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Mesdames, Mesdemoiselles...

Psychologie · 57 chapitres · 14 plumes · écrite du 2 septembre 2005 au 15 novembre 2007 · 2495 lectures à l'époque

Ligne de conduite

L'irresistible ascension d'un jeune chanteur de variété imbu de lui-même

Les 57 chapitres, dans l'ordre
  1. Raph
  2. Dom
  3. Raph
  4. Patty
  5. Nono
  6. Raph
  7. Plummot
  8. Nikita
  9. Pipo
  10. Raph
  11. Plummot
  12. Angel
  13. Raph
  14. Pipo
  15. Raph
  16. Alchimiste8817
  17. Plummot
  18. Raph
  19. Elektralias
  20. Plummot
  21. Elektralias
  22. Raph
  23. Plummot
  24. Elektralias
  25. Raph
  26. Plummot
  27. Telma
  28. Raph
  29. Telma
  30. Pipo
  31. Raph
  32. Telma
  33. Plummot
  34. Telma
  35. Telma
  36. Telma
  37. Plummot
  38. Elektralias
  39. Telma
  40. Raph
  41. Telma
  42. Telma
  43. Raph
  44. Telma
  45. Raph
  46. Telma
  47. Plummot
  48. Fruit
  49. Anh
  50. Sylvie
  51. Plummot
  52. Sylvie
  53. Plummot
  54. Sylvie
  55. Plummot
  56. Plummot
  57. Plummot
Raph 2 septembre 2005 · 1

A 14h30 en ce samedi du mois de mai, Jordan était en train de descendre les escaliers de la station Richard Lenoir, prêt à rejoindre Lili, sa petite amie officielle, après avoir passé une nuit mouvementée dans le lit de Sophie, aventure d'un soir. "Dans un an, je suis célèbre et je ne descends plus jamais dans ce putain de métro !", marmonnait-il en franchissant les portillons automatiques.
Mais, tournant à l'entrée du couloir de la direction Bobigny, sa mine se réjouit à la vue d'une jolie rousse en robe légère qui semblait s'ennuyer en attendant la rame.
Il s'approcha d'elle.

Dom 8 septembre 2005 · 2

la jeune femme se retourna brusquement ,le giflant violemment .
- Après ce que tu as fait ,tu as un sapré culot d'oser te présenter devant moi.

Raph 8 septembre 2005 · 3

- Mais... quoi ?
- Oh ! Pardon ! Je vous ai pris pour un autre... Vous lui ressemblez... je... je suis désolée !
- Bon, ben... je vous excuse, mais vous m'avez frappé drôlement fort !
- Pardon.
- Si vous voulez vous faire pardonner, j'accepte que vous m'offriez un verre.

Patty 10 septembre 2005 · 4

Réfléchissant quelques minutes, un peu surprise d'une telle proposition, elle décida qu'hormis quelques achats aux galeries Lafayettes somme toute sans importance, elle n'avait rien à perdre d'aller prendre un verre avec ce jeune homme qui de prime abord lui plaisait bien.
- D'accord, je vous accorde 30 minutes
Jordan n'en revenait pas, tout lui était facile en ce moment, les filles tombaient comme des mouches.
Ce qu'il ne savait pas encore c'est que celle-là n'était pas comme les autres...

Nono 22 septembre 2005 · 5

Ils discutèrent autour d'une petite table d'un troquet, s'y attardèrent un certain temps. Elle tombait sous son charme, il le voyait et lorsqu'il fut un peu trop entreprenant quant à la suite à donner, la réaction ne se fit pas attendre et prit la forme d'une gifle. Surpris lui-même, il n'eut pas la présence d'esprit de la retenir. Et ce n'est qu'en reprenant ses esprits, quelque peu refroidis, qu'il se rendit compte qu'elle avait oublié d'emporter son sac...

Raph 23 septembre 2005 · 6

En bon immoral qu'il était, il n'hésita pas une seconde avant de s'adonner à une foule méticuleuse du contenu. Coffret à maquillage, stylos, agenda, répertoire... répertoire, "voyons un peu quel est son univers".
Quelle ne fut pas sa surprise en voyant inscrits des noms comme "Universal", "blue note", "harmonia mundi"... Tous les plus grands réseaux de distribution et de production y étaient répertoriés.
Il n'y avait pas à tergiverser : il allait retrouver cette fille, la séduire pour de bon, et essayer d'en savoir plus.

Plummot 30 septembre 2005 · 7

Ce carnet appartient à Emma
C'est grâce à ces quelques mots, suivis d'un numéro de téléphone griffonné sur la dernière page d'un agenda que Jordan pût retrouver la jeune femme. La première fois qu'il avait composé le numéro, il était tombé sur la boîte vocale, sans se décider à se faire connaître. Ce fut d'ailleurs la même chose pendant une grande partie de la soirée, où chacun de ses appels furent autant d'échecs.
Enfin, un peu après 23 heures, la voix d'Emma se substitua au ton impersonnel de la jeune femme qui l'avait jusqu'ici encouragé à laisser un message.
Un joyeux brouhaha rendit l'échange pénible. De la musique, des rires, les cris d'une fête couvraient la voix d'Emma.
-J'ai votre sac, cria Jordan, allant directement à l'essentiel. Où pouvons-nous nous rencontrer ?
-Mon sac ? , répéta t-elle. Ah oui, c'est gentil mais pas ce soir, je suis occupée ...
Une musique techno résonna en écho.
-Quand pouvons-nous nous voir ? , sonda Jordan.
-Je pars demain après midi. Est-ce que vous pouvez être à la gare de Lyon demain à 17h00 ?

Nikita 4 octobre 2005 · 8

Cette scène vient de le bouleverser, lui qui pensait qu'elle serait disponible. Tout le scénario passionnant qu'il avait espéré se produire,n'en est rien. Comment peut-il encore croire au coup de foudre, l'a-t-elle vraiment séduit ou c'était juste le fruit de son imagination, de sa solitude.........

Pipo 7 octobre 2005 · 9

le manque d'affection, la récente rupture avec Liliane, cette vipère, aux dents de requin? Il s'etait juré de ne plus se fier aux apparences. Durant des mois, il etait aveuglé par l'amour malgré les conseils de ses amis
Liliane ce nom qui lui fait toujours mal, cette fille mi-ange mi-démon! Elle avait l'art de le tourner en ridicule et de jouer les innoncentes en se jetant dans ses bras pleurant à chaudes larmes.

Raph 8 octobre 2005 · 10

"Non ! Non !" se dit-il "Il ne faut plus que je pense à cette fille, c'est fini, je n'en veux plus"

Il laissa tomber son regard sur le combiné, s'alluma une cigarette, et boutonna sa veste en cuir avant de descendre à la station de taxi la plus proche.

La nuit battait son plein.

Les réverbères le renvoyaient à son blues. Un blues qui avait nourrit sa jeunesse. Un blues qui le tenait toujours aux heures les plus matinales de la nuit. Il sauta dans un taxi. "Aux bains" dit-il.

Paris défilait sous ses yeux. Il s'alluma une autre cigarette. "Faut pas fumer", lâcha le chauffeur.

Aux bains, une foule se pressait devant l'entrée où un videur sans scrupule filtrait curieux, starlettes et riches trafiquants reconvertis dans la Finance. Les paillettes parlaient d'un déjeuner sur l'herbe.

Jordan était connu aux bains, aussi nulle barrière n'empêcha son entrée. A peine arrivé au bar, on lui posa son pina colada sans glaçon. Sans un mot il le vida. Une femme magnifique, bien habillée s'approcha de lui et l'embrassa sur la joue.
" Salut, m'man", murmura-t-il.

Plummot 8 octobre 2005 · 11

-Dis donc mon chou ça pas l'air d'aller très fort, s'inquiéta cette dernière.
Monique n'était pas en réalité la mère de Jordan. Grande, rousse, un rien embourgeoisée et la cinquantaine travestie, celle qui avait fini par troquer son véritable prénom, pour celui plus glamour de Diana était la directrice d'une modeste école de chants en banlieue, que Jordan avait fréquenté pendant plusieurs années.
C'est chez elle que le jeune homme avait atterri il y a quelques temps déjà, quand il était arrivé à Paris, abandonnant derrière lui sa vie monotone de provincial. Il n'avait alors pas un sou en poche, mais la patronne du « club des artistes » l'avait trouvé sympathique et à vrai dire plutôt mignon. Elle l'avait hébergé avant d'accepter qu'il puisse suivre des cours dans son école. Plus tard, quand Jordan aurait trouvé un boulot, ou mieux quand il serait devenu une star, il pourrait alors rembourser sa mécène et payer l'ensemble de ses dettes. En attendant Jordan avait servi à combler le vide affectif de Monique et les nuits qu'il avait passé dans son lit constituaient comme une sorte d'avance.
Pourtant peu à peu leur relation évolua. Jordan se lassa du corps fané de sa maîtresse. Il s'éloigna. Elle lui en voulut. Puis le temps apaisa les distensions et le jeune homme finit par revenir vers celle qui avait fini par comprendre qu'elle ne serait plus rien d'autre qu'une amie, qu'une confidente pour le jeune homme, en quelque sorte une seconde mère. Alors comme il n'aimait pas l'appeler Diana, et qu'elle avait horreur de Monique, il décida qu'il l'appellerait M'man. Voilà qui mettrait en outre un terme définitif à une éventuelle ambiguïté quant à la nature de leur relation
-Lili est passée tout à l'heure, renseigna-t-elle. Elle te cherchait. Ca ne marche plus entre vous ?
Il vida son verre sans répondre, peu emballé à devoir s'expliquer sur sa vie amoureuse.
-Est-ce que cette fille te dit quelque chose ? , interrogea t-il pourtant en tendant à Diana une photo dérobée au sac d'Emma.
-Emma, lâcha-t-elle spontanément avec enthousiasme. Ne me dis pas que tu es amoureux de cette fille !!!
-Pourquoi tu la connais ?
-Bien sûr.

Angel 9 octobre 2005 · 12

- Je l'ai rencontrée il y a de cela 2 ans. Lors de son arrivée dans la grande ville, avec pour tout avoir sa beauté, elle fut vite remarquée par Madame Chloé, la maman de toutes les escortes de la ville. Elle l'a engagée et Emma est vite devenue la coqueluche du groupe. Emma avait et a encore de la classe, elle ne frayait qu'avec les banquiers et les politiciens, bref avec ceux qui pouvaient lui apporter quelque chose qui lui permettrait de sortir de cette vie.
Jordan n'en croyait pas ses oreilles :
-Comment une si jolie femme peut-elle tomber si bas ? Jamais je n'aurais cru qu'elle vendait son corps, elle ressemble plus à une femme d'affaire qu'à une prostituée.
Diana regarda Jordan et lui sourit.

Raph 10 octobre 2005 · 13

- Parce que tu te tapes quinze filles par mois, tu crois connaître les femmes, mon joli. Il y a des filles qui...
- Arrête !
- D'accord. Tu m'as l'air fragile ce soir. Bois pas trop. Tu travailles ton chant tous les matins, au moins ?
- Oui, m'man...

Un court instant de silence se fit. Jordan balaya du regard la foule des frimeurs encostumés. Les verres à cocktail traversaient des conversations aussi futiles que la déco barocko-new-age de la boîte.

- Avec tous les producteurs qui passent ici, comment je fais pour trouver personne qui accepte mes maquettes ? Je dois vraiment être nul.
- Tais-toi, tu es mon meilleur élève ! Reprends une vie disciplinée, travaille à des nouvelles compos et recommence à passer des castings. Les rêves c'est bien beau, mais les accomplir, c'est meilleur ! Et puis oublie cette Emma. Garde son sac et son image cristallisée dans un coin de placard. Elle viendra le récupérer quand tu passeras à l'Olympia !!!

Jordan ne put réprimer un petit sourire.
Dès lors, il fut fait comme avait dit Diana : Jordan rentra chez lui et se coucha.

Pipo 10 octobre 2005 · 14

Elle est à lui maintenant, personne n'a le droit de dire du mal d'elle. Elle se jette dans ses bras, contente de le voir , il veut l'embrasser. Des passant se moquent de lui. Ils courent tous les deux, des gens les poursuivent en s'esclaffant. Il se rend compte qu'il est tout seul, le sac à la main......

Raph 10 octobre 2005 · 15

serré contre son coeur. Il s'était endormi, la lumière allumée, et c'est une angoisse brutale et soudaine, due à ce rêve, qui l'a réveillé.
Le matin pointe le bout de son nez.

Il regarde l'écran de son portable : 5h42.

Presque une journée s'est écoulée depuis sa rencontre avec la rousse Emma, et la sensation qu'elle a déclenché en lui ne cesse d'augmenter.

"Il n'y a rien à faire : je dois utiliser cette force pour mes projets... pour avancer... avancer, oui.. je dois continuer d'avancer... je..."

Et Jordan se rendort au milieu de ses pensées.

Alchimiste8817 11 octobre 2005 · 16

Des applaudissements, des cris d'admiration envahissent la salle. Emma, au milieu des spectateurs, crie son nom de toutes ses forces en lui envoyant des baisers.... il n'a jamais douté des ses talents de chanteur, tout le monde répète le dernier morceau de la chanson.... même Emma semble le connaître par coeur...

Plummot 12 octobre 2005 · 17

Les projecteurs sont sur lui, l'éblouissent, il a chaud.....

Soudain Jordan s'éveilla, un rayon de soleil braqué sur lui.
-Encore un de ces fichus rêves ....
Il était à présent 13h47, et le jeune homme songea immédiatement à Emma et à son train qui partirait dans quelques heures. Le sac en cuir brun de la jeune fille était là, posé sur une petite table dans un coin de la pièce. Il s'étira, se redressa dans son lit et en une fraction de seconde prit finalement la décision de se débarrasser de cet objet qui l'envahissait chaque heure un peu plus. Une douche, un café, quelques biscuits secs, et Jordan quitta son immeuble. Il devait absolument rendre ce sac à Emma. Il ne lui parlerait pas, ne lui poserait aucune question, se contentant de lui tendre son bien avant de tourner les talons sans demander son reste.
Absorbé dans ses pensées, Jordan n'avait pas remarqué ce jeune homme qui lui faisait face dans cette rame de métro le menant vers la gare de Lyon. Ce dernier l'observait, un léger sourire au coin des lèvres, posant ses yeux de temps à autre sur le sac d'Emma posé sur ses genoux.
-Bon sang, que doit-il s'imaginer ? , réalisa-t-il soudain dans un excès de panique.
Jordan aimait trop les femmes pour qu'il puisse laisser croire à quiconque qu'il était habité par la moindre tendance homosexuelle. Il fixa à son tour ce jeune homme devant avoir son âge et dont le regard insistant laisser deviner qu'il était en train de le draguer.
-C'est le sac de ma copine, lâcha soudain Jordan à son adresse.
Le type se mit à rire.
-Aucun problème, rétorqua-t-il. D'ailleurs je me doutais bien que tu ne devais pas avoir changé de bord.
Jordan resta sans comprendre.
-Pardon ?
-C'est bien ce que je pensais, tu ne m'a pas reconnu..... Pierre, Pierre Lemoine, le club des artistes...
-Bon sang, Pierre !!!! Mais bien sûr, excuse-moi j'avais la tête ailleurs. Comment vas-tu, qu'est-ce que tu deviens ?
-Et bien disons que cela se passe plutôt pas mal pour moi.

Raph 12 octobre 2005 · 18

- Tu arrives à placer tes chansons ?
- Mieux que ça, je les chante moi-même !
- Toi-même ? Mais tu.. enfin...
- Oui, oui, je sais ce que tu penses, je chantais comme une casserole, c'est vrai. Mais j'ai fait des progrès énormes.
- Super ! Grâce aux cours de Diana ?
- Oui, entre autres, mais aussi et surtout grâce aux encouragements de ma copine.
- T'as une copine, maintenant ? C'est classe !
- Oui, ça fait deux ans. C'est un amour tranquille mais sincère. Et on s'apporte beaucoup l'un l'autre. Elle me fait faire mes vocalises !
- Non ?
- Si ! C'est de la meuf, ça, pas vrai ?
- Tu m'étonnes. Et là tu vas où ?
- Je vais lui faire un bisou sur le quai, elle part pour le week-end rejoindre sa famille dans le sud.

Ils discutèrent jusqu'à la station de métro "Gare de Lyon". Jordan raconta ses difficultés à s'y mettre sérieusement, et Pierre lui apprit qu'il avait de son côté déjà signé et qu'il enregistrait sous le nom de "Pierrot Solaire". Il préparait un double album concept électro autour de la vie de Paul Cézanne. "Des sonorités impressionnistes sur des textes façon Zola".

- Ca m'a l'air... passionnant, déclara Jordan.

Le métro arriva Gare de Lyon.

Elektralias 19 octobre 2005 · 19

Une foule plutôt dense, plusieurs trains en partance et une seule fille à retrouver. Quel imbécile ! Il n'avait aucune info sur ce voyage-éclair, pas le moindre indice sur le quai des retrouvailles, nada ! Mais l'écho du haut-parleur annonçant l'arrivée prochaine d'un troisième TGV lui apporta l'idée qui faillit lui faire défaut. Il se précipita vers les bureaux, apostropha une charmante secrétaire derrière les baies vitrées, pleura sur son sort pendant quelques secondes et réussit à faire passer son appel dans la gare surchauffée : " Mademoiselle Emma Darras est attendue au Bar "En Partance" pour récupérer son sac" ...
L'annonce répétée trois fois d'une voix suave et agréable chauffait encore à ses oreilles quand, assis sur un tabouret le long du comptoir du bar, il la vit slalommer à travers les voyageurs, un sac de sport à bout de bras. Elle venait de passer devant la boutique de souvenir sur sa droite, quand il aperçut dans son champ de vision, Pierre Lemoine qui arrivait vers lui d'une longue foulée sportive. Sur son visage, surprise et indignation !

Plummot 20 octobre 2005 · 20

Jordan gesticulait avec nervosité sur son tabouret, un sentiment de malaise l'envahissant au fur et à mesure que, tels deux missiles lancés sur un même objectif, Emma et Pierre se rapprochés de lui !!!
IMPACT dans 5 secondes, 4, 3 ,2 ,1....

Il ferma les yeux, et inspira profondément.
IMPACT !!!

Il rouvrit les yeux.
Emma était là, souriante, toujours aussi belle, mais bizarrement semblant ne pas faire de cas de Pierre. Elle posa son sac à ses pieds et sans la moindre gêne, vint abandonner avec tendresse un baiser sur la joue rosie de Jordan.
-C'est gentil d'être venu, fit-elle.
Pierre aussi était là, les yeux rougis, la mine blafarde, mais bizarrement semblant ne pas faire de cas, de celle que Jordan avait imaginé être sa petite amie. Pourtant à présent il n'en était plus si sûr.
-Quelque chose ne va pas Pierre ? , s'inquiéta Jordan.
-Elle m'a quitté ! , gémit-il en s'installant à son tour sur un des tabourets.
Il commanda un alcool fort.
-Elle m'a dit qu'elle partait et que je ne devais pas attendre son retour, pleurnicha-t-il.
Il vida son verre d'un trait, avant d'ajouter :
- Elle a dit que j'étais un musicien raté, tout juste bon à aller m'inscrire dans une de ces émissions de télé-réalité pour jeunes artistes pré-pubères et boutonneux !!!
Emma et Jordan se regardèrent. Ils étaient là, stoïques, témoins impassibles du chagrin du jeune homme. Cependant Jordan ne pouvait s'empêcher de ressentir un sentiment malsain, presque de plaisir. A vrai dire, il n'avait pas tant apprécié que ça, quand un peu plus tôt, son ancien camarade avait étalé sans mesure son bonheur et le début de sa réussite.
-Tu fais de la musique ? sonda soudain Emma à l'attention de Pierre.
-Je faisais de la musique ! rétorqua ce dernier, en avalant une nouvelle gorgée d'un liquide brunâtre.
-Dommage parce que je connais quelqu'un qui cherche de jeunes musiciens pour un projet !
Si Pierre, noyé dans son chagrin ne sembla pas vouloir s'accrocher à la perche que venait de lui tendre Emma, Jordan interpella aussitôt avec enthousiasme la jeune fille.
-Tu es sérieuse ? , demanda-t-il.
-Est-ce que j'ai l'air de plaisanter ?
-Tu peux m'en dire un peu plus ?
Elle jeta un œil à sa montre.
-Désolé mais mon train part dans cinq minutes.
Jordan sauta de son tabouret d'un bond.
-Je t'accompagne ! , lâcha-t-il avec énergie. Tu me raconteras tout dans le train !!!
-Mais tu ne sais même pas où je vais, protesta la jeune fille.
-Peu importe, allez viens, il n'y a pas une minute à perdre, je vais acheter mon billet !!!
Il empoigna Emma par le bras et la traîna vers l'extérieur, abandonnant Pierre, seul devant son verre.
-N'oubliez pas de m'envoyer une carte postale, lâcha ce dernier avec nonchalance.

Elektralias 20 octobre 2005 · 21

Elle se laissa entrainer malgré elle jusqu'à une machine automatique de vente de billets, attendant qu'il sorte sa carte bancaire avant de poser sa main si douce sur son poignet :
- Attends. Tu ne peux pas venir...
- Pourquoi, j'ai du temps devant moi, ce sera l'occasion où jamais de mieux se connaître et...
- Je ne pars pas seule, Ok ! Je suis déjà accompagnée, j'ai besoin de décompresser quelques jours...
Déçu, il garda un instant la chaleur de ses doigts sur sa peau, le regard un peu perdu face à ce refus.
- Ecoute, trois jours seulement, je te laisse ma carte et on se contacte dès mon retour. On parlera de ta musique, promis, juré...
Elle jeta un bref coup d'oeil vers le train à quai, et fit un léger signe de la main en souriant. Jordan reporta son attention vers l'endroit de sa bonne humeur, et aperçut la silhouette longiligne d'une fille en jeans qui s'impatientait. "Bon, se dit-il, je saurai attendre"
Et lorsqu'elle s'éloigna, ses deux sacs jetés sur son épaule, il s'appuya contre un pilier pour ne pas perdre cette image.
- C'est qui cette fille ?
Pierre venait de se planter à ses côtés, l'oeil encore humide.
- Je la connais à peine mais... je vais faire mieux dès son retour !
- Si je comprends bien, on reste comme deux cons sur ce quai pendant que nos deux copines se tirent au soleil !
Jordan dévisagea Pierre, les sourcils froncés, pendant que celui-ci , dégoûté, haussait les épaules à cette épreuve de plus !

Raph 23 octobre 2005 · 22

Ce soir là, Jordan se tapa toutes les émissions de télé du soir... rien que des émissions qui parlaient de chansons et de gloire. Et pas forcément les plus étincelantes...
Les deux dernières journées avaient été riches en émotions, et il voulait alors se couper du monde.

Diana avait essayé de l'appeler. Il avait préféré laisser sonner dans le vide. Il ne consultait même pas ses messages.

Vers 3h00 du matin il sortit louer un DVD porno au distributeur du coin.

Le lendemain, à 10h, il se réveilla, frais et dispo. Sa première pensée fut pour son clavier. Il l'alluma et se lança dans une série concentrée de vocalises. Il y passa le temps qu'il fallait, avant de dérouler l'ensemble de son répertoire de compos. Il travailla aussi sa guitare, et eut le temps entre deux accords de noter quelques idées pour de nouvelles chansons.
Il n'avait toujours pas rallumé son téléphone. La nuit venant, il se rendit compte qu'il n'avait pas déjeuné, qu'il n'avait pas décollé de sa chambre, et qu'il ne s'était pas rendu, comme il l'avait prévu, à son centre d'Assedic.

Une nouvelle nuit passa. Jordan était confiant : il avait repris le rythme.

Plummot 28 octobre 2005 · 23

Trois mois passèrent. Une chaleur étouffante continuait d'accabler Paris.
Jordan n'avait revu personne. Pas plus Emma qui n'avait jamais redonné signe de vie, que Pierre, Lili ou n'importe laquelle de ces récentes compagnes. Il n'avait décidément plus la tête à cela.
Martine fut la seule qu'il appela, quand il eut besoin d'un peu d'argent.
-C'est que je préférerais du liquide si ça ne te dérange pas, lui avait-il dit quand celle-ci avait sorti son carnet de chèques.
Elle avait compris que la banque devait attendre des fonds pour combler son découvert, et elle avait sorti quelques billets d'une petite boîte dissimulée dans une armoire.
Jordan n'avait pas payé son loyer depuis deux mois. D'ailleurs son propriétaire commençait à se montrer pressant. Il était déjà venu frapper trois fois à sa porte. La dernière fois Jordan n'avait pas ouvert. D'ailleurs il ne répondait plus non plus au téléphone.

Une assiette de spaghettis desséchés venait de finir de tourner dans son micro-ondes quand on sonna à sa porte. Avec méfiance il alla coller son œil sur le judas. Un inconnu, crâne rasé, petite barbichette se tenait de l'autre côté de la porte. Jordan n'avait jamais vu ce type. Il activa la sonnette une seconde fois. Un huissier ? , s'interrogea-t-il. Peu probable, pas pour deux mois de loyer en retard. Jordan hésita encore une poignée de secondes. De l'autre côté le type commençait à trouver le temps long et ne tarderait pas à déguerpir.
Jordan tourna finalement le verrou de sa porte et l'ouvrit alors que son visiteur s'apprêtait à emprunter l'escalier.
-Et non il n'est pas mort ! ironisa le type en revenant sur ses pas.
Il portait une chemisette aux imprimés fleuris et un pantalon de lin clair.
-Qui êtes vous ? enquêta Jordan d'un ton suspicieux.
Le type lui tendit sa main.
-Sam Wogel, fit l'autre. Mon nom ne vous dit rien ?
Jordan agita la tête en signe de négation
-Alors non seulement vous ne répondez pas au téléphone, mais en plus vous n'écoutez pas non plus vos messages ! J'ai dû vous en laisser une bonne demi-douzaine depuis une semaine. C'est Emma qui m'a dit de vous contacter, et si elle ne m'avait pas conseillé d'insister je peux vous dire que vous n'auriez jamais eu l'occasion de me rencontrer.
Jordan resta un moment interdit sur le pas de sa porte sans comprendre. Emma, la voici qui faisait soudain de nouveau irruption dans sa vie !!!!
-Que me voulez vous ? , sonda Jordan.
-Faire de vous une star ! , lâcha l'autre avec verve.
Malgré la surprise et la circonspection du jeune homme, ce dernier laissa finalement entrer Wogel dans son appartement.
-Si vous m'expliquiez ce que vous attendez de moi ! , s'impatienta Jordan.

Elektralias 1 novembre 2005 · 24

- Une maquette, un grand sourire, une forme olympique et ton vendredi soir ! Tu passes dans mon club privé le "Rocky's", à minuit pile !
- Quoi ? Stop, on fait une pause, là ! C'est quoi cette histoire ?
- Si tu t'coupais pas du monde, man, tu saurais où t'en es ! Emma t'a trouvé cette fourchette dans son agenda. Elle a casé trois de ses poulains ce soir-là, à toi de voir, mais la réponse c'est aujourd'hui ! Sinon, bye bye !
- Elle ne me connait pas ! Elle ne sait pas ce que je chante ...
- Pourquoi tu collais à ses basques, sinon pour avoir une chance ?
Pourquoi ? Voilà la question ! Pour son sourire, son charme, pour oublier qu'il ne réussissait rien, et voilà qu'elle revenait en force, alors justement qu'il avait remis le pied à l'étrier ! Bon, pourquoi pas !
- Payée.... la soirée ?
- Eh man ! Tu fais tes preuves d'abord, et je la paie si tu plais à ma clientèle... J'peux compter sur toi ? Qu'est-ce que je dis à Emma ?
Une foule de choses du "j'ai pensé à toi", à "pourquoi ce silence ?" mais il se contenta d'un vrai sourire :
- Ca marche ! J'y serai !
- Alors, une chanson, un passage, le look, tu t'éclates et.. demain sera peut-être un autre jour. A plus !
Demain ? Demain ! Bon Dieu, vendredi c'était demain !

Raph 2 novembre 2005 · 25

La nuit fut agitée pour Jordan.

"L'enfilage de la tenue de scène... tout est dans l'enfilage de la tenue de scène..."
Il avait passé toute sa soirée à travailler sa guitare et à 3h il était en train de se remémorer les règles de base de la préparation au concert.

"Rester sur le moment... Se dire que les gens sont là pour que je leur donne tout ce que j'ai..."
Les idées tournaient dans sa tête. Il revoyait en pensée son professeur d'expression scénique, son "oncle" Hubert, le cousin de Diana, et petit à petit la confiance revenait.

"Aimer la salle, aimer ma guitare, embrasser un grigri..."
Son grigri était une peluche de trois centimètres de haut représentant un clown joyeux tenant deux balles de jonglage.

Vers cinq heures il s'endormit, et à huit heures trente il était réveillé. La journée allait passer très vite.

Plummot 5 novembre 2005 · 26

Si vite, qu'il se retrouva sans même sans apercevoir assis sur la housse décrépie d'un vieux sofa fatigué servant à meubler une pièce quelconque qu'on lui avait présenté comme étant l'une des loges du "Rocky's". Il était une heure trente du matin, et Jordan était épuisé, ruisselant de sueur, sa chemise grise aux motifs marins ouverte généreusement sur sa poitrine, et son clown continuant inlassablement de jouer avec ses balles posé sur une petite table près de lui.
Il avait pris son pied, certes, mais il avait trouvé cela un peu court. Un premier morceau un rien retenu par la trouille, puis doucement le relâchement qui s'était installé en lui. Il s'était alors senti un peu plus à l'aise note après note, et le public avait suivi. Il n'avait vu personne. Pourtant IL était là, un garçon, une fille, encore une autre fille, assis là à quelques mètres de lui, à leurs tables, mais c'est comme s'il ne les avait pas vus.
Deuxième, troisième morceaux, et déjà la fin. Il avait mis un petit moment à quitter la scène, captant au passage enfin, l'image d'un type en t-shirt blanc, debout en train d'agiter frénétiquement son avant-bras dans d'interminables moulinets.
On frappa à sa porte...

Telma 20 novembre 2005 · 27

Il l'ouvrit sur un grand rouquin.
- Tiens, le gars lui tendit une bouteille, j'ai aussi ça pour toi et il lui remit une enveloppe.

Raph 21 novembre 2005 · 28

Quand le grand rouquin eut fermé la porte, Jordan lut l'étiquette de la bouteille : Champagne Moët et Chandon.
- La classe ! se dit-il.
Il l'ouvrit, se servit un verre, et décacheta l'enveloppe tout en savourant sa première gorgée.
- Putain de bordel de sa mère !
Dans l'enveloppe il y avait un petit mot sur papier cartonné : "Bravo Jordan ! Voici un petit cadeau de bienvenue dans notre grande famille. Rejoins-nous au carré VIP, on a des gens à te présenter. Signé Emma et Sam."
Et avec ce petit mot il y avait huit billets de cent euros... huit cents euros... Deux loyers et demi... Pour une demi-heure sur scène... Un rêve devenant réalité...

Il finit son verre, sortit de la loge et se dirigea vers le bar.
- Le carré VIP, s'il-vous-plait ?
- Au fond à droite derrière le rideau rouge.
La barmaid qui venait de lui répondre était une jolie petite brune coiffée en palmier avec un sourire à faire chavirer un pape. Alors que Jordan venait de tourner les talons, elle ajouta :
- Jordan ?
- Oui ?
- Je peux avoir un autographe ?
- Euh... Pas de problème...
Elle lui tendit un petit carton publicitaire pour le Rocky's.
- Tu t'appelles comment ?
- Isabelle
Au dos du carton, Jordan écrivit : "C'est chaque jour Ibiza avec la belle Isa ! Jordan"
- Merci, dit-elle, et si ça te dit... la salle ferme à 6h, on peut se rejoindre à ce moment-là et prendre un dernier verre...
- Je... je verrai... Je te dis ça tout à l'heure... A plus !
- A plus !
La mine réjouie et le coeur gonflé de satisfaction, il se dirigea d'un pas décidé vers le carré VIP. Passant le rideau rouge, il tomba sur un grand black muni d'un talkie-walkie qui le salua avec un grand sourire :
- Bonsoir, Monsieur Jordan ! Vous êtes attendu...

Telma 21 novembre 2005 · 29

Jordan n'eut pas le temps de remarquer que le salon VIP n'avait rien de reluisant ; à peine fut-il entré qu'Emma le prit par le bras.
- Tu as décroché le pompon, Boderle veut te voir, il est accro !
- C'est qui Boderle ?
- Le bras droit de Illimit Star. Il était dans la salle, c'est le gars en blanc là-bas.
Je reconnus celui qui s'était agité comme un malade.

Pipo 21 novembre 2005 · 30

-Mesdames, Mesdemoiselles , une voix d'un haut-parleur couvre la salle ..... SVP Mesdames, Mesdemoiselles Messsieurs, nous avons l'honneur d'inviter ce soir, pour vous, la grande star, qui a chanté pour tous les...

Raph 21 novembre 2005 · 31

...agités du Rocky's en ce vendredi de folie, jusqu'à aujourd'hui inconnu du grand public mais demain star internationale, j'ai nommé : JORDAN.
Jordan n'en revenait pas. Ça paraissait irréel. Tous les invités du carré se levaient et l'acclamaient. Il reconnut des personnalités de la télévision, et beaucoup de mannequins...
Une nouvelle vie commençait. Le regard confiant d'Emma le fixait avec un air malicieux.
Lui restait là, souriant mais embarrassé...
La gloire le saluait, et aussi bizarre que cela puisse paraître... il n'en était pas heureux...

Telma 21 novembre 2005 · 32

Combien de fois avais-je rêvé de cette lumière sur moi, de ces gens me saluant, de ces phrases surfaites qu'on me glisse entre deux sourires, entre deux joints ou entre deux verres.
- Merci, merci à tous, dit-il enfin dans un micro qu'on lui tendait avec insistance, merci mais il manque dans mes bras quelqu'une qui mérite autant sinon plus que moi vos applaudissements.
Emma toujours à ses côtés se rengorgea, plusieurs regards se tournèrent vers elle.
- Ce soir, il me manque ma guitare.

Plummot 22 novembre 2005 · 33

Une fois les mondanités terminées Emma attira Jordan dans un des coins de la pièce, sans même lui échanger une parole. Visiblement elle n'avait pas apprécié le coup de la guitare. Ils traversèrent la pénombre moite du carré VIP pour rejoindre le fameux Boderle, affalé sur une banquette au milieu d'une cour digne de Versailles. Parmi ceux-là, Jordan reconnu Sam Wogel.
-Voilà donc notre star du soir, lâcha Boderle sans même prendre soin de se lever pour accueillir le jeune chanteur. Je vous en prie faites-vous une place ! Vous savez sur ce canapé, c'est comme dans le métier il faut jouer des coudes pour pouvoir s'y installer !!!
Sur quoi il éclata de rire, aussitôt imité par sa suite.
Chacun se serra alors un peu, et Jordan trouva quelques centimètres carrés du feutre rouge de la banquette pour finalement s'asseoir entre deux créatures aux jambes interminables.
-Tiens tu l'as bien mérité, fit Wogel en lui tendant un verre rempli d'un liquide incolore.
-Alors comme ça tu veux devenir une star ? l'interrogea Boderle.
C'était un petit homme trapu à la pilosité développée, tout de blanc vêtu, ce qui faisait ressortir un peu plus son embonpoint.
-Je veux avant tout travailler de ma musique, rétorqua Jordan, un rien hypocrite, en haussant le son de sa voix afin de couvrir le brouhaha de l'endroit.
-J'ai aimé ce que tu as fait ce soir. Est-ce que tu peux te rendre disponible pour près de six mois ? sonda Boderle.
-Sans problème.
-Loin de Paris ?
-Je n'ai aucune famille dans cette fichue ville, se justifia Jordan.
Boderle se retourna alors, capta le regard d'un jeune homme qui se tenait debout derrière la banquette, et lui signifia d'un coup de tête déterminé de lui faire parvenir quelque chose. Le jeune homme s'activa et se présenta presque aussitôt avec une grande enveloppe en papier kraft qu'il tendit à son patron.
-Tu as un stylo ? s'enquit Boderle à l'adresse de Jordan.

Telma 22 novembre 2005 · 34

- Non.
Emma lui tendit un Mont Noir ; la classe.
- Donc, je dois signer, demanda Jordan, en feuilletant les papiers ; c'est un contrat ?
- Non, c'est du PQ, t'es con ou quoi ? Tu vas entrer chez ILLIMIT STAR, tu comprends, s'énerva Juens Boderle.

Telma 22 novembre 2005 · 35

Jordan considéra un instant le verre qu'il gardait à la main et les papiers posés sur ses genoux.
- Signe ! siffla Emma.
Il but. Gin-vodka et distillat de fruit, pensa-t-il en avalant péniblement. Juens à son côté s'agitait ; il remarqua qu'il sentait la sueur, une vieille sueur.
- Signe ! répéta Emma.
Il but encore cherchant quel alcool de fruit ce pouvait être puis termina son verre d'un seul trait.
Brouillard, chaleur. Jordan allongea ses jambes, écarta un coude dans les côtes de Juens et rit.
- Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ?
- J'ai trouvé.
- Et t'as trouvé quoi ?
- Alcool de poire. Je signerai demain.
Une des filles avec des jambes interminables se leva et commença à danser sur un rond de moquette jaune.
- Elle ressemble à un pylône dans un champs de blé ; regarde, tu trouves pas Emma ?
- Arrête tes conneries, signe ce contrat.

Telma 27 novembre 2005 · 36

- On verra ça demain.

Plummot 27 novembre 2005 · 37

Jordan s'éveilla avec un mal de tête horrible. Une barre, là juste au dessus des yeux !!! La pièce ne lui était pas familière. Une petite chambre étroite au papier peint fleuri et une seule fenêtre laissant passer une lumière agressive. Il tenta de se souvenir pourquoi il avait atterri ici. Il avait en mémoire sa prestation sur la scène du « Rocky's », la foule, la présence d'Emma à ses côtés dans la carré VIP, mais au fur et à mesure qu'il égrenait le déroulement de la nuit sa mémoire lui jouait des tours.
Il balaya la pièce du regard. Sur sa droite une petite table de chevet supportait une boîte d'aspirines et un verre d'eau. Une enveloppe aussi, avait été mise en évidence, avec son prénom écrit dessus. Avec des gestes lents, il s'occupa de plonger un cachet dans le verre. L'eau bouillonna. Il décacheta ensuite l'enveloppe. Deux pages, faites de paragraphes distincts, et un discret post-it, accroché au centre du premier feuillet : « félicitations, Emma ».
Il tourna la première page, parcourut rapidement le contenu de la suivante et tomba sur sa signature, là en bas de la page !!!
-Le contrat, laissa-t-il échapper à haute voix, en retrouvant une partie de sa mémoire.
Au même instant Emma entra dans la pièce, radieuse.
- Alors comment va ta tête ? , s'enquit-elle d'un air moqueur.
- La signature, répliqua-t-il un rien perturbé.
- Tu as vu ? sonda la jeune femme.
- Ce...., ce n'est pas moi qui ai signé ?.
- Non c'est moi, j'ai imité ta signature. Ressemblant non ?
- Mais tu...
- Comme tu n'étais pas en état de le faire toi-même, l'interrompit-elle, il fallait bien que quelqu'un le fasse à ta place.

Elektralias 27 novembre 2005 · 38

Il n'en croyait pas ses oreilles, elle venait de lui voler une partie de sa vie ! C'était à lui et à lui seul de prendre ce genre de décision. N'avait-il pas été la star aux yeux de tous ? Il allait tenter de s'expliquer quand elle pointa un index sur lui :
- Alors maintenant écoute-moi bien, p'tit con ! J'ai tout misé sur toi pour cette soirée, j'ai tout organisé, des mannequins au champagne en passant par Isabelle et son autographe. Tu y as cru, très bien, seulement tu aurais dû signer ! Tes états d'âme, rien à foutre ! TU es doué mais trop lent à la détente. A partir d'aujourd'hui, c'est moi qui dirigie, contente-toi de serrer ta foutue guitare et déchaine-toi sur les scènes que j'te montre ! J'ai été assez claire ?

Telma 27 novembre 2005 · 39

- Et le mélange détonnant c'était toi aussi ?
- Non, mon intérêt n'était pas de t'allumer mais de te faire signer ; j'ai d'ailleurs ma petite idée sur la personne qui a pu faire ça.
- Isabelle ?
- Non et puis laisse tomber cette histoire, des cuites t'en prendras d'autres ; l'important c'est que nous sommes maintenant chez Illimit Star.
- Pourquoi "nous" ?
- Je suis ton agent, on ne se quitte plus ! Au fait, j'ai repris mon fric, tu ne pensais quand même pas toucher ça pour ta prestation !
- T'es vraiment une belle...
- Je sais. Trève d'injure, parlons boulot ; Juens va produire ta première maquette, c'est une maison minable mais ils ont du bon matériel.

Raph 27 novembre 2005 · 40

- Attends, attends, pas si vite ! Tu ne crois pas que je vais céder à tes volontés ! Tu as signé à ma place, et tu crois que je vais accepter ça sans broncher, comme ça, tranquillement ?

Emma s'assis au bord du lit et lui sortit son plus touchant sourire.

- Oui. Je crois que tu vas accepter tout ça, parce que tu n'as pas le choix. Illimit star est une toute nouvelle major, la sixième au monde. Tu ne toucheras pas des mille et des cents le temps de ce contrat. Mais sa durée est de deux ans. Tu seras payé 50 centimes d'euro par album vendu et 100 euros par concert...
- Et toi ?
- Environ dix fois plus, mais ça ne te regarde pas...
- Quoi ?
- Tais-toi, je n'ai pas fini. Au bout de deux ans tu seras en mesure de renégocier le contrat. Si tu es devenu une star, une vraie, pas un épouvantail attrape-minettes, tu pourras négocier trois euros par disque et 1500 euros par concert !

Elle se tut. Un silence méditatif s'installa dans la pièce.
Emma poursuivit :
- Je savais que tu n'accepterais pas cette situation d'emblée, parce que tu es jeune, immature et vaniteux, c'est pourquoi on a rusé pour que tu ne lises pas le contrat. Enfin... finalement, tu es tellement buté qu'il a bien fallu se résoudre à le signer pour toi !
- C'est ridicule, une expertise et votre contrat ne vaut plus rien !
- Tu ne doutes de rien, toi ! Tu crois que j'en suis à mon premier coup ?

Elle s'approcha de Jordan qui était toujours assis, les jambes sous la couverture. Le visage d'Emma était maintenant tout près de celui de Jordan. Ses cheveux roux légèrement bouclés encadraient son visage doux et ses yeux rayonnant de machiavélisme.

- Tu ne sais pas qui je suis, mais moi je sais qui tu es. Tu fais partie de ces millions de petits mâles communs qui n'ont que deux idées en tête : la gloire et le sexe. Moi je suis une experte, je n'ai que 25 ans mais depuis mes 15 ans je suis agent en toutes sortes. Je ne peux pas te révéler pour quels organismes, pour quels trusts, pour quels milliardaires j'ai travaillé, mais crois-moi, j'ai de l'expérience dans la ruse, la manipulation et le self-control. Alors vraiment, fais-moi confiance, Jordan : personne, je dis bien personne, ne pourra prouver que la signature ne vient pas de toi.

Elle s'approcha un peu plus de lui, et lui murmura à l'oreille :
- Et puis, en ce qui te concerne, crois-tu vraiment que c'est par hasard qu'on s'est rencontrés dans ce métro ? Crois-tu vraiment que je t'ai pris pour un autre et giflé par inadvertance ? Pauvre petit oiseau naïf ! Ca faisait longtemps que je te suivais. Tout était prévu avec Illimit star depuis longtemps ! Et tu veux savoir pourquoi ? Parce que, bien que dans la vie tu sois un crétin fini, sur scène tu es...

Elle susurra de manière quasi-inaudible à son oreille :
-... une bête...

Elle approcha ses lèvres de celles de Jordan et les effleura d'un baiser...

Telma 28 novembre 2005 · 41

- En privé une prestation de trente minutes et c'est long, vaut dix billets, ma belle..., te fatigue pas ; avec toi j'ai compris, c'est donnant-donnant mais j'ai pas vraiment envie, tu comprends ?
Elle éclata de rire, vraiment, un rire de gamine franc et lumineux.
- C'est bien la première fois qu'on me demande de payer pour "ça" ! C'est la meilleure du siècle !
- Pourquoi pas, répondit Jordan, tu en connais un rayon sur le sujet.
Son rire se figea.
- Tu veux dire quoi, là ?
- Simplement que t'as fait à la fois du pognon et ta carrière en couchant.
- Et tu tiens ça de qui ?
- De source sûre...
- Attends, Jordan ; première leçon : dans ce métier les sources sûres n'existent pas plus que la virginité de ta mère. Mon boulot, j'ai ramé pour l'avoir et on rame pas avec son cul sinon on avance pas.

Telma 2 décembre 2005 · 42

- J'avais cru comprendre que...
- Faut jamais croire, Jordan, jamais.

Raph 3 décembre 2005 · 43

Jordan se leva, enfila son pantalon, et dit en regardant Emma droit dans les yeux :
- Tu as raison, Emma, je ne dois pas croire tout ce qu'on me dit. Maintenant je suis un grand garçon, et je dois voir les choses en face : soit tu racontes des conneries quand tu parles de tes talents d'imitatrice de signatures, soit tu dis vrai, mais dans ce cas, je vois mal une toute nouvelle major s'attaquer à un petit inconnu à l'aide d'une simple signature gribouillée au bas d'un contrat.

Emma ne sut quoi répondre. Jordan boutonna sa chemise et, se dirigeant vers la porte, lança un "sympa ton appart' ! " qui eut le don se faire enrager Emma au point d'attraper sa lampe de chevet et de la balancer contre la porte. Jordan ne broncha pas. Il regarda ce qui restait de la lampe qui venait de le frôler, ouvrit la porte, tourna une dernière fois son regard vers cette magnifique rousse que la colère avait rendue encore plus belle que d'habitude, et sortit définitivement.

Dans la rue, il se rendit compte qu'il était sur le boulevard Richard Lenoir, juste en face de la station de métro dans laquelle il était descendu quelques mois plus tôt, avant de rencontrer Emma pour la première fois.
Il commença à descendre des marches...

Telma 3 décembre 2005 · 44

- Quel con, quel petit con ; il ne sait pas encore qu'il a du talent ! soupira Emma en ramassant les débris de sa lampe.
Jordan, lui, s'était posé sur un banc de la station et regardait passer les métros ; quelque chose avait changé dans sa vie. Quelque chose ou était-ce lui qui se sentait différent ? Et puis il y avait les mots d'Emma, le visage d'Emma... "Ce n'est qu'une manipulatrice... elle n'a peur de rien ni de personne et elle ne respecte rien ni personne !" pensa-t-il en oubliant qu'il était comme elle.

Il se réfugia chez Diana ; elle était toujours bonne conseillère.
- Salut m'man.
- T'es pas frais, toi ! Tu veux une orange pressée ?
- Mouais. Il lui raconta sa soirée.
- Vas voir Boderle, ce contrat c'est le tien, non ?
- Ce contrat me lie à Emma et c'est une sacrée garce.
- Pourquoi une garce ; elle est jeune, bien roulée, intelligente et elle parle aussi bien le français que l'anglais ou l'espagnol ; c'est pour ça qu'elle est entrée chez Chloé comme accompagnatrice...
- Au lit !
- Pas du tout, les filles de Chloé ne couchent pas ; tu tiens cette nouvelle de qui ?
- C'est toi qui m'en avais parlé...
- Tu as mal pigé. Emma et ses copines accompagnent des hommes d'affaires dans des diners officiels, des spectacles... C'est de la représentation rien de plus, elles ont même un texte à connaitre sur l'invité en question, ses goûts, loisirs... Emma a côtoyé une belle quantité d'hommes importants et en a tiré quelques leçons, c'est tout.

Raph 8 décembre 2005 · 45

- Je ne crois pas... Il y a autre chose...
- Quoi ?
- Ce boulot... c'est une couverture... ou un moyen de savoir des trucs... Emma, c'est une sorte d'agent secret, ou je ne sais quelle connerie !
- Jordan, ça ne te ressemble pas de romancer les choses comme ça ! Tu veux savoir mon avis ? Soit tu fais une paranoïa, soit...

Elle partit d'un rire moqueur qui résonna dans la grande salle de musique qu'était son salon.

- Quoi ? Pourquoi tu te fous de ma gueule ?
- ... Ca y est, ha ha ha ! J'ai compris ! Tu es amoureux pour la première fois !
- Quoi ? Jamais ! Pas de cette pauvre meuf !
- Si, si ! Je te connais, Jordan ! Ha ha ha !
- Et puis je sais ce que c'est l'amour, j'ai aimé Lili !
- Lili ! Est-ce que c'est une fille qu'on aime, ça ? Une poupée de porcelaine qui casse comme un rien ! Combien de femme tu as connues ? Hein ? Allez, dis un chiffre ! 300 ? 400 ? Allez, on va dire 346. Hé bien, mauvaise nouvelle, Jordan : en matière de sentiments, tu es un puceau !

Il s'approcha d'elle et la gifla violemment. Déséquilibrée, elle se rétablit maladroitement en s'accrochant au bord du piano, et regarda Jordan droit dans les yeux, stupéfaite.
Un moment de silence se fit, puis Diana esquissa un sourire.

- Maintenant, écoute-moi, petit con. Je t'ai appris énormément, tu ne savais rien en arrivant sur Paris. Maintenant tu es le jeune loup que vont se disputer les festivals... à condition que tu arrêtes de jouer les grands, du haut de ta piaule minable et de ton blouson en faux cuir ! Alors au lieu de taper sur celle à qui tu dois tant, tu vas me débarrasser le plancher, retourner chez Boderle, et lui dire que tu es OK ! Et en attendant, je ne veux plus croiser ta face de petit minet ridicule. Allez, dégage !

Telma 10 décembre 2005 · 46

- Attends... Il tendit la main vers elle pour s'excuser.
- Non, Jordan, je n'attendrai pas ; aujourd'hui, c'est un peu comme quand je t'ai sorti de mon lit, lorsque j'ai jugé que tu n'avais même plus de tendresse mais que de la pitié pour moi ; aujourd'hui c'est pire, tu n'as même plus de pitié. Va et si tu dois revenir que ce soit auréolé de gloire...

Il claqua la porte, personne ne vit qu'il pleurait sauf sa guitare ; la rue lui donna l'illusion d'être moins seul. Il rentra prendre une douche, se raser, se changer ; une glace piquetée accrochée à son clou au-dessus du lavabo lui renvoya une image minable dans une salle de bain minable coincée dans un appartement minable.
- C'est vrai que je suis un petit con, dit-il à son reflet, je connais deux femmes géniales et je gâche tout !
Il téléphona à Boderle.
- Je t'attends Jordan. Prends un taxi.

Plummot 13 décembre 2005 · 47

- Le Tréport ça te dit quelque chose ?
- Non, qui c'est ?
Boderle ricana.
- C'est où, plus exactement, corrigea celui-ci. Un petit port de pêche sur la côte normande à deux heures de route de Paris. La mer, les mouettes, des falaises de craie, un casino et les week-ends, une horde de Parisiens en mal d'air iodé, bref l'endroit idéal pour un premier concert.
Jordan sembla dubitatif.
-J'aurais préféré Deauville.
- Sauf que Deauville ça se mérite vois-tu !!! J'ai contacté un de mes vieux amis qui s'occupe d'organiser des soirées dans la région.
Il lui tendit une pochette cartonnée.
-Tu chantes samedi soir... ;
Jordan parcourut les documents.
- C'est quoi ça ? , interrogea-t-il soudain.
- Quoi ?
Jordan posa son index sur un nom inscrit en caractères gras.
-Ah ça ! , s'amusa Boderle.
Il sembla hésiter une seconde, par crainte sans doute de la réaction du jeune homme. Il le fixa encore une poignée de secondes sans prononcer un mot, puis se décida enfin.
- C'est ton nouveau nom de scène... !!!!

Fruit 14 décembre 2005 · 48

"JDIM RALPH"
- Et pourquoi ?
- Comme ça et puis ça sonne bien ! Et tu remarqueras que tu gardes tes initials !
- Et si je refuse ?
- Je ne crois pas, voici un chéquier avec ton nouveau nom. Le crédit alloué dépendra de tes concerts. A chaque prestation tout te sera payé, transports, hôtel, vestiaire, bouffe et extras et seule la valeur du concert te sera versée.
- 100 euros ?
- Emma a dû oublier un zéro, je vais corriger ça !

Anh 4 janvier 2006 · 49

Le week-end promettait plutôt un temps doux pour la saison. Jordan n'avait pas voulu se poser trop de questions et avait laissé s'écouler les journées tranquillement. Après tout, comme aimait à répéter le patron du petit café en face de chez lui, carpe diem ! Vis l'instant présent et te fais pas autant de bile !
C'est dans cet état d'esprit que Jordan posa le pied à terre en gare du Tréport, après avoir bouquiné durant presque tout le trajet. Il n'avait pas voulu se joindre à la clique de Bordele qui arriverait le lendemain par la route, et avait préféré venir en éclaireur, seul, pour s'imprégner des lieux. Il comptait marcher le long de la plage, ramasser des seiches, pourquoi pas quelques coquillages, prendre un bon bol de vent à s'en fouetter les oreilles, et ne plus penser à rien, sinon peut-être à sa musique. En attendant, il fallait qu'il trouve l'hôtel qu'on lui avait réservé. "Le Paris", ça ne devait pas être trop compliqué...

- Une chambre au nom de ?
- Ralph. Jdim Ralph.
- Ah oui, bien sûr ! C'est vous qui faites la soirée de demain au casino, n'est-ce pas ? s'exclama le réceptionniste en lui adressant un clin d'oeil tout sourire.

Jordan monta déposer son sac dans sa chambre. Spacieuse, propre, sobre. Ça lui convenait tout à fait. Il vérifia le contenu du petit bar avant de redescendre.

Dans le hall, une affiche tape-à-l'oeil qu'il avait ignorée en arrivant promettait une "soirée de folie" avec "l'un des plus séduisants jeunes crooners de la scène parisienne". S'ensuivait un texte dithyrambique - que personne heureusement ne lirait - et sa photo, tellement retouchée qu'il avait même du mal à s'y reconnaître ! "Costume de rigueur". On ne rigolait pas au casino... Finalement, pensa-t-il en souriant, il serait le seul à être autorisé à s'habiller à la cool. Après tout, ça faisait partie de son charme et de son personnage, jeans troués et marcel à paillettes !

Sylvie 10 janvier 2006 · 50

Il sortit sa guitare de son étui avec des gestes amoureux et plaça quelques accords avant de la poser sur le lit. Un soleil timide jouait avec les persiennes et c'est en les ouvrant qu'il découvrit l'océan, là, s'étalant jusqu'à l'horizon dans une palette de couleurs mouvante et à la fois immobile. "Dieu que c'est beau ! pensa-t-il, comment en musique trouver ces mêmes harmonies parfaites à chaque recommencement !"

Plummot 10 janvier 2006 · 51

Boderle avait eut raison, car ce qui n'était encore ce matin qu'un discret et paisible port de pêche s'était transformé dans la soirée en une évidente station touristique visiblement très prisée. Les parkings de la ville s'étaient peu à peu engorgés d'automobiles immatriculées dans la capitale ou dans quelques uns de ses proches départements. Les restaurants, ce midi encore clairsemés, affichaient maintenant presque tous complets et proposaient même pour certain un second service.
Jordan dîna seul à sa table, au milieu d'une salle dense et bruyante. Il prit d'ailleurs soudain conscience que quelques-uns de ces gens-là, seraient sans doute le lendemain soir en train de l'écouter. Son estomac se serra immédiatement au point qu'il ne termina même pas son repas.
Le brouillard était venu du large pour envelopper la ville. La lueur du phare n'était plus qu'un pâle et vague halo verdâtre perdu dans la brume. Jordan s'enferma dans sa chambre, une boule au ventre, il révisa ses textes, répéta une dernière fois quelques accords puis finit par s'endormir, bercé par le son grave d'une corne de brume.
Le lendemain on tambourina à sa porte dès 7 heures du matin. Boderle et son équipe étaient déjà là. Le brouillard ne s'était pas encore levé, et de fantomatiques machines improbables baladaient déjà leurs imposants balais sur les trottoirs de la ville.
La table du petit déjeuner accueillit avec peine la douzaine de personnes qui y avaient pris place. Il y avait Boderle, le crâne fraîchement rasé de Wogel, Emma puis d'autres types qu'on avait oublié de présenter à Jordan. Tout au bout, il y avait même une femme noire d'une cinquante d'années qui ne cessait de fixer le jeune homme.
- On a une nouvelle pour toi, annonça soudain Boderle en crachant la fumée de sa cigarette.
Jordan avait horreur que l'on fume au petit déjeuner !
- Excuse-moi, s'excusa l'autre en apercevant la grimace du jeune homme.
Il fit mine d'éparpiller la fumée d'un ample mouvement de sa main droite, mais n'éteignit pas pour autant sa cigarette.
- C'est quoi cette nouvelle, interrogea Jordan. Vous avez pris la décision d'arrêter de fumer?
Boderle ricana.
- Non ! , c'est bien mieux que ça.....

Sylvie 10 janvier 2006 · 52

- J'ai un "presque" contrat pour Londres, ça t'intéresse ? dit Boderle en écrasant sa cigarette pour en allumer aussitôt une autre. D'un coup, la fumée ne gêna plus Jordan.
- Vrai ?
- Oui mon gars, j'ai peut-être du lard mais je fais bien mon boulot. J'ai organisé ta promo ces jours derniers ! Par contre, ils veulent la vidéo de ce soir, alors, défonce-toi !
- Comment est le public ici ?
- T'occupe pas du public ; joue comme tu sais le faire, avec tes tripes et ça ira ! Tu auras un créneau en fin de matinée pour répéter en salle.
- Okay.

Plummot 12 janvier 2006 · 53

La répétition dura un peu plus d'une heure. Jordan avait enfin compris que quelques-uns des types avec qui il avait prit le petit déjeuner le matin même étaient des musiciens censés l'accompagner sur scène.
Cette dernière n'était pas bien grande. La salle non plus d'ailleurs. Tout juste une demi-douzaine d'étroites rangées de fauteuils rouges, et un balcon minuscule, une loge presque !!! La femme noire du petit déjeuner était là. Elle s'était assise dans un coin de la salle et n'en avait pas bougé tout le temps de la séance.
Quand Jordan quitta la scène, un peu avant midi, les musiciens terminaient de gratter leurs instruments. Il emprunta l'étroit et très pentu escalier en ciment qui menait au sous-sol et débouchait sur un couloir conduisant à sa loge. L'endroit était glauque. Terminant de dévaler les dernières marches il songea soudain que ce soir il ferait le chemin inverse. Il avait chaud et faim aussi, et se montra plutôt satisfait de la répétition.
Il était au milieu du couloir quand soudain la voix d'un homme lui parvint. Boderle ! Il était au téléphone. Jordan tendit l'oreille.
-Tu sais ce que c'est ? Il y a ce que l'on est et ce que l'on pense être.....
-....
- Non, aucun talent ! Il connaît le solfège s'est déjà pas si mal.
Jordan se planta devant la porte entrouverte de la loge de Boderle. Ce dernier ricanait au propos de son interlocuteur téléphonique.
- Le fric, mon cher ami ! L'essentiel est que tout ça nous rapporte du fric !
Jordan n'en croyait pas ses oreilles.
- Si j'arrive à travailler son image on peut peut-être en tirer quelque chose.....
Il hésita à pousser la porte et à venir mettre son poing dans la gueule de ce salopard. Finalement il renonça et, fou de rage disparut dans sa loge en faisant violemment claquer la porte. Le bruit fit sursauter Boderle.
-Bon je te laisse, fit ce dernier, je dois aller voir où en est mon petit protégé. Il chante ce soir, et celui-là par contre, c'est un vrai talent. Tu verras je t'enverrai la vidéo ! A plus tard !

Sylvie 12 janvier 2006 · 54

Jordan écrasa son poing dans le coussin d'un fauteuil bleu, un peu plus et il en aurait chialé. Il s'enferma et quand Boderle voulut entrer, il entendit simplement gueuler : "Qu'on me foute la paix ; la paix !"
- Il se prend déjà pour une star, ce petit, sourit Boderle en s'éloignant, j'y repasserai tout à l'heure, l'adrénaline de la scène se sera dissipée !
En traversant la salle, il croisa Emma.
- Bonne prestation, hein ?
- Je pense qu'il peut faire encore mieux, croisons les doigts pour ce soir ! La jeune femme sortit son agenda.
- Si la vidéo est vraiment bonne, à nous Londres !!
- Ce n'est pas toi qui iras si ça se fait ! Si le petit grimpe si vite, c'est Riber qui deviendra son agent.., tu n'as pas la carrure !
- Mais...
- Ici, tu recrutes Emma, tu n'accompagnes pas ; ça a toujours était clair, non ?
- Avec Jordan, c'est pas pareil qu'avec les autres...
- Justement, raison de plus !... Attends, écoute !
Des accords montaient du sous-sol, Jordan dans le silence étroit de sa loge, se défonçait sur sa guitare ; le petit ampli qu'il trimbalait partout vibrait contre les murs délavés et les notes, sèches, grinçantes, rageuses, parfois impuissantes, exprimaient bien son sentiment.
- C'est bien la première fois que je vois ça ! Il en a donc jamais assez ?

Plummot 24 janvier 2006 · 55

Le soir arriva. Jordan avait finalement décidé de rester. Partir ne lui aurait donné rien de mieux. Ce sale con de Boderle se serait sorti de la situation avec une nouvelle pirouette et lui n'aurait même pas eut le plaisir de jouer. Il resta cloîtré tout le reste de l'après- midi, n'ouvrant sa porte à personne, pas même à Emma qui insista pourtant. Il trouva qu'elle avait une drôle de voix, comme si elle avait pleuré, pourtant il ne céda pas et la jeune fille finit par se lasser. C'est Boderle qui revint à l'assaut, moins d'une heure avant le début du spectacle.
- Qu'est-ce que tu fous ? se montra-t-il inquiet, à ce rythme-là on ne sera jamais prêt !!!
Silence.
Boderle insista.
-Tu dois te préparer, t'habiller et te faire maquiller ! Il y a une maquilleuse qui t'attend.
Jordan resta de marbre, allongé sur son lit, le trac commençant à lui dévorer les entrailles.
- Qu'est-ce qui t'arrives ? sonda de nouveau Boderle en adoptant un ton devenu soudain plus paternaliste. T'as la trouille c'est ça? Tu sais ça arrive à tout le monde d'être mort de trac avant de monter sur scène ! C'est plutôt bon signe même, c'est que tu as du talent !
-Tu parles ! , marmonna le jeune homme sans que l'autre de l'autre côté de la porte ne puisse entendre.
- Jordan ! appuya Boderle en martelant de nouveau la porte de son poing. Tu dois ouvrir.
- Foutez-moi la paix, je suis prêt !
Boderle resta sans comprendre.
- Mais enfin ton costume de scène ?
- Je montrai sur scène avec mes propres fringues et comme ça je serai comme je suis et non comme je pense être !!!
L'autre ne releva pas, incapable de cerner ce que signifiait cette remarque.
Jordan déverrouilla la porte de sa loge moins de cinq minutes avant l'heure fatidique. Il avait perçu depuis un bon moment déjà le bruit de l'attroupement qui s'était formé devant sa porte et qui obstruait l'étroit couloir. Tous le regardèrent comme s'il était un extraterrestre. Il repoussa des mains bienveillantes qui se posèrent sur ses épaules et se fraya un chemin vers la scène.
- Et bien dis-moi, remarqua Boderle, une vraie diva celui-ci.

Plummot 10 août 2007 · 56

Il était un peu plus d'une heure du matin quand Jessica trouva Jordan assis à la table de la cuisine, le petit téléviseur, surplombant le réfrigérateur, allumé sur une chaîne sportive, le son coupé, en train de rediffuser un match des Seahawks.
La lumière agressive du néon de la pièce fit plisser les yeux de la jeune femme. Jordan la regarda en souriant tendrement, le combiné du téléphone sans fil dans la main.
-Quelque chose ne va pas ?, s'inquiéta-t-elle en s'approchant du jeune homme, d'une petite voix endormie qui révéla encore un peu plus son accent américain.
Se dégageant légèrement de la table, elle en profita pour venir s'asseoir sur ses genoux.
-Je n'arrivais pas à dormir, lui avoua-t-il.
Elle désigna le combiné du téléphone.
-Quelqu'un en France ?
-Il est un peu plus de huit du matin à Paris, fit-il comme pour justifier son appel au milieu de la nuit.
-Tu ne veux toujours pas me dire ce qui te tracasse ? , sonda la jeune femme. Cela fait maintenant une semaine que tu sembles perturbé, que tu ne manges plus, ne dors plus, que tu passes la moitié de tes nuits devant la télé ou en train d'appeler à l'autre bout du monde.
Jordan haussa négligemment les épaules, sans répondre. Elle le regarda un instant en silence, puis comme si elle avait voulu domestiquer un chat craintif, elle lui passa une main enjôleuse dans les cheveux.
-Tu sais que tu peux tout me dire.
Elle laissa passer encore un court silence avant de sonder.
-Est-ce que ça à un rapport avec ta carrière ?
Dix-huit mois plus tôt, JDIM Raph avait fini par percer, sous la houlette de Boderle et des autres membres de son équipe. Malgré le peu d'estime qu'il portait à ce type, Jordan lui avait laissé guider sa carrière de jeune espoir de la chanson. Depuis ce premier concert sur la côte normande, jusqu'au plateau de télé du présentateur phare des dimanches après midi, en passant par quelques lignes dans un hebdo spécialisé de la pop anglaise, JDIM Raph avait fini par se faire connaître. De là à dire qu'il s'était fait un nom..... D'autant que comme la plupart des artistes il avait bien évidemment fini par souffrir de la crise du disque. Foutu téléchargement illégal !
Il en était là de sa carrière débutante et balbutiante, quand ELLE l'avait contacté pour lui soumettre l'idée.
-Elle s'appelle Madeleine, lâcha soudain Jordan. Mais je te rassure, elle a plus de cinquante-cinq ans, et il n'est pas question de la moindre relation entre nous, tenta-t-il aussitôt de se justifier.
Jessica laissa échapper un rire franc.
-Mais idiot tu sais bien que je ne suis pas jalouse ! Si tu...
-Je sais, l'interrompit-il, mais je veux que tu saches que notre relation est juste professionnelle.
Il lui raconta qu'il avait vu Madeleine pour la première fois, le matin de son premier concert dans ce petit port de la côte normande.
-Elle était restée assise à la table du petit déjeuner sans prononcer le moindre mot.
Un peu plus tard, elle était encore présente au moment des représentations.
-J'ignorais qui elle était. C'était une élégante femme de couleur, les cheveux tirés en arrière, plutôt jolie encore pour son âge. Plus tard, je veux dire après ce soir là, je ne l'ai pas revue. Puis un matin, alors que je descendais du train qui m'avait ramené de Londres jusque Paris, je l'ai trouvée sur le quai.
-Est-ce qu'elle t'attendait ?, questionna Jessica.
Jordan secoua la tête pour faire signe que oui. A la télé, Christopher Lordman, le quaterback des Seahawks, venait de trouver son receveur après une passe de plus de 37 yards. Touchdown !
-Je venais d'apprendre que les ventes de mon premier album étaient en rade, et Boderle parlait de me laisser tomber. Je devais le rencontrer le lendemain matin.
Madeleine l'avait abordé et ils s'étaient bientôt retrouvés assis à la terrasse d'une brasserie d'une rue adjacente.
-Je ne sais si vous vous souvenez de moi ?, avait-elle interrogé. Je me prénomme Madeleine, et j'ai appris vos déboires avec votre album, et les intentions de Boderle.....
Wester transforma le Field Goal. Deux points supplémentaires pour Seattle.
-J'ai peut-être une idée qui va vous permettre de faire parler de vous et redonner un coup de pouce à votre carrière, avait-elle ajouté.
Elle lui avait alors expliqué que, désormais dans le monde de la musique, il n'y avait pas beaucoup d'alternative pour assurer de bonnes ventes.
-Soit vous sortez une compil' de vos anciens succès.....
Elle lui avait alors donné l'exemple de ce chanteur des années 70, passé dans l'oubli et qui depuis quelques semaines avait de nouveau atteint le sommet des hits parades grâce à son album de duo, sur lequel il avait repris quelques uns de ses tubes de l'époque. Cependant cette première hypothèse ne collait pas avec le profil de Jordan.
-La seconde solution c'est d'être un chanteur....mort !
Jordan l'avait regardé avec incrédulité.
-Un chanteur mort ?, répéta Jessica avec la même incompréhension.
- Laissez-moi m'occuper de tout, avait proposé Madeleine, en portant sa tasse de thé à ses lèvres.
Puis elle lui avait adressé un sourire empli de tendresse.
-Faites-moi confiance !
-Mais vous occuper de quoi ?, avait demandé Jordan.
-De la mise en scène, de l'abattage médiatique fait autour de votre disparition, de la nouvelle promo de votre album.
-Et je deviens quoi moi dans ce scénario ?
-Vous ?, avait-elle souri, et bien vous n'aurez qu'à vous éclipser ! A disparaître assez loin d'ici, dans un pays où personne ne vous reconnaîtra et attendre....
-Attendre quoi ?
Elle porta de nouveau sa tasse à sa bouche.
-Attendre que la sauce monte, que les ventes redécollent, que les fans vous pleurent, que les médias qui aujourd'hui s'éloignent de vous, vous transforme en une icône.
-Et après ?, avait voulu savoir Jordan, avec un rien d'agacement. Car vous ne pensez pas que je vais rester cloitré ainsi toute ma vie, à vivre des fruits d'un seul album, devenu l'hommage posthume d'une génération à un artiste inabouti. Moi ma vie c'est la musique, les concerts, les fans, la création. Ma vocation n'est pas de devenir un chanteur mort !
Madeleine laissa apparaître un sourire serein.
-Ne vous inquiétez pas, une fois l'émotion autour de votre disparition retombée, alors nous entrerons dans la deuxième phase de notre plan.......
Jordan la fixa avec défiance.
-Votre retour ! Imaginez un peu ce que ce serait si aujourd'hui le King revenait. Imaginez les titres des journaux ; « Elvis n'est pas mort ! » Imaginez un peu le tapage autour d'une telle nouvelle !
-Soit, lâcha soudain Jordan, imaginons que j'accepte ! Comment comptez-vous me faire mourir ...... ?

Plummot 15 novembre 2007 · 57

Jessica était allée se verser une tasse de café. Elle était revenue s'asseoir face à Jordan, tandis qu'à la télé, un écran de pub comblait un nouveau temps mort.
Le jeune homme continuait son récit, apprenant enfin à son amie la vraie raison de sa présence, ici à Seattle.
A l'origine, il avait été question d'un programme de télé-réalité auquel Madeleine avait persuadé Jordan de participer.
- Une sorte de réunion de pseudo-vedettes en mal de notoriété, avait expliqué le jeune homme.
Douze jeunes gens, venus d'horizons aussi divers que ceux du sport, de la politique, de la mode ou encore de la chanson, prêts à relever autant de défis aussi inutiles que stupides pour soi-disant venir en aide à des associations.
- L'épreuve devait durer trois semaines, avait-il poursuivit. Une sorte de raid en haute montagne, constitué d'épreuves d'escalade, de marche, de bivouac ou encore de canyoning et de rafting sur les eaux bouillonnantes des torrents d'altitudes. Tous les trois jours, un test devait déterminer celui ou celle qui devrait quitter le jeu.
Pourtant Madeleine lui avait précisé de ne pas s'en faire. Elle ferait en sorte qu'il passe favorablement l'ensemble des tests de la première semaine.
- Le but était de m'amener jusqu'à l'épreuve de canyoning, avait précisé Jordan. Jusqu'au matin du jour en question je ne savais encore rien de leur plan. Ce n'est que quelques heures avant de prendre le départ de la course qu'un des techniciens est venu m'aborder. Il m'a pris à l'écart et m'a alors discrètement expliqué que sur le parcours, à un endroit où les caméras ne permettraient pas de saisir la scène, je serais pris en charge par deux hommes qui me monteraient dans une jeep et m'emmèneraient. Pour le reste des candidats, puis pour les journalistes ensuite, la thèse d'une noyade suite au passage d'un des endroits critiques du parcours, serait avancée. Des équipes de secours seraient rapidement amenées sur les lieux mais malgré les recherches mon corps resterait introuvable.
« Le jeune chanteur disparu au cours d'un jeu de téléréalité ».
Le plan média suprême !
Une fois dans la jeep, des vêtements secs lui furent proposés. A l'arrière, deux gros sacs de voyage avaient été emplis de fringues. Une enveloppe grise contenant de l'argent liquide et une MasterCard lui fut remis. Plus un téléphone portable, et un billet d'avion pour les Etats-Unis. Le lieu d'embarcation : un aéroport quelque part en Suisse.
Madeleine l'avait appelé un peu avant qu'il ne monte dans l'avion.
- Est-ce que tout s'est parfaitement déroulé ?, l'avait-elle interrogé.
- Visiblement aussi bien que vous l'aviez prévu. En tout cas je ne suis pas mécontent d'être enfin sorti de cette eau glacée !
Madeleine s'était montrée ravie.
- Un de mes collaborateurs vous attendra à votre descente d'avion, avait-elle poursuivit. Il aura la charge de vous emmener jusqu'à votre nouveau chez vous.
Son nouveau chez lui était une spacieuse villa sur les hauteurs de la ville de Seattle, à deux pas de Kerry Park et du lac Washington.
C'est là que depuis six mois, il avait suivi à distance la mise en scène orchestrée par Madeleine prendre forme. Les titres des journaux, les reportages sur sa jeune et prometteuse carrière soudainement brisée, les émissions spéciales, le débat sur les jeux de télé-réalité, tout avait pris une dimension soudainement disproportionnée ! Puis il y avait eu les singles, jusqu'ici ignorés ils étaient en train de devenir les titres les plus téléchargés ; et sur des sites autorisés par-dessus le marché ! Six mois plus tard, il avait dû se rendre à l'évidence, l'idée de Madeleine avait porté ses fruits. La première partie du plan avait fonctionné à merveille. Entre temps il avait rencontré Jessica. Une jeune interprète amoureuse de musique. Madeleine ne s'était manifestée qu'à une seule reprise, une semaine ou deux après son arrivée en ville. Un mail, histoire de savoir si son acclimatation se passait bien, et depuis plus rien. Si dans un premier temps cela n'avait pas posé de problème à Jordan, depuis quelques semaines il avait commencé pourtant à trouver le temps long. S'interrogeant sur l'instant où la deuxième partie du plan viendrait à entrer en vigueur ! Son retour !
Il en était là de ses interrogations, quand, une semaine plus tôt, il avait trouvé une grande enveloppe en papier kraft dans sa boîte aux lettres. Une enveloppe épaisse, postée en France.
Jordan quitta la cuisine et revint un instant plus tard, l'enveloppe en question entre les mains.
- Tu trouveras à l'intérieur l'explication à mon tracas récent, fit-il en la tendant à Jessica.
La jeune femme sembla hésiter. Le trouble qui agitait son petit ami depuis plusieurs jours ne laissait présager rien de bon. Elle glissa pourtant sa main et finit par sortir un journal français, à la une duquel s'affichait une photo de Jordan surplombé d'un titre en caractère gras :
« LE CORPS DU JEUNE CHANTEUR ENFIN RETROUVE ! »

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