · 25

-Mais je ne peux rien faire, Il faut laisser la police faire son travail!
-Il faut qu'il sorte de prison. Trouve des preuves qui peuvent l'innocenter. Nous t'aiderons.
-Comment?
-Nous savons écouter, nous rendre invisibles quand il le faut. Nous serons tes yeux et tes oreilles. Fais-le, il le faut.
-Mais enfin, vous vous rendez compte de ce que vous me demandez?
-Oui. Mais tu n'as pas le choix.
-Nous avons toujours le choix.
-Tu dois aider un innocent à sortir de prison.
-Pour que vous puissiez vous venger ensuite? au moins en prison, il est en sécurité!
-Nous ne le tuerons pas, si c'est ce que tu crains. Nous le remettrons sur le chemin qui est le sien.
-C'est-à-dire?
-Rien d'autre que ce que je dis. Et tu dois découvrir le véritable coupable. Sinon, d'autres filles risquent de mourir. Et tu en porteras la responsabilité.
-Vous croyez que c'est un maniaque?
-A toi de le découvrir. Dis moi de combien d'hommes de mon clan tu as besoin et je leur dirai de t'aider.
-Laissez moi réfléchir, tout cela est trop rapide, il faut que je m'organise. Je ne peux pas répondre comme ça.
-Je te laisse jusqu'à demain midi. Va, maintenant.
Ainsi congédié, je repris ma voiture en pestant intérieurement contre Kalia. J'étais à ses ordres, maintenant!
L'auberge était en pleine effervescence quand je revins. La patronne racontait aux convives le drame survenu, et à mesure qu'elle recommençait son récit, elle y ajoutait des détails de son cru. Elle était en train de mimer la découverte du corps de la malheureuse Maryse comme si c'était elle qui avait découvert l'affreux spectacle. En me voyant, elle interrompit net son récit et me fonça dessus.
-Alors, Monsieur Müller, ils vous ont relâché, vous?
-Je ne vois pas pourquoi ils m'auraient gardé. Je n'ai jamais été considéré comme coupable, que je sache.
-Mais Monsieur De Lonzac?
-Ils l'interrogent, puisque c'est le dernier -avant l'assassin- à avoir vu Maryse vivante.
-Il est coupable, alors, vous croyez?
-Je n'ai pas dit ça, Madame Bonafou, et n'allez pas propager le bruit que De Lonzac est forcément coupable.
-Non, bien sûr que non, il n'empêche, c'est bien embêtant tout ça!
-Pour qui? Pour vous, pour De Lonzac soupçonné peut-être à tort ou pour Maryse qui est morte, quand même!
-C'est vrai, cette pauvre Maryse! Quand on y pense, hein!
-Vous devriez laisser la police démêler l'affaire, madame Bonafou, de toute façon, la presse locale va relater tout ça en première page demain, donc chacn pourra se faire une opinion.
J'étais énervé et malgré son manque évident de subtilité, la patronne s'en aperçut.
-Tenez, Je vais vous servir votre déjeuner. Je n'ai pas eu le temps d'établir un menu très élaboré vu les circonstances, mais dès demain je vais chercher une remplaçante pour m'aider.

Dielorelei 1 septembre 2009 à 18h57 · 26

L'omelette qu'elle me servit était digne de la mère Poulard.
Mais préoccupé comme je l'étais, je l'avalai machinalement.
-Elle n'est pas bonne?
Je levai la tête pour me rendre compte que, les mains sur les hanches, la patronne attendait quelque chose de moi. Comme un compliment, par exemple.
-Comment? ah! L'omelette. Si, si, très bonne, mais pardonnez-moi, j'étais perdu dans mes pensées.
-C'est normal que vous soyez tourneboulé. Moi aussi, j'ai du mal à réaliser.
A ce moment, et tout à fait par hasard, je vis un client qui décrochait son veston du portemanteau, libérant ainsi une petite veste bleue. Cette veste, je l'avais vue portée par Maryse. Manifestement, personne ne s'était souvenu qu'elle était restée suspendue là. Je détournai rapidement l'attention de madame Bonafou en lui demandant un café et, tandis qu'elle se dirigeait vers les cuisines, je jetai un regard autour de moi et vis que personne ne s'intéressait à moi.Je me levai, ôtai mon veston et allai l'accrocher au portemanteau, sur la petite veste bleue de manière à la masquer entièrement. je fouillai dans la poche de mon veston et discrètement, je plongeai l'autre main dans la poche du vêtement de Maryse. Coup de chance, dans celle de gauche, je sentis quelque chose qui me parut être un petit porte-carte que je fourrai discrètement et rapidement dans mon veston. Puis je retournai m'asseoir au moment où la patronne déposait sur la table le café fumant.
-C'est vrai qu'il fait chaud, ce n'est pas normal, pour cette saison.
Je réalisai qu'elle faisait allusion au fait que j'avais ôté mon veston.
-Oui, je ne suis pas habitué au climat du midi. Pour une fois, je vais finir le repas en chemise.
Je faillis ajouter que les gitans étaient probablement responsables de cette température anormalement élevée, mais je m'abstins de froisser mon hôtesse.
-Je vais certainement rentrer tard, ce soir, dis-je, je dinerai en ville.
-Toujours votre livre?
-Eh oui, mon éditeur ne me laisse plus que deux mois.
Et je réalisai que c'était devant mon ordi que j'aurais du être, et pas sur le point de faire une ballade en ville.
J'avalai mon café, et en sortant, décrochai mon veston. La petite veste bleue était de nouveau visible. Je me demandai dans combien de temps on finirait par s'apercevoir de sa présence.
Je mis le cap sur le Gave tant j'avais hâte d'explorer ma trouvaille. Je ne sais pas ce qui m'avait pris de subtiliser une pièce à conviction. Ce que j'avais fait était grave, et pour le coup, Cojean, s'il venait à le savoir, aurait de quoi m'inculper. J'avais agi sans réfléchir, et je ne pouvais pas revenir en arrière. Sauf si personne ne faisait attention à la veste, auquel cas je pourrai remettre le porte-carte dedans. Et sauf que je ne devrais pas oublier d'effacer mes empreintes. Ce qui en soit n'était pas une si bonne idée, vu que les empreintes de Maryse étaient censées s'y trouver. Mais le plus pressé était de voir ce que renfermait l'étui.
Je le sortis de ma poche et l'examinai. C'était un banal petit porte-carte, comme ceux que l'on trouve dans les grandes surfaces. Je l'ouvris et me mis en devoir de sortir tout ce qu'il contenait.
Je trouvai un ticket de bus oblitéré, un papier sur lequel était inscrite une série de chiffres, que je supposai être un numéro de téléphone, une carte de fidélité d'un super marché et une photo, genre photomaton. Et c'était tout. Je regardai la photo attentivement: c'était celle d'un homme brun, à qui je donnai environ vingt cinq - trente ans, beau garçon dans le genre ténébreux, ce qui me laissa songeur: il n'y avait pas de ressemblance frappante avec Maryse, et j'allai devoir me renseigner discrètement pour savoir si elle avait un frère, ou de la famille. Si ce n'était pas le cas, je devrai admettre que Maryse avait un amoureux, ce qui changeait beaucoup de choses.
Je décidai donc d'aller rendre visite à madame Bouzigue, en priant le ciel qu'elle soit chez elle à cette heure là. Et que Cojean n'ait pas la même idée que moi. Mais j'avais une excuse en réserve.
En passant devant l'immeuble de madame Bouzigue, je vis celle-ci à sa fenêtre, sur le point de fermer ses volets pour empêcher la chaleur d'entrer. Je profitai de l'aubaine.
-Bonjour, Madame Bouzigue, dis-je poliment, en ralentissant ma voiture, comme si je passais par hasard, vous allez bien? Vous avez surmonté ce terrible choc?
-Ah! mon bon Monsieur, je vous reconnais bien allez! entrez donc un petit moment!
Je ne me le fit pas dire deux fois, stoppai et pénêtrai dans l'immeuble.
Madame Bouzigue m'attendait sur le seuil de sa porte. Je rentrai dans son petit salon non sans avoir jeté un coup d'oeil sur l'appartement du drame avec une pensée pour cette malheureuse fille assassinée sauvagement.
-Vous rendez-vous compte? je n'ai pas pu fermer l'oeil de la nuit. Je reverrai toujours cet affreux spectacle, je crois bien! commença madame Bouzigue.
-C'est pour ça qu'il faut en parler, pour vider votre esprit de tout ça, dis-je, jouant les psy amateurs.
-C'est que ce n'est pas facile, voyez-vous, même si à mon âge, on a intérêt à se familiariser avec la mort, mais pas de cette façon, non, sûrement pas. Mais si nous prenions quelque chose de frais, par cette chaleur? dit-elle en sautant du coq à l'âne. Une limonade, par exemple?
-Ce sera avec plaisir.
Et tout en servant la limonade qu'elle avait sorti du frigo, elle continua de pérorer.
-Remarquez, ça ne faisait pas tellement longtemps qu'elle habitait ici, Maryse, ce devait faire deux ans, moi, ça fait trente ans que j'habite là, d'ailleurs mon mari est mort dans cette maison. Il y a dix sept ans.
Comme il était trop tard pour présenter mes condoléances, je restai muet, attendant le moment propice pour poser ma question.
-Quand même, cet immeuble a toujours été tranquille, et je dois dire -paix à son âme- que Maryse était la plus bruyante des locataires, ce sont pratiquement tous des retraités, ici.
-Elle recevait beaucoup?
-Assez, oui, et pas toujours les mêmes personnes, si vous voyez ce que je veux dire. Oh! ce n'est pas qu'elle menait une vie dissolue, loin de là, mais elle était jeune, n'est-ce pas, et elle aimait la compagnie.
-Elle devait avoir de la famille, alors, pour recevoir comme ça.
-Non, pas du tout. Elle m'a dit un jour qu'elle était fille unique et que ses parents habitaient à Lyon.
-Comme toutes les jeunes filles, elles avait une amie, je suppose.
-Oui, de temps en temps une jeune fille -Un drôle de prénom, qu'elle avait, un truc comme Anouchka, je vous demande un peu- venait passer la soirée avec elle, quand elle ne sortait pas ou qu'elle ne recevait pas un copain.
-Un copain?
-J'en ai vu un venir plusieurs fois chez elle, jusqu'à environ deux mois, depuis, plus rien, je ne l'ai plus revu, celui-là. Remarquez, ça ne m'étonne pas, ils se disputaient souvent. Mais ça finissait toujours par s'arranger.
-Jusqu'à la dernière fois.
-Il a fini par en avoir assez de ne pas être l'unique, je suppose. De mon temps, quand on choisissait un homme, c'était pour la vie. On se mariait avec. Et on avait des enfants.
-Vous avez des enfants?
-Trois. Etablis à Nice. Je vais chez eux à tour de rôle. Vous avez de la chance, je pars demain chez mon aîné. Un peu plus et vous me ratiez.
-Je passais par hasard dans votre rue quand je vous ai vue fermer vos volets, je me suis dit que la moindre des choses était de prendre de vos nouvelles, après tout ça.
-C'est bien aimable à vous.
-Et ce copain qui venait souvent chez Maryse, il vous plaisait, à vous? Parce que vous me semblez assez fine psychologue, et vous avez du le juger assez vite, non?
-Oh! c'était un beau garçon, c'est vrai, très brun, de belle prestance, mais pas commode, plutôt du genre possessif, si vous voyez ce que je veux dire, ce qui n'était pas du goût de la petite qui entendait mener sa vie à sa façon. De nos jours, les femmes sont émancipées et se placent sur un pied d'égalité avec l'homme. Elle veulent vivre comme les hommes, voyez vous, mais ça, ce n'est pas nécessairement bien toléré par leur fiancé.
-Ah. Parce que Maryse était fiancée?
-Non, c'est un euphémisme, pour désigner le copain régulier, quoi!

Dielorelei 3 septembre 2009 à 18h54 · 27

Je hochai la tête. Ainsi, il y avait bien un autre suspect.
Je supposais que Cojean n'allait pas tarder à le découvrir,
ainsi que l'existence de la dénommée Anouchka.
-Vous restez longtemps chez votre fils?
-Un bon mois, ensuite je vais chez mon autre fils . Voyez-vous, je m'occupe de mes petits-enfants, ça permet à mes belles-filles de souffler un peu. Ah! mais mes valises sont déjà prêtes! je n'ai plus qu'à passer chez le coiffeur.
-Je peux vous y conduire, proposai-je, je vais en ville.
-C'est vrai, vous feriez ça?
-Mais avec plaisir, ça ne me pose aucun problème.
-Eh bien, ça va m'éviter de prendre l'autobus, par cette chaleur, ce n'est pas plus mal. Et vous savez quoi? Si on part maintenant, je pourrai faire un petit tour dans les magasins avant de rentrer.
-Eh bien allons-y, dis-je
-Je vais juste mettre un petit peu de poudre, je n'en n'ai que pour cinq minutes.
Pendant que la brave femme disparaissait dans sa salle de bain, j'en profitai pour examiner le ticket de bus retrouvé dans le porte-carte. Il s'agissait de la ligne 8, prise le treize de mai, soit quatre jours avant la mort de Maryse.
-Et voilà, on peut y aller, dit madame Bouzigue en ressortant de la salle de bain, avec un petit chapeau de paille orné d'un ruban sur la tête et son sac à main.
-A mon âge, on n'est jamais trop prudent avec le soleil, me confia-t-elle, c'est pour ça que je mets toujours un chapeau pour sortir.
-Vous avez raison, une insolation n'est pas souhaitable.
Je l'aidai à monter dans la voiture et nous sortîmes du village pour prendre la direction de la ville.
-Sinon, quel bus vous prenez pour aller en ville?
-Ils ne sont que deux qui descendent en ville. Le 14 et le 8. Je prends le 14, il arrête dans le centre. Le huit va plus loin.
-Plus loin comment?
-Le terminus du 8 est aux "trois sources". C'est de l'autre côte du gave.
-Donc quand on prend le numéro 8 c'est pour sortir de la ville?
-Oui, bien sûr, puisque le 14 a son terminus en centre ville. Ensuite d'autres bus vous permettent d'aller où vous voulez en ville.
Je méditai sur ces informations tandis que madame Bouzigue dissertait sur les avantages et les inconvénients des transports en commun.
Ainsi, Maryse, le 13, avait pris la ligne 8 pour aller au moins jusqu'aux trois sources. Il me faudrait effectuer le même trajet pour avoir une idée de son point de chute.
-Et voilà, on y est, dit soudain madame Bouzigue en posant la main sur mon bras.
Je m'arrêtai selon ses indication au bord du trottoir et descendis pour lui ouvrir la portière.
-On voit bien que vous n'êtes pas d'ici, me dit-elle en riant, les hommes ne font plus ça, en France!
-Ils ne font plus quoi?
-Aider les dames à descendre de voiture, pardi!
-Ah. C'est dommage. Je vous souhaite de passer de bonnes vacances, madame Bouzigue. Ne restez pas trop longtemps en plein soleil.
-Au revoir, monsieur Müller, j'espère vous revoir à mon retour, pour la suite de l'enquête!
Et elle disparut dans la boutique du coiffeur non sans m'avoir fait un signe de la main quand je démarrai.
Avec un peu de chance, pensai-je, Cojean ne mettra pas la main sur madame Bouzigue avant un ou deux mois, ce qui me laisse le temps de fouiner un peu. Je dus m'avouer que je ne serais pas fâché de lui damner le pion, tout en me demandant ce que j'allais bien pouvoir faire du porte-carte. J'avais trois pistes: le ticket de bus qui pouvait m'amener dans les environs du dernier trajet de Maryse, la mystérieuse Anouchka et la photo de celui que je supposai être le copain en titre de Maryse. Plutôt ex-copain, sinon elle n'aurait pas passé la nuit avec De Lonzac.
Encore que...

Dielorelei 13 septembre 2009 à 20h45 · 28

J'oubliai le papier sur lequel était inscrite une série de chiffres. Ce pouvait être un numéro de téléphone, après tout, et pour le savoir, il suffisait d'essayer de le composer.
Je sortis mon portable, fit la petite manipulation nécessaire pour masquer mon numéro et tapai la suite de chiffres.
C'était bien un numéro de téléphone. A l'autre bout, la sonnerie résonnait.
-Allô?
C'était ne voix de femme, jeune, agréable.
Instinctivement -et aussi parce que je n'avais que cette piste- je demandai:
-Anouchka?
-Elle même. Qui est à l'appareil?
-Je vous téléphone de la part de Maryse. J'aimerais vous rencontrer.
-Vous connaissez Maryse?
-J'ai connu, plutôt.
-Je ne comprends pas. Qui êtes-vous, monsieur?
-Écoutez, ce n'est pas facile à expliquer par téléphone. J'aimerai vraiment vous rencontrer, il s'agit de quelque chose d'important, croyez moi.
-Je n'ai pas l'habitude de rencontrer des inconnus, alors si vous voulez bien...
-Non! attendez! je peux vous donner rendez-vous dans un lieu public, et vous pouvez venir accompagnée si vous voulez, il faut absolument que je vous parle, je vous en prie.
-Très bien, je viendrai accompagnée, comme vous dites. Je peux vous retrouver dans ...disons une demi heure dans le square Saint Roch, près du kiosque à musique.
-Mais comment vous reconnaitrai-je?
-Oh, c'est facile, je serai accompagnée de mon berger allemand.
-Et où se trouve le square Saint Roch?
-Vous n'êtes pas d'ici? Ou vous trouvez vous actuellement?
Je regardai autour de moi. Sur une façade d'immeuble, je vis le nom de la rue.
-Avenue Kléber.
-Dans ce cas, descendez l'avenue Kléber jusqu'au bout et tournez à droite pour rejoindre l'avenue Maréchal Galliéni. Vous verrez le square.
-Alors à tout de suite.
Je raccrochai et suivit l'itinéraire qu'elle m'avait indiqué. Je trouvai facilement le square Saint Roch, mais j'eus du mal à trouver une place pour me garer, par contre. Après avoir tournicoté un bon bout de temps, je finis par trouver une place ombragée qu'un véhicule venait de libérer.
Je descendis de voiture et repérai l'entrée du square. le kiosque à musique se trouvait en bordure, près d'un bassin où nageaient paresseusement quelques canards. J'en fis le tour, mais ne vis personne avec un Berger allemand, à part une ou deux personnes âgées avec des petits chiens dont j'aurais eu du mal à définir la race.
Je m'assis sur le banc d'où je pouvais voir les promeneurs arriver. Il est vrai qu'elle avait dit une demi-heure. Et pour une femme, une demi-heure pouvait tout aussi bien signifier une heure. Et soudain, je la vis.
C'était une jeune femme d'environ vingt cinq ans, tenant court un magnifique berger allemand fauve et noir.
Je me levai et allai au devant d'elle. Je n'ai jamais eu peur des chiens, et c'est ce qui me me fis la saluer avec aisance tandis que je demandai:
-Puis-je le caresser?
-Assis, ordonna-t-elle à son chien. Calme. Vous pouvez y aller.

Dielorelei 24 septembre 2009 à 15h44 · 29

Je passai la main sur les flancs de l'animal qui levait sur moi un regard presqu'humain.
-Quel chien magnifique, dis-je à la jeune femme, vous devez vous sentir en sécurité avec un tel animal.
-Il a été dressé pour la défense, en effet, mais si vous me disiez pourquoi vous avez voulu me rencontrer?
-Marchons un peu, voulez-vous, à moins que vous ne préfériez vous asseoir sur un banc?
-De cette chaleur, une pause sera la bienvenue.
Nous nous assîmes à l'ombre d'un arbre, assez loin des autres promeneurs, et je lui demandai:
-Y-a-t-il longtemps que vous avez vu Maryse?
-Cela doit faire une bonne dizaine de jours, mais nous ne nous voyons pas régulièrement, pourquoi cette question?
Je décidai d'y aller franchement. Il était inutile de tergiverser plus longtemps.
-Maryse est morte.
-Comment? qu'est-ce que vous dites?
-Maryse a été tuée.
-Mais quand? Et par qui?
-Dans la nuit de mardi à mercredi. Je ne sais pas par qui. La police a arrêté quelqu'un, mais je doute que ce soit le véritable assassin. Vous étiez très proche de Maryse?
-Nous nous sommes connues au collège. On s'était perdues de vue puis retrouvées par hasard dans une boîte. C'est fou, ce que vous me dites, je n'arrive pas à le croire.
-Vous connaissiez bien sa vie privée?
-Attendez, vous enquêtez, là, ou quoi?
-Excusez-moi,c'est vrai que je connaissais peu Maryse, je suis arrivé dans la région pour me documenter en vue de terminer mon livre et j'ai pris pension à l'auberge où elle travaillait.
-Vous êtes écrivain?
-Auteur de romans policiers. Et je ne vous cache pas que cette affaire m'intéresse, il s'y mêlent tant de choses, voyez-vous!
-Non, je ne vois pas bien. En quoi ce crime peut-il vous intéresser? Il me semble que c'est du ressort de la police, tout ça, non?
-Il se trouve que je connaissais Maryse, que je connais le suspect actuellement en garde à vue, et qu'il vient s'y mêler une sombre histoire de malédiction de gitans, voilà.
-Ah! Cette histoire là! Maryse m'en avait parlé. Je ne vois pas le rapport avec sa mort, ce n'est tout de même pas les gitans qui sont coupables, ils ne font que passer, je suppose.
-Écoutez: Si Maryse était votre amie, il me semble que la moindre des choses serait de savoir qui l'a tuée. Et n'oubliez pas que la police viendra vous voir dès qu'elle aura connaissance de vos liens avec Maryse!
-Je n'y tiens pas particulièrement, mais il faudra bien en passer par là, j'imagine. Bon. Que voulez-vous savoir, au juste?
-Savez-vous si Maryse avait un petit ami?
-Elle en a eu un, oui, régulier, si je puis dire, mais je ne connais que le prénom: Juan. Elle était assez secrète sur sa vie privée, et nous n'avions pas des relations d'amies très proches, non plus!
-Vous ne l'avez jamais vu, ce Juan?
-Jamais. Quand je rencontrais Maryse, elle était toujours seule. En fait, on se voyait quand elle se trouvait libre et s'ennuyait. Dans ces moments-là, elle me proposait une sortie, puis j'étais parfois quinze jours-un mois sans avoir de ses nouvelles. Jusqu'à la prochaine période de spleen.
-Ce Juan, elle le fréquentait depuis longtemps?
-Je dirai un peu moins d'un an.
-C'est quelqu'un de la région, je suppose?
-Je le suppose aussi, mais je ne pourrais vous dire où il vit exactement.
-Et selon vous, elle le voyait toujours?
-Je ne pense pas, non. Maryse n'aimait pas les liaisons qui s'éternisent, et aimait se sentir libre de voir qui elle voulait quand elle le voulait. Je l'ai toujours connue comme ça.
-Vous pensez que, dans une crise de jalousie, il aurait pu vouloir se venger, ce Juan?
-Difficile à dire, étant donné que je ne connais de lui que ce prénom. Mais je savais reconnaître la lassitude qui s'emparait de Maryse quand elle en avait assez de quelqu'un. Et je crois qu'elle a mis fin à cette relation il y a quelque temps, déjà. Maintenant, je ne saurais dire si la rupture s'est passée sans dommage. Je pense que non, si j'en crois les nombreux appels qu'elle recevait sur son portable et auxquels elles refusait de répondre.
-Maryse avait un portable?
La jeune femme haussa les épaules.
-Comme tout le monde, maintenant.
-Vous avez son numéro?
-oui, mais pourquoi?
-Parce qu'on n'a pas retrouvé de portable. Donc, il soit bien être en possession de quelqu'un!
-Ou détruit.
-Ça vous ennuierait de me donner son numéro?
Elle sortit son portable de son sac et chercha dans le répertoire. J'enregistrai aussitôt le numéro qu'elle me donna et à mon tour lui communiquai le mien.
-Au cas où vous auriez besoin de savoir où en est l'enquête, lui précisai-je. Eh bien, je ne voudrais pas vous retenir plus longtemps, permettez moi de vous remercier de vous être dérangée.
-Mais avant, ce que j'aimerais savoir, c'est comment vous avez eu mon numéro de téléphone, si Maryse est morte.
Allons bon.
-J'ai trouvé votre numéro dans un porte-cartes que Maryse avait dans sa poche. Dans une veste restée à l'auberge.
-et vous ne l'avez pas remis à la police?
-Non.
-Vous voulez faire votre enquête tout seul, c'est ça?
-En quelque sorte.
-Et vous comptez vous en sortir comment?
-Je n'ai pas encore la réponse à cette question. Mais si vous voulez voir, voici ce qu'il y avait dans le porte-cartes.
Et je lui montrai ma trouvaille. Elle examina longtemps la photo.
-Non, je ne connais pas ce visage. Je suis sûre de ne l'avoir jamais vu. Vous pensez que c'est ce Juan?
-Pour l'instant, je ne fais que le présumer.
-Et le ticket de bus, à quoi vous servira-t-il?
-A savoir, avec un peu de chance, où se rendait Maryse à la date indiquée. Le problème, voyez-vous, c'est comment l'inspecteur Cojean va réagir quand il va savoir que j'ai escamoté une pièce à conviction.
-Vous ne pouvez pas le remettre où vous l'avez eu? Dans la poche?
-Et si la veste n'est plus là?
-Il sera toujours temps d'aviser. Après tout, Maryse aura très bien pu perdre ce porte-carte. Ou l'oublier chez moi. Auquel cas je le remettrai à la police. Si elle vient me voir, bien sûr. Il n'y a guère que sa voisine qui a pu me voir.
-Et pour l'instant, elle est partie.
-Eh bien, ça vous laisse un peu de temps. Tenez moi au courant.

Dielorelei 20 février 2011 à 19h50 · 30

Je la regardai s'éloigner, le chien marchant souplement à ses côtés, et tout en me demandant quel pouvait être son métier -bien que cela ne me regarda pas- je pris moi aussi le chemin du retour. Demain, je prendrai le bus n° 8 et tenterai de retracer l'itinéraire de Maryse. J'étais bien conscient que j'avais une chance infime d'aboutir, car Maryse pouvait être descendue à n'importe quel arrêt en dehors de la ville. Je pensai brusquement qu'avoir une photo de Maryse m'aurait été bien utile, avec un peu de chance, le conducteur de bus se souviendrait peut-être d'elle, et c'était là une difficulté supplémentaire: où trouver une photo de Maryse? J'avais totalement oublié de demander à Anouchka si elle en avait une. Il me restait la solution de demander à Madame Bonafou, avec le risque que tout le monde soit au courant que je voulais une photo de la défunte, si elle en avait une.
Comme j'étais adepte de faire les choses dans l'ordre et une seule à la fois, je décidais d'aller diner.

Chouette 21 février 2011 à 17h30 · 31

Il ne me restais qu'à prendre contact avec Madame Bonafou en toute discrétion...
Comment faire pour qu'elle ne me pose pas de question?...
Sur le trajet en me rendant chez elle, je cogitais la raison pour laquelle je lui demanderais une photo de Maryse!
En souvenir?
Elle me regarderait d'une manière étrange.
Me disant que nous n'étions pas plus intimes que çà?...
Il fallait que je trouve une raison valable qui ne susciterait aucune question!...
Je me trouvais un brin utopique...il le fallait si je voulais contrer cet individu qui se permettait de faire sa propre enquête, cela me troublait, je supposais que cela devait cacher un mystère!

En tournant le coin de la rue, j'eus plutôt l'intention de rencontrer le Commissaire Cojan...
A quel titre? Aucun!
Je n'y étais nullement impliquée dans ce mystère?

J'eus beau me raisonner, quoique tellement cartésienne j'étais plus que troublée.
Après tout ce n'était pas mon job...A chacun ses soucis, je n'étais pas détective, non?
Pas d'aventure..

Dielorelei 21 février 2011 à 18h07 · 32

Puis je me souvins que Kalia m'avait proposé -ou aurais-je du dire imposé- son aide. Derechef, je pris le chemin du campement. Quand j'arrivai, ils étaient tous là, les hommes palabrant entre eux tandis que les femmes préparaient le diner. Dès qu'il me vit, Lazlo vint à ma rencontre.
-J'ai besoin de renfort, lui dis-je en préambule, es tu prêt à m'aider?
-Nous sommes tous prêts à t'aider, dit Lazlo en désignant d'un grand geste les hommes de la tribu. Que veux-tu? Demande et on exécute.
Je lui montrait la photo du fameux Juan.
-Je pense que cet homme habite en dehors de la ville. Pour le rejoindre, Maryse -la fille qui a été tuée- devait prendre le bus. Mais il faudrait que j'ai suffisamment d'hommes pour en affecter un à chaque arrêt, et qu'il puisse quadriller les environs immédiats pour tenter de le localiser. Tu crois que c'est possible? Je sais que c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin, mais il faut bien commencer quelque part.
-Viens, dis Lazlo.

Fleurdemai 21 février 2011 à 18h30 · 33

Lazlo me conduisit vers les hommes qui nous regardaient approcher en silence. Ils me saluèrent gravement.
-Donne la photo, dis Lazlo.
IL la montra à ses frères et cousins et chacun l'examina longuement. Je les observais tandis qu'ils scrutaient les traits de l'homme sur la photo. Quand tous eurent bien examiné la photo, ils me la rendirent en hochant la tête.
-On commence quand tu veux, me dit Milosh, le fiancée de Paprika.
-Vous êtes sûrs de vous souvenir de ce visage?
-Brun, cheveux ondulés, sourcils épais, nez fin et droit, pommettes saillantes, bouche mince , deux légères rides de chaque côté, front haut. Un espagnol, sûrement, dit Kore, le second frère, en souriant. C'est suffisant pour nous. Comme tu vois, il est assez typé.
-Ce ne doit pas être rare, les espagnols, par ici, pourtant.
-Pas avec une cicatrice sur la joue droite.
-Fais voir.
A mon tour, j'examinais le portait. Effectivement, il minuscule cicatrice était visible -avec un peu d'attention- sous la pommette droite.

Dielorelei 21 février 2011 à 19h52 · 34

-Vous avez vu ce que je n'avais pas su voir, dis-je, je vois que je peux vous faire confiance.
-On commence quand? demanda Kore.
-Demain, si possible. Il faudrait commencer tôt le matin, au cas où il irait travailler, on ne sait jamais, et décaler d'une heure tous les jours. Pour multiplier les chances de le rencontrer.
-Tu peux compter sur nous. Quel bus faut-il prendre?
-Le n°8, c'est le seul à se rendre de l'autre côté du gave.
Auparavant, je vais faire l'itinéraire du bus en voiture, pour compter le nombre des arrêts.
-C'est inutile, dit Lazlo, nous irons chercher un itinéraire, on saura exactement combien d'entre nous seront nécessaire pour couvrir le trajet.
Décidément, j'avais une équipe très futée.
-On se contacte plus tard, dis-je avant de prendre congé, évitez quand même d'aller à l'auberge.
-Tu sais bien que je peux te joindre très facilement, me dit Lazlo, narquois.
Ah oui. Une fois de plus, il s'introduirait à l'improviste dans ma voiture, sans que je le vois venir.

Dielorelei 22 février 2011 à 13h37 · 35

En rentrant à l'auberge, je tombai sur Cojean. Celui-ci, attablé devant un petit verre de Jurançon cuisinait, sans en avoir l'air, Madame Bonafou.
-Ah tiens, dit-il,je suis bien content de vous voir. Comment avance ce roman?
Et sans attendre la réponse, il enchaîna:
-On a retrouvé la veste que portait Maryse, je suppose que vous l'aviez déjà vu porter ce vêtement?
-Décrivez-là moi, et je vous dirais si je m'en souviens.
-Bleue. Vous savez, ce joli bleu turquoise qui va si bien aux blondes. Avec des petites poches droites. Dans lesquelles on a rien retrouvé, par contre.
-Ah.
-Oui. Vous ne trouvez pas ça bizarre, vous, qu'une femme ne laisse rien dans ses poches, pas même un tout petit mouchoir?
-Si elle avait un sac à main, pourquoi aurait-elle déformé ses poches avec du superflu?
-Ouiouioui. Pourquoi déformer ses poches. Faites voir les vôtres.
-Hein?
-Faites voir les vôtre, pour étayer ma théorie selon laquelle tout le monde a quelque chose dans ses poches.

Dielorelei 22 février 2011 à 13h53 · 36

Je lui tendis ma veste sans un mot.
-Ah, eh bien voilà, des clés de voiture! Vous voyez, tout le monde a quelque chose dans ses poches!
-Maryse n'avait pas de voiture, je vous rappelle, et si je n'avais pas de voiture, mes poches seraient vides. J'ôte mon pantalon, maintenant?
-Allons, c'était pour vous taquiner, j'ai fait la même chose avec Madame bonafou qui avait dans sa poche de tablier: une note de réservation. La clé de sa cave. Trois trombones et un bout de ficelle. Quand même, on n'a pas retrouvé son portable, à Maryse, et il n'est pas sur la personne du sire de Lonzac, je me demande où il peut-être. Et le couteau aussi.
-Jetés par l'assassin, ou toujours en sa possession, ce qui me parait risqué de sa part.
-Jetés dans le gave, peut-être. Allez chercher ça dans le torrent, maintenant!
-Quand même, sans arme du crime, comment allez vous pouvoir inculper De Lonzac?
-En l'amenant aux aveux, pardi!
-S'il n'est pas coupable, il ne va pas avouer le crime! Il n'avait pas de motif!

Chouette 22 février 2011 à 14h44 · 37

Réflexion faite?...Fallait il nécessairement avoir un motif?

Dans certaines enquêtes à force de tourner en rond...l'assassin c'est le plus souvent celui qu'on ne s'imaginait pas un millième de seconde!

Cojan me rendit ma veste tout en marmonnant entre ses dents ..." vous l'avez vu quand la dernière fois?"
" Excusez moi, vous pouvez répéter...je n'ai rien compris!"
" Quand vous êtes vous rencontrées pour la dernière fois?"

" Pas la peine de hurler...vous pouviez articuler?...non!
Quel culot!
Je restais coite..me disant à voix basse : il ne va pas me soupçonner ce gueulard!...je devins livide...

Derrière lui, Madame Bonafou semblait étonnée par la question plus que saugrenue...avec ses yeux ronds et le regard plus qu'ébahi?...

Je tentais de répondre :
" il y avait deux jours...oui, avant hier à un souper chez des amis communs!"
" Je me rappelle, elle m'a donné un coup de fil hier soir, sa voix me semblait étrange, m'appeler pour me demander si j'avais repris son châle? Bizarre...

Dielorelei 23 février 2011 à 13h25 · 38

Je savais que Cojean était en plein délire: il savait que j'avais un alibi en béton: 50 gitans pouvaient témoigner que j'étais avec eux ce soir là. Et pourquoi avais-Je répondu que nous avions des amis communs? Nous n'avions rien en commun, De Lonzac et moi, et tous ceux un tant soit peu des faits pouvaient en témoigner. Tout cela me semblait saugrenu. Je me vis menotté, comme un criminel et me mis à crier.
Ce qui me réveilla.
Je m'aperçus que je m'étais assoupi sur mon ordi, devant lequel je m'étais installé quand Cojean était reparti chercher d'hypothétiques preuves contre De Lonzac.
Je me levai, me secouai pour chasser ce cauchemar absurde de mon esprit. Maryse n'avait pas de châle, Maryse n'avait aucune raison de me téléphoner, elle n'avait pas mon numéro de portable.
Décidément, la prochaine fois, j'essaierai de faire des rêves plus cohérents.
Me frottant les yeux, je me mis en demeure de terminer le chapitre de mon livre. Avant que mon éditeur ne me hurle dessus.

Fleurdemai 23 février 2011 à 13h50 · 39

J'avais bien avancé dans mon travail, et allais éviter les foudres de celui qui m'éditais depuis dix ans déjà. J'avais le droit à une détente, et le droit de poursuivre ma petite enquête. Eh oui, Cojean, j'espérais prouver l'innocence de De Lonzac, encore qu'en prison, il était à l'abri de la malédiction des gitans. Enfin, je le supposais, car le peu que j'avais appris sur eux me montrait qu'ils pouvaient être redoutables.
Je pris ma voiture pour me rendre au campement. En passant, je me fis harponner par Madame Bonafou:
-Il y a de la blanquette ce soir, me murmura-t-elle comme si elle me dévoilait un secret d'état. Vous allez voir, ma nouvelle recrue est un vrai cordon bleu. Hélas, elle n'est pas de chez nous! C'est une normande, voyez-vous, plus crème qu'huile d'olive, si vous voyez ce que je veux dire.
-Ah bien, très bien,même, il faut oser le changement, Madame Bonafou, vous verrez, je lui donnerai la recette de notre escalope viennoise à la salade de pomme de terre!

Fleurdemai 23 février 2011 à 14h13 · 40

-Mais nous sommes dans le midi, répliqua mon hôtesse, pas en Bavière, que je sache! Et nos traditions, alors?
-La gastronomie est universelle, Madame Bonafou, universelle! sur ce, je file, j'ai un rendez-vous.
-Et ma blanquette?
-Je serai rentré à temps pour la déguster!
Je traversai la cour de l'auberge et m'approchai de la remise où les pensionnaires pouvaient garer leur voiture. Le soleil était encore haut dans le ciel, et la température n'avait pas fraichi. J'entrai dans le bâtiment et ce fut -presque- sans surprise que je vis Lazlo se matérialiser à côté de moi.
-Je ne t'ai pas vu arriver, dis-je, comment fais tu une chose pareille?
-Quelle chose?,
-Surgir comme ça, sans prévenir, n'importe où!
-Va savoir, mon ami, va savoir!
-Tu aurais fait merveille au Vietnam, dans la jungle, tu aurais presque donné des leçons aux Viets!
-La jungle est partout. On apprend à y survivre. Tiens, j'ai noté les arrêts de ton bus et j'ai envoyé les hommes.
Je te recontacte demain.

Fleurdemai 23 février 2011 à 15h57 · 41

Et Lazlo disparut à travers les arbres et les buissons sans que je puisse voir une feuille bouger. Puisque je n'avais pas besoin d'aller jusqu'au campement, je décidai de téléphoner à Anouchka. Elle répondit immédiatement.
Jr me présentai et entrai immédiatement dans le vif du sujet.
-Je me demandai si, par hasard, vous n'auriez pas une photo de Maryse, j'ai l'intention de la montrer éventuellement à un conducteur de bus.
-Vous croyez que ça peut marcher?
-On peut essayer.
-Comment comptez vous vous y prendre?
-Je peux toujours dire que je recherche ma fiancée disparue depuis trois jours, et...
-Ça ne marchera pas, vous allez éveiller les soupçons pour rien, n'oubliez pas que vous êtes un homme et que ça peut-être interprété de travers. Non, laissez moi m'en occuper, on se méfiera moins d'une femme. Dites moi quel bus je dois prendre.
-Le bus n° 8.
-OK, je fais le trajet et je vous rappelle.
Et voilà, une armée de détectives à ma disposition, et rien d'autre à faire qu'attendre.

Fleurdemai 24 février 2011 à 12h52 · 42

Les choses se précipitèrent quand Anouchka me rappela, m'avertissant que Maryse avait l'habitude de descendre à proximité d'un lotissement situé à sept arrêts de bus en dehors de la ville.
Voilà qui rétrécissait le champs des investigations. Je ne lui demandai pas comment elle avait obtenu ce renseignement, pressé que j'étais de faire intervenir le gros de mes troupes sur le terrain.
L'aventure commençait à me passionner, certain que je damnerais bientôt le pion à Cojean et ferait libérer De Lonzac. J'en riais d'avance.
Je remerciai Anouchka et rempli d'une nouvelle énergie, je décidai d'honorer la blanquette de Madame Bonafou avant de filer au campement pour faire le point et modifier ma stratégie.

Chouette 24 février 2011 à 20h56 · 43

Le temps d'arriver chez Madame Bonafou...je me rendis tout à coup compte,je n'avais rien avalé depuis ce matin de très bonne heure!
Je courrais jusqu'à en être essoufflée,la brave Madame Bonafou d'où je sortais pour être à court d'haleine!...

" Ne vous inquiétez pas ma bonne dame...j'ai une faim de loup, j'ai pas beaucoup de temps..."

"Stop ma chérie! Là tu t'installes et tu manges sans sauter comme une puce...la bouche pleine sur cette connerie de portable, comment on faisait nous à ton âge? Une vraie folie cet engin...même pas le temps de manger...assieds toi et coupe moi ce foutu truc!"
"Madame Bonafou, j'ai encore une chose à régler au plus vite...il est hors de question que Cojean me devance sur MON territoire!...Je dois rester joignable au cas où..."

La sonnerie de mon portable tinta au son de la Marseillaise, sursautant j'avais la trouille de répondre sans que la brave Bonafou se mit encore à m'enguirlander!
J'eus à peine le temps... allo?..je vis Cojean à travers la vitre...

Fleurdemai 25 février 2011 à 13h20 · 44

Je félicitai Madame Bonafou pour les talents de sa cuisinière, ce qui fit rosir la brave femme:
-Oh! vous savez Monsieur Müller, j'ai toujours su dénicher les cordons bleus, à part Maryse, évidemment, mais -paix à son âme- elle n'a jamais été capable de faire une simple soupe au pistou. Enfin, elle plaisait à la clientèle, et là, je vais devoir compenser par ma cuisine les charmes que je n'ai plus!
-Rassurez vous, Madame Bonafou, c'est avec l'estomac que l'on retient les hommes!
Et sur ces paroles de réconfort, je pris le chemin du campement, sans dire à mon hôtesse où je me rendais, car je n'avais aucune envie de la tenir au courant de mes affaires.
La nuit commençait à tomber quand j'arrivai. Les hommes, autour d'un feu de camp, m'attendaient visiblement. Lazlo me fit signe de les rejoindre. Prenant place parmi eux, j'attendis en silence, après avoir serré toutes les mains de ceux que je considérais désormais comme mes "associés" dans cette aventure.

Dielorelei 25 février 2011 à 13h59 · 45

Après avoir sacrifié à la traditionnelle tournée de l' unicum, cet alcool brun hongrois qui m'évoquait, de par son goût âpre, le "Jagermeister" allemand, Lazlo prit la parole.
-On a fait toutes les stations de bus, et jusqu'à présent, on a fait chou blanc. Demain, on décalera les trajets.
-Inutile, Maryse descendait toujours à la septième station. C'est là qu'il faut concentrer les recherches. Si vous êtes d'accord, nous irons demain dans ce lotissement où elle avait l'habitude se se rendre.
-On ne peut pas y aller tous, on va attirer l'attention, dit Milosch avec justesse.
-Oui, mais on peut scinder en équipes qui se relaieront, pour éviter d'être repérer, rétorqua Lazlo. Quatre à la fois, ça passe inaperçu. Ça devrait suffire pour dénicher le gars.
-Et qu'est-ce qu'on fait quand on l'aura trouvé? demanda Kore.
-On l'amènera ici, c'est simple.
-Vous n'avez pas l'intention de le kidnapper, dis-je, alarmé.
-Non, il nous suivra de son plein gré. Enfin, presque.
-Vous me faites peur, là!

Dielorelei 26 février 2011 à 19h39 · 46

-Mon ami, dit Lazlo ,fais nous confiance, tout se passera bien.
-Quand même, on ne peut pas se permettre de faire quelque chose d'illégal, avec un policier roublard comme l'est Cojean!
-Nous avons nos méthodes, Cojean n'aura qu'a recueillir les aveux.
-Si c'est le bon coupable.
-C'est le bon. Dors sur tes deux oreilles. Avant que tu partes, il faut que je te transmette un message de la part de notre chef, Kalia. Dans trois jours aura lieu l'anniversaire de Paprika, elle compte sur te présence. Mais on se revoit d'ici là, demain, pour notre enquête.
"Notre enquête"? C'était mon enquête, jusqu'à nouvel ordre, c'était un peu fort, tout de même, j'occupais quel rang, moi, dans la tribu?
-Je plaisante, Johannes, c'est "ton" enquête, bien sûr, alors, à demain?
Voilà que Lazlo lissait sans mes pensées, maintenant. Décidément, ces gitans n'avaient pas fini de m'étonner.

Dielorelei 27 février 2011 à 14h59 · 47

Le lendemain, après une nuit somme toute assez calme, je quittai l'auberge de bonne heure, non sans avoir subi les recommandations de Madame Bonafou.
-Si vous allez dans l'arrière pays, ne manquez pas de visiter la petite chapelle de "Notre Dame de la paix", cela vous plaira sûrement.
Oui Madame Bonafou, comptez sur moi.
Je retrouvai les gitans à la sortie du village. Ils étaient quatre, Miloshs, Lazlo, Kore et Alajos, un cousin. Ils prirent place dans la voiture et ce fut Lazlo qui, occupant d'office le siège à mes côtés, entreprit de me servir de guide.
-On va couper par le ravin du diable, c'est plus court.
-Le "ravin du diable"?
-Juste en amont du gave. Tu passes devant le château et tu continue sur 2 kilomètres. La route longe le ravin sur 1 kilomètre et on arrive en dix minutes au terminus du bus.
Je n'avais jamais pris ce chemin et suivit les indications de Lazlo.
Nous atteignîmes le Ravin du Diable, impressionnant avec son torrent qui écumait au fond avec un grondement d'enfer

Dielorelei 27 février 2011 à 15h36 · 48

-Malheur à celui qui tombe la-dedans, dit Lazlo, aucune chance de s'en sortir. Après le virage, tu va avoir deux routes: prends celle qui s'enfonce à l'intérieur des terres.
Nous roulâmes pendant dix bonnes minute à travers l'un des plus beaux paysages que j'aie jamais vu, avec ses collines,ses petites maisons au toit rouges et des sources jaillissant au détour d'un chemin, parmi les arbres en pleine renaissance. Je me promis de revenir ici et j'entendis à peine Lazlo quand il me dit de m'arrêter.
Nous étions arrivés sur la place d'un petit village typique de la région, avec ses maisons au toit de tuiles, sa fontaine et l'inévitable église au clocher carré.
-Il y a combien d'habitants, ici, demanda Miloshs en regardant autour de lui.
-Pour le savoir, il faudrait demander au propriétaire du café, dis-je.
-Ecoutez, on ne va pas rentrer à cinq dans ce café, Ajalos et Kore, vous allez explorer le coin en flânant, Johannes et moi on va prendre un café. On se retrouve là dans une heure.

Fleurdemai 1 mars 2011 à 18h52 · 49

On est entré dans le café où des vieux jouaient aux dominos. Le patron rêvassait en passant en dilettante un chiffon douteux sur le comptoir.
-Qu'est-ce que je vous sert? parvint-il à articuler, et on voyait bien que la chaleur l'accablait déjà.
Je proposai à Lazlo un petit Jurançon. Il hésita et finit par dire:
-Oui, mais sec, pour moi.
-Pareil pour moi, alors.
-Ah! le Jurançon bien frais par ce temps, c'est le petit Jésus en culottes courtes, hein? acqiuieca le patron.
Et comme je voyais les vieux contempler leurs verres vides, je lançai:
-Allez, patron, une tournée générale pour tout le monde, c'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de s'arrêter dans un village aussi accueillant!
-C'est gentil, ça, et la maison offre les olives.
Les joueurs de dominos levèrent leurs verres à notre santé, et le patron, mis en verve par le petit blanc nous demanda:
-De passage par ici?
-En fait, oui et non, je cherche de la documentation pour un article sur les villages de France.

Fleurdemai 1 mars 2011 à 20h00 · 50

-Ah tiens. C'est quel journal?
Quel journal, en effet.
-Un quotidien du Nord. Pour ceux qui ne connaissent pas encore toutes nos belles régions. Je reviens de Normandie, là.Un guide touristique, si vous préférez.
-Ouioui. C'est vrai que les gens vont cherchez à l'étranger ce qu'ils peuvent trouver ici. Le soleil, l'Espagne pas très loin, les montagnes, et Lourdes, Monsieur, Lourdes!
-En parlant d'Espagne, vous devez avoir pas mal de touristes espagnols, en ce moment?
-Des touristes, pas tellement, certains arrivent d'Espagne pour travailler en France, par contre. Irun n'est pas loin, vous savez.
Je regardai Lazlo. Je savais qu'il pensait comme moi. Que Juan avait peut-être franchi la frontière, à l'heure actuelle.
Un moment, je me sentis découragé.
Le patron continua:
-Des ouvriers espagnols, il en vient quelques uns, ici, mais ils sont peu nombreux. Ils vont travailler à la ville.

Fleurdemai 2 mars 2011 à 18h40 · 51

En fait, c'est le terminus, ici. Après, ce ont les collines. Il y a juste un haras à trois-quatre kilomètres d'ici, le bus y dépose les ouvriers qui travaillent au domaine. C'est le dernier arrêt.
-Mais on peut se restaurer quelque part?
-Bien sûr, vous avez un petit resto, une fois passée la place de la fontaine. C'est pas un quatre étoiles, la nourriture est simple mais bonne et pas chère.
Nous avions appris ce que nous voulions savoir. Il était temps, maintenant de récupérer Milosh et son cousin.
On est sorti dans le soleil qui, décidément, ne faiblissait pas.
-On va devoir goûter aux douceurs du resto, dis-je à Lazlo.
Celui-ci parut gêné.
-C'est-à dire que Kalia ne nous donnera peut-être pas d'argent pour ça.
-Tant que durera notre enquête, je prendrai tous les frais à ma charge, ça va sans dire.
-Tu n'es pas obligé de faire ça.
-Je ne me sens pas obligé. On va même commencer aujourd'hui. Tu as une idée pour retrouver les gars?
-Marchons un peu, on va sûrement tomber dessus.

Dielorelei 13 mars 2011 à 17h44 · 52

Nous les vîmes à l'arrêt du bus, en plein soleil, sans paraître gênés le moins du monde par la chaleur.
-Alors? demanda Lazlo.
-Venez, on va déjeuner au resto, on mettra les choses au point tranquillement, dis-je, ne tenant pas à carboniser sur place.
-On va au resto? s'étonna Kore. Comment on va payer?
-Tu n'a pas à te préoccuper de ça, c'est bien le moins que je puisse faire, allez, en route.
Nous choisîmes une place dehors, à l'ombre d'arbres centenaires et attendîmes que l'on vienne prendre notre commande.
-Bon, attaqua Kore, c'est un village d'environ une centaine d'habitants, il y a une pension de famille à la sortie, probablement pour loger quelques saisonniers.
-Je me demande quel travail ils peuvent trouver ici, dit Milosh.
-Ici, peut-être pas, mais n'oublie pas que nous sommes à 11 kilomètres de la ville par le bus, et qu'il y a un haras à trois kilomètres environ.
-Donc, le Juan peut travailler à la ville ou au haras.

Dielorelei 13 mars 2011 à 18h00 · 53

-Je ne vois pas pourquoi il viendrait manger ici le midi s'il travaille à la ville, fit remarquer AJalos, ni même s'il travaille au haras: il doit pouvoir déjeuner sur place.
-Pas sûr, ça dépend de la structure du haras. En admettant qu'il loge au village, il doit prendre ses repas du soir ici, c'est moins cher qu'en ville. Je ne pense pas qu'on le verra ce midi, mais on a des chances ce soir.
-Est-ce que le crime est dans les journaux? demanda Milosh.
Je lui répondis que j'avais lu le compte rendu en première page, et, chose qui arrangeait nos affaires, le journaliste ne manquait pas de signaler qu'un suspect avait été arrêté.
-Et?
-Eh bien Juan doit se croire à l'abri, dans ce cas, et n'a peut-être pas jugé bon de prendre la fuite. N'oubliez pas que ses relations avec Maryse semblaient des plus discrètes, la seule personne susceptible de l'avoir vu une fois ou deux est en vacance. La dame âgée qui habite en face.
-C'est peut-être mieux pour elle qu'elle ne soit pas là, dit Milosh.

Dielorelei 13 mars 2011 à 18h22 · 54

-Tu crois qu'il pourrait la supprimer?
-C'est un témoin gênant, peut être le seul, et un accident est vite arrivé. Quand on a commis un meurtre, le second doit presque s'imposer quand il s'agit de sauver sa liberté, et qu'on n'a plus rien à perdre.
-Raison de plus pour le mettre hors d'état de nuire, dans ce cas.
Nous cessâmes de parler quand la serveuse vint prendre nos commandes. Voyant que mes compagnons semblaient mal à l'aise -je supposais que leur fierté en était la cause- je résolu le problème en commandant le plat du jour, (du lapin aux olives et sa garniture de pommes de terre) accompagné d'un petit vin de pays, et d'une bouteille d'eau minérale. Après tout, c'est moi qui devait ramener tout ce petit monde au bercail, et je ne tenais pas précisément à souffler dans le ballon.
Mes invités firent honneur au repas: manifestement, ils mourraient de faim. C'est vrai que nous étions partis de bonne heure sans que je pense à leur demander s'ils avaient pris un petit déjeuner.

Dielorelei 14 mars 2011 à 15h10 · 55

Nous mangions en silence, mais je remarquais les coups d'œil vigilants que les gitans jetaient autour d'eux: si Juan passait dans les parages, il serait immédiatement repéré. Une pensée me vint:
-Si l'un d'entre vous allait se renseigner pour louer une chambre à la pension de famille, on saurait si Juan y loge, non?
-Il faut l'accord de Kalia, sur ce coup là, fit remarquer Kore.
-Pourquoi?
-Parce que notre but est de rester le plus discrets possible, il n'est pas nécessaire de laisser nos traces partout. Et je suppose qu'il faut fournir une pièce d'identité. Et une carte de séjour.
-Et?
-On n'a pas de carte de séjour. On n'est que de passage, tu le sais.
-Si vous n'excédez pas trois mois, vous n'avez pas besoin de carte de séjour.
-C'est Kalia qui a les documents de voyage.
Lazlo prit la parole.
-Nous ne sommes là que pour accomplir quelque chose. Cette chose accomplie, nous partirons. Sans laisser de traces. Aucun nom nulle part. Tu comprends?

Dielorelei 14 mars 2011 à 15h40 · 56

-Je comprends que c'est moi qui vais devoir louer une chambre.
-Justement, tu peux passer quelques jours ici sans éveiller l'attention, sans nous.
-Vous oubliez la patronne des "Mimosas", elle n'aura de cesse de savoir où je passe mon temps en dehors de l'auberge. Et elle en parlera à Cojean, oh!sans y voir malice, mais n'empêche, je ne tiens pas à avoir le commissaire dans les pattes. Après tout, j'ai subtilisé quelques preuves, figurez-vous! Alors je ne peux passer qu'une nuit à la pension de famille, et je devrai avoir un sacré bon prétexte, croyez moi.
-On va t'aider à en trouver un. Un télégramme, peut-être? Un aller et retour pour aller voir ton éditeur, par exemple.
-Il est en Allemagne. C'est invraisemblable. Il faut quelque chose de simple.
-Une visite à Lourdes?
Je regardai Lazlo de travers.
-Comme ça? Subitement? Pour soigner un torticolis?
Les gitans se mirent à rire.
-Tu peux faire une excursion d'une journée sans rendre de comptes, tout de même!

Dielorelei 15 mars 2011 à 18h47 · 57

-Une journée et une nuit. Avec l'œil de Moscou derrière moi.
Je cherchai comment m'en sortir.
-La ville la plus importante et la plus proche, c'est quoi?
-Pau. Tu as un ami malade à Pau. Deux heures de route pour aller et deux pour revenir. Remarque, il n'a pas besoin d'être malade pour que tu ailles le voir.
-Voilà. J'ai un ami à Pau. Il m'a téléphoné parce qu'il est de passage. Ça se tient, non?
-Ça se tient. Si tu ne te mélanges pas les pinceaux au retour. Et n'oublie pas l'anniversaire de Paprika, c'est le nœud des évènements.
-C'est-à-dire?
-C'est tout. A seize ans elle possèdera les trois dons. Tu as oublié?
Allais-je dire que je n'avais pas ajouté foi à ces balivernes? Je restai muet. Lazlo m'observait.
-Je sais, tu n'y crois pas. Tu as tort. Tu seras bientôt forcé d'y croire.
-En attendant, je vous ramène au camp et je prépare le terrain avec Madame Bonafou.
Il était seize heures quand nous arrivâmes au campement. Je débarquai mes passagers et repris le chemin de l'auberge.

Fleurdemai 19 mars 2011 à 16h15 · 58

J'avais à peine démarré que dans mon rétro, je vis Lazlo me faire de grands signes. J'arrêtai et attendis.
-Tu veux un télégramme pour justifier ton passage à Pau? me demanda-t-il par la portière.
-Heu...un appel bidon de mon portable, non?
-En cas de problème, ça peut être vérifié. Tandis qu'un télégramme, c'est plus difficile à localiser. Surtout écrit en allemand.
-Et comment t'y prendras tu?
Il rigola:
-C'est toi qui me le dicte, je me charge de le faire envoyer de Pau.
Je griffonnai sur un bout de papier quelques mots censés provenir de Karl Krüger, m'avertissant de son passage à Pau et désireux de me rencontrer demain après-midi.
Lazlo le prit et le relut à haute voix. Ce fut à mon tour de rire de son accent exécrable.
-Pour bien faire,il faudrait que je le reçoive demain matin de bonne heure.
-C'est comme si c'était fait.
-Et dire qu'il y a des texto!
-Ton copain est allergique aux portables, il n'en n'a pas. Voilà tout. Ou il n'a pas ton numéro. A toi de choisir.

Dielorelei 20 mars 2011 à 15h04 · 59

Je n'avais donc pas besoin de m'étendre sur le sujet de mon escapade prévue devant Mme Bonafou ce soir. Comme je m'y attendais, celle-ci me mit le grappin dessus dès que j'entrai.
-Ah! eh bien dites donc, herr Müller, (et là, elle s'arrêta une demi seconde pour voir l'effet que produisait le "herr Müller")vous vous faites rare, en ce moment!
-Tiens, vous parlez allemand, dis-je, sachant que c'était ce qu'elle voulait entendre, encore qu'avec l'accent ça donnait à peut près "ére Mulléreu", je me fais rare parce que que mon livre demande encore un peu de documentation, voilà pourquoi.
-Le commissaire est passé, cet après-midi, il voulait vous demander quelque chose.
-Quoi donc?
-Ah! Dame, il ne me l'a pas dit. Il repassera demain matin, j'espère que vous serez levé.
-Je suis matinal, Mme Bonafou, vous savez bien.
-N'empêche, je me demande quand on va l'enterrer, cette pauvre Maryse, il paraît que ses parents attendent pour ramener le corps à Lyon. Ça fait bien de la peine, allez!

Fleurdemai 20 mars 2011 à 19h18 · 60

-La mort n'a pas d'âge, Mme Bonafou. Un jour on est là, et puis on rencontre son destin, comme ça. "Vers d'autres cieux, vers d'autres ports...puisqu'il faut que la faux l'attende...Au rendez-vous de Samarcande"
-Vous causez bien, tout de même, on voit bien que vous êtes écrivain. Mais dites-moi, c'est où, Samarcande?
-En Asie Centrale.
-Ah ben, c'est pas tout près, dites-moi.
Et sur cette remarque prosaïque, la patronne retourna dans sa cuisine pour surveiller le repas. Il y avait peu de nouveaux convives, ce soir là, et, résolu à mettre la main à la pâte, je montai de bonne heure dans ma chambre. J'ouvris mon ordi pour consulter mes mails. Hormis le bla bla habituel de mon éditeur, il n'y avait rien d'intéressant. En veine d'inspiration, j'écrivis trois chapitres d'affilé.
Et jugeant que la tâche était en bonne voie, je me couchai et m'endormis aussitôt, sans prendre le temps d'organiser ma journée de demain.

Dielorelei 21 mars 2011 à 15h18 · 61

J'avais à peine enfilé mon veston, ce matin-là, qu'on tambourinait à ma porte.
-Mr Müller! un télégramme pour vous!
Je m'empressai de descendre pour signer le récépissé du coursier.
J'ouvris le pli sous l'œil attentif de Mme Bonafou.
-Ce ne sont pas de mauvaises nouvelles, j'espère, dit la brave dame en espérant que j'allai lui lire le contenu du message.
-Non, seulement un ami de passage à Pau qui voudrait me rencontrer.
-Et dire qu'il existe des portables pour envoyer des messages, dit une voix derrière moi.
Je me retournai pour me trouver nez à nez avec Cojean.
-Tiens, bonjour, commissaire, quel plaisir! Vous prenez un café avec moi? Je n'ai pas encore pris le petit déjeuner.
-Ma foi, ce n'est pas de refus, moi non plus je n'ai pas pris de petit déjeuner.
Comprenant l'allusion, je demandai à mon hôtesse de nous servir deux cafés et des croissants.
-En fait, dit Cojean en s'asseyant sans se faire d'avantage prier, je voulais vous demander deux ou trois petites choses.

Dielorelei 21 mars 2011 à 18h59 · 62

-La voisine de Melle Pasquier, une certaine Mme Bouzigue, vous ne sauriez pas où elle est, par hasard? Je n'arrive pas à mettre la main dessus.
-Non, dis-je en mentant effrontément (il fallait que j'arrête, d'ailleurs) je suppose qu'elle est parti en vacance, comme beaucoup de retraités à cette période de l'année encore hors saison.
-Hum, oui, c'est possible. Parce qu'elle doit savoir quelles personnes fréquentait la jeune fille, je suppose. D'où mon impatience de la contacter.
-Les parents ne vous ont rien dit?
-Ils ne sont pas trop au courant de la vie de leur fille. En fait, ils ne se fréquentaient pas trop.
-Et Mme Bonafou, elle ne sait rien qui pourrait vous aider?
-Silence radio de ce côté là aussi: apparemment, Maryse était très discrète sur sa vie privée. Au fait, ça se fait encore les télégrammes, à notre époque?
-Oui, mais plus par télégraphe, rassurez vous. C'est un moyen fiable de joindre quelqu'un à coup sûr.
-Et là, c'est un...ami?

Dielorelei 22 mars 2011 à 19h08 · 63

-Un ami qui me demande d'aller le chercher à l'aéroport de Pau. Tenez, lisez.
Je lui mis le message sous le nez, et après quelques secondes de réflexion intense, il me dit:
-C'est en allemand.
-Vous êtes perspicace!
-C'est pour ça que je suis commissaire, rétorqua-t-il, pince sans rire. Remarquez, j'ai fait un peu d'allemand au collège. Il ne m'en reste pas grand chose.
-Je peux vous traduire, dis-je obligeamment.
-Non, ce n'est pas la peine. Bon, eh bien, puisque vous n'avez rien de neuf à m'apprendre, je vais retourner au charbon. Merci pour le petit déjeuner. Au fait, le juge a mis De Lonzac en détention. Il a du trouver que les preuves étaient suffisantes.
Il remit son chapeau sur la tête et au moment de franchir le seuil, il se retourna:
-Vous continuer de voir vos amis gitans?
-Ça m'arrive, oui. Pourquoi? Ça pose un problème?
-A moi non. Mais vous, veillez à ne pas trop leur faire confiance.
Avant que j'ai pu répondre quelque chose, Cojean était déjà dehors.

Fleurdemai 22 mars 2011 à 22h51 · 64

Cette mise en garde à peine voilée m'inquiétait: Cojeaan me faisait-il suivre? Dans ce cas, j'allais devoir faire comme si j'allais réellement à Pau, quitte à faire demi tour dès que je me serais assuré de n'être pas filé. Et ensuite? Mettre en garde les gitans contre une éventuelle surveillance. Ça, ils sauraient la déjouer. Je me sentais pris entre l'enclume et le marteau. D'un côté ce vieux renard de Cojean, et de l'autre les dessins nébuleux des gitans. Là, il me fallait tirer mon épingle du jeu. Et vite fait.
J'appelai Mme Bonafou:
-Je pars à Pau maintenant, je serai de retour ce soir ou demain matin au plus tard.
-Oui, j'ai entendu que vous disiez au commissaire que vous alliez rejoindre un ami. Vous connaissez la route pour aller à Pau? Attendez, je vais vous donner une carte, c'est plus sûr.
Et la patronne me tendit une carte routière sortie de derrière son comptoir.
-Ce serait trop bête de vous perdre, hein? Vous ne prenez pas de bagages?
-Juste un sac, au cas où.

Dielorelei 23 mars 2011 à 13h28 · 65

Je mis rapidement un pyjamas, une nécessaire de toilette dans mon sac, me munis d'argent liquide et quittais l'auberge en assurant Mme Bonafou que j'allais faire le plus vite possible.
Je pris la sortie du village pour rejoindre la nationale. Je jetai un coup d'œil dans mon rétro: Une voiture noire me suivait, mais ça ne voulait rien dire. Je n'allais pas virer parano, non plus. Je traversai le carrefour et derrière moi, un camion s'engagea et stoppa en plein milieu, déchainant de furieux coups de klaxon de la voiture noire. Je ralentis, et médusé, je vis un homme sortir du camion côté passager et courir vers moi. Je stoppai.
L'inévitable Lazlo.
Il s'engouffra dans ma voiture.
-Roule, Cojean te fais suivre et le camion va être obligé de redémarrer.
Sur ce, il se coucha sur la banquette arrière tandis que je mettais le turbo. Prenant la première route sur ma droite, je filai en direction de la nationale, surveillant la voiture noire.
-Prends à gauche, tu la sèmeras plus rapidement.

Fleurdemai 3 avril 2011 à 20h24 · 66

-Non, s'il me suit, il verra que je prends bien la route de Pau. Ça m'étonnerais qu'il aille jusqu'à l'aéroport. Toi, reste couché par terre, puisque tu as voulu m'accompagner.
-Mais comment vas-tu retourner au village?
-Ah! mais c'est mon problème, je n'ai pas demandé à avoir Cojean et les gitans sur le dos vingt quatre heure sur vingt quatre! Alors tu me fiches la paix.
-Pas gitans, "roms" s'il-te-plait. Et il ne faut pas te mettre en colère.
- Roms, si tu veux. Mais roms ou gitans, vous vous servez de moi, voilà la vérité. Mais je ne serai pas l'instrument de votre vengeance, et si je veux aider De Lonzac, c'est parce que je le crois innocent.
-Bon, si tu veux, pour une fois qu'un De Lonzac est innocent de quelque chose...Elle est toujours derrière, la voiture?
-Oui, je la laisse me suivre, si tu n'y voit pas d'inconvénient. Et arrêtons de parler, je suis sensé être seul dans la voiture.
-Tu me diras quand le sbire de Cojean aura cessé la filature.
-Je t'enverrai un texto, promis.

Artengo 3 avril 2011 à 23h41 · 67

Lazlo tira une cigarette de sa poche. Il l'alluma tant bien que mal.
- Qu'est ce que tu fous ?
- Quoi ?
- La clope...tu crois ça malin ?
- C'est bon, rétorqua-t-il.
Je laissais tomber et continua sur la départemental. Connaissant Cojean, il ne lacherait pas comme ça. C'était le genre têtu, accrocheur, surtout lorsqu'il sentait le sang de sa proie.
J'enviai Lazlo. Les évènements, fussent-ils dramatiques, semblaient glisser sur son visage basané. Il se concentrait sur la pointe incandescente de sa tige, comme un enfant émerveillé devant un insecte; Inspirait et expirait des volutes de fumée et semblait prendre le même plaisir qu'un gourmet qui dégusterait un vin de garde.
Lazlo, Cojean, De Lonzac, Bouzigue. Ces noms en pagaille commençaient à me filer mal au crane.
J'ouvris la fenêtre pour laisser échapper la fumée. Cojean était à distance raisonnable, il ne se rendrait sans doute compte de rien.

Dielorelei 4 avril 2011 à 15h33 · 68

Je continuai de rouler en jetant un coup d'œil de temps en temps dans le rétro. La voiture noire se rapprochait.
-Tiens toi tranquille, dis-je à Lazlo, et éteins cette foutue clope, l'inspecteur de Cojean est juste derrière nous.
Comme j'arrivai devant un panneau routier, je ralentis pour vérifier si j'étais sur la bonne route de Pau, comme l'aurait fait tout automobiliste peu sûr de son chemin.
Mon suiveur du s'en apercevoir, car il déboîta brusquement pour emprunter une bretelle de sortie.
-C'est bon, dis-je à Lazlo, tranquille pour une fois, je crois que la filature est terminée. On va faire demi-tour dans quelques instants pour rejoindre la pension de famille.
Tu comptes venir avec moi?
-Non, moi j'irai au haras pour voir s'ils embauchent. J'y verrai peut-être Juan.
-Tu t'y connais, en chevaux?
Lazlo rit doucement:
-Tu connais un Rom qui ne s'est jamais occupé de chevaux?
-Vous avez des voitures, maintenant?
-Pas dans nos plaines hongroises, mon ami. Chez nous, c'est la vie libre.

Fleurdemai 4 avril 2011 à 18h40 · 69

Après avoir fait un demi tour, je repris le chemin en sens inverse en accélérant pour m'éloigner au plus vite de la zone où, à tout moment, je risquai une rencontre désagréable.
-C'est bon, viens devant, maintenant, il faut que tu m'indiques le chemin pour aller de l'autre côté du Gave.
Lazlo se coula en souplesse près de moi et m'indiqua avec précision la route à suivre. En une demi-heure à peine, nous étions devant la pension de famille.
-Je te dépose au haras?
-Un peu avant, s'il-te-plait, je ne suis qu'un saisonnier allant chercher du travail. Je te retrouve devant le café dans deux heures?
-Ça marche pour moi.
Je déposais Lazlo à une cinquantaine de mètres avant le haras et me dirigeai vers la pension de famille.
Il n'y avait personne quand je me présentai à la réception. Après avoir agité une clochette qui manifestement n'attendait que ça, je vis arriver une petite femme d'âge mûr, accorte et souriante qui me demanda ce que je désirai.

Artengo 4 avril 2011 à 20h37 · 70

L'endroit était comme figé dans le temps. La lumière peinait à éclairer les objets désuets qui trônaient sur du mobilier d'époque. Une horloge était posée sur une console aux accents moresques émaillée de céramique et ornée de motifs géométriques et de dorures. Le lieux était envahit d'un silence prompte au repos. Un courant d'air, venant sans doute de l'arrière salle, venait rafraichir l'air, saluait le visiteur et le berçait d'un long soupir apaisant. Une porte donnait sur un arrière cour ou l'on pouvait deviner l'ombre de fleurs virevoltant sur les pavés irréguliers. Je me mis à rêver un moment que la valse du temps suspendrait son cours et que je pourrais me reposer à l'ombre de ce décor d'antan. Puis reprenant mes esprits, je me souvins de la petite femme au faciès amical et entrepris de lui répondre.

Dielorelei 5 avril 2011 à 20h26 · 71

-Bonjour, Madame. J'aurais aimé louer une chambre pour une nuit ou deux dans votre pension. C'est possible?
-En principe je loue au mois, vous êtes de passage ici?
Je ressortis le boniment qui avait marché avec le patron du bistroquet.
-Je travaille pour un journal du Nord et je fais un article sur les petits villages de Provence. Mais comme vous le comprenez aisément, je ne reste jamais longtemps dans le même endroit, ma rédaction doit boucler ma série d'articles assez tôt.
La vieille dame me considéra un moment en silence. Manifestement, elle me jaugeait. Décidant que, somme toute, je n'avais rien d'un mécréant, elle me dit:
-J'ai une chambre libre qui donne sur le jardin, si le chant des oiseaux ne vous gêne pas dès que le jour se lève...
-Bien sûr que non.
Elle me demanda mes papiers, vérifia soigneusement mon identité, inscrivit les renseignement sur un registre et me confia une clé.
-La chambre n° 7. J'espère qu'elle vous plaira. Le petit déjeuner est servi à partir de 6 h 30.

Fleurdemai 6 avril 2011 à 10h40 · 72

Je réfléchis rapidement qu'en étant le premier à la table du petit déjeuner, je ne pourrais manquer la présence de Juan s'il avait pris pension ici.
Je montais à ma chambre. Celle ci, petite mais confortable avec ses rideaux de cretonne fleurie et son dessus de lit assorti, son odeur d'encaustique et de lavande, me plut instantanément.
Je regardai par la fenêtre, plongeant mon regard dans un jardin verdoyant , où le jaune éclatant des mimosas rivalisait avec le rose des tamaris.
Je déposai mon sac à côté du lit, me rafraichis rapidement et me préparai pour aller rejoindre Lazlo. Je songeais à l'anniversaire de Paprika, au cour duquel ses "dons" seraient révélés.
Je me demandais aussi comment, une fois que nous aurions localisé Juan, nous allions procéder pour le coincer.
Je haussai les épaules. Après tout, Lazlo aurait sûrement une idée.
Encore que je m'opposerai à toute forme de violence. Mais, comme je le disais toujours, un problème après l'autre.

Dielorelei 6 avril 2011 à 14h55 · 73

Lazlo,adossé nonchalamment au mur du café et mâchouillant un brin me regarda arriver.
-Pas de Juan au haras, me dit-il quand j'arrivais près de lui. Et pas d'embauche non plus, par la même occasion. Encore que je n'avais pas l'intention de travailler là.
-Tu es sûr qu'il n'y a pas de Juan?
-J'ai vu à peu près tout le monde. C'est assez petit et il n'y a que six employés. Et je n'ai vu personne entrer dans le restaurant, non plus.
-Donc, il travaillerait en ville, ce qui explique qu'il ne vient pas déjeuner ici. Mais nous, on va y aller.
Ce que nous fîmes, heureux de nous reposer de cette matinée mouvementée.
-Comment va-t-on faire pour amener Juan aux aveux, encore que rien ne prouve formellement sa culpabilité, demandai-je à Lazlo.
-Et qui veux tu que ce soit?
-N'importe qui connaissant, de près ou de loin, Maryse. Pour l'instant, on ne connait que trois personnes, voire cinq si on compte la voisine et la patronne de l'auberge.
-Tu vois un mobile pour elles?

Fleurdemai 8 avril 2011 à 19h17 · 74

-A vrai dire non. Et puis tous ces coups de couteau, fallait-il que l'assassin soit dans une rage folle pour en asséner autant! C'était une vraie boucherie, il y avait du sang partout.Je me demande comment il n'en a pas été éclaboussé.
-Il a pu prendre une douche, après.
-Mais les vêtements! on doit pouvoir retrouver des vêtements tachés de sang,ce n'est pas possible autrement! Si le sang a giclé sur le mur, il a forcément giclé sur l'assassin! Imagine, Lazlo, tu tues quelqu'un, tu le poignardes sauvagement, des gouttelettes vont dans tous les sens! Forcément sur toi! Tu vois l'assassin sortir couvert de sang?
-Il faisait nuit. Le meurtrier poignarde, enlève ses vêtements et s'en va!
-Tout nu?
-Alors il n'enlève pas ses vêtements et monte dans sa voiture -parce qu'il n'est pas venu à pied- et a tout le temps de se changer chez lui. Et s'il a prémédité son geste, il aura pris de quoi camoufler ses vêtements tachés.
-Non. On ne prémédite pas une telle violence.

Dielorelei 9 avril 2011 à 18h46 · 75

-Ce qui me paraît étrange, continuai-je, c'est que Mme Bouzigue a entendu la porte claquer deux fois. Or, le meurtrier avait tout intérêt à partir en silence. Et Maryse, apparemment, n'a pas crié, je suppose que cela aurait réveillé la voisine!
-Sauf si le premier coup de couteau a été mortel. Les autres dans ce cas reflètent la fureur aveugle.
-Si Maryse n'a pas hurlé, c'est qu'elle connaissait son meurtrier. Elle ne croyait pas qu'il allait la tuer. Quelque chose m'échappe.
-Quoi?
-Le fait qu'elle soit retrouvée assassinée dans son lit, simplement vêtue d'une nuisette, tu ne trouves pas ça bizarre?
-Elle se sera remise au lit soit dans l'espoir que le visiteur l'y rejoigne, ou elle se recouche, signifiant par là que la conversation est close et qu'elle veut dormir. Et elle pense que l'intrus va partir.
-Non, je crois que c'est plus compliqué que ça. Les faits ne collent pas ensemble, vois-tu.
-Mais si Juan est l'assassin, ça colle, pour moi.
-Alors, il se serait dévêtu pour la tuer?

Ce qu'on en a dit sur le moment

Mirakle 10 mai 2008

Bravo Dielorelei pour cette suite qui s'annonce passionnante !

Mirakle

Chouette 24 avril 2010 à 07h59

Magique et superbement écrit! La suite...Bravo Die Lorelei!

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