Il est 10 H 30 du matin, Soleya vient de se réveiller, pas de suite dans les idées, rien, le black-out...fraîchement diplômée après 9 ans d'études universitaires... quel impact sur son moral...
Elle se revoit toute joyeuse à l'idée de changer sa vie, d'oublier qui elle était, de se refaire peau neuve..... mais elle s'était mentie, cette ombre la suiverait quoiqu'elle fasse, où qu'elle aille. Oui, elle était...

Miroir, mon beau miroir, qui serais-je ce soir ?
Psychologie · 9 chapitres · 8 plumes · écrite du 10 juillet 2007 au 5 décembre 2007 · 709 lectures à l'époque
La vie, ce fil, à quoi tient-il ?
Oui elle était cette ombre. Ombre d'elle-même, qui fuyait la voix qui lui disait, un petit effort c'est un peu trop court.
Elle fit à nouveau cette moue qui attendrissait tant son père... Elle se regarda dans le miroir de sa salle de bains. Il faudra que je pense à faire un soin de peau, pensa-t-elle en apercevant quelques empreintes laissées par l'abus de sucreries ! Elle avait décidé de se ressaisir, cette journée devait être fleurie, imprégnée d'un léger parfum iodé, sous une douce et rafraîchissante brise d'été.
Elle se déshabilla, plia son linge soigneusement avant d'entrer sous la douche...
et de voir ce rasoir, avec lequel elle détruit chaque jour ces maudits poils qu'elle a sur les jambes...sa lame brillait, étincelait, enfin un peu de chaleur dans cette vie froide et sombre. Elle se savonna, se lava les cheveux, le prit et commença cet enfer de rasage quotidien. Elle se dit que peut être cette douleur qu'elle n'arrivait pas à exprimer sortirait, s'éxtirperait d'elle, si elle saignait un peu...elle se fit une petite entaille sur la cuisse et...
regarda lentement son sang s'écouler ... De fins serpentins rosés tracent un tatouage abstrait sur sa peau pâle. Un sourire vient étirer doucement ses lèvres pleines alors que l'eau, à la chaleur apaisante, dilue effrontément son fluide sanguin comme si il ne représentait rien d'autre qu'une souillure supplémentaire. Souillure physique ou morale !? Soleya est trop lasse pour tenter la moindre analyse de ce qu'elle ressent en cet instant. Se laissant glisser au fond de la baignoire, ses bras viennent entourer ses jambes. Son menton en appui sur un genou, elle laisse l'eau détendre ses muscles, lisser ses longs cheveux noirs qui viennent se coller à son dos en une masse compacte. La buée recouvre tout le panneau de plexi, transformant la salle de bains en un monde de limbes aux nuances pastel. Réagis ma fille ... Tu ne peux pas passer ta journée sous la douche ! Reprends-toi ... Fais-toi belle ... Et sors de cet appartement ... Tu peux le faire ! Tu le dois !
Mais cette satanée petite voix intérieure, perturbante, constante, insistante ne cesse de me tirailler..."et pourquoi ne continuerais-tu pas à laisser ces si jolies gouttes de sang qui perlent le long de ton corps envahir ton esprit jusqu'à ce que tu atteignes l'infini...", je ne sais pas vraiment quoi faire...mais elle est plus forte que moi !!! Je dois la laisser agir à ma place cette foutue petite emmerdeuse qui ne fait que me dévaloriser et me pousser à la mort, je ne sais plus comment lui résister...presque une heure que je suis dans cette maudite douche, là...
"Et voilà que je chiale en plus... Mais putain! Qu'est -ce que je vais faire! "
Soleya sait que la colère va l'aider, elle se secoue et sort de la douche.
Elle prend sa serviette, essuie la buée du miroir et se poste complètement nue devant : "Alors p'tite conne? T'as encore tes états d'âme?!" Elle se regarde d'un oeil dur, les larmes inondent ses joues et sa poitrine étouffe les sanglots qui montent, son père ne doit pas l'entendre pleurer.
Soleya s'approche du miroir, elle pose ses mains à plat de chaque côté de son reflet comme pour entrer en communion avec elle-même, elle baisse la tête et ferme les yeux, ses larmes coulent de plus belle et son nez dégouline, mais elle s'en fout. Elle en a marre de toute cette souffrance! Elle n'en peut plus de cette spirale qui l'aspire un peu plus chaque jour... Elle n'a trouvé que ça, la colère, pour essayer de s'en sortir, mais elle n'en peut plus, elle a de moins en moins de répit entre chaque vague et maintenant une angoisse sans nom la submerge quand elle sent cette ombre la rattraper. Elle a envie de disparaître pour ne plus souffrir. Elle se sent vide comme une bulle de savon, une simple aiguille... Et plop! Plus rien.
Soleya sent un sanglot plus fort monter de tout son être, elle se recroqueville et se laisse glisser au pied du miroir : "Mais pourquoi? Pourquoi? Je viens de faire 9 ans d'étude! J'ai enfin décroché mon diplôme!"
Soleya ne se révolte plus, elle sent maintenant un grand vide, un calme inquiétant la prend, les larmes se tarissent et elle relève la tête. Elle se regarde à nouveau au pied de ce miroir, cette grande tristesse, cette ombre qui la suivait depuis longtemps ne la lâchera plus, elle le sait, elle l'a compris.
Alors elle l'accepte, elle est battue et ce visage devant elle, elle a l'impression que c'est celui d'une étrangère... Une étrangère qui prononce tout doucement cette phrase qui lui fait peur : "Je suis un végétal à visage humain".
Myriam 16 novembre 2007 · 8Les gouttes de sang perlent sur le carrelage. Une sensation de brûlure sur la jambe à l'endroit même où elle s'était entaillée, la dégage de cette mélancolie envahissante. Elle hait cette étrangère qui occulte son moi. Neuf ans d'étude, quelle énergie! Non l'étrangère tu ne me posséderas pas. Je veux te chasser de moi, je dois juste savoir comment tu t'es introduite dans mon âme, quelle est la raison de ta présence et pourquoi tu me pousses à me détruire. Soleya décida de mener ce combat , ce face-à-face, elle était fermement décidée. Prise dans ses pensées, elle n'entendit pas son père frapper vigoureusement sur la porte de la salle de bain.
- Mais bon sang ! Qu'est-ce qu'elle fout ?!
Et il se remet à tambouriner, inquiet tout à coup de ne pas recevoir de réponse:
- Eh ! Oh ! Y'a quelqu'un au bout du fil ?! Soleil?!
Son premier client est déjà dans la salle d'attente et il ressemble à un porc-épic... Faudrait vraiment qu'il se rase, mais cette préoccupation passe soudain au second plan. Il sent que ça cloche.
Il tend l'oreille et perçoit un sanglot étouffé.
- Nom de dieu !, il se recule en appui du dos sur le mur du couloir et d'un coup de talon violent, il éclate la porte...
Soleya est là, à terre, prostrée dans la position du foetus. Il sait que ça recommence, ils n'en auront jamais fini avec les souvenirs du passé.

