Je me trouve dans le hall de la gare St Lazare, il se fait tard.
J'attends. Comme un roman à l'eau de rose, celui qu'on achète à la va vite parce le train a du retard et qu'il faut bien passer le temps. Et pourtant je puis dire sans me vanter que je vaux beaucoup mieux. L'auteur de mes jours a été gratifié d'un prix, le prix Goncourt, je crois. C'était il y a deux ans.
Je suis resté très longtemps en vitrine de librairie, tandis qu'à l'intérieur de la boutique, mes clones se vendaient comme des petits pains. J'étais bien, j'appréciais les regards curieux, interrogatifs parfois, j'étais fier lorsque qu'un client, après m'avoir aperçu, poussait la porte vitrée et ressortait avec un de mes frères.
J'aimais regarder le remue ménage du trottoir, le va et vient des gens, regarder la pluie tomber sur les carreaux, le soleil dessiner des arabesques sur la vitrine d'en face, j'aimais regarder le soir tomber, la rue se vider de ses passants. Aussitôt le rideau de fer refermé, j'allais retrouver mes personnages. J'aurai certainement l'opportunité de vous les présenter un jour. Mais pour l' heure, je suis inquiet, j'ai bien peur de passer la nuit sur ce guichet.
Les aiguilles de la vieille horloge avancent inexorablement. Bientôt, il sera l'heure du dernier train ! L'heure du silence, l'heure du froid, l'heure de la solitude. Comment en suis-je arrivé là ? Je regrette la chaleur de mon antre.
Un matin de printemps, Lise la gérante de la librairie, après avoir vidé sa vitrine de son contenu, a réuni ses employées.
-Leur séjour en vitrine a quelque peu fatigué nos livres, leur couverture a décoloré, nous ne pouvons plus les vendre. Ils méritent pourtant de continuer à vivre car ils me sont aussi chers que s'ils avaient trôné sur mon plus bel étalage.
-On ne va tout de même pas les fourguer dans une brocante s'écria Luce passionnée de lecture qui gardait ses bouquins depuis l'enfance et imaginait déjà un endroit dans sa petite maison ,déjà bien remplie ,où les caser
-Non bien sûr répondit Lise, nous allons les faire voyager ! Devant les mines interrogatives de Luce, Antoine et Sophie, elle brandit des petits cartons de couleur sur lesquels on pouvait lire :
« Je suis à votre disposition, prenez soin de moi, après votre lecture déposez moi dans un endroit public pour quelqu' un d'autre, j'espère vous plaire. »
Chacun avait trouvé l'idée géniale, et s'était engagé à caser quelques un des livres de la vitrine.
On s'est tous retrouvé affublé d'un morceau de carton plaqué sur notre face, j'ai hérité de la couleur fuchsia ! Pas vraiment la couleur idéale pour un roman noir !
Voilà pourquoi je suis ici, dans le froid de plus en plus angoissé, je sens qu'intérieur de mes pages les personnages le sont tout autant.
Afin de vaincre mon inquiétude, je me concentre sur l'affiche publicitaire du mur d'en face. Une brassée d'immenses tournesols invite au voyage.
Weekend à Nice 99euros aller retour
Chaque weekend, du vendredi soir au dimanche soir.
Alléchant, mais c'est aujourd'hui mardi, j'avoue que je n'ai pas envie de poireauter jusqu' à vendredi pour avoir une chance de me retrouver au soleil.
Au loin, j'entends siffler un train, il s'approche, le crissement de ses freins me signale que la machine va s'arrêter.
Des talons claquent sur le sol, une femme arrive d'un pas pressé malgré la hauteur de ses talons aiguilles, elle est accompagnée d'un homme corpulent qui peine à la suivre. Ils ont l'air si triste que je suis soulagé lorsqu'ils passent sans me voir. Derrière eux, un jeune homme à l'allure débraillée avance en trainant les pieds. Il porte une veste à carreaux, un jeans déchirés aux genoux, un sac à dos vert pomme. Je le trouve rigolo et sympa. Il ne me voit pas, perdu dans son monde musical, le fil des écouteurs de son MP3 se perdent sous une casquette à la couleur indéterminée posée de guingois sur une tignasse bouclée.
Un septuagénaire grand et mince hurle dans son portable
- Je ne vois pas à qui d'autre je pourrai vendre ce fleuret, il est poinçonné.
Un faussaire, un antiquaire ? Il s'éloigne toujours en vociférant, sa longue chevelure d'un blanc immaculé flotte sur ses épaules, son manteau noir lui donne un air un peu démodé.
Je n'ai pas envie de passer la nuit ici, j'aimerai trouver un autre abri, je suis impatient de voir la tête de la première personne qui m'emmènera.
Je suis une histoire qui parle de plusieurs meurtres, meurtres assez étranges, perpétrés à l'arme blanche. Les victimes sont des femmes jeunes.
Deux adolescentes arrivent en se disputant
-Tu as la mémoire courte ma vieille, t'es vraiment nulle.
Celle qui parle est vêtue d'un caleçon noir, d'une veste molletonnée rouge et d'un bonnet de laine noir bien enfoncé sur sa chevelure rousse. Elle porte une guitare en bandoulière. Sa compagne presque pareillement vêtue, indifférente à ce discours
suce la paille de son berlingot de jus de pomme, elle transporte une planche en bois pleine de taches de couleur. Son sac en toile va et vient au rythme de ses pas.
Elle tourne la tête dans ma direction, son regard s'allume.
-Waouh, un livre s'exclame t-elle en se précipitant vers moi.
Elle a de jolis yeux bleu, un petit nez en trompette, des taches de rousseur parsèment son visage, ses cheveux roux bouclés s'en vont dans tous les sens .Elle sent la térébenthine, son haleine la pomme rainette. Je suis conquis !
Je sens tout s'agiter en moi, l'émotion de cette rencontre ?
On remue à la page 198, merde l'assassin ! Si mes souvenirs sont bons, il se terre au chapitre 12 dans son château perché au sommet de l'ile aux corbeaux .Cette jeune fille a le profil de la victime idéale !
-Ce bouquin me fera oublier ma fatigue et mes soucis.
-Il ne t'appartient pas lui rétorque son amie ! Et tu n'as même pas lu le titre.
- Voyons voyons dit- elle « L'incognito »
Un triller, cela devrait me plaire ajoute t elle en me reniflant
-Humm, j'adore l'odeur du papier
-Tu n'as pas le droit, je te dis ,il est tout neuf , quelqu'un a du l'oublier ! peste son amie, tu es vraiment impossible
-Et toi u fais toujours une montagne de rien du tout, lis donc ce qui est inscrit sur la couverture, allez viens on s'en va !
Elle me glisse dans la poche intérieure de sa veste, je sens la chaleur de son corps tandis qu'elle se dirigea d'un pas alerte vers la sortie.
J'ai du m'assoupir, je frissonne, le froissement de mes pages me réveille. Une odeur aseptisée m'agresse. Je suis dans une chambre d'hôpital, la chambre est plongée dans la pénombre.
Une femme est allongée sur le lit, sa tête repose sur l'oreiller chiffonné, ses bras maigres d' où partent de nombreux tuyaux sont étendus le long de son corps.
La malade respire avec difficultés
La jeune fille est assise dans un fauteuil à côté du lit



a mon avis ce n''est pas Fouinard qui a écris le mot sur le tableau..