J'étais là, devant mon grand miroir flambant neuf en train de m'exercer. J'avais fermé ma porte à clé pour que personne ne me dérange et j'avais tiré les rideaux pour que personne ne me voie. Je n'avais aucune envie que quelqu'un arrive à l'improviste, alors là, aucune. L'exercice était pour moi TRES complexe : je devais me transformer en homme. Etant une femme, changer de sexe était un exercice de haut-niveau. Après plusieurs essais, je n'y arrivais toujours pas. Ma tête tournait, j'avais atrocement mal au niveau de ma colonne vertébrale. Je pris ma vraie apparence et je m'allongeai sur mon lit. Me transformer était un acte facile mais l'homme, non.

Métamorphe
Science-fiction · 11 chapitres · 5 plumes · écrite du 9 juillet 2006 au 16 novembre 2006 · 602 lectures à l'époque
Dur d'avoir une vie normale quand on peut se transformer à volonté
Or, dans le grimoire de feue ma mère, il était question de bougies noires, d'encens à l'opium, d'un pentacle et d'un miroir sacré par le sang d'un homme. Tout cela je l'avais. Mais alors quoi ? Que me manquait-il pour réussir ? Même sa formule était près de moi pour m'en rappeler.
C'est alors que je découvris, allongée sur mon lit, ce qui me manquait...
la plume ! La plume d'un paon ! Je l'avais totalement oubliée ! Mais le problème, c'est qu'on n'en trouvait pas à tous les coins de la rue. Je soupirai. Après ce rituel, je pourrai me transformer à volonté en homme sans encens, bougies et fichue plume. J'étais trop fatiguée pour bouger d'un poil. Je plongeai dans un sommeil sans rêve.
Je fus tiré de mon sommeil par des bruits de lutte venant du salon, une pièce juste en-dessous de ma chambre. Je réfléchis à toute allure, puis je me transformai en serpent et passai sous la porte. Après avoir descendu les escaliers, je vis avec mes yeux de serpent des taches de couleurs. Je me souvins que dans le grimoire de ma mère il y était écrit que les serpents voyaient la chaleur et non pas la lumière. Je me transformai alors en chat, l'un de mes aspects préférés. Et ce que je vis et entendis ce jour-là changea mon destin à jamais.
Un homme, habillé en tenue de tous les jours, la quarantaine avec des cheveux coupés en brosse regardait mes parents adoptifs avec des yeux menaçants. Ma "fausse mère" était à terre , les lèvres en sang et mon "faux père" se tenait devant l'étranger avec un air féroce.
- Elle est partie, je vous dis, alors partez.
- Arrêtez de mentir, fit l'homme, je sais qu'elle est là, sinon je l'aurais vu. Et puis, je la sens."
De qui parlait-il, pensai-je, de moi ?
J'eus un bref sentiment d'admiration pour mon faux-père qui, au lieu d'être prostré suite à l'assassinat de son épouse, défendait tant qu'il pouvait son enfant adoptive.
Qui était donc cet intrus qui n'hésitait pas à tuer une innocente pour parvenir à son but... moi !
J'avais toujours ignoré la peur, ce qui m'avait valu pas mal d'engueulades de la part de mes pauvres parents adoptifs "normaux", tant je faisais des choses qui auraient mis la vie de n'importe quel humain normal en danger.
- Dites-moi où est l'élue de la Pierre Philosophale, reprit l'étranger. Dites moi où elle est !
Sa voix me fit revenir dans l'instant présent. Que devais-je faire? Me rendre pour sauver mon faux-père ou m'enfuir? Et puis, pourquoi m'avait-il appelée l'élue de la Pierre Philosophale? J'eus une idée.
Je me retransformai en serpent et je me glissai silencieusement près de ma mère. L'etranger ne semblait pas m'avoir vu. D'un coup, je me métarmophosai en tigre de sibérie, et sauta au visage de l'homme. Il eut un mouvement de recul et je le relâchai. Son visage portait à présent une énorme estafilade ensanglantée et ses yeux me posaient un regard haineux. Il s'enfuit comme un lâche.
Je repris ma forme originelle et soutins mon père jusqu'au canapé de la pièce voisine. Surtout, ne pas le laisser devant le cadavre de sa femme...
Après quelques instants passés à reprendre ses esprits, il me jeta un regard triste.
"Toi...souffla-t-il doucement, c'était de toi qu'il parlait n'est-ce pas ?"
Je sentis la culpabilité m'écraser comme la terre écrase les cercueils des morts.
"Excuse-moi... C'est de ma faute..."
Il poussa un soupir mais ne chercha pas à me contredire. Je sentais qu'il ne m'en voulait pas mais était-ce suffisant ? Je m'en voulais plus que je n'en voulais à cet homme.
"As-tu déjà entendu parler de cette histoire de pierre philosophale ?
- Non je...
- Pourquoi ne nous as-tu jamais parlé de tes capacités ?"
Sans répondre, je pris la forme d'un faucon et quittai la pièce... Je n'entendis rien de mon père adoptif...et à quoi m'attendais-je ?
Je pris mon vol pour aller loin de cette demeure que j'avais habitée si longtemps après avoir récupéré le grimoire de feu entre mes serres.
Je n'avais qu'une idée dans ma petite tête d'oiseau...me venger.
La traque est l'un de mes exercices préférés. Trouvez une proie, trouvez des indices, la trouver, la tuer... je n'avais jamais tué, avant... Mais tuer quelqu'un qui le méritait était quelque chose de normal pour moi, même avant...
Je me posai sur le toit d'une maison et pris mon apparence originelle... Sans m'en rendre compte, la nuit était tombée. Je regardais les étoiles et je commençais à pleurer. Quand ma mère était morte, je n'avais pas pleuré, pas même laissé une larme et là, pour la mort d'une mère qui n'était pas mienne, je pleurais. Pourquoi ? Aujourd'hui, la question reste entière.
Finalement, peut-être est-ce le temps que l'on passe avec une personne qui décide de notre affection pour celle-ci.
Je regardai en bas. La rue était déserte.
La lune est orange, un peu rose par endroit. C'est très joli.
Mais aujourd'hui, pas le temps d'admirer la nuit.
Un chat retombe toujours sur ses pattes, n'est-ce pas ?
Doucement, lentement, mon corps change d'aspect. Pour devenir...
Un petit chat noir. Je ne suis plus qu'un petit chaton noir.
Je prends mon élan, et je saute sur le pavé. Le choc fut rude, et j'ai encore mal aux pattes. Mais je ne peux pas m'attarder ici.
Le sol est mouillé, froid et boueux. De l'eau sale coule par terre. J'ai envie de rentrer chez moi. Je grelotte. Mais je me faufile sans difficulté dans une ruelle.
Tout à coup ! Je renifle l'air. Je sens une odeur. Une délicieuse odeur. Je crois que c'est du saumon.
Mais là-bas. Il y a une odeur plus fade. Mais je la reconnais. C'est l'odeur que je dois suivre.
Je me dirige par là. Mais l'instinct du chat résiste. Je n'arrive pas à lui résister, et, après une longue lutte mentale, et je pars en direction d'un bon repas fait de poisson cru.
Le restaurant de sushi à l'autre coin de la rue sentait affreusement bon... Chaque effluve me hérissait les poils et me faisait saliver d'envie... Je le connaissais bien, ce restaurant car j'y allais souvent. J'adore le poisson. Peu de personnes aiment le poisson, ou en tout cas, prefèrent la viande, moi, c'est le contraire. Je me glissais silencieusement dans le garde-manger, mon trésor. Et je le trouvai, ce saumon frais et juteux. Je me jetai dessus et le mangeai voracement. Mais ils arrivèrent. Quand ils me virent, ils crièrent des insultes incompréhensibles... Leur langue aurait pu être jolie, si j'en avais compris quelque chose. Mais l'un des cuisiniers arriva avec un couteau. Je n'avais pas peur, j'étais surtout en colère d'être derangée. Une colère sauvage me prit. Je me métamorphosai en léopard et je commençai à attaquer... La colère m'aveuglait, je n'avais conscience de rien, à part de cette haine, je n'avais jamais ressenti ça avant. Ce jour-là, j'aurais pu tuer toute la ville sans m'en rendre compte, mais heureusement...

