Erevent observait pensivement l'océan. Les yeux de mon aîné trahissaient l'état soucieux de son esprit. Je baissai la tête.
-Et maintenant? murmura-t-il doucement -mais je savais que ce n'était que le calme avant la tempête...
-Maintenant... on peut trouver à manger. Et puis dormir un peu...
-Ouais, ricana-t-il.
J'attendais. L'explosion ne vint pas.
-Tu remarques comme c'est étrange, l'eau vue de dessus? Et cette force invisible qui secoue nos cheveux?
-C'est un peu comme les courants marins, dis-je. Reön appelle ça le vent. Ca vient de nulle part, c'est le souffle des Anciens Dieux.
Mon frère me regarda de travers.
-Arrête de dire des conneries, Kaleel.
Je n'insistai pas. Erevent se rendra bien compte un jour que c'est la force des Dieux qui nous a arrachés aux abysses. À notre communauté sous-marine qui vit depuis que l'espèce humaine ne peut plus vivre sur la terre. Depuis que les Dieux ont décidé que c'en était assez.
Je repensai à notre famille. Mère devait se faire un sang d'encre. Je me l'imaginai en train de bercer Morlane, notre petite soeur aux yeux bleus. C'était la première enfant à avoir des yeux de cette couleur là depuis des lustres, d'après Reön. Il m'a dit que cela signifie que les temps du Pardon sont proches, que le Ciel s'offrira de nouveau à nos yeux. Erevent et moi avions les yeux rouges et les cheveux blancs. Tous ceux de la communauté avaient les cheveux blancs (de toute façon, je n'aurais pas pu imaginer ça autrement), mais la plupart avaient les yeux noirs.
-Bon, on s'en va?
Erevent commençait à ramper vers le... -comment disait Reön?- l'arbre aux grandes branches qui nous fournissaient un abri. J'essayai de me camper solidement sur mes deux jambes, mais c'était comme si un poids s'abattait sur mon corps tout entier. Impossible de se tenir à la verticale. Tout était tellement plus facile dans l'eau... Je fus réduit à utiliser la même technique que mon frère.
-Je n'ai pas faim, dit Erevent un fois que nous fûmes à l'abri, mais j'ai une de ces soifs...
Et, comme si on l'avait entendu, l'eau se mit à couler du ciel, en même temps qu'un bruit de déchirure et un éclat aveuglant de lumière. Erevent éclata de rire.
Moi et mon frère, les garçons aux yeux rouges et à la peau sombre, nous étions sur terre. Nous foulions le sol des Dieux.
Et, cependant, nous nous sentions affreusement seuls.



Je crois être nulle en science-fiction...désolée...j'aimerais bien...je ne peux point...c'est pas la mode...quand on est pas...la bonne du curé!...