Véréna avait l'impression de sentir une ombre l'espionner. Elle lui glaçait le dos.
Sous les fenêtres de son appartement en rez-de-chaussée, elle voyait cette ombre, chaque matin et chaque soir. L'homme au chapeau passait, ralentissait son pas devant son jardin, comme s'il attendait pour entrer.
Elle avait de plus en plus peur, bien sûr, et chaque soir, elle fermait ses volets plus tôt, tout comme elle ouvrait plus tard le matin. Mais elle entendait toujours ses pas s'arrêter devant chez-elle. Pourquoi ?
Les rares fois où elle sortait, elle était angoissée, regardant sans cesse derrière elle.
Véréna ne se promenait plus depuis longtemps déjà. Lorsqu'elle sortait, c'était pour une obligation. Celle d'aller faire des courses pour se nourrir un minimum, ou... se gaver de choses sucrées qui la faisait bougonner après elle-même, car la balance se montrait ensuite « très généreuse »...
Il y avait déjà quelques années qu'elle vivait ainsi, recluse, faisant tout pour ne rencontrer personne. Alors cette silhouette qu'elle semblait apercevoir, la terrifiait.
Elle ne répondait pratiquement jamais au téléphone, pas plus qu'elle n'ouvrait sa porte lorsque l'on sonnait chez-elle. Elle n'attendait personne et personne ne l'attendait. Elle savait être aimable avec ses voisins, mais ne cherchait pas le contact.
La plupart des ses achats étaient faits sur Internet. Si elle allait en grande surface, c'est parce que celle-ci était « anonyme » et aux heures où elle s'y rendait, elle risquait peu de rencontrer des connaissances. Ses courses étaient moins chères ainsi.
Sa liste en main, avec le plan du magasin, elle filait à grande vitesse dans les rayons, pour y passer le moins de temps possible. En 45 mn ses courses étaient faites, elle était rentrée et tout était quasiment rangé. Elle souffrait de côtoyer la foule. De temps en temps, elle s'offrait une séance chez le coiffeur, pour continuer de pouvoir se regarder dans le miroir chaque jour.
Son principal contact avec le monde, était donc Internet. Sauf que sa boite e-mail ne recevait rien de personnel ; seulement de la publicité pour des offres promotionnelles par exemple, dont elle se laissait parfois tenter.
Ses ressources ne lui permettaient pas de gros et fréquents extras, si elle voulait également rester anonyme pour sa banque, alors elle faisait très attention.
Elle était désormais « no life ».
Les quelques ami(es) qui lui adressaient encore des mails parfois, recevaient des réponses tardives, alors ils se lassaient et n'écrivaient plus qu'occasionnellement et surtout pour les vœux, ou son anniversaire, s'ils s'en souvenaient. Elle répondait poliment mais plus rien n'animait son cœur. Il était devenu aussi froid et dure que la pierre.
Aucun son bruyant ne sortait de ses murs. Elle prenait grand soin à ce que l'on puisse oublier jusqu'à son existence. Alors maintenant, cette silhouette inquiétante la torturait. Elle dormait mal les nuits et celles-ci s'achevaient tôt. Que pouvait-elle faire ?
Ce matin était le jour des courses, justement. Et comme chaque matin elle entendit les pas s'arrêter devant son jardin... Elle n'ouvrit pas les volets, elle attendit que la silhouette au chapeau passe. Elle était prête à partir pour l'hyper-marché. Du coup, elle était en retard sur son horaire habituel et il y aurait déjà un peu de monde dans le magasin. Elle monta dans sa voiture, qu'elle ne conduisait que très rarement. Véréna n'aimait plus être derrière le volant et aujourd'hui, il avait gelé très fort, ce qui ne la rassura pas. Il fallait qu'elle se déplace pourtant. Le magasin était un peu plus plein, en effet, et elle se faufila, telle à son habitude, entre les rayons pour en partir le plus rapidement possible. Tout cela l'étouffait au point qu'elle s'y sentait mal à s'évanouir. Plusieurs fois, déjà, elle avait ressenti ce malaise, pensant qu'elle ne parviendrait pas à attendre son tour à la caisse. Puis elle avait lutté très fort contre elle-même pour terminer ce moment de torture.
Tandis qu'elle effectuait ses achats, elle réalisa qu'elle n'avait pas ouvert ses volets. Elle rentrerait dans son appartement sombre, et du coup, elle se demanda si elle les ouvrirait aujourd'hui. Il faisait maintenant un temps hivernal et sombre, alors, à quoi bon ouvrir ? Puis elle pensa que sa plante aux jolies clochettes roses, avait besoin de beaucoup de lumière, alors elle ouvrirait.
Méthodiquement, mais sans être maniaque pour autant, elle rangea ses courses. Elle regarda par la fenêtre et il neigeait. Elle était bien contente d'être sortie avant celà ! Elle songea à cette silhouette inquiétante. Elle lui rappelait son père, lorsque sa mère avait eu la « géniale idée » de le faire passer ainsi devant la fenêtre, le col remonté, pour lui faire peur afin qu'elle se mette à manger, au lieu de regarder tristement son assiette, sans n'y point toucher.
Elle allait allumer son ordinateur et peut-être la télé, pour avoir un bruit de fond. Elle monta un peu le chauffage, son « luxe », car elle était devenue frileuse avec les années. Il était 10h20 et elle se demanda si finalement, elle déjeunerait ce midi et de quoi. Au mieux, elle ferait des pates cuites à l'huile d'olive.
Elle « cheka » sa boite e-mail, et il n'y avait que des pubs bien entendu.
Le téléphone avait sonné en son absence, et il s'agissait d'une société souhaitant la démarcher pour un système de chauffage performant, lui promettant de belles économies sur sa facture d'électricité. Pourquoi pas, elle qui vivait dans son antre à plein temps ? Elle allait y réfléchir, car il fallait qu'elle fasse ses comptes aussi.
Avant d'aller prendre son courrier, elle regarda par l'œil de bœuf, qu'il n'y ait personne sur le palier. Là, on lui proposait une alarme, qu'elle possédait déjà, puis une autre lettre, une porte blindée. La dernière, concernait une inscription à un site de rencontre. Pour une fois, elle ne la déchira pas. L'offre était gratuite, et elle hésita, en posant négligemment le papier.
Son téléphone mobile ne sonnait jamais, et lorsque la sonnerie retentissait, il s'agissait d'une erreur ou d'un sms de pub, une fois encore. Pourquoi le conservait-elle d'ailleurs ? Ah oui, parce qu'elle redoutait la panne automobile, et il était un contact au cas où celà lui arriverait, lors de ses rares sorties.
Véréna ne faisait plus les magasins pour les soldes, depuis bien longtemps déjà. Sa garde-robe était ancienne, et d'un seul coup, elle eut envie de revoir de quoi elle était composée, car ses vêtements vivaient uniquement dans sa mémoire. Ah oui, tout de même !!! Il y avait de jolies choses, mais trop petites désormais. Là aussi elle allait réfléchir. Sans doute les déposerait-elles dans un conteneur à vêtements. Elle aurait pu essayer de les revendre, car tout était en parfait état, mais elle n'en eut pas le courage. Finalement, oui, elle aviserait, un de ces jours certainement. Désormais, elle avait besoin de vêtements confortables. De toute façon, elle n'avait personne à qui plaire, et c'était bien le dernier de ses soucis. A son âge, la vie amoureuse était derrière elle et il n'y avait de place pour personne. Son mode de vie était bien réglé.
Elle eut envie de faire le tour du propriétaire, comme si elle venait d'emménager. Sa cuisine, d'abord, petite, mais suffisante et fonctionnelle, pour elle qui n'était pas un cordon bleu, mais de couleur... bleue, comme les éléments qui la composaient, et les murs. La chambre, avec un grand lit et une petite télé où elle s'endormait devant le soir, offrait des murs d'un beige apaisant. Véréna se couchait tôt, au début du journal de 20h, ou 20h30 au plus tard. Elle programmait l'extinction de la télé, c'était plus simple. La salle à manger, où elle avait ses quelques meubles et ses ordinateurs, fixe et portable. L'autre « luxe » de Vérana, car parfois, elle utilisait son ordinateur au lit. Puis une seconde télé, qu'elle regardait d'un œil distrait dans le salon, tandis qu'elle était occupée à l'ordinateur. Les murs étaient peints en jaune d'or. Il y avait du carrelage partout, sauf dans la chambre, où un joli parquet clair stratifié, revêtait le sol.
Sa salle de bain était petite, avec une baignoire d'angle, faisant douche, dont le sol était bleu également.
Puis ses toilettes, au sol bleu toujours ; et aux murs crèmes.
Le couloir était jaune très pâle.
Elle se sentait bien ici et n'avait besoin de personne, sauf pour faire les travaux... Là, égoïstement, elle se rappelait qu'elle avait encore des ami(es), qu'elle « utilisait » sans honte, pour l'aider à la peinture, notamment. Oui, elle était devenue comme ça, profiteuse à l'occasion, même si elle n'aurait pas du.
Elle prit le téléphone et appela la société prometteuse d'économie d'énergie et prit un rendez-vous pour le lendemain.
Elle regarda rapidement ses comptes, comme chaque jour, car elle songeait au coût d'une telle opération.
Bien que la résidence soit sécurisée, elle eut l'idée d'aller changer quelque chose.
Elle avait refait une jolie étiquette, pour remplacer celle existante depuis plus de dix ans maintenant, sur sa boite aux lettres. Elle indiquerait désormais, « M et Mme », même s'il n'y avait que Madame. Avec ce simple changement, elle se sentait mieux.
Il y avait une première grille avec digicode, et une porte d'accès avec digicode. Puis ensuite, un interphone, pourtant.
Demain, lorsqu'elle recevrait le technicien, elle laisserait croire qu'il y avait un « Monsieur ».
Elle avait renoncé à prendre un animal, car elle ne voulait plus de contraintes. Pourtant, elle aurait eu une présence. Mais justement, elle refusait toute présence.

No life
Psychologie · 60 chapitres · 2 plumes · écrite du 22 janvier 2009 à 12h31 au 30 mai 2011 à 02h01 · 2847 lectures à l'époque
Elle vit en solitaire, égoïstement parfois, envers les quelques ami(es) qui lui reste...
Les 60 chapitres, dans l'ordre
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- Caco
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13 h 30 avait sonné et elle ne déjeunerait pas. Elle n'avait pas faim, ça lui arrivait. Ce n'était pas le fait d'être seule, car elle vivait très bien celà. Mais des jours comme ça, où l'alimentation ne la tentait pas. Elle n'y consacrait pas un budget conséquent, elle n'en avait pas besoin.
Véréna ne recevait jamais personne non plus.
Quand avait-elle eut une personne à déjeuner ou à dîner d'ailleurs ? Elle ne s'en souvenait même plus ! En tout cas, il y avait au moins 3 ans, date à laquelle son appartement avait été re-décoré. Elle n'aurait pas même de vrai café à proposer au technicien qui devait passer demain. Elle n'achetait que du café soluble ; ça allait plus vite à préparer et d'ailleurs, ce fut son « repas du midi » aujourd'hui. Elle n'avait pas écouté le journal télévisé non plus. Elle changea de chaîne à plusieurs reprises, pour trouver un programme intéressant. Un téléfilm, peut-être, comblerait le silence de son habitation. Oui, faisons ça. Elle l'écouta, sans regarder, car elle avait un magazine entre les mains.
Elle alla voir sa « balance », qui ne lui annonçait toujours pas le chiffre qu'elle aurait aimé lire. Alors cette fois, elle s'orienta vers ses placards, pour faire enfin ce tri auquel elle pensait si souvent. Une dernière fois, elle essaierait ses vêtements presque neufs, avant de se préparer à s'en débarrasser définitivement. Elle n'avait aucun regret, ils ne lui servaient plus. Ils appartenaient au passé maintenant.
Son après-midi serait très occupée, car elle n'avait pas pensé qu'à ce tri-là. Il y avait aussi le maquillage, qui ne lui servait pas plus et devait être périmé depuis longtemps. D'ailleurs, si elle commençait plutôt par ça, elle irait plus vite.
Tout ou presque était bon à jeter. Elle s'empara d'un sac poubelle, et hop, y jeta ce qu'elle n'utilisait plus depuis longtemps, c'est-à-dire au moins 3 ans.
Véréna était contente d'elle, et continua vers les vêtements. Il était joli cet ensemble en suédine bleu ciel ! Seulement, elle n'entrait plus dedans ! Pareil pour le joli tailleur noir, et le marron, puis la combinaison verte, le jean fleuri, celui clouté avec la chemise qui allait avec... Le placard se vidait petit à petit. Quelques heures plus tard, tandis que la nuit était tombée, le placard, lui, n'était plus encombré, c'était le moins que l'on puisse dire !
Il ne restait que des vêtements simples, sans style, mais confortables et surtout, à sa taille actuelle !
Elle vit la silhouette de l'homme au chapeau, s'arrêter le long de sa haie. Elle frissonna de peur.
Mais que lui voulait-il donc ? Elle se cacha rapidement le long d'un mur, pour qu'il ne la voit pas et ensuite, elle fermerait bien vite ses volets. Elle s'inquiétait sans doute pour rien car comment pouvait-il la voir, à travers sa haie ?
Elle avait 3 sacs de vêtements à ses pieds, et un petit de produits à jeter. Peut-être qu'elle sortirait ce soir, lorsque tout le monde serait rentré, pour déposer tout celà dans les conteneurs, ou alors, elle irait demain, très tôt.
On sonna à sa porte, ce qui la fit sursauter. Qui cela pouvait-il bien être, elle ne fréquentait personne ! Comme à son habitude, elle ne répondit pas. La personne insista, puis s'en alla. Ouf, elle était tranquille et ne voulait pas être dérangée. Ca ne la dérangeait pas de savoir qui avait tenté de lui parler. Elle vivait en autarcie pour ainsi dire et c'était bien. Puis la nuit était tombée, et le soir est toujours plus inquiétant que la journée. Elle vérifia que sa porte était bien fermée, d'ailleurs, puisqu'elle venait de décider qu'elle ne sortirait pas pour déposer les vêtements.
Maintenant, c'est le téléphone qui sonna ! Décidemment ! Pour une fois, elle décrocha, mais il n'y avait personne à l'autre bout. Tout cela était vraiment inquiétant pour Véréna. Elle troqua ses vieux vêtements défraichis, pour son pyjama douillet, bien chaud, et sa robe de chambre.
Elle dînerait de bonne heure, et les pâtes laissées de côté du midi, seraient pour le soir.
Pourquoi pas un plateau au lit d'ailleurs ?
En attendant la cuisson, elle regarderait ses e-mails. Sa boite aux lettres était muette ! Et son tout nouvel ordinateur portable lui jouait déjà des tours ! Elle ragea et s'en voulu d'avoir acheté... par internet ! Maintenant, comment allait-elle faire, alors que son problème ne devait pas être si grave, elle s'en doutait. Zut, décidemment, tout allait de travers. Au lieu de s'énerver sur cet appareil récalcitrant, elle l'éteint, tant pis. Demain, elle appellerait où elle l'avait acheté et peut-être qu'il y aurait une hot-line.
Finalement elle dîna à table, plus rapidement qu'elle ne l'aurait fait au lit. Puis, il faudrait se lever pour débarrasser le plateau ensuite. Le journal télévisé ne renvoyait que des nouvelles horribles pour la plupart. Décidemment, le monde devenait fou et conforta Véréna dans son idée d'y participer le moins possible. Voyons, qu'allait-elle regarder ce soir ? Que proposait le programme... Super, une pièce de théâtre ! Véréna adora celà, mais elle ne s'y rendait pas, car elle détestait emprunter les transports en commun. Les crises d'angoisse, venaient alors la saisir au plus profond d'elle-même. Puis s'y rendre en voiture était hors de question. La tempête était annoncée et le vent s'engouffrait déjà entre les lames de ses volets clos. Raison de plus pour aller se mettre au fond de son lit douillet. Elle prit son ordinateur avec elle et décida d'essayer de trouver ce qui le perturbait ! La pièce de théâtre venait de commencer, tandis qu'elle s'affairait avec cette complexe machine. Après un certain temps, les problèmes furent résolus. Elle pourrait surfer sur le web ou bien, pourquoi pas, regarder cette publicité concernant le site de rencontre. Machinalement , elle l'avait prise avec elle. De quoi s'agissait-il au juste ?
Elle n'avait nulle besoin d'un amoureux et encore moins d'un amant, mais peut-être d'un correspondant ou d'une correspondante. Véréna ne connaissait plus les tendres ébats, depuis au moins 20 ans et ces échanges physiques, ne lui manquaient pas.
Lorsqu'elle se leva, le lendemain matin, en ouvrant le volet de sa chambre, elle s'aperçut que le vent avait soufflé. Comme d'habitude, elle s'était endormie devant la télé la veille, avec l'ordinateur allumé, en plus ! Et elle avait oublié d'aller aux containers à vêtements de bonne heure ; elle irait maintenant et prendrait son petit-déjeuner ensuite. Il n'y aurait pas trop de monde encore à l'extérieur. Il était 7 h et les collégiens commençaient bien plus tard. Elle enfila son jogging usé par-dessus son pyjama et monta dans sa voiture car elle ne pouvait pas porter les 3 sacs à pieds, même si ce n'était pas loin. Mission accomplie ! Elle pouvait rentrer. Le petit-déjeuner, moment très important pour Véréna, pouvait être préparé. Mine de rien, elle se « soignait » : des œufs brouillés chaque matin tout de même ! Il s'agissait du repas principal de sa journée. Elle n'avait croisé personne de la résidence tout du moins. Sa lumière était allumée, et elle entendit les pas de l'homme au chapeau. C'était bien lui qui ralentissait une fois de plus devant chez-elle...
Que lui avait-il prit aussi, d'ouvrir ses volets si tôt ? Le petit-déjeuner dura un peu, et elle réalisa ensuite, qu'il fallait songer à son rendez-vous de fin de matinée, concernant son chauffage. Il fallait se hâter un peu, mais elle eut envie pour une fois, de profiter de sa baignoire avec hydro-massage. Elle rattraperait le temps ensuite. Bon, il faudrait se vêtir un peu mieux que d'habitude, pour recevoir le technicien en question. Normalement, il arriverait d'ici... 1 h à peine ! Il ne fallait plus traîner maintenant. Méfiante, elle n'avait pas communiqué les codes d'accès à la résidence, ce monsieur téléphonerait, comme convenu, et elle viendrait ouvrir la grille puis les deux portes.
Entre-temps, elle rangea un peu ce qui ne l'était pas, et ouvrit les volets encore clos.
Elle pensa à sortir les plans de son appartement, afin de les communiquer au technicien. Sur un bloc, elle nota le budget dont elle pouvait disposer.
Elle ferma le placard qui lui servait de bureau pour son ordinateur fixe, en enferma le portable dans un placard. Il lui restait le temps de laver la vaisselle de son petit déjeuner, et même, de se maquiller légèrement ! Ah oui, elle avait tout jeté ce matin, donc pas de maquillage ! Ce n'était pas si grave, elle voulait juste paraître un peu plus vivante, c'est tout.
Le téléphona sonna, ça devait être son rendez-vous. En effet, c'était lui.
« J'arrive de suite vous ouvrir », lui répondit-elle. Elle enfila une paire de chaussures, et elle était devant la grille.
« Bonjour Madame, je suis Monsieur Delbart ».
Les présentations faites, elle le précéda : une porte, puis une seconde, et enfin, la sienne.
Elle lui offrit une chaise, et prit celle d'à côté.
Véréna était attentive au bilan thermique fait de son appartement.
Elle lui offrit un café, tout en écoutant.
Le coût n'était pas négligeable... Et ce fut non sans mal qu'elle obtint une réduction de 700 euros, après plus de deux heures de discussion. Elle paierait également en plusieurs fois. Maintenant, un autre rendez-vous serait nécessaire pour la pose des radiateurs. La semaine suivante convenait, tout était donc parfait.
Véréna s'apprêta à raccompagner l'homme, et se faisant, elle regarda si elle avait du courrier.
Sa boite aux lettres semblait vide. Elle l'ouvrit pour s'en assurer et elle contenait la même publicité que la veille. Elle se demanda d'ailleurs comment ces publicités pouvaient atterrir dans les boites aux lettres avec tous les codes dont la résidence était équipée : enfin...
Elle éplucha ce bout de papier qu'elle avait laissé de côté hier. En se connectant sur le site, elle s'aperçut de suite que ce n'était pas pour elle. Elle ne voulait pas d'une romance, mais de contacts amicaux et anonymes, au mieux. Elle déchira de suite les deux publicités. Il n'y avait pas de vie sans amour, alors ?
Elle se mit à chercher un forum où dialoguer, avec des personnes en sommeil, comme elle. C'était étrange et elle ne savait pas pourquoi cette idée lui venait d'un seul coup, alors qu'elle faisait tout pour préserver sa solitude. Sans doute un coup de déprime passager. Elle passerait encore le repas du midi, car tout cela l'avait laissé tristounette. Il lui vint l'envie de faire un bilan de sa vie. Elle se levait le matin, prenait sa douche ou son bain, son petit-déjeuner, s'occupait etc etc... Sa vie n'avait pas vraiment de sens, en fait, avec bien peu de choses à raconter. Son ordinateur était « sa vie ». Tout y était indiqué avec soin, comme un rendez-vous chez le médecin ou le coiffeur, ce qu'elle avait fait le lundi et pourquoi elle l'avait fait. Elle se mit à relire un mois entier de l'année passée.
Au premier janvier, il n'y avait rien de spécial. Pas de fête de la veille à raconter non plus. Un jour comme les autres. Elle s'aperçut en parcourant le « roman de sa vie », que celle-ci était bien fade, sans évènement à fêter. Elle y lisait son désarroi, parfois, avec étonnement d'ailleurs, car pourquoi pouvait-elle être triste ? Sa vie était également son choix, non ? Lorsqu'elle regarda l'heure, sa montre affichait 16h10 ! Une année de Véréna tenait finalement en quelques heures !
D'ici peu, elle allait entendre l'homme au chapeau s'arrêter devant chez-elle. Il était assez précis, car son heure était 18h45 et 06h45 le matin. Elle se demandait vraiment ce qui le motivait à s'arrêter. Il fallait le noter dans son journal. Véréna se prépara un dessert, qu'elle prendrait une fois cuit, avec un thé sans sucre. La farine, les œufs, du beurre et un citron. Son cake cuisait tranquillement, et elle regarda ses placards bien vides maintenant, comme si elle allait déménager. A 17h30, son gâteau était prêt à déguster, et le thé infusait. Véréna se lançait rarement dans la pâtisserie, car elle tenait à ne pas grossir, et malgré ses efforts, le poids ne l'avait pas épargnée. Elle cuisinait de délicieux petits plats, par contre, et celà occupait une partie de sa matinée. Depuis hier où elle avait vidé ses placards, elle se sentait une autre femme. Elle ne pourrait plus sortir maintenant, même si elle le souhaitait, car elle ne possédait plus aucun vêtement pour cela. Cette fois, elle se murait définitivement. Combien de temps n'avait-on pas posé un regard attentif sur elle ? 5 ans, 10 ans ? Très certainement 10 au moins. Elle était juste « habillée » pour sortir faire les courses, c'était son minimum.
Son cake était très bon et les pas de l'homme au chapeau, vinrent s'arrêter une fois de plus, devant chez-elle...
Elle vit sa silhouette inquiétante et cette fois, elle alla jusqu'à la haie, pour le voir. Il fallait qu'elle sache ! Elle ne parvint pas à voir son visage, mais juste une ombre, celle que lui ne vit pas non plus de Véréna. Son cœur battait à tout rompre, et elle rentra, avec ses chaussons mouillés.
Elle ferma alors tous ses volets, car maintenant, elle avait peur. Que lui avait-il pris d'aller affronter cet homme ?
Pourtant, elle pensa à demain matin, et l'envie qu'elle avait de tenter de le voir.
Le chemin qui bordait son jardin, était peu passant. Il n'y avait que lui qui s'arrêtait depuis quelques mois déjà. Véréna pensait qu'elle devenait paranoïaque en vieillissant et qu'elle focalisait sur cet homme qui ne lui voulait certainement rien. Mais quand même, c'était étrange !
Peut-être qu'il regardait le panneau « à vendre » de l'appartement du dessus, tout simplement.
Elle vérifia également sa porte d'entrée, et elle fit bien, car elle avait oublié de la verrouiller.
Cette nuit, elle brancherait même son alarme. Elle le fit de suite, d'ailleurs. Elle ne dîna pas puisqu'elle avait prit un goûter tardivement. Elle alla rejoindre son « amie » la télévision. Ce soir, elle n'avait pas sommeil, et elle profita de son bel écran dans le salon. Et puis si elle s'endormait dans le canapé, ce n'était pas grave, elle avait pris un plaid sur ses genoux. Elle regarda un film drôle et elle se surprit à rire, chose rare ! Décidemment, entre sa sortie dans le jardin et ses éclats de rire, Véréna était vraiment « différente », depuis que ses placards s'étaient allégés. Demain nous serions samedi, et il y aurait un peu plus de vie dans la résidence, mais cela ne changeait rien pour Véréna. Elle était seule la semaine, seule le week-end, seule durant les fêtes de fin d'année. Elle notait même son âge sur le tableau blanc de la cuisine, pour s'en souvenir. Mardi, elle irait très certainement faire des courses, comme chaque semaine, à moins qu'elle ne s'y rende le jeudi. Il s'agissait des jours où elle pouvait bénéficier de prix réduits.
Elle venait également de changer son réfrigérateur, car celui-ci tournait en permanence et augmentait sa facture d'électricité. Il lui manquait un petit congélateur, sauf qu'elle n'avait pas la place. C'était dommage, alors elle avait opté pour un réfrigérateur qui en possédait un, de bonne capacité. Elle sentit le sommeil la cueillir et du coup, elle alla se coucher avant qu'elle ne puisse plus se lever. Demain, il n'y aurait pas le passage de l'homme au chapeau. Il ne passait que la semaine, pas les week-ends. Elle se leva tard, très tard, car il était un peu plus de 10h lorsqu'elle s'éveilla. Elle se disait chanceuse, car elle ne supporterait pas les enfants qui pleurent ou crient, un conjoint fatigué et vautré devant la télé sans s'apercevoir qu'il avait une épouse. Elle se leva tranquillement, car elle n'avait pas d'horaire, personne ne l'attendait. Elle prit son petit-déjeuner, le vrai repas de la journée, puis elle continua de s'occuper d'elle, en prenant sa douche.
Elle pensa à l'homme au chapeau, qu'elle n'avait pas entendu ce matin et qu'elle n'entendrait pas demain non plus.
Ses voisins étaient ravis de ces deux jours, car il s'agissait d'un repos bien mérité, après une semaine de travail. Véréna ne connaissait pas les semaines surchargées par un emploi trépidant.
Elle entendrait le bruit des pas des personnes qui seraient invitées à déjeuner ou à dîner. L'ascenseur fonctionnerait plus qu'à l'accoutumée, et Véréna serait toujours entre ses murs, comme chaque jour.
Elle parcourut son appartement, regardant son joli couloir jaune, sa salle de bain, sa chambre, sa cuisine, et s'arrêta sur le salon.
Elle devina celui-ci dans le noir, car là non plus elle n'avait pas ouvert les volets. Ses mains glissèrent sur les meubles, où il y avait un peu de poussière, mais elle n'avait pas envie de faire du ménage maintenant ; ça attendrait. Finalement, elle ouvrit les volets, car elle voulait voir son jardinet.
Il était tout vert-humide. Il y avait des plantes suspendues, dont il faudrait qu'elle s'occupe. Mais pas aujourd'hui, nous étions samedi et elle ne souhaitait pas qu'on puisse la voir. Elle ferait ça lundi, très certainement.
Et voilà comment midi sonna. Elle se faufila doucement pour aller à la boite aux lettres et ne croiser personne, comme à son habitude. Loupé, car dans l'entrée, elle croisa un homme... avec un chapeau ! Surprise, elle fit tomber ses lettres, car en plus, elle était en peignoir ! Et s'il s'agissait du même homme ? Non, ce n'était pas le cas. Il lui dit bonjour, elle répondit et rentra promptement chez-elle en fermant la porte à clé. Elle n'aurait plus à sortir du week-end, car elle ferait cuire son pain dans l'après-midi.
Elle prêta un œil à son courrier : de la publicité, comme toujours, et une autre moins drôle, des Impôts ! Ah oui, il fallait penser à ça ! Véréna avait de faibles ressources, mais suffisantes pour lui permettre de vivre confortablement. Son appartement était pour ainsi dire payé en totalité, sa voiture, sans crédit. Puisqu'elle ne déjeunerait sans doute pas, elle allait allumer son ordinateur et regarder ses comptes, comme elle le faisait chaque jour. C'était en procédant ainsi, qu'elle pouvait être à l'abris, financièrement. Son ami et pire ennemi, était Internet ! Car elle pouvait aller lire des choses intéressantes sur divers forums, mais elle pouvait également commander ! Voilà où elle dépensait parfois. En plus, pour des choses qu'elle ne portait pas, la plupart du temps. Mais depuis quelques temps, elle était plus que raisonnable et s'était désabonnée des mailing-listes. Ainsi, moins de tentation. Elle savait qu'elle mourrait très certainement sans que personne ne s'en aperçoive, et cela lui était égal. La seule chose qui la préoccupait, était la façon de « partir ailleurs », car elle ne voulait pas souffrir, comme tout le monde ! Son cœur ne pouvait plus donner d'amour, pas plus qu'il ne pouvait en recevoir. Elle se souvint alors qu'elle avait aimé autrefois, mais il y avait si longtemps que « son histoire » ressemblait à un roman mal terminé. Elle ne voulut pas s'en souvenir d'avantage. Quel calme, dans cet appartement !
Et le téléphone vint troubler ce silence ! Qui celà pouvait-il être ? Elle décrocha. Ses amis de province étaient au bout du fil. Elle était contente, finalement, d'être sortie de sa quiétude. Désormais, ils se téléphonaient rarement, car elle n'avait pas le courage de se rendre chez-eux en voiture, mais ils ne l'avaient pas oubliée. Celà faisait chaud au cœur, même si Véréna refusait de l'admettre.
Elle leur envoyait des mails, moyen de communication à sens unique parfois, et suffisant pour elle. Ils répondaient lorsqu'ils avaient un moment et ça convenait bien à Véréna. Elle resterait en peignoir toute la journée, elle n'avait pas besoin de se vêtir, et surtout, aucune envie de le faire.
Elle ne se sentait pas très bien aujourd'hui, avec des frissons, mal à la gorge et à la tête. Elle n'allait pas avoir la grippe, tout de même ? Plus le temps passait, plus elle avait froid et se sentait fébrile. Sa gorge la faisait terriblement souffrir maintenant. Elle appela un médecin, qui par chance, arriva rapidement. 41° de fièvre tout de même et une angine blanche. Il fallait qu'elle se traîne jusqu'à la pharmacie, car personne ne pouvait le faire pour elle. Tant bien que mal, elle y réussit. Son court trajet fut difficile... Heureusement, elle avait le réfrigérateur plein ! Mais elle ne pourrait rien avaler, cependant, tant sa gorge lui faisait mal. Elle prépara une poche de glace pour sa tête, ses médicaments et hop, elle se mettrait au lit. Elle ne toussait pas, mais combien c'était douloureux ! Véréna s'éveilla en milieu d'après-midi. Elle se sentait toute chiffonnée, passée au rouleau-compresseur. Elle avait toujours aussi mal, mais il fallait boire pour que la fièvre tombe. Elle avait chuté un peu. Elle avala 2 verres d'eau et retourna se coucher. Elle alluma la télé, pour sentir une présence. Véréna redevenait comme une enfant, lorsqu'elle était malade. Heureusement, ce n'était pas souvent. Puis sinon, elle avait un traitement pour l'aider à dormir, à l'occasion. Car la vie de Véréna n'avait pas toujours été ainsi côté sommeil. A une époque, elle ne le trouvait pas ou s'assoupissait sur son clavier. C'était assommant d'être ainsi !
Ouf, maintenant, elle était débarrassée de ce problème d'insomnie. Toutes les personnes solitaires, en souffraient, paraît-il, à un moment ou un autre. Le tour de Véréna était passé, visiblement.
Il fallait qu'elle dorme pour l'instant, car elle ne se sentait pas bien à nouveau. Le mur pour atteindre sa chambre, dansait. Heureusement qu'elle n'était pas loin. Elle ferma partiellement son volet, et alluma la télé. La journée bien entamée de Véréna, passa ainsi. Elle s'éveilla à 18h45, comme si elle était calée sur l'horaire de l'homme au chapeau. Elle se sentait légèrement mieux.
Elle prit de nouveau sa température, et elle était à 39°5. Elle se leva avec précaution, pour ne pas tomber. Elle se rendit à la cuisine et but de nouveau un peu d'eau, toujours avec difficulté. Vu l'heure, elle pensa à s'alimenter. Le médecin lui avait dit qu'elle devait se forcer à manger un peu. Comme il la savait seule, il avait promis de la rappeler en fin de journée. Et le téléphone sonna. Elle alla éteindre la télé de la chambre, tandis qu'elle prenait l'appel. Elle lui communiqua sa courbe de température ; il parut satisfait. Il lui souhaita bon rétablissement, puis raccrocha. Véréna se dirigea vers les soupes, et c'était bien difficile à avaler... Eh oui, sa gorge la brûlait terriblement. Du coup, elle en avait oublié le pain à mettre à cuire, mais elle ne serait sans doute pas parvenue à en manger. Elle resta un peu dans sa cuisine, bien emmitouflée dans son peignoir.
Elle voulait que le temps s'écoule avant d'aller se remettre au lit, avec ses remèdes et ses autres médicaments pour dormir.
Alors, elle fit le tour de l'appartement, tant bien que mal, pour fermer les volets. Voilà qui était fait pour la salle à manger-salon et elle en ferait autant pour la cuisine, où elle était revenue.
Il était 19h50. Elle se prépara un verre avec son traitement pour dormir et l'apporta sur sa table de chevet. Elle ralluma la télé, mit le téléphone à côté d'elle, au cas où elle en aurait besoin. Elle se rendit compte qu'elle avait oublié de fermer son volet et se releva pour le faire.
Il était vraiment temps qu'elle se remette au lit, car elle sentit ses forces l'abandonner. Elle n'eut pas même celle d'allumer sa lampe, et encore moins la télé. Elle s'éveilla quelques heures plus tard : il était pile 22 h ! Comme elle avait dormi ! Elle se sentait trempée, car elle avait transpiré, avec la fièvre. Elle contrôla sa température, qui était de nouveau proche de 40°. Véréna s'inquiéta, car elle était seule. Pour une fois, elle eut aimé ne pas l'être et que quelqu'un veilla sur elle. Elle reprit son calme. Il fallait aussi qu'elle se change, car elle ne pouvait pas rester dans son pyjama mouillé. Les draps, eux, ne l'étaient pas, car précautionneuse, elle avait posé un drap de bain sous elle, en prévision. Elle se voyait mal changer son lit d'ailleurs. Elle n'en aurait pas eu la force. Il fallait qu'elle se douche, mais c'était trop difficile. Tant pis, elle changea juste de pyjama. Elle se rendit compte qu'elle n'avait pas même avalé ses médicaments, en se recouchant tout à l'heure. Il était sans doute normal, que sa fièvre soit remontée. Elle n'avait plus sommeil et alluma la télé. Aucun programme ne l'intéressait, alors elle mit un DVD : « la maison du bonheur » la faisait toujours sourire. Elle calmerait ses angoisses ainsi. Et tant pis si elle s'assoupissait devant. Cette fois, ses comprimés étaient avalés. Finalement, elle regarda le film intégralement, sans s'endormir. Il était tard, et l'heure d'éteindre pour trouver le sommeil. Son réveil réfléchissait l'heure au plafond, mais elle ne vit pas longtemps les chiffres changer.
Elle s'éveilla vers 9 h le lendemain, peut-être parce qu'elle venait d'entendre ses voisins d'à côté, se fâcher après un de leurs enfants. Elle se sentait pleine de courbatures. Et elle avait un peu froid. Elle prit sa température et bonne nouvelle, celle-ci était à 38°7 au lieu de 40°. Véréna se leva doucement, et oui, elle se sentait bien mieux que la veille, même si sa gorge la faisait toujours souffrir. Il lui fallait prendre son traitement, maintenant. Aïe ! Difficile d'avaler avec la gorge en feu... Elle avait un peu faim et prépara son petit-déjeuner habituel. Elle verrait si elle parvenait à l'avaler. Tant bien que mal, elle y réussit, tandis qu'elle se faisait couler un bain, et qu'elle avait allumé le radiateur de la salle de bain. Pas trop chaud, le bain, pour ne pas faire grimper sa température encore élevée. Elle s'y plongea, avec un fond sonore, pour se détendre. A peine était-elle sortie de sa baignoire, que l'on sonna à sa porte. Comme à son habitude, elle resta muette à cet appel et n'ouvrit pas. Elle songea plutôt à se recoucher, car elle se sentait encore fatiguée. Mais pour avoir l'air de n'être point trop malade, elle s'allongerait dans son canapé, bien emmitouflée dans une jolie couverture polaire bleue ciel. Que faire d'autre que regarder la télé et s'endormir devant, ou prendre un bon roman et tenter de lire ? Ses occupations à venir, étaient très limitées, au moins pour quelques jours. La sonnette retentit encore. Il s'agissait forcément d'un résident, sinon c'eut été l'interphone avant. Cette fois, elle alla ouvrir. Elle regarda par l'œilleton et reconnut son voisin d'en face. Il voulait l'avertir qu'il allait faire du bruit, car il faisait quelques travaux. Elle était sans doute très pâle, car il lui demanda si tout allait bien. Elle lui répondit qu'elle avait une angine blanche et qu'elle était fiévreuse. Il lui proposa de faire des courses si elle en avait besoin, ce qui était fort sympathique de sa part, mais elle avait tout sous la main et le remercia. Il s'excusa de bricoler le dimanche, car ce n'était pas autorisé par le règlement de copropriété, mais il n'en avait pas pour longtemps et aurait terminé avant 13 h au plus tard. Il posait des radiateurs, comme ceux que Véréna allait mettre chez-elle.
Fatiguée, elle s'allongea dans le canapé, avec un roman, mais bien vite, elle s'endormit le livre ouvert. Les travaux de son voisin ne la dérangèrent pas, car c'est à 13 h, en entendant le générique du journal télévisé, qu'elle s'éveilla. Elle se sentait encore bouillante. Il fallait qu'elle prenne sa température à nouveau ; le médecin le lui avait dit. Elle était montée à 39°5 encore : décidemment ! Il était aussi l'heure d'avaler ses médicaments du midi et d'essayer de manger un peu. Toute la journée de Véréna se composa d'aller-retour entre le canapé et sa cuisine, pour finir au lit le soir, à 20 h passées.
Lundi matin, comme si elle était programmée, elle s'éveilla suffisamment tôt, pour entendre les pas de l'homme au chapeau. Elle était très certainement fiévreuse encore, et elle avait toujours aussi mal à la gorge. Oui, la fièvre culminait à 38°7 le matin. Du coup, elle ferait venir son médecin ; elle se sentirait plus rassurée. Son médecin passa sur les environ de 10 h, chose exceptionnelle, car ce médecin était toujours très débordé. Il lui changea le traitement par des antibiotiques plus appropriés. Mais il fallait qu'elle aille les chercher, et même si elle se sentait un peu mieux, elle n'avait pas beaucoup de force. Il lui demanda également de le tenir au courant si la fièvre ne baissait pas, car avec le nouveau traitement, dès l'après-midi, ce devait être chose faite. Elle s'habilla rapidement, et se rendit de nouveau à la pharmacie, puis s'allongea au retour. Cette petite sortie l'avait épuisée. Effectivement, vers 16 h, sa température était toujours à 38°5, certes, mais elle n'avait pas augmenté, comme hier. Elle se sentait un peu mieux. Tant pis pour demain, jour des courses, elle n'irait pas. D'ailleurs, elle avait peu mangé, depuis qu'elle était souffrante, et tout cela pourrait bien attendre jeudi du coup.
Ah oui, il ne fallait pas qu'elle oublie, demain après-midi, le technicien venait poser les radiateurs. Pour un peu, elle ne s'en souvenait pas. Elle n'était pas très en forme, mais elle n'annula pas le rendez-vous.
Et le soir, sa température n'avait pas augmenté, super ! Elle était en bonne voie, sans jeu de mot !
Elle songerait à communiquer cela à son médecin traitant dès demain, si tout continuait ainsi.
Véréna avait passé trois jours difficiles. Elle prit sa température, et elle était tout juste à 38°. Elle se leva, plus en forme, et entendit, les pas de l'homme au chapeau ! Cette fois, elle ne sortit pas pour aller à sa clôture, car elle n'était pas totalement guérie. Mais elle était bien décidée à lui demander ce qu'il voulait, lorsqu'elle irait beaucoup mieux. Elle avait délaissé les travaux ménagers, mais ne s'y mit pas pour autant, sachant qu'il y aurait ceux du technicien dans l'après-midi. Il venait à 13h30.
Véréna « avala » tant bien que mal, cet autre petit-déjeuner, s'occupa d'elle, puis téléphona à son médecin traitant, pour dire que tout allait mieux. Son secrétariat prit les informations et elle raccrocha.
Son ordinateur lui avait manqué.
Véréna regarda les choses importantes pour elle, comme le suivit de ses comptes et petits placements.
Puis ensuite, elle alla sur les forums d'aide. En feuilletant ses magazines, elle s'était aperçue qu'elle pouvait communiquer ainsi, en apportant son témoignage à des personnes qui déposait un sujet. La dernière fois, un après-midi avait passé ainsi. Elle s'était sentie utile, au moins elle l'espérait. Tout cela était anonyme, bien entendu. Mais si en pianotant sur un simple clavier, elle pouvait être une aide, alors elle serait cette aide. On disait de Véréna, à une certaine époque, qu'elle était de bon conseil. On se confiait même facilement à elle. Maintenant, elle avait un écran, un clavier, une souris, comme amis fidèles. Elle vivait à travers un monde virtuel depuis longtemps.
Elle regarda sa boite aux lettres, mais il n'y avait aucune réponse de la part des personnes qui avaient attiré son attention. Elle fut un peu déçue, mais tant pis, il fallait sans doute attendre un peu. Certains sujets avaient été postés il y a pas mal de temps, avant qu'elle ne découvre ces deux forums.
En tout cas, elle ferait une autre petite économie, car elle pouvait consulter ces magazines sur internet. Elle n'aurait plus besoin de les acheter !
Véréna n'était pas pingre, ni avare, mais faisait attention à ses finances. Elle ne voulait pas se mettre en péril. Déjà, il y avait un moment qu'elle regrettait de s'être si mal débrouillée en achetant une première voiture qui ne lui convenait pas, et en perdant autant d'argent ! Elle n'avait pas pris conscience alors, que la dépense était aussi conséquente. Une fois encore où elle n'avait pas convertit les euros en francs, et cela lui avait joué un sale tour. Elle avait été bien stupide, mais le regretter, ne servait à rien désormais. Elle devait juste être plus attentive face à de gros achats. D'un seul coup, elle se mit à regretter d'avoir jeté cette publicité concernant un site de rencontre. Elle aurait peut-être du approfondir, pour échanger virtuellement, au moins durant un temps. Elle alla chercher dans sa poubelle de bureau et y retrouva le précieux document. Alors... que disait-il au juste... ?
Allez sur le site WWW... et inscrivez-vous sous le pseudo de votre choix, indiquez un mot de passe, recopiez les caractères que vous verrez en dessous, puis attendez le mail de confirmation.
Ok, elle allait s'inscrire, c'était gratuit, et puis elle aimait beaucoup pianoter sur le clavier. Son pseudo serait Harmony2, car Harmony tout court, était déjà prit. Elle utilisait le même mot de passe désormais, donc, ça serait facile à retenir. Mais elle ne voulut pas se lancer dans la discussion, de suite. Elle savait qu'elle pouvait y consacrer pas mal de temps, et le technicien venait cet après-midi.
Véréna venait de se connecter aux deux sites sur lesquels elle répondait aux sujets déposés. Elle mourrait d'envie de créer son image virtuelle sur le site de rencontre. Mais si elle s'y mettait maintenant, elle ne verrait pas le temps passer...
Elle se leva pour aller voir si elle avait du courrier, action rituelle de 5 jours par semaine. Cette fois, il n'y avait personne sur le palier, et rien dans la boite aux lettres. Pour oublier ce personnage virtuel, elle se mit au ménage tout de même. Après tout, le technicien ne devrait pas faire beaucoup de saleté pour 4 radiateurs. Allez, elle était prête à affronter la poussière des meubles, et à balayer ensuite. Depuis longtemps, Véréna avait ôté tous les bibelots et les photos aux murs. Elle en profita pour aérer sa chambre et ranger le DVD encore dans le lecteur. Il lui restait la baignoire à nettoyer et ça irait vite. Si elle était courageuse, elle changerait ses draps. Et c'est ce qu'elle fit. Elle ferait tourner sa machine cet après-midi ou elle la programmerait pour cette nuit. Finalement, tout cela lui prit bien plus de temps qu'elle ne l'avait pensé. Il était midi passé. Véréna détestait les housses de couettes, car il lui fallait toujours un temps infini, pour y remettre la couette. Aussi, elle attendait après les soldes « du blanc » pour acheter des couettes toutes prêtes. Certes, ce n'était pas pareil, mais plus commode pour elle. Maintenant que ses placards étaient libérés des vêtements qu'elle ne portait plus, il y avait vraiment de la place.
Elle regarda également tout ces cintres vides, comme abandonnés dans sa penderie. Elle n'avait aucune envie de refaire sa garde-robe, car elle ne désespérait de pouvoir mincir à nouveau : Question de moment et de volonté. Puis de toute façon, elle s'était débarrassée de ses vêtements, non ? Allez, il était temps de préparer tous les documents nécessaires au technicien, car il aurait de nouveau besoin des plans.
Eh !!! Mais il était 13 h ! Il fallait qu'elle prenne sa température, puis ses médicaments, et qu'elle déjeune, si toutefois elle pouvait avaler un peu mieux.
37°9. Elle avait encore de la fièvre, mais celle-ci n'était plus très élevée.
Elle prépara un café tout frais pour le technicien, tandis qu'elle avala une tranche de jambon et quelques haricots verts. Elle aurait du en profiter pour manger des glaces, avec sa gorge en feu, et elle n'aurait pas eu mauvaise conscience. Son médecin le lui avait dit. Mais ensuite, quelle nouvelle lui aurait annoncé la balance ? Certainement pas ce qu'elle aurait aimé y lire !
Allez, il lui restait le temps de laver sa vaisselle, si le technicien était à l'heure.
Elle eut juste celui de terminer, que le téléphone se mit à sonner. Ca devait être le technicien, puisqu'elle ne lui avait pas communiqué les codes.
« Bonjour Monsieur ».
« Bonjour Madame, je vais devoir faire plusieurs allers-retours, avec les radiateurs.
« Je tiendrai les portes ouvertes et vous pourrez prendre l'ascenseur ». Elle s'était chaudement couverte, car elle était encore malade.
Une fois les radiateurs chez-elle, Véréna proposa un café au technicien. Il restait également du cake au citron, et elle lui offrit avec. Elle avait déplacé les fauteuils qui auraient pu le gêner et elle le laissa faire son travail.
Puis, après-tout, pourquoi ne se connecterait-elle pas sur le site ? S'il avait besoin de quelque chose, elle serait là de toute façon.
Elle lui demanda s'il avait besoin de couper l'électricité, pour savoir si elle pouvait mettre ou pas, son lave-linge en route. Il regarda le compteur, identifia les radiateurs et lui dit qu'elle pouvait utiliser sa machine sans problème. Elle mit le lave-linge en marche.
Elle étira les cordes à linge au-dessus de sa baignoire, prêtes à recevoir les draps. Ce serait plus pratique que sur le sèche-linge.
Véréna sortit un plat de son congélateur pour le lendemain.
Dans la salle à manger, elle avait également préparé un dossier où elle noterait sa consommation électrique, avec ses nouveaux radiateurs.
Elle eut envie de s'installer à son ordinateur, mais elle était plutôt attirée par celle de dormir ! Que de difficultés contre cette crise de sommeil ! Ce devait être les médicaments et la fièvre. Elle alluma la télé, et s'installa dans le canapé, non sans prévenir le technicien qu'elle était confuse, mais encore souffrante. Elle espérait vivement ne pas s'endormir ! Elle se leva pour prendre un autre café, car elle sentait ses paupières devenir très lourdes et il fallait rester éveillée !
Le technicien avait déjà posé deux radiateurs, et il lui en restait encore autant. Elle devait avoir tous ses esprits, car il lui expliquerait leur programmation ensuite. Elle avait l'impression qu'elle allait tomber d'un moment à l'autre, mais elle tint bon. Elle mit la machine à pain en route, car si elle restait occupée, elle ne s'endormirait pas. Elle pria pour que le café agisse, et en reprit un autre de suite. Elle lut les notices de ses médicaments, et bien entendu, ils généraient une certaine somnolence. Qu'allait-elle pouvoir faire pour ne pas s'assoupir, tandis que l'homme travaillait ?
Il ne fallait pas qu'elle s'assoit. Elle entreprit de « visiter » les placards de sa cuisine, pour y faire un tri également. Au fond du placard au-dessus du four, elle trouva des moules à gâteau qu'elle n'utilisait jamais. Pourquoi ne s'en servirait-elle pas après tout ? Elle en jetterait tout de même un, car il était abimé et prenait de la place inutilement. Véréna était au ralenti. La récente et fatigante fièvre avait eu raison de ses forces. Il fallait qu'elle fasse attention car elle se sentait encore faible. Le technicien avait fini et il l'appela pour lui expliquer la programmation des radiateurs. Véréna remit un café en route.
Tout cela semblait simple et maintenant, ils allaient passer à la phase « paiement ».
Espérons que les papiers ne prennent pas trop de temps, car Véréna redoutait de « piquer du nez » dessus. Elle réussit à suivre, sans s'endormir et, pour faire diversion, elle proposa un autre café, le temps que les documents en question, soient complétés. Elle arriva avec le précieux breuvage et le cake au citron, pour la seconde fois.
Tout était maintenant au point, il ne lui restait qu'à faire ses paiements. Le technicien termina son café, et se leva pour partir. Il n'avait pas besoin que Véréna l'accompagne pour sortir, c'était tout simple dans ce sens-là.
Ouf ! Elle allait pouvoir s'allonger et dormir ! Sauf que maintenant, elle ne baillait plus, évidemment.
Elle prit son bloc de papier et releva son compteur électrique et rangea les documents relatifs aux radiateurs.
Elle s'installa confortablement dans son canapé, car elle ressentait des frissons, et des coups de chaleur. La fièvre, peut-être ? Elle la prit et oui, elle était à 38°5. Il fallait éteindre l'ordinateur avant de rejoindre le canapé. Elle alluma la télé pour lui tenir compagnie, et puis si elle s'endormait, plus personne n'attendait après elle. Ce n'était donc pas un problème.
Elle dormit 1h30 tout de même ! Son lave-linge avait cessé de tourner, et elle étendrait les draps. Puis elle pensa à regarder l'heure, car il commençait à faire sombre. Mais ce n'était pas la peine, car elle entendit alors les pas de l'homme au chapeau. Il marqua un temps d'arrêt devant chez-elle comme d'habitude, et elle voyait de mieux en mieux sa silhouette. Il ne faisait plus nuit-noire désormais en fin de journée. Il semblait grand, portant un manteau sombre, bleu marine peut-être, et ses chaussures appuyaient au sol vivement, comme pour laisser une empreinte définitive.
Véréna ne vit pas cependant, s'il tournait la tête vers ses fenêtres, mais il s'arrêtait, c'était certain.
Il était temps également, de baisser les volets. Elle vérifia que les verrous de sa porte, étaient également bien fermés. Il était donc 18h45. Elle dînerait de champignons de Paris cuits dans un bouillon de légumes. Ce qu'elle prépara maintenant, car vu l'heure, elle pouvait passer à table. Dormir lui avait fait grand bien.
Pendant que les champignons cuisaient, elle pourrait regarder le site de rencontre de plus près : elle était maintenant bien réveillée.
Il lui fallait trouver un pseudo, un mot de passe... Elle s'appellerait harmony2. Bon, maintenant, la fiche à compléter prendrait du temps. Alors, avant ou après dîner ? Après, car le repas était prêt.
Véréna prit son ordinateur portable et s'installa confortablement dans son lit. Elle avait avalé ses médicaments, donc, elle pouvait se consacrer à cette nouvelle vie virtuelle.
La fiche était complétée, son pseudo était libre, tout débutait super bien ! Elle avait rabioté quelques années sur son âge ; s'était octroyé un physique plus agréable, qui avait d'ailleurs été sien plusieurs années auparavant et voilà, il fallait juste attendre !
Elle se connecta également sur ces forums récemment découverts, pour voir si elle pouvait répondre à quelques messages.
Elle était là à attendre, comme un enfant après son jouet ! Mais rien, personne ne venait sur son « profil » Véréna était très déçue, mais elle reconnut qu'elle manquait de patience. Son inscription était récente, de deux bonnes heures seulement. En tout cas, elle n'irait pas lier connaissance d'elle-même, bien qu'elle regardait les autres pseudos. Est-ce que quelqu'un allait enfin se décider à la fin ? Elle commençait déjà à regretter sa démarche. Si aucun contact n'arrivait d'ici à demain, probablement qu'elle annulerait cette inscription. Elle éteignit l'ordinateur qu'elle rangea avec soin et s'enfonça dans son lit. Elle se doutait qu'elle dormirait bien, car ses médicaments l'y aidaient beaucoup. Demain serait un autre jour !
Sa nuit fut tellement longue, qu'elle ne s'éveilla pas lorsque l'homme au chapeau passa. Pour sûr, il était presque midi ! Jamais Véréna ne dormait autant. Etant donnée l'heure, elle déjeunerait et laissa le petit-déjeuner au lendemain. Elle avait sorti une escalope de poulet du congélateur, et des courgettes déjà cuites. Une journée comme les autres, pensa-t-elle. Ah oui, elle irait voir la boîte aux lettres, la vraie, pas la virtuelle. Tout du moins, pas encore. Puis elle ferait sa toilette ensuite. Pour ça, elle alluma le radiateur. Il fallait beaucoup de chaleur à Véréna.
Sa boîte aux lettres était vide. Désormais, elle ne recevait plus ses magazines, puisqu'elle les consultait sur le Web. Véréna avait toujours un peu mal à la gorge, mais beaucoup moins. Elle n'en oublia pas son traitement pour autant, car déjà, elle avait passé celui du matin. Après une douche rapide, elle se mit à table. Un repas peu calorique, Véréna voulait fondre. Elle regarda les informations, toujours aussi déplorables et tristes. On ne parlait que « de crise économique », du malheur des pauvres gens sans toit, sans nourriture. Elle eut presque honte d'avoir mangé à midi. Le monde devenait-il fou ? Elle débarrassa son assiette, lava sa vaisselle, et... se hâta vers l'ordinateur, peut-être aurait-elle des messages ? Elle dépouilla ses mails commerciaux, dont un attira son attention. Il proposait une importante réduction sur des vêtements que Véréna aimait beaucoup. Mais était-ce raisonnable d'envisager des achats, alors qu'elle venait de consacrer un budget conséquent, à son habitation ? Elle allait réfléchir. D'autant qu'elle voulait toujours mincir. Son idée n'était pas raisonnable, finalement. Elle se connecta au fameux site de rencontres et surprise, elle avait 4 messages ! Sans se l'avouer, Véréna comptait bien avoir de la lecture ! Le premier message était assez banal, présentant un homme bien plus âgé qu'elle. Le second ne s'intéressait qu'à une relation intime, mais le troisième... avait son intérêt. Elle lut le quatrième, mais c'est sa famille qui la repoussa. Trois enfants, dont deux encore jeunes. Par contre le troisième... Pas d'enfants, 48 ans, salarié, propriétaire de son bien, aimant la lecture, le cinéma, l'écriture, les chiens, les belles voitures, les voyages, la mer et le soleil... Son profil était intéressant. Véréna regarda comment faire pour répondre et poser d'avantage de questions car elle avait juste demandé une présentation, sans trop de détails.
Harmony2 allait répondre à Cyber. Mais que dirait-elle ? Elle ne savait pas par où commencer ! Finalement, ce n'était pas aussi facile que de s'inscrire !
- Bonjour, je suis Harmony2. Je viens de lire votre mail. J'aime la poésie aussi, et j'ai apprécié votre façon d'écrire. Comment est votre vie, êtes-vous divorcé ? Peut-être voulez-vous m'en parler ?
Elle ne savait pas s'il était divorcé ou célibataire endurci.
Elle regarda l'heure du mail et pensa qu'elle aurait peut-être une réponse, mais ce soir. Le mail avait été posté vers 22 h. Elle attendrait donc ce soir, pour voir. Elle passa l'après-midi comme elle avait pu l'être il y a longtemps, pour un rendez-vous galant. Elle essaya de se souvenir de ce dernier rendez-vous. Il s'était achevé par une rupture, sur son initiative d'ailleurs. Et c'est là qu'elle avait ensuite acheté ce bel appartement qu'elle aimait tant. Puis, était-ce raisonnable de s'être inscrite sur ce site, alors qu'elle savait fort bien que personne ne viendrait troubler sa vie bien réglée. Elle ne voulait pas d'une cohabitation sous son toit, car cela ne pouvait être rien d'autre. Lorsqu'elle s'était retrouvée enfin seule, libre de mener sa vie à sa guise, elle avait éprouvé tant de bonheur, qu'elle ne recommencerait certes pas à s'orienter vers une liaison. Mais malgré tout, si elle pouvait avoir un ami avec qui correspondre sur le web, pourquoi pas. En plus, s'il demandait à la rencontrer rapidement, il ne tenait qu'à elle de dire qu'elle avait changé d'avis. Le virtuel possédait ce pouvoir de décision rapide, permettant d'éviter une rencontre. Il fallait non pas mentir vraiment, mais « arranger » la vérité. Véréna savait qu'elle pourrait faire cela. Elle laissa sa connexion ouverte, et alla s'installer dans le canapé, avec le roman de 415 pages, qu'elle était entrain de lire. Elle arriva à la moitié de celui-ci lorsqu'il lui fallut allumer la lumière et penser à fermer ces volets. Se faisant, elle entendit encore des pas s'arrêter devant chez-elle, et vit la fameuse silhouette inquiétante... Décidemment... Elle l'avait oublié pour un temps, celui où elle était souffrante. Il fallait qu'elle perce ce mystère, mais comment ? Là, comme il faisait encore jour, elle vit bien qu'il marquait l'arrêt devant chez-elle. Elle ferma tous les volets et vérifia sa porte d'entrée. C'était facile, elle l'avait refermé en allant à la boite aux lettres et elle n'était pas sortie. Peut-être que demain, jeudi, elle irait en courses. Elle se sentait mieux, n'avait plus de fièvre, et son congélateur se vidait. Les journées de Véréna étaient vraiment simples et répétitives. Comme tous les jours, elle ne vit personne et comme chaque jour, son téléphone n'avait pas sonné. Elle était sur liste rouge, pour éviter d'être dérangée.
Véréna voulait lutter contre ses problèmes de poids, mais elle aimait cuisiner... Et là, elle préparait un gratin dauphinois. Tout cela lui prendrait la matinée, mais elle avait le temps.
Chaque jour, Véréna s'affairait en cuisine. Elle mangeait de tout, un peu, afin d'éviter de se jeter sur la nourriture comme elle l'avait fait par le passé. Il lui restait quelques kilos à perdre, et elle savait que l'âge ne jouait pas en sa faveur.
Elle regarda son jardin, où les crocus des années précédentes, commençaient de nouveau à sortir. Il y avait aussi les perce-neige et l'altéa encore enveloppé. Il resterait encore ainsi, car l'hiver avait été rude, et il n'était pas terminé.
Les pommes de terre étaient épluchées, elle n'avait pas oublié la noix de muscade, ainsi que les autres ingrédients. Son gratin était prêt à cuire. Pendant ce temps, elle regarderait ses e-mails, ses comptes aussi.
Elle venait de s'acheter une nouvelle tenue. Et oui, maintenant que sa penderie était bien vide, il fallait tout de même qu'elle renouvelle un peu sa garde-robe avec des tenues basiques, et surtout, dans « sa nouvelle taille ». Sa boite e-mail regorgeait de publicité, via des sites de « démarques » où elle s'était inscrite. Ses comptes allaient aussi bien que possible. Elle surfa un peu sur Internet, toujours à la recherche d'un remède miracle qui la ferait mincir, mais il n'existait pas. Paradoxalement, elle humait avec plaisir, l'odeur de son gratin en cuisson.
De ses recherches sur Internet, elle avait sorti la liste des menus qui composerait la semaine suivante, ou celle d'après encore. Véréna réfléchissait à ne se rendre en courses que tous les quinze jours maintenant. Elle ferait une économie supplémentaire sur l'essence par la même occasion. Elle allait faire cela. Son congélateur offrait suffisamment d'espace pour préparer des plats plus fréquemment qu'elle ne le faisait déjà. Sa liste était donc faite. Elle décida de passer à autre chose, comme lire le roman policier qu'elle avait en cours. L'intrigue semblait bien menée, mais Véréna avait du mal à accrocher avec ce livre. Quoiqu'il en soit, elle le lirait jusqu'au bout.
Quelqu'un vint sonner à sa porte, et comme à son habitude, elle eut envie de ne point répondre. Mais il devait s'agir d'un résident. Elle regarda dans l'œil mais ne reconnut pas la personne, pourtant, elle ouvrit. Il s'agissait effectivement d'un de ses voisins, qu'elle ne souvenait pas avoir croisé, puisqu'elle évitait tout le monde. Il avait besoin d'un service ; récupérer un colis pour lui durant son absence. Elle accepta de lui rendre ce service, voyant combien cela semblait important pour cet homme. Véréna n'avait pas toujours vécu ainsi retirée. Elle avait même aimé recevoir, « avant ». Mais il y avait longtemps, lorsqu'elle était une jeune-femme. Tout s'était arrêté lorsque son ami de l'époque, avait trouvé la mort dans un accident de voiture. La collision avec un poids-lourd avait été terrible, et il avait été tué sur le coup. Les amis de son ami, l'avait oublié petit à petit, et elle leur en avait voulu. Mais une femme seule dérange les couples, car Véréna était alors une assez jolie femme.
Elle n'oubliait pas sa relation difficile avec Pascal, avant qu'elle n'y mette fin pour se sentir finalement libre de vivre à son gré.
Puis son amour de jeunesse l'avait bien vite rattrapée, mais pour peu de temps...
Frédéric l'avait laissée seule et quelque peu perdue. Les premiers mois furent difficiles et c'est là qu'elle avait commencé à s'enfermer, se replier sur elle-même. Puisqu'elle avait été mise à l'écart, elle s'y était murée. Pour cela, elle avait choisi de déménager et avait trouvé ce coquet appartement qu'elle aimait tant maintenant. Pendant un temps, elle avait songé à prendre un chien, puis non, elle ne voulait plus être obligée de sortir, si elle n'en avait pas envie. C'est à cette période qu'elle vit pour la dernière fois si l'on peut dire, les amis communs de Frédéric. Il l'avait aidé à décorer son appartement. Elle avait conservé quelques amis à elle surtout, mais restait toujours aussi muette. Véréna s'était retirée brusquement de toute vie sociale. Elle ne vivait que « pour elle et par elle ». Et maintenant, elle était tracassée par le passage de l'homme au chapeau...
Elle se connecta à sa messagerie pour voir si l'homme de 48 ans lui avait répondu, se décrivant d'avantage.
Elle avait reçu pas moins de 13 mails ! 13... un chiffre porte-bonheur peut-être ?
Oui, l'homme avait répondu ! Cyber lui proposait un rendez-vous web ce soir à 20h30, après le journal télévisé, lui avait-il précisé. Ca tombait bien, Véréna suivait le journal également. Sa journée, enfin, sa soirée aurait un but, pas comme chaque jour, où rien ne changeait pour elle. Mais que faisait-elle pour que ce soit différent ? Rien à vrai dire ! Elle aurait bien aimé connaître le vrai prénom de Cyber, mais c'était tôt ; ils n'avaient pas encore suffisamment échangé pour penser à cela. Et puis que ferait-elle s'il lui demandait le sien ? Il n'était pas commun, et rien qu'à lui seul, elle aurait pu l'utiliser en pseudo, mais trop tard, elle venait juste d'y songer.
Elle eut alors envie de revoir les photos des jours heureux avec Frédéric. Vraiment, il était tout pour elle : son conjoint, son amant, son ami, son confident... Pourquoi diable sa voiture était-elle venue s'écraser contre ce poids lourd ? Elle avait maudit le conducteur de ce camion qui lui avait pris son amour, et forcément, une partie de sa vie. Il était légèrement ivre, et le sommeil l'avait cueillit. Ce soir-là, elle attendait Frédéric qui rentrait de voyage. Elle se souvint qu'elle était fatiguée et qu'elle s'était finalement endormie. C'est au petit matin, ne le trouvant pas couché à ses côtés, qu'elle commença à s'inquiéter. Elle l'appela rapidement, mais elle ne trouva que sa messagerie. Elle multiplia les appels et toujours rien. En fait, Frédéric n'aurait du arriver que le matin, car il était parti plus tard que prévu. Elle l'apprit en allumant son téléphone mobile qui lui transmit alors un message l'en informant, mais le dit message n'était arrivé que ce matin.
Son cœur battait la chamade, elle était inquiète et ne savait que faire, et elle tournait dans la maison, totalement perdue.
Il était 07h38 précises, lorsque l'on sonna à sa porte. Il était tôt, très tôt pour que l'on vienne sonner et elle pensa que cela était sans doute grave. C'est tout du moins ce qu'elle avait ressenti.
En regardant par l'œil, elle vit deux gendarmes : elle avait compris que quelque chose de grave s'était passé... Elle ouvrit la porte : « Mme Vilandieux, Véréna Vilandieux ? » Oui répondit-elle d'une voix timide.
« Madame, monsieur Frédéric Andrieux a été victime d'un accident de la route. Pouvez-vous vous préparer, nous vous conduisons à l'hôpital... » Elle ne posa aucune question, les fit entrer le temps pour elle de se vêtir rapidement, d'attraper son sac à main, mettre ses chaussures, un manteau... elle était prête.
Dans la voiture, elle demanda ce qu'il s'était passé, où, comment, à quelle heure ?
« Il était 06 h approximativement, Madame, c'est un autre conducteur qui a signalé l'accident qui nous l'a précisé et nous attendons de voir si nous pourrons entendre le chauffeur du poids lourd pour en apprendre d'avantage ».
Véréna se sentit alors très mal et demanda si elle pouvait avoir de l'air, car elle croyait défaillir. Mais elle allait bientôt être aux côtés de Frédéric, ça irait mieux.
« Sommes-nous bientôt arrivés ? demanda-t'elle ? »
« Oui madame, nous arrivons dans quelques instants ».
Les instants en questions, lui parurent longs et pas un mot n'échappait de l'habitacle de la voiture. Il régnait un silence inquiétant et là, juste à ce moment précis, Véréna songea que le pire pouvait être arrivé, mais non, ce n'était pas possible, pas ça...
Elle n'osa pas poser la question tandis qu'elle voyait déjà les grilles de l'hôpital, et pourtant, elle questionna un des deux gendarmes, il fallait qu'elle sache.
« Comment est-il ? Pouvez-vous me dire comment il va je n'ai pas osé jusqu'à présent et maintenant, j'ai peur ».
Le gendarme semblait embarrassé qu'elle eut enfin posé la question.
« Madame, il n'a pas survécu... Les pompiers ont dit qu'il n'avait pas souffert ».
Véréna sentit son cœur cesser de battre et les mots résonner en écho dans ses oreilles, mais elle allait se réveiller, elle faisait un cauchemar, ni plus ni moins.
La voiture s'immobilisa, on la fit descendre et là, elle s'effondra.
Elle faillit chuter au sol, si le gendarme ne l'avait pas retenue. Elle s'éveilla allongée sur un brancard. Il lui fallut quelques instants pour qu'elle reprenne ses esprits et réalise le choc des mots venus lui vriller les tympans.
« Madame, vous avez fait un malaise, lui dit le médecin. Comment vous sentez-vous ? »
« Ca va, je crois que ça va, répondit Véréna ».
« Où est Frédéric, je veux dire monsieur Andrieux ? »
« Je dois le voir de suite, il le faut, il faut que je lui dise que ma réponse est « oui » que j'accepte de l'épouser ! C'est très important je devais lui donner ma réponse à son retour de voyage ! »
Véréna ne semblait pas avoir compris que Frédéric avait fermé ses yeux pour toujours...
Elle fut conduite auprès de Frédéric, étendu sous un drap blanc.
« Frédéric, écoute, je suis d'accord pour t'épouser depuis le temps que tu me le demandes ! Tu m'entends n'est-ce pas, tu m'entends ? »
Elle s'écroula en larme, car elle venait de se souvenir que les gendarmes lui avaient dit qu'il n'y avait plus rien à faire pour Frédéric...
Le médecin pris le temps de lui expliquer, ils parlèrent des formalités, elle demanda à voir la voiture, qui avait été remorquée pour expertise. On lui parla du chauffeur du poids-lourd, qui lui, était en vie, qu'il était légèrement alcoolisé, mais qu'il vivrait... Lui vivrait, pas Frédéric !
Elle se mit à trembler, son corps était tétanisé de soubresauts incontrôlables.
Entre temps, les gendarmes étaient repartis, lui souhaitant « bon courage », elle s'en souvint.
Mais qu'allait-elle faire ? Elle n'avait pas sa voiture, elle se sentait seule, si seule, si désemparée.
On lui remit quelques effets, comme les papiers de Frédéric et des effets personnels, abîmés, mais lui appartenant.
Elle n'avait pas grand monde à prévenir comme famille proche, car Frédéric était comme elle, seul, ayant perdu ses parents aussi.
On lui expliqua qu'il faudrait revenir pour les formalités, car le service administratif n'était pas encore ouvert.
Elle commanda un taxi pour rentrer chez-eux et de là, elle se mit à aviser les amis proches du drame qui venait de se dérouler.
Plusieurs personnes se proposèrent de venir l'entourer et elle accepta, ne sachant que faire.
Frédéric et Véréna avaient signé un Pacs depuis environ 6 mois, ainsi qu'un testament par lequel ils se rendaient héritiers l'un de l'autre.
La maison appartenait à Frédéric, il s'agissait d'un bien qui lui venait de ses parents disparus.
Les jours s'enchainèrent difficilement avec toutes les formalités à accomplir, les obsèques, déjà, le dépôt de plainte contre le chauffard qui avait pris la vie de Frédéric par imprudence, le notaire, la banque, l'associé de Frédéric, bien sur...
Frédéric était designer pour une jeune entreprise qui connaissait un joli succès. Il avait donc un associé et il fallait régulariser cette situation, mais avant, attendre l'enquête concernant l'accident mortel.
Elle reçu rapidement divers documents à compléter, dont celui de la Sécurité Sociale, car il s'agissait d'un accident de travail mortel.
Il fallu plusieurs mois avant que la situation soit mise au net.
Dès qu'elle le fut pour la maison, Véréna décida de la vendre, car elle ne pourrait plus continuer d'y vivre sans Frédéric. Concernant la société dont Frédéric était le co-fondateur, son associé cherchait une autre personne pour racheter les parts de Frédéric et cela n'était pas si facile. Véréna était l'héritière directe des biens de Frédéric.
8 mois plus tard, l'associé de Frédéric, avait trouvé quelqu'un pour racheter les parts. Tout était compliqué et Véréna se fit assister d'un juriste.
La maison était normalement vendue et elle recherchait un appartement. Déjà, elle en avait visité beaucoup, car elle n'était pas pressée non plus. Chaque jour elle regardait les photos de leur vie, du passé, de cette vie à sens unique, seule, comme morte. Elle recevait bien quelques coups de fils des « amis », des invitations au début. Elle aurait de l'aide pour le déménagement lorsqu'elle aurait vendu la maison et acheter un appartement qui lui correspondrait. Puis les appels se sont espacés et seuls, pour ainsi dire, sont restés ses amis à elle.
Après 9 mois, elle avait vendu la maison et par pur bonheur, trouvé l'appartement de ses rêves.
Le hasard fut dur, car Véréna emménagea le 14 février, jour de la fête des amoureux. Les amis distants, avaient malgré tout été présents pour l'aider à faire les travaux et emménager.
Véréna était « chez-elle », seule, mais chez-elle.
Elle se plut de suite dans ce joli appartement avec jardinet. Le temps qu'elle s'habitue à son nouvel environnement, l'aiderait à faire son deuil.
L'enquête avait démontré l'implication totale du chauffeur du poids-lourd dans l'accident. Il était bel et bien sous l'emprise de l'alcool et son permis serait annulé car il ne s'agissait pas de son premier accident. De plus, il était tenu de payer des dommages et intérêts, mais Véréna ne songea pas à cela. Elle pensa plutôt avec rage, combien elle en voulait au monde entier maintenant, de lui avoir fait vivre ça ! C'est à cette époque qu'elle avait également décidé de s'isoler et les amis en couples y avaient donc contribué pour beaucoup. Ce fut dur au début, car Véréna et Frédéric recevaient assez souvent, et puis maintenant, elle allait songer à elle et panser ses blessures de l'âme. Quelques rides avaient fait leur apparition et il s'agissait d'avantage de cicatrices que de rides finalement. Oui, elle souffrait ! Oui, elle était presque seule ! Oui, elle s'était sentie perdue, abandonnée !
Petit à petit, elle s'était faite à sa nouvelle vie dans cet intérieur flambant neuf. Au début, elle invita pour remercier de l'avoir aidé, puis petit à petit, les gens dénièrent les invitations sous n'importe quel prétexte. Elle en souffrit, puis, finalement, elle se fit une raison, car elle était bien chez-elle. C'est comme ça qu'elle ne prit plus la peine d'ouvrir la porte lorsque l'on sonnait chez-elle. Elle voulait vivre seule, comme la vie en avait décidé pour elle.
Elle se souvint que Frédéric et elle, se connaissait depuis presque toujours. Ils avaient fréquenté les mêmes écoles, jusqu'au lycée où Véréna n'avait pas achevé ses études. Frédéric était brillant, studieux. Au début de la vie d'adultes, Véréna n'avait pas souhaité vivre avec lui. Elle aimait beaucoup ce côté d'éternels fiancés, c'était excitant et chaque fois, les rencontres étaient palpitantes, comme au premier jour. Frédéric avait perdu son papa alors qu'il était encore étudiant et Véréna lui disait qu'il était bien de pouvoir continuer à vivre avec sa maman, c'était rassurant pour cette femme éprouvée par la vie. Puis la maman de Frédéric fit un infarctus dont elle ne s'est pas remise, le jour de la fête des mères !
Après cette douloureuse épreuve, Véréna accepta de venir habiter avec Frédéric, dans la maison de son enfance, cette même maison qu'elle connaissait bien, puisqu'ils avaient été presque voisins, à quelques rues près.
A ce moment là, Véréna louait un petit appartement, car son frère habitait la maison familiale avec leur père.
Frédéric et Véréna n'avait étonné personne en décidant de vivre ensemble. C'était un peu comme une évidence.
La vie à deux débuta ainsi, telle une continuité des fiançailles, qu'ils n'avaient pas fêté hormis entre eux, en toute simplicité.
Une vie qui débutait au mieux, après de très longues fiançailles.
Puis un jour, Frédéric demanda à Véréna de l'épouser, et elle lui avait réservé sa réponse en prétextant qu'un pacs était déjà très solennel, mais qu'elle allait y songer bien sûr.
Au moment où elle s'apprêtait à lui dire « oui », l'accident est arrivé...
Véréna attendait ce retour avec impatience, car elle avait mûrement réfléchit sa décision et tout s'était écroulé d'un seul coup. Ca avait été terrible...
Et pour quelle raison, elle ne le savait pas, Véréna se mit à songer à la silhouette inquiétante. Elle lui faisait plus ou moins penser au rendez-vous virtuel qu'elle allait avoir avec Cyber, sous peu. Elle était tremblante...
Harmony2 se connecta, Cyber était déjà connecté.
« Bonsoir Harmony, quel va être le sujet de notre dialogue ce soir ? »
« Bonsoir Cyber. Pourquoi pas nos goûts cinématographiques ? »
« Parfait, répondit Cyber ».
« Je vais vous surprendre, je suis attirée par les mélos, les histoires de la vie ! »
« Personnellement, je les aime beaucoup aussi, comme les polars, les histoires d'amour, comme la plupart des femmes, j'imagine ».
« Cyber, qu'attendez-vous de cet échange virtuel, vraiment ? »
« Harmony, je cherche à passer un moment agréable à converser »
« Je suis un homme assez secret, mais pardonnez-moi, avec vous, j'ai l'impression que parler sera facile ».
Harmony se méfiait de la tournure que venait de prendre la discussion. Elle redoutait les questions trop personnelles. Il était bien trop tôt. Puis le voudrait-elle ?
Cyber lui confirma qu'il était bien propriétaire d'un appartement à Antibes ; elle pensa que la distance qu'il y avait entre-eux, était bénéfique.
« Cyber, peut-être pourrions-nous en rester là pour ce soir ? Je suis un peu fatiguée. Puis je préfèrerais que nous ne fassions pas connaissance trop rapidement ». Et ils convinrent d'un autre cyber-rendez-vous pour le lendemain à la même heure.
Elle avait l'impression d'être une adolescente qui flirtait en cachette de ses parents. Elle fut terriblement angoissée d'un seul coup, comme cela ne lui était pas arrivé.
Depuis qu'elle vivait seule, elle prenait parfois quelques décontractants. Elle sentit alors que le moment était venu d'en prendre un et d'aller se coucher.
Elle fit des cauchemars, revoyant le moment où elle apprit le décès de Frédéric, celui des obsèques... Le moment heureux où elle emménagea ici... Tout se bousculait.
Et elle s'éveilla au bruit des pas de l'homme au chapeau. Maintenant, il faisait jour le matin. Elle se demanda si l'homme en question, portait toujours un chapeau, et un manteau, d'ailleurs.
Véréna s'occupa à trier ses photos sur son ordinateur, et celles sur papier photo, avec Frédéric.
Elle ne pouvait oublier cette période de sa vie.
Elle s'efforça de reprendre le cours des choses, aussi tranquillement que possible. Elle reprit la lecture de son roman, après avoir accompli les taches quotidiennes. Entre deux, elle consulta sa boîte aux lettres et un mail proposait un voyage sublime. D'un seul coup, il lui prit presque l'envie d'y songer sérieusement, alors qu'elle privilégiait « sa solitude ». Une envie soudaine de soleil pour oublier que le passé était venu la hanter alors qu'il ne l'avait plus fait depuis un certain temps. Loin, tout était si loin...
Il faisait beau, aujourd'hui et Véréna en profita pour ouvrir toutes ses portes-fenêtres. Qu'allait-elle cuisiner ? Elle n'était pas un cordon bleu, non, mais elle aimait toujours cuisiner. Personne n'était là pour lui dire si ses plats étaient savoureux ou pas, et ce n'était pas grave. Elle prépara une quiche aux tomates et à la moutarde, qui ne serait pas « très régime », mais lui remonterait le moral. Jamais plus elle n'avait des coups de blues, car elle s'était promis que cela ne devait plus arriver puisqu'elle avait vécu le pire dans le passé. Là, elle avait succombé à un moment de stress et il était hors de question que l'habitude s'installe, sa vie en dépendait. Personne ne serait là pour l'aider à affronter ces moments s'ils devaient venir. A moins que son dialogue avec Cyber ne suffise à prendre place sur cette difficulté. Après tout, c'était « virtuel » et elle pouvait se permettre une certaine liberté : elle aviserait.
La quiche était cuite, Véréna regarda l'heure et il était tôt. Elle décida de profiter du four chaud, pour cuire un cake aux olives et au jambon. Elle devait faire très attention, car les fois où elle ressentait des bouffées de stress, la conduisait toujours vers l'alimentation : elle devenait boulimique, ce qui n'était pas pour arranger la communication positive avec la « balance » !
Elle était désorganisée, ce qui n'était pas son habitude. Elle avait cuisiné avant de prendre son petit-déjeuner et elle n'était ni douchée ni habillée. Il fallait se re-saisir. Pas de petit-déjeuner ce matin mais la douche, un vêtement ample est confortable, peu seyant, bien sûr, mais parfait pour un moment de cocooning. Elle reprit la lecture du roman en cours. Où en était-elle, déjà, elle ne se souvenait plus très bien. Ah oui, ça y était, elle s'y retrouvait. Tous ces souvenirs du passé l'avaient perturbée durant un moment. Sans doute parce que nous approchions de la date de l'accident.
Allez, ces moments intenses ne devaient pas prendre le pas sur le cours de sa vie. Le roman ne la captivait pas vraiment, mais elle devait occuper son esprit. Elle pensa à son correspondant anonyme, Cyber, qu'elle aurait en ligne via internet ce soir.
Elle regarda ce prospectus concernant le voyage. Le pays était le Mexique. C'était loin, mais tout cela l'interpela comme si elle devait changer quelque chose à sa vie maintenant. Elle voyagea déjà sur le site internet et découvrit un complexe hôtelier merveilleux ! Véréna était presque prête à réserver ! Il ne s'agissait pas d'un voyage organisé, non, juste une publicité qui proposait un lieu superbe. Le point obscur pour Véréna, était le monde qu'elle y trouverait. Mais l'hôtel semblait grand et elle n'était pas obligée d'y faire des rencontres. Elle allait réfléchir !
Décidemment, elle donnait un autre sens à sa vie !
Avant cela, elle avait sa cure de thalassothérapie annuelle maintenant, et le hasard voulu qu'elle soit à Antibes, où Cyber lui avait dit posséder un appartement. Elle n'avait pas fait le rapprochement lorsqu'il avait parlé d'Antibes.
Il ne fallait pas qu'elle oublie non plus, son occupation de « lectrice », pour une petite maison d'édition. A force d'entendre les amis d'autrefois, lui dire qu'elle pourrait accomplir ce travail de lecture, Véréna avait proposé sa candidature et elle avait été acceptée. D'ailleurs, plutôt que de continuer de lire ce roman qui ne la captivait pas, elle ferait mieux de se pencher sur cette nouvelle qu'elle avait reçue il y a une bonne semaine. Ces lectures étaient pour la plupart rafraîchissantes et parlaient souvent d'amour. Oui, elle se mettrait à lire cette histoire, dès cet après-midi.
Ce petit travail apportait un revenu complémentaire à Véréna et lui permettait de s'offrir certaines choses, ou d'y participer. Puis c'était plaisant, divertissant. Elle ne se souvenait plus du titre de sa prochaine lecture et alla de suite regarder : « si c'était demain », serait sa lecture.
Les aiguilles du temps avaient tourné sur sa montre, et Véréna songea à manger une part de quiche, maintenant que l'heure de déjeuner était arrivée. Le cake, lui, terminait de cuire. Elle alluma la télé pour se tenir au courant des informations et de la météo, bien qu'elle ne sortait que pour l'utilitaire et indispensable, soit l'alimentaire. Après, oui, c'était bel et bien décidé, elle débuterait la lecture. Elle avait du temps devant elle, un peu plus de 15 jours encore, mais il fallait ne pas bâcler cela, au contraire. C'était important pour l'auteur, important pour elle à qui l'on faisait confiance.
Elle savoura sa quiche avec délectation, tout doucement, et pris le temps d'attendre la fin de la cuisson du cake, tout en regardant le journal télévisé.
Dehors, le temps était capricieux, car le soleil jouait entre les nuages, sans réussir vraiment à se montrer. Allait-il pleuvoir ? La météo le dirait très certainement. Elle avait découvert son altéa, enveloppé, mais hélas, celui-ci n'avait pas résisté à l'hiver rigoureux. Elle songerait à le remplacer à l'occasion. Dommage, elle l'aimait beaucoup, il était bleu. Les crocus et les jacinthes ornaient son gazon, enfin, son gazon mélangé d'herbe. D'ailleurs, elle devait penser à tondre. Demain était le jour des courses, alors elle tondrait le surlendemain, très certainement, s'il ne pleuvait pas. Elle regarda son jardinet, sa cuisine, et elle se dit alors combien elle était très heureuse dans cet appartement. Elle ne roulait pas sur l'or, non, mais vivait confortablement, et n'en demandait pas d'avantage à la vie.
Tiens, il y avait beaucoup de bruit d'un seul coup, au-dessus d'elle. Ses voisins d'ordinaire si calmes, déplaçaient-ils des meubles ? Peut-être ! Vraiment, elle avait trouvé un petit paradis, en s'installant ici. Il ne restait plus qu'à comprendre pourquoi une personne inconnue, s'arrêtait ainsi devant chez-elle chaque matin et chaque soir. Pour l'instant, elle avait déjeuné. Enfin, presque, car gourmande, elle attendit que le cake soit un peu refroidi pour en manger goulument une part. Hum... Que c'était bon ! Allez, du calme, car il était hors de question d'en manger une seconde tout de même !
Elle avait de la lecture à faire. Elle débarrassa sa table, mais ne fit pas la vaisselle, elle verrait cela ce soir, après son dîner.
Pour se concentrer sur l'histoire, plus de télé, mais éventuellement une musique douce, du classique, bien sur. Elle commençait par « si c'était demain », justement. Ce début captiva Véréna et elle se laissa emporter par ce récit romanesque. Elle apporta toutefois, quelques petites et rares corrections au texte, comme le lui indiquait son choix. Le « cui-cui » d'un oiseau, vint la sortir de sa lecture. Elle était à la moitié du récit qu'elle trouvait très frais, agréable. Elle posa ses lunettes, qu'elle avait chaussées pour lire, et se dirigea vers la cuisine pour se préparer un bon cappuccino. Ce serait sa pose. Il était 16 heures passées et elle n'avait pas vu sa journée s'égrainer. C'était une bonne journée pour Véréna car elle n'avait pas été longue. Il fallait bien reconnaître que parfois, le temps ne passait pas. Véréna en profitait pour faire des siestes, et là, le temps passait. Elle dégusta son cappuccino et songea que peut-être, elle pourrait investir dans une machine, mais faire les comptes s'imposait. C'est ce qu'elle choisit de faire, après le cappuccino. Sa lecture du manuscrit s'interromprait ainsi. Oui, elle pourrait s'offrir cette machine, elle y penserait en allant faire ses courses. Elle avait vu le prix conseillé sur internet. Peut-être demain, en allant faire le plein de courses pour 15 jours. Désormais, elle les faisait tous les 15 jours au lieu de chaque semaine. Elle avait décidé cela il y a quelques temps déjà, ainsi, elle économisait sur l'essence.
Elle pensa au budget « coiffeur », qu'elle avait totalement oublié et qui pourtant, lui coûtait très cher lorsqu'elle s'y rendait, une fois tous les 6 mois.
Elle se souvint qu'autrefois, elle s'y rendait chaque mois, et pareil pour la manucure. Maintenant, elle ne pouvait plus se permettre ces soins aussi fréquemment, mais ce n'était pas si important. Ses mèches blondes se ternissaient bien un peu, elle avait des « racines », mais elle restait présentable pour elle-même, devant l'image que lui renvoyait le miroir chaque jour. Du coup, elle eut envie de voir la tête qu'elle avait, car elle avait fait un passage éclair devant le miroir ce matin, et Véréna avait attaché ses cheveux mi-longs de suite. Elle réalisa qu'il y avait déjà 6 mois qu'elle s'était rendue chez le coiffeur, et qu'il faudrait en effet penser à faire quelque chose en s'y rendant de nouveau. Alors la machine à cappuccino, ou le coiffeur ?
Demain, elle verrait ça en allant faire ses courses car le coiffeur avait son salon dans la galerie marchande de l'hyper marché où elle ferait ses courses justement, et c'était sans rendez-vous.
Elle reçu un appel téléphonique. Il s'agissait de la maison d'édition. Elle lui demandait si elle avait commencé à lire l'histoire, car ils en avaient deux autres pour elle. Elle répondit alors qu'elle en était à la moitié et qu'elle le finirait très certainement demain ou ce soir peut-être. Il faudrait qu'elle mette les « bouchées doubles », tout simplement. L'avis de Véréna était très important pour Monsieur Delubac. Il trouvait qu'elle avait toujours le mot juste, et puis ce qu'il souhaitait, était que les livres se vendent avant tout ! Il s'agissait d'histoires romantiques où les talents de lectrices de Véréna, étaient utilisés. Chacun avait son « domaine », dans cette maison et c'était plutôt bien.
Véréna était à contre-courant par rapport au temps. Elle n'avait pas son ménage et c'est maintenant qu'elle choisit de s'y mettre, à 17 h. Et alors ? Peu importait, elle vivait seule et gérait sa vie sans véritable horaire. Elle respectait juste ceux des repas, par contre. Puis elle se ravisa. Elle reprit le récit car il lui plaisait beaucoup. Elle fit bien, car Monsieur Delubac la rappela pour savoir si finalement, elle avait progressé sur l'histoire en question. Elle lui répondit qu'elle venait justement de reprendre la lecture. Selon son habitude, il l'invita à déjeuner ou dîner, invitation qu'elle refusa poliment. Elle aurait été bien embêtée, car il ne lui restait que des jeans, encore trop serrés et des vêtements en molleton impossible à porter dans des lieux un peu huppés. Elle avait juste acheté un ensemble et une robe, mais il faisait trop froid encore pour les porter. Cependant, elle savait qu'il fallait songer à cette rencontre, car il y avait fort longtemps qu'elle déclinait les invitations. Elles permettaient aussi de remettre les manuscrits. Donc, avant même d'avoir fait les courses de demain, elle savait qu'elle n'achèterait pas l'appareil à cappuccino, car il faudrait se rendre chez le coiffeur et trouver une tenue élégante, « de sortie ». Comme un « uniforme de travail » en fait. C'est ainsi que Véréna jugeait une tenue un peu habillée, ni plus, ni moins.
Il restait environ une vingtaine de pages à lire et Véréna comptait bien terminer ce soir. Elle se demandait comment les auteurs pouvaient autant fourmiller d'idées. Elle était juste capable de changer la tournure des phrases, une expression, la ponctuation, mais trouver des idées pour écrire... Elle aurait pourtant bien aimé avoir cela. Elle aimait les histoires romantiques dont elle avait la lecture, et celles plus « torturées », un peu psychologiques. En fait, elle n'était pas seule. Elle vivait au travers de ces personnages de fiction et ses amis d'alors, avaient fort bien fait de l'orienter vers cette voie.
Elle attendrait les deux autres manuscrits annoncés par l'éditeur et elle expédierait celui-ci en retour, ou alors, elle accepterait cette invitation à déjeuner. Oui, déjeuner, car dîner, elle n'aimait déjà pas sortir, et le soir encore moins.
Elle se souvint qu'elle avait quelque chose à faire ce soir, mais sur le moment, elle ne se rappelait pas de quoi il s'agissait. Ca alors !
Puis, oui, ça y était, la mémoire était revenue ! Il s'agissait de son rendez-vous avec Cyber !
Il avait assurément bien choisi son pseudo !
L'histoire qu'elle avait presque terminée de lire lui plaisait beaucoup. Elle avait apporté très peu de corrections. Elle posa les dernières pages qui lui restaient à lire, pour reposer ses yeux. Elle aimait bien pratiquer ainsi et reprendre sur la fin. Si elle se remémorait où elle s'était arrêtée avec précision, pour elle, l'histoire était captivante. A la fin de son travail de « lectrice », elle devait également laisser ses commentaires, et une « note », comme si elle corrigeait une copie. Ces histoires pour la plupart, étaient courtes. Elles étaient diffusées dans la presse et les autres étaient de petits romans écrits en gros, ce qui augmentait vite la taille de l'ouvrage.
Véréna aurait terminé ce soir et elle enverrait très certainement un mail à Monsieur Delubac, pour l'en informer. Il serait ravi. Elle fit une pause et regarda ses mails.
Justement Monsieur Delubac lui annonçait deux manuscrits partis au courrier du soir et le 3ème qui avait retenu son attention, attendait le retour de « Si c'était demain ».
Elle pourrait donc lui répondre favorablement concernant l'expédition à venir. Elle était prête à le faire, en anticipant, puis préféra attendre d'avoir réellement terminé. Elle procédait toujours ainsi. Une des règles qu'elles s'étaient établies. Parfois, la fin des histoires était surprenante, inattendue, voir inespérée.
Elle commença le ménage que l'on fait en général le matin, sans passer l'aspirateur, il n'y en avait pas besoin. Les poussières avaient été faites la veille et elle ne jugea pas utile de recommencer aujourd'hui. Tout ça la mena au bruit qu'elle percevait le soir et le matin : les pas de l'homme mystérieux. Ainsi, elle connaissait l'heure. Son appartement n'était ni petit ni grand, mais suffisamment spacieux pour elle et elle l'aimait tant ! Elle en eut vite fait le tour concernant le ménage et cela lui rappela combien il était plus agréable à vivre, de ce côté-là, que la maison de Frédéric, bien trop grande à son goût. Et bien maintenant, elle dînerait, devant le journal télévisé, comme à son habitude. La quiche et le cake l'attendait, elle y ajouterait quelques feuilles de roquette restantes de la veille, mais bien conservées au frais et le repas, riche, serait achevé.
Elle ferait sa vaisselle, préparerait sa table pour le petit déjeuner du lendemain, comme d'habitude. Ah oui, zut, elle avait oublié de préparer son jus de fruits frais, mais la centrifugeuse n'attendait que ça. Et bien elle le ferait et lirait la fin de l'histoire ensuite. Rien ne la tentait au niveau du programme télévisé, et elle le prendrait en marche sur la chaine qui l'intéresserait le plus, tout simplement.
Une fois toutes ses petites tâches achevées, elle reprit la fin de l'histoire. Dommage, elle fut un peu déçue, car la fin était prévisible. Elle en proposa une quelque peu différente. Serait-elle retenue par Monsieur Delubac et son comité de lecture, elle n'en savait rien. Elle avait terminé.
Elle confirma la fin de lecture à l'éditeur, en pensant qu'il serait ravi de recevoir ce mail. Il restait tard devant ses mails. Cet homme était marié à une femme quelque peu « envahissante », et son travail le protégeait d'elle. Il s'isolait et vivait dans son monde : les livres. Il était plus de 20h30 et décida que sa journée était terminée.
Mince ! Elle réalisa qu'elle avait oublié son rendez-vous avec Cyber ! Peut-être n'était-il pas trop tard. Elle prétexterait des problèmes de connexion, en espérant ne pas en avoir pour de vrai !
Quelle chance, Cyber était en ligne : il lui avait laissé un message justement, rappelant leur rendez-vous.
« Bonsoir. Veuillez m'excuser, Cyber, j'ai eu quelques soucis de connexion ».
« Bonsoir Harmony, j'attendais, car je suis un homme patient. Dans quelle région habitez-vous, nous n'en avons pas parlé ».
« J'habite en Essonne ». Elle ne souhaita pas en dire plus et il n'en fit pas la demande non plus.
Cyber semblait avoir bien compris que sa correspondante était sur ses gardes, très méfiante, et il ne voulait en aucun cas l'apeurer par trop de précipitation. Puis d'ailleurs, peut importait pour l'instant, où elle résidait.
Il sourit, car il avait un appartement à Antibes, certes, mais il ne s'agissait pas de sa résidence principale. Il l'avait hérité de sa mère. Il avait un peu menti, certes, mais bon, si peu...
Par contre, il ne mentirait pas sur sa profession lorsqu'elle le lui demanderait. Il était ingénieur en informatique et concevait des programmes plus ou moins compliqués, dans une très grande entreprise. Il vivait confortablement de ses émoluments. Il n'avait pas répondu à la question « divorcé », qu'elle avait posé. Oui, il l'était, mais sans enfants, car ce mariage n'avait pas duré assez longtemps, pour qu'une famille soit composée. Deux ans et des mois plus tard, avaient suffit à mettre un terme à cette houleuse union dont il n'avait jamais vraiment voulu. Il avait souhaité « lui faire plaisir », pour qu'elle revête cette robe de princesse. Un jour de vrai bonheur, noyé dans tant d'autres de disputes, de portes claquées, de nuits à l'hôtel, seul pour lui, afin d'éviter les conflits. Bien vite son ex-épouse s'était consolée et il ne lui versait même plus de prestation compensatoire. Il lui restait son travail et puis les quelques rencontres qu'il avait faite sur ce site, soldées par des échecs.
« Cyber, vous ne m'avez pas répondu la dernière fois, êtes-vous divorcé ? Parfois, on ne dit pas tout dans les annonces, lors de l'inscription, c'est ce que j'ai cru comprendre ».
« Oui, Harmony, je suis divorcé mais je n'ai pas d'enfant ». Il lui raconta son histoire, insipide et fade, telle qu'elle l'était. Et vous, Harmony ? »
« Mon ami a perdu la vie dans un accident de la route, il y a bien longtemps maintenant. Enfin, je crois, car aussi étrange que cela puisse paraître, j'ai du mal à mémoriser cette date. Le choc, sans doute, lorsque le drame est arrivé. Je n'ai jamais été mariée. Le jour de l'accident, justement, j'avais décidé de lui donner ma réponse et d'accepter de l'épouser. Depuis des années, maintenant, je vis avec mon chien ». Elle mentait, bien sûr, mais elle voulait qu'il sache qu'elle n'était pas totalement seule. Elle s'expliquerait sur ce point, si cela s'avérait nécessaire, mais plus tard.
Il lui raconta qu'il aimait voyager, en évoquant son dernier voyage aux Seychelles, mais seul alors qu'il aurait apprécié le partager avec quelqu'un.
« Quel est votre métier, Cyber ? »
« Je suis ingénieur en informatique et je crée des programmes un peu compliqués ».
« Et vous, que faites-vous, ce n'est pas mentionné sur votre fiche non plus ? »
Véréna était un peu ennuyée pour répondre à cette question, car elle n'exerçait pas vraiment de profession, hormis « lectrice », ce qui était du temps partiel. Voir du « temps libre » de Véréna.
Elle avait touché une très forte assurance-vie, suite au décès de Frédéric. Puis il y avait eu la vente de la maison, les parts dans sa société. Elle était à l'abri du besoin. Et même si aujourd'hui elle continuait de payer quelques mensualités pour son appartement, elle pouvait tout aussi bien rembourser le crédit. Elle préférait avoir des liquidités disponibles. Elle se sentait plus rassurée ainsi. Elle recevait une rente confortable tous les mois, sans que celle-ci soit d'un montant exagéré. Lectrice ! Elle lui dirait qu'elle était lectrice, bien sûr ! Ce n'était pas faux !
« Je suis lectrice pour une petite maison d'édition qui aide les jeunes auteurs à publier leur premier roman, pour la plupart du temps ».
« C'est bien, vous voyagez avec les mots alors ? Cela doit être agréable, n'est-ce pas » ?
« Oui, c'est très agréable. Certaines histoires sont fantastiques et je viens de terminer lecture d'un récit qui m'a captivé. Par contre, ne me demandez pas de vous en parler, je n'en ai pas le droit, vous le comprendrez, bien sûr ».
« C'est ma façon à moi de voyager. »
« Vous savez Harmony, je voyage aussi pour mon travail. J'ai visité plusieurs pays. »
« Vous travaillez à domicile, peut-être ? »
« Oui Cyber, tout à fait. Je gère mon emploi du temps. C'est pourquoi j'avais précisé sur ma fiche, que j'étais très solitaire. Puis une femme qui voyage seule, je ne me sentirais pas en sécurité. »
« Je vous comprends ».
« Avant, lorsque je n'étais pas seule, nous allions régulièrement sur la Côte d'Azur et j'adore cette région, mais maintenant, ce n'est plus pareil... »
Véréna était prête à lui dire qu'elle se rendait en cure de thalassothérapie tous les ans à Antibes, puis elle trouva que c'était un prématuré.
Cyber lui parla des Seychelles qui visiblement, l'avaient envoûté. Il pensa que peut-être, il pourrait lui adresser des photos, mais plus tard. Rien ne servait d'aller trop vite.
« Cyber, j'ai envie de vous poser une question indiscrète, et vous réserverez peut-être votre réponse. Suis-je la seule personne avec qui vous correspondez sur ce site ? »
« Oui Harmony, mais j'avoue qu'il m'est arrivé d'avoir 2 personnes en ligne en même temps. La dernière fois, j'ai été trop déçu, alors maintenant, je préfère me concentrer sur une seule personne, si vous me permettez l'expression. »
« Cyber, avez-vous rencontré la personne avec qui vous correspondiez ? »
« Oui, et cette personne m'avait menti sur son âge, ses goûts... J'ai été très déçu et ma correspondante aussi, j'imagine. Je ne peux pas envisager une relation, ne serait-ce qu'amicale, sur de fausses bases. J'espère que vous comprenez. »
Véréna si discrète, se permit une question très « osée ».
« Vous voulez dire que notre conversation est essentiellement amicale, n'est-ce pas ? »
« Oui Harmony, pour l'instant, nous apprenons à nous connaître, qu'en pensez-vous ? »
« Vous avez raison, Cyber, et me voilà pleinement rassurée ! »
« Tout comme vous j'apprécie beaucoup les beaux paysages, sauf que je ne fais que les regarder, je n'y vais pas. Peut-être un jour, qui sait ? Je voyage en rêve, disons ! »
« Vous aimez la Côte d'Azur, alors ? »
« Oui, mais c'était avant. »
Véréna mentit une fois encore, mais pas trop. Lorsqu'elle se rendait à la cure, début septembre de chaque année, elle ne sortait pas du complexe hôtelier. Elle trouvait tout ce qui lui convenait sur place. Une semaine de plein bonheur dans un luxe certain, mais raffiné. La majorité des personnes étaient en couple. Jamais elle ne fut importunée par un ou deux messieurs seuls. Pour cela, elle portait une jolie alliance en diamants, qu'elle s'était elle-même offert, pour parer son annulaire. On l'approchait moins, lorsque l'on voyait cet anneau. Elle emportait bon nombre de livres dans ses bagages. Elle aimait s'allonger sur un transat au bord de la piscine et lire. Elle bronzait tout doucement et regardait la mer au loin. Elle serait bien allée à la plage, mais c'était compliqué depuis l'hôtel, alors elle regardait l'immensité bleue qui s'étalait à perte de vue. C'était beau, un paysage magnifique.
« Cyber, si vous le voulez bien, je vais vous laisser. J'ai terminé une lecture aujourd'hui et j'ai encore quelques petites choses à faire sur ce manuscrit ».
C'était faux, bien sûr, mais elle ne voulait pas que cette discussion aille trop vite. « Donner le temps au temps », voilà ce qu'elle voulait.
« Harmony, peut-être pouvons-nous continuer notre discussion demain soir, à la même heure, après le journal télévisé ? »
« Oui, Cyber, je pense que cela est tout à fait possible. »
Ils se saluèrent et se souhaitèrent respectivement bonne soirée, et chacun coupa sa connexion.
Véréna se demanda de quoi ils allaient bien pouvoir parler demain, sans trop se dévoiler.
Elle ne voulait pas lui faire savoir qu'elle vivait confortablement. S'il s'agissait d'un menteur pathologique ?
Tout d'un coup, elle se mit presque à regretter son inscription et était prête à l'annuler. Puis non, elle décida de donner une autre chance à la vie et elle ne s'était engagée en rien non plus.
Elle n'avait pas sommeil. Elle alla visiter de nouveau le site sur le Mexique. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle était attirée. Peut-être parce que Cyber lui avait parlé de voyages, ça devait être cela très certainement. Elle zappa sur toutes les chaines, ou presque, afin de trouver un programme intéressant. Elle tomba sur un film qui datait déjà : « les choses de la vie ».
Michel Piccoli avait un accident de voiture et toute sa vie défilait... Ce film lui rappelait « sa vie ».
Que savait-elle ? On lui avait dit que Frédéric était mort sur le coup, et si ça n'avait pas été le cas ? Etait-il entré dans ce fameux tunnel de « l'après-vie », entre la vie et la mort ?
Elle était bien « grise et terne » après cette discussion. Et bien, si une conversation web la mettait dans un tel état, il valait mieux qu'elle cesse.
Bon, elle y réfléchirait demain : maintenant, elle regarderait ce film, même s'il finissait tard.
Le mieux était d'aller directement au lit, devant la télé, que, comme à son habitude, elle programmerait avec le retardement pour l'extinction.
Véréna regarda non seulement tout le film, mais elle n'avait pas sommeil !
La conversation avec Cyber avait duré plus d'une heure et le film ensuite, l'avait emmené au début de la nuit. Elle prit un comprimé pour dormir, elle en avait toujours. Véréna suivait un traitement régulier depuis la mort tragique de Frédéric.
Elle restait fragile, car elle avait vécu ce moment comme une véritable tragédie, ce qui était le cas d'ailleurs. La mort fait partie de la vie, dit-on, mais c'était trop cruel, trop difficile... trop trop, tout simplement. Véréna se sentait protégée entre ses murs qu'elle aimait tant, sauf lorsque l'homme au chapeau passait devant chez-elle. Elle avait trouvé refuge dans un univers feutré, où rien ne semblait pouvoir l'atteindre. C'est aussi pour cela qu'elle n'aimait plus sortir. Peut-être allait-elle enfin voir ce visage, maintenant que les jours étaient plus longs ? Elle l'espérait en tout cas. Elle s'était endormie sur cette idée.
Elle s'éveilla le lendemain matin, sans avoir entendu les pas, car il était 8 h passées. C'était bien !
La journée commença comme d'habitude, avec le petit déjeuner, le passage dans la salle de bain et le choix des vêtements... Limité désormais. En tout cas, tous ceux qu'elle avait mis aux containers, feraient bien évidemment le bonheur de certaines personnes. Ce matin, ça ne l'arrangeait pas de s'être réveillée tard, car c'était le jour des courses et comme à son habitude, elle aimait s'y rendre à l'ouverture. Tant pis ! Elle se hâta pour se débarrasser bien vite de cette corvée. Elle faisait ses comptes à mesure qu'elle remplissait le chariot, ainsi, elle savait toujours où elle en était au niveau de son budget. Elle n'acheta pas la machine à cappuccino, car il fallait songer à une tenue habillée. Puis là, c'était décidé, elle allait se rendre chez le coiffeur s'il y avait de la place. Elle acheta du cappuccino tout prêt pour cette fois encore, et ça lui irait très bien. Elle était contente, elle avait dépensé moins qu'elle ne l'aurait pensé. Maintenant, il lui restait à voir s'il y avait du monde chez le coiffeur ou pas. Elle posa la question et il y avait juste une personne qui attendait avant elle. Parfait, elle aurait le temps de ranger ses courses dans la voiture et de revenir. Lorsqu'elle revint, une personne de plus attendait, mais ce n'était pas grave. Cette séance dura 3 heures, entre les mèches, la coupe, le brushing, l'achat des produits, le paiement... Là, son budget était « explosé », comme elle s'en doutait. Bien sûr, elle pouvait piocher dans ses économies, mais Véréna avait toujours mis un point d'honneur à vivre avec un budget plus que raisonnable. Elle n'aurait pas pu faire autrement, car elle ne pouvait se résoudre à penser qu'elle vivait de la mort de Frédéric, même si pourtant, c'était vrai, d'une certaine manière. Pour elle, il aurait été immoral et impossible de vivre ainsi. C'est pourquoi elle avait choisi, avec son conseiller financier, de recevoir une rente mensuelle suffisante pour couvrir ses besoins. Le reste, elle n'y touchait pas, ou alors, très rarement si un besoin spécifique se faisait sentir, comme remplacer un appareil électro-ménager, par exemple. Pourtant, elle aurait pu, puisque, après elle, elle n'y avait personne : pas d'enfants, pas d'héritiers, ni d'ascendant. Par chance pour ses courses, aujourd'hui il ne faisait pas chaud et elle n'avait pas acheté de surgelés. Sinon, elle aurait du revenir pour aller chez le coiffeur. Elle était joliment coiffée, tout ça faisait un bien fou au moral, d'ailleurs. Elle fit un tour dans la galerie marchande afin de trouver une tenue convenant à un rendez-vous avec Monsieur Delubac, s'il lui proposait un déjeuner. Il l'inviterait très certainement un midi, car il savait combien elle n'aimait pas sortir. Alors le soir...
Elle trouva un tailleur bleu marine, et un petit pull très fin. Elle possédait des chaussures de couleur marine, un sac, tout allait bien. Le prix, ma foi, dépassait bien sûr le budget habituel, mais il fallait bien qu'elle puisse s'habiller. Elle en profita pour trouver un pantalon à associer à la veste. Elle comblerait son compte avec des économies. Maintenant, les achats étaient terminés, elle allait rentrer chez-elle, s'en était fini pour les dépenses. Elle savait assez précisément déjà, de combien son budget mensuel serait dépassé. Une chance qu'elle puisse ne pas avoir à souffrir du manque d'argent. Puis ce mois-ci, elle aurait 3 manuscrits à lire. Ceci comblerait un peu cela, se dit-elle.
Elle paya pour les vêtements qu'elle venait d'acheter et mis de côté le ticket de retrait, car il y avait quelques petites retouches. Véréna détestait la couture, aussi, elle fit faire le nécessaire par la boutique.
Véréna venait de rentrer. Les courses étaient à ranger. Ce n'était pas le plus long, mais elle faisait toujours cela avec méthode, tout comme pour les achats avant. Elle visualisait le magasin qu'elle connaissait bien à l'avance, et faisait sa liste en fonction afin de ne pas perdre trop de temps dans les rayons. Et c'est de même qu'elle mettait ses courses en sac ou carton. Ce matin, elle avait fait très vite et peut-être qu'il lui manquerait des choses. Elle verrait, car elle devait retourner chercher ses vêtements neufs, mis à taille. A midi, elle se ferait plaisir avec la choucroute qu'elle venait d'acheter. Son plat préféré n'était pas celui-là, mais « une bonne potée ». Seulement, elle ne s'était jamais lancée dans la cuisson de ce plat. Elle cuisinait le couscous, par contre. Elle aurait du penser à cela, c'était une idée. Un couscous légumes serait très bien. Elle retournerait sans doute à l'hypermarché finalement.
Elle mit la choucroute à chauffer, alla voir si elle avait du courrier, puis alluma la télé pour suivre le journal télévisé. Elle commençait à peine à déjeuner, que le téléphone sonna. DHL avait un colis pour elle. Elle se doutait de quoi il s'agissait : très certainement les deux manuscrits expédiés par Monsieur Delubac. Elle ouvrit les portes, et ensuite le paquet. Il s'agissait bien des manuscrits supposés. Il n'avait pas perdu de temps, se dit-elle ! Véréna n'avait pas vraiment envie de lire aujourd'hui, mais plutôt de préparer ses plats pour la semaine. Elle pensa lire tranquillement au lit, mais ce n'était jamais bon. Elle n'accomplissait pas un bon travail, en le faisant ainsi, même si la lecture était intéressante, elle pouvait s'assoupir. Elle pensa aussi à Cyber et à ce qu'ils se diraient ce soir ! Sa vie était un peu creuse et le dialogue risquait de tourner court ! Elle l'orienterait sur ses voyages, il aurait très certainement beaucoup à en dire. Zut ! Elle avait été sotte, elle aurait tout aussi bien pu faire repartir le roman qu'elle venait de lire via DHL, elle avait les enveloppes : comment n'y avait-elle pas pensé ?
Elle n'avait pas encore ouvert ses e-mails non plus. Petit à petit, elle éliminait ceux qui étaient commerciaux. Ah, dans le lot il y avait celui de Monsieur Delubac qui l'invitait à déjeuner vendredi. Il ferait même le déplacement, dans « son secteur », si elle le souhaitait. Elle répondit de suite favorablement et s'empressa de téléphoner au restaurant afin d'y réserver une table.
Elle n'aurait pas loin à aller, et si le temps le permettait, elle s'y rendrait à pieds, ce qui lui ferait le plus grand bien. Elle informa Monsieur Delubac et le rendez-vous « déjeuner-travail », fut ainsi pris. Il était ravi et se proposa de la raccompagner ensuite. Tout était parfait, alors. Elle annota son agenda et retourna en cuisine.
Elle se lança dans la préparation « de râble de lapin en papillote ». Une fois ceux-ci huilés à l'huile d'olive, persillés, aillés, ils seraient prêts à aller au four, et après, au congélateur, une fois refroidis. Il n'était pas encore 14 h, « horaire à demi-tarif concernant l'électricité ». Dès qu'il serait l'heure, hop, la cuisson pourrait démarrer. Véréna réalisa aussi qu'elle était vraiment très économe, car son lave-linge tournait peu aussi. C'est pourquoi elle avait acheté un lave-linge séchant aussi, car elle pouvait se permettre le luxe de faire ainsi sécher son linge. Certes, il aurait mieux fallu avoir deux machines séparées, elle le savait, mais il s'agissait d'une question de place. Elle ne voulait pas sacrifier un meuble, et elle n'envisageait pas « une colonne » de machines, dans sa cuisine bleue pâle. Elle balaya rapidement, et s'aperçut qu'il était l'heure de mettre son four en route. Et si elle en profitait pour y ajouter une tarte fine aux pommes et aux poires ? C'était une excellente idée, et du coup, elle alla rapidement éplucher les fruits. La pâte, elle l'avait achetée ce matin, et le moule pour la garnir, était prêt. En un tour de mains, elle eut finit la préparation et les râbles étaient déjà entrain de cuire. Elle enfourna sa tarte.
Véréna survola la première page de chacun des manuscrits. Elle allait se mettre à la lecture de suite, car un troisième étant annoncé, elle n'aurait pas trop de temps devant elle. Véréna faisait toujours en sorte de faire au mieux, rapidement, sans pour autant « bâcler » son travail. Il lui était arrivé une fois, de ne pas parvenir à lire un ouvrage jusqu'au bout et elle avait retourné le manuscrit, après avoir avisé Monsieur Delubac. Pourquoi, elle n'en n'avait jamais rien su !
Il y avait 150 pages à lire, elle alluma la chaîne pour y mettre la musique qui convenait bien durant ses lectures, comme à son habitude. Il ne lui manquait plus qu'à se caler au fond de son fauteuil, mettre ses lunettes et sa mission pouvait commencer. Véréna écrivait aussi quelques « nouvelles » mais jamais elle n'en avait fait part à quelqu'un. Tout ceci était bien trop secret et plus ou moins auto-biographique, pour l'une d'entre-elles. Le récit qu'elle commença, débutait sur un accident de voiture et une NDE (near death experience). Ce n'était pas très gai, mais elle décida de s'imprégner de cette histoire sans doute douloureuse. Mine de rien, elle avait « avalé » 15 pages lorsqu'elle réalisa que son four s'était arrêté, et qu'elle n'avait pas sorti ses plats ! Ils seraient sans doute un peu trop cuits, dommage.
Elle y alla de suite et la tarte avait un peu trop bruni, tandis que les papillotes, par chance, étaient sauvées par leur mode de cuisson. Elles risquaient juste d'être un peu plus sèches qu'à l'accoutumée.
Véréna reprit rapidement sa lecture et avala les pages à grande vitesse au point qu'elle réalisa l'heure, car elle entendit les pas, devant chez-elle... Incroyable, elle avait presque parcouru tout le récit ! Son arme, soit l'élégant stylo mine qu'elle s'était offert avec ses premières lectures, n'avait pratiquement pas été utilisé. Elle n'eut pas envie de faire une pause, mais celle de continuer. Cette histoire de la vie, d'une vie, la passionnait. Par contre, lorsque reprit le manuscrit, elle ne put s'y remettre, car les « pas » l'avaient déconcentrée et ce n'était plus pareil. Elle était fatiguée, toute chancelante en se levant, étourdie par la lecture qui avait plongé ses yeux dans des lignes bien écrites. Ses pas impressionnants la perturbaient trop mais pour une fois, ils lui avaient fait faire cet arrêt salutaire. Peut-être n'aurait-elle pas été suffisamment objective ensuite, dans l'appréciation à donner à cette histoire, si elle avait continué ce soir. Tous ces mots alignés les uns après les autres l'avaient vraiment émue.
Elle se souvint alors que durant le trajet qui l'avait conduite vers Frédéric, cette veille de réveillon de la St Sylvestre, elle avait pensé qu'il pouvait être dans le coma. Intuition ? Car elle n'avait curieusement posé aucune question, et de là, une « NDE » (Near Death Experience).
Elle ne devait pas être influencée par ses sentiments personnels. Le fait d'avoir songé que cela puisse être, la mis mal à l'aise. Elle devrait reprendre ce récit depuis son début, car elle venait de réaliser l'association de sa vie avec l'histoire, et ce n'était pas juste. Mais pas ce soir. D'ailleurs, elle se demanda si elle ne prendrait pas l'autre manuscrit à la place, puisque pour celui-ci, elle connaissait le résumé. Dommage, car elle était sur la fin de ce récit. Sa décision prise, elle se leva pour préparer son dîner et éteindre la chaîne hi-fi. Finalement, elle débuterait peut-être la lecture du second manuscrit ce soir, elle verrait ce que lui inspirait la fin du repas.
Mais non ! Il y avait la discussion avec Cyber ! Cette fois, elle serait à l'heure. Elle aurait bien aimé lui parler du récit qui l'avait bouleversée, c'était le cas, mais elle n'en avait pas le droit et elle ne connaissait pas la fin. L'héroïne était-elle sortie du « tunnel de lumière » ? Elle n'en savait strictement rien : tout était possible.
Véréna aimait peu parler d'elle, et comme elle ne fréquentait quasiment plus personne, elle ne voyait pas quel sujet à aborder. Elle pourrait parler de son havre de paix tant aimé, par exemple, cela ne l'engageait pas trop. Elle ne se souvenait plus si elle avait laissé la ville de résidence, en complétant sa fiche. Elle alla de suite voir « son profil ». Non, elle avait juste mis « Essonne ».Ouf ! Elle ne voulait pas donner cette précision visible par tout le monde.
Tiens, deux autres personnes avaient répondu. Elle lut les mails, les profils, mais non, elle n'était pas vraiment intéressée. Peut-être le second, sauf qu'il semblait « trop parfait » et elle ne voulait pas avoir affaire à un menteur. Cyber pouvait l'être aussi, bien sûr, mais elle ressentait une réelle sincérité qu'elle ne pouvait expliquer.
Elle répondit poliment aux deux personnes en leur disant que pour l'instant, elle était en cours de discussion avec un internaute. Quelques minutes plus tard, elle reçut une réponse de la seconde personne, qui lui proposait de nouer le dialogue malgré tout, car rien n'empêchait de le faire avec plusieurs.
Véréna sentit que cet homme pouvait devenir entreprenant et elle ne voulait pas de ce genre de dialogue. Elle lui répondit fermement qu'elle ne souhaitait pas avoir plusieurs correspondants, en le priant de bien vouloir l'excuser et que dans l'avenir, peut-être...
Ni une ni deux, il répondit à la vitesse de l'éclair ! Elle avait rudement bien fait de ne pas donner suite, car le mail était graveleux et injurieux, avec « photos pornos » ! Tout de suite, elle lui verrouilla l'accès !
Et bien voilà, elle pourrait toujours raconter sa mésaventure à Cyber, ce qui ferait un sujet de discussion toute à l'heure.
Elle releva les autres e-mails. Monsieur Delubac lui avait laissé un message dont elle fit lecture de suite, car il l'avait notifié « d'urgent ». Que se passait-il ?
Il la félicitait chaudement d'avoir été si rapide à la lecture du précédent manuscrit, émit toute son approbation quant aux modifications apportées et pour finir, lui annonça non pas un récit à venir encore, mais deux !!!
Aïe, décidemment, les jeunes auteurs fourmillaient d'idées et elle devrait mettre les « bouchées doubles » !!!
Ceci posa un cas de conscience à Véréna car était-il judicieux de relire le récit captivant, en sachant qu'elle allait avoir fort à faire ? Elle prendrait sa décision demain et débuterait peut-être la lecture du second manuscrit dès ce soir. Selon, elle ne resterait pas longtemps en ligne avec Cyber.
Elle ne procédait jamais ainsi, mais finalement, elle prit le manuscrit en attente, et commença à lire la première page tout en mangeant. Ce n'était pas « professionnel », et surtout, la première fois qu'elle procédait ainsi. Elle cessa de suite, car elle mettait un point d'honneur au respect de l'auteur avant tout. Là, elle « lisait » entre deux coups de fourchettes et ce n'était pas acceptable.
Elle prenait cette activité bien trop au sérieux, pour la réduire à la lecture d'un magazine que l'on feuillette dans une salle d'attente ou chez le coiffeur, comme elle l'avait fait ces jours derniers !
Elle aurait bien voulu contacter Cyber dès maintenant, pour lui dire qu'elle n'avait pas le temps de discuter sur Internet. Sauf que c'était une façon de lui dire qu'elle attachait beaucoup d'importance à cet échange. Ca, elle ne le voulait pas. Il était hors de question qu'il se mette de fausses idées en tête, cela n'aurait été ni juste ni honnête.
Elle alla visiter le site sur ce magnifique complexe hôtelier au Mexique, pays qu'elle ne connaissait pas. Tout de même, elle était « très tentée », sans savoir pourquoi. Ce pouvait également être un sujet de discussion avec Cyber, car il lui avait dit être « grand voyageur ».
Puis arriva le moment de joindre Cyber. Il était déjà en ligne lorsqu'elle se connecta.
Ils échangèrent les politesses d'usages. Cyber lui raconta qu'il avait eu une rude journée. Tout avait mal commencé depuis le matin. Il s'était réveillé en retard et n'avait pas eu le temps de prendre son petit-déjeuner. Sinon, il aurait été en retard à un rendez-vous professionnel important. Ensuite, le midi, tandis qu'il déjeunait avec son rendez-vous du matin, il fut bousculé à table alors qu'il buvait un verre de vin. Sa cravate, bien sûr, fut tachée... ainsi que sa chemise. Le maître d'hôtel se répandit, comme le vin, mais en excuses, sauf que la cravate était fichue très certainement ! De retour au bureau, l'écran de son ordinateur portable rendit l'âme ! Quelle journée ! Du coup, Véréna eut peu à dialoguer, juste des réponses disons standards. Cela lui permit de saisir la balle au bond et d'aviser Cyber qu'elle se trouvait un peu débordée d'un seul coup, ce qu'elle venait d'apprendre par un mail tardif de son éditeur. D'un commun accord, ils décidèrent de ne pas prolonger la conversation ce soir, et de la remettre au lendemain. Cyber, homme confiant, communiqua son e-mail personnel à Véréna, afin qu'elle l'avertisse si toutefois elle préférait se connecter à un autre horaire, ou carrément un autre jour. Elle était embêtée, car il allait lui demander son adresse en retour. Puis elle songea qu'il verrait son adresse si elle écrivait. Pour quelle raison, alors qu'elle l'aurait fait, il ne lui demanda rien ! Elle allait en profiter pour créer une adresse chez un hébergeur gratuit, ainsi, elle resterait dans l'anonymat complet : ouf !
Allez, maintenant, une adresse e-mail, comme ça, s'il la lui demandait...
Harmony, bien sur. Mince, le pseudo était déjà pris. Elle choisit d'y ajouter des chiffres, comme 0683, par exemple, ceux de ses départements préférés. Hop, c'était libre et l'adresse créée. Maintenant les mots de passe etc... Tout était en ordre !
Il était plus de 21 h, mais elle entreprit la lecture du second roman, dans de bonnes conditions cette fois, pas comme en début de soirée. Pas au lit, mais dans son confortable fauteuil.
Le temps était orageux et Véréna n'avait pas vraiment sommeil, ça tombait plutôt bien. Elle pourrait avancer sur ce manuscrit. Véréna n'avait jamais d'ouvrages très épais à lire. Tout au plus une centaine de pages, mais il fallait faire attention à tout. La construction du récit, la ponctuation, les tournures de phrases, l'orthographe, même si tout était revu par un autre comité de lecture. Monsieur Delubac dirigeait une petite maison d'édition, certes, mais il tenait à un travail fignolé, presque parfait. Il donnait ainsi leur chance à de jeunes auteurs. Souvent, leurs récits étaient publiés dans des magazines féminins de manière régulière, lorsqu'il s'agissait de « nouvelle », ou alors, ils devenaient un vrai roman. Véréna avait toujours plaisir à voir ces lectures publiées. Même Monsieur Delubac ne savaient pas qu'elle écrivait en secret. Jamais elle n'aurait osé le lui dire, car il aurait insisté pour que lecture soit faite en comité. Des lecteurs ou des lectrices se lançaient parfois de leur côté, mais Véréna ne se sentait pas capable de le faire.
Elle n'accrochait pas très bien à cette histoire très strass et paillettes, mais elle la lirait. L'auteur se perdait dans son récit et Véréna dut remettre des paragraphes en ordre. Elle y consacra deux heures, avec l'impression de n'avoir pas avancé et de ne plus savoir où elle en était. C'était laborieux, mais il y avait 50 pages seulement.
Par contre, elle avait fait l'erreur de commencer deux romans en même temps, car le récit idéal du premier, faisait baisser la moyenne du second. C'en était trop pour ce soir, elle irait se coucher et reprendrait demain, après une bonne nuit de sommeil.
Une fois couchée, elle ne put s'endormir et elle regarda les heures défiler. Pourtant, elle avait bien pris son traitement, mais rien à faire !
Le tonnerre se mit à gronder si fort, qu'il vint heurter ses fenêtres. D'habitude, elle aimait cela, mais là, elle avait un peu peur. Ce temps dura ainsi jusqu'à 2 h du matin. Il fallait qu'elle dorme !
Le sommeil arriva enfin et le lendemain matin, elle fut réveillée par les fameux pas. Elle était oppressée sans savoir pourquoi. Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas ressenti pareille sensation. Elle ne lirait pas ce matin, elle n'était pas en état de le faire. Puis elle avait ses vêtements retouchés à aller chercher, et quelques courses auxquelles elle avait songé la dernière fois, après être rentrée.
La boutique ouvrait à 10 h et cela lui laissait largement de quoi se détendre, et de faire les quelques courses manquantes.
Ce fut plus fort qu'elle, dans son bain, elle s'empara du récit captivant, et continua la lecture là où elle l'avait laissée. Elle lirait jusqu'au bout finalement, mais ferait comme prévu, une seconde lecture, c'était presque certain. Le bain était chaud comme elle l'aimait. Elle avait mis de la musique douce, la mousse du bain l'enveloppait, il faisait bon, c'était agréable. Elle cessa sa lecture lorsqu'elle commença à frissonner légèrement dans l'eau qui était désormais à peine tiède. Elle avait « dévoré » 12 pages du manuscrit ! Elle prit garde à ne pas éclabousser l'ouvrage qu'elle posa délicatement sur le meuble cérusé de la salle de bain. Le dessus en marbre, était bariolé de veines bleutées, qui donnaient beaucoup de cachet à l'ensemble. Surtout, il était bien sec pour recevoir le récit. Elle se sécha longuement dans son peignoir couleur lavande et enveloppa ses cheveux mi-longs. Elle prit son petit déjeuner, fidèle à son habitude. Le temps passa, et il fut celui de sortir pour aller faire ses courses et retirer ses vêtements. Ah oui, Véréna avait également omis d'acheter un peu de maquillage, en prévision du rendez-vous avec Monsieur Delubac. Encore une petite dépense supplémentaire, mais il fallait qu'elle paraisse à son avantage, tout de même. Elle rajouta cela à ses quelques courses, et se dirigea vers la boutique qui venait tout juste d'ouvrir.
Par sécurité, elle fit un nouvel essayage avant de repartir, et tout allait bien.
A midi, elle mangerait une papillote de lapin avec des pommes de terre vapeur et une part de tarte aux pommes et poires.
Elle avait également acheté la semoule à laquelle elle avait pensé en début de semaine, du poulet, et des légumes pour préparer un couscous. Maintenant, elle achetait les légumes tout au rayon surgelé. Le couscous était meilleur réchauffé et elle le cuisinerait aujourd'hui.
Lorsqu'elle fut rentrée, elle alluma son ordinateur afin de relever ses e-mails.
Monsieur Delubac, encore lui, se renseigna sur l'avancée de ses lectures, afin de savoir si elle ne voyait pas d'inconvénients à ce qu'il vienne demain, avec les deux autres manuscrits.
Elle eut envie d'aller sur le site de rencontre, voir si d'autres personnes avaient répondu à son profil.
Non, il n'y avait personne. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle se sentait morose. Que lui avait-il pris de croire que la date anniversaire de la disparition de Frédéric, était maintenant ? Nous étions fin mai ! Fin mai, en effet, date à laquelle elle reçut les derniers documents administratifs le concernant. Pour elle, sa disparition était « cette période ». Celle où il n'y avait plus eu de courriers importants à son attention, puisque ceux-ci étaient re-dirigés vers chez-elle et qu'il avait disparu du monde administratif. Elle avait eu bien des difficultés à ouvrir l'urne qui contenait les cendres de Frédéric. Mais telle était sa volonté que de ne pas trôner sur un meuble ou une cheminée. A ce moment, oui, il était loin de Véréna, mais présent plus que jamais dans son esprit. C'est ainsi qu'elle avait vécu à travers lui durant près de 6 mois, le temps de ne plus recevoir d'appels ni de courriers le concernant.
Elle se demanda ce que pouvait lui apporter une discussion avec Cyber, car elle savait qu'elle n'attendait pas un autre compagnon pour partager sa vie. Elle était indépendante et tenait à le rester. Elle ne s'imaginait pas avec un homme à ses côtés chaque jour, ou même de temps en temps. Que lui avait-il pris ? Et voilà qu'elle se posa de nouveau la question de continuer ou pas, avec Cyber. Véréna avait oublié de vider son lave-linge ! Décidemment, elle n'était pas dans son assiette, aujourd'hui ! Elle s'occupa bien vite de ça, en mettant de côté, pour tout à l'heure 14h, le linge qui irait au sèche-linge. Elle préparerait aussi le coucous ; il mijoterait tout seul, tandis qu'elle reprendrait la lecture, mais après avoir regardé un film pour se détendre. Elle devait finir le premier roman en cours, et décider si oui ou non, elle le reprenait en lecture en totalité. Il ne lui restait que peu de pages, environ 25 ? Elle prit tout son temps pour déjeuner, devant le journal télévisé qui continuait de parler de cette terrible catastrophe aérienne où aucunes personnes n'avaient survécues, sur 228. Les recherches des corps étaient toujours en cours, et de même pour les débris de l'appareil. Maintenant, il y avait peu de chance que l'on retrouve les fameuses « boîtes noires » permettant de découvrir l'origine de l'accident. A la fin du journal télévisé, Véréna s'installa devant la télévision pour regarder le film qu'elle avait envisagé. Elle s'éveilla
1 h plus tard, devant le générique de fin du film ! Elle ragea contre elle-même. Ce n'était pas si grave après tout, elle pourrait revoir le film. Puis elle avait rattrapé le sommeil perdu de cette nuit difficile. Et si comme les enfants, elle prenait un goûter ? Ce n'était pas raisonnable, mais bon, il fallait bien se laisser aller de temps en temps... à une part de tarte. Elle mit le sèche-linge en route, et la cuisson du couscous également. Et oui, avec sa sieste imprévue, elle avait pris du retard sur son emploi du temps. Mais qu'importait ? Personne ne viendrait frapper à sa porte, pas plus qu'elle ne recevrait d'appel téléphonique.
Demain elle déjeunerait avec Monsieur Delubac et qui sait si finalement, elle relirait le manuscrit qui lui plaisait tant ? Elle s'interrogeait encore ! Ne valait-il pas mieux rester sur une première impression pour préserver l'objectivité ? Si tel était le cas, Monsieur Delubac serait ravi, car il repartirait avec un récit sous le bras !
Le sèche-linge avait terminé son travail et il lui restait à plier le linge sec. L'autre sécherait naturellement. Dommage qu'elle se soit assoupie, car elle aurait pu le mettre dehors, sinon.
Elle eut encore l'impression d'étouffer et ouvrit la porte-fenêtre de sa cuisine. Ca sentait très bon, avec les effluves du couscous ! Il embaumait la pièce... et le couloir, car Véréna avait oublié de fermer la porte de la cuisine. Pouah ! Le cappuccino qu'elle venait de boire avec la tarte, par contre, avait un gout insipide et fade. Elle aurait du faire cette folie et acheter la machine à cappuccino. Dans 15 jours elle ferait cet achat.
Maintenant, elle allait reprendre la lecture du manuscrit et de la vingtaine de pages restantes.
Ce récit la tenait en halène, mais il était cruel, dur... comme la vie peut l'être. Tout était bien écrit, et l'on vivait l'histoire. Elle avait une fin heureuse, cette histoire, car l'héroïne sortait « du tunnel de la mort ». Par contre, il lui fallait ré-apprendre à vivre, et la difficulté était là. L'auteur devait être à bout de souffle sur cette histoire, car il n'avait pas jugé bon de continuer en lui trouvant une suite. Véréna avait l'impression qu'il lui manquait quelque chose. Ce furent les remarques qu'elle nota sur le récit : « ne se pourrait-il pas que la ré-éducation soit une autre phase du récit, entre l'héroïne et son mari ? ». Véréna pensait que cet excellent roman, souffrait de l'absence d'une fin plus complète. Elle avait décidé : elle ne relirait pas une seconde fois comme elle avait sincèrement pensé le faire. Elle connaissait l'histoire et serait influencée par ses propres commentaires. Ce ne serait pas juste. Si la fin restait telle qu'elle l'était, pourquoi pas ? Charge à Monsieur Delubac et son comité de « re-lecture », d'en décider. Il serait ravi, elle lui donnerait un manuscrit !
Il apporterait les autres « lectures » demain, elle allait le lui confirmer de suite en réponse à son e-mail.
Elle reprit la lecture du second roman. Il s'agissait d'une histoire d'amour arrangée entre deux familles aisées, qu'un « trouble-fête » désargenté, venait déstabiliser. Véréna se concentrait difficilement sur ce second ouvrage, mais elle avait envie d'avancer. En général, elle n'aimait pas avoir de « lecture » en attente. Monsieur Delubac comptait sur son avis et elle ne manquait jamais de le donner au plus vite, sans pour autant bâcler son travail. Décidemment, elle n'accrochait pas. Sans doute avait-elle du mal à vider son esprit du récit qu'elle venait d'achever.
Par contre, la journée avait été courte. Le soleil baignait encore le salon. Véréna fit une pause pour aller voir la cuisson du couscous. Elle goûta, c'était parfait ; il ne restait plus qu'à le laisser continuer de mijoter.
Elle reprit sa lecture avec sérieux. Sans s'en rendre compte, elle en était rendue à la moitié du récit, qui n'avait pas, selon elle, la qualité d'écriture du précédent, mais serait fort agréable à lire sur une plage ou au bord d'une piscine, par exemple. Finalement, elle en était à plus de la moitié, lorsque les pas s'arrêtèrent devant chez-elle. Elle savait donc l'heure qu'il était, mais vérifia malgré tout : 18h45, c'était bien cela. Il restait un peu moins de 30 pages à lire et Véréna se sentait tout à fait capable d'y parvenir dans la soirée.
Elle reçu une notification d'e-mail et ce bruit la sortit du récit. Monsieur Delubac lui annonçait qu'il viendrait plutôt la chercher à son domicile demain midi, avant le déjeuner. Elle répondit instantanément qu'elle n'y voyait aucun inconvénient et se tiendrait prête pour cet horaire.
Elle reprit bien vite son ouvrage, car désormais, elle s'en était imprégnée. Véréna n'eut pas faim ce soir-là et c'est tout juste si elle pensa à Cyber ! Elle songea à lui car elle avait mis son réveil à sonner, comme elle le faisait toujours au cours de ses lectures pour la pause, imposée, celle qui lui semblait nécessaire au cours des lectures. Elle lui adressa un mail courtois, indiquant qu'elle était très occupée à son travail ce soir, et elle promit qu'ils pourraient se contacter le lendemain.
Elle attendit sa réponse. Il la remercia de l'avoir avisé, car lui-même était fort occupé ce soir, par une réunion de travail qu'il ne pouvait remettre. Il allait justement l'avertir qu'il ne pourrait être en ligne. Véréna reprit la lecture, et lorsqu'elle tourna la dernière page, minuit était passé depuis déjà une heure ! Mais le manuscrit était terminé.
Véréna reprit ses corrections une à une, car elle ne pouvait laisser ce travail pour le lendemain. Elle procédait toujours ainsi, afin d'avoir l'esprit bien à l'ouvrage.
Monsieur Delubac serait plus que content, car il aurait non pas un manuscrit en retour, mais deux !
Par contre, Véréna était maintenant fatiguée et elle ralentirait le rythme, concernant les deux autres à venir. Lire était très fatiguant et ces jours-ci, elle ne s'était pas beaucoup ménagée.
Elle ferma les volets, vérifia que sa porte l'était à double tour également.
Elle alla se coucher bien vite, car le sommeil était là, maintenant.
Elle dormit sans cauchemar ni rêve et s'éveilla tôt, avant les pas qu'elle entendit cependant, en prenant son petit déjeuner.
Elle resta en peignoir de bain un certain temps, pour ne se préparer qu'au dernier moment à accueillir Monsieur Delubac. Elle savait qu'il ne serait sans doute pas tout à fait à l'heure, car il ne maîtrisait pas la circulation. Et bien il la fit mentir, car il arriva avec 20 minutes d'avance sur ce qu'elle avait pensé ! Mais elle était prête, vêtue de son tailleur bleu marine tout neuf, et soigneusement, mais légèrement maquillée.
Il appréciait beaucoup Véréna car jamais il ne se déplaçait en banlieue comme il le faisait pour elle.
Elle lui annonça que finalement, elle n'avait pas « un manuscrit » à lui rendre, mais les deux, au moment où il lui tendit ceux qu'ils avaient apportés. Comme elle l'avait prévu, il était ravi !
Il l'était tellement, qu'il lui fit une avance financière sur les deux prochaines lectures à venir.
Véréna ne demandait jamais cela, même si c'était souvent d'usage. Elle estimait que le travail n'avait pas à être rétribué, tant qu'il n'avait pas été effectué. Mais elle accepta, car ce chèque comblerait les dépenses supplémentaires de ce mois-ci. Ils étaient entrain de parler du premier récit que Véréna avait beaucoup apprécié, hormis la fin qu'elle trouvait un peu inachevée, puis ils partirent pour le restaurant, car leur table ne les attendrait pas indéfiniment. Ils ne discutaient jamais « travail » avant de déjeuner d'habitude, mais le faisaient au cours du repas plutôt.
Ce déjeuner dura très longtemps, plus qu'à l'accoutumé, mais il faut dire aussi, que Véréna était une convive bien rare. A tel point qu'ils firent la fermeture devant un restaurateur qui n'attendait finalement que ça. Ce repas fut copieux et raffiné, comme à son habitude, et Véréna apprécia de ne pas avoir à faire le chemin de retour à pieds, surtout avec ses escarpins !
Il était 16h30, lorsque Monsieur Delubac fit montre de repartir. Véréna lui proposa un thé, qu'il accepta volontiers, avec une part de tarte faite par Véréna : sa fameuse tarte aux poires et pommes. Il s'en délecta, et cette fois, se leva pour partir, car le retour sur Paris, lui promettait des bouchons à 17h30.
Véréna était contente, finalement, de n'avoir pas été seule. Monsieur Delubac était de bonne compagnie.
Elle décida après cette journée de détente, de prendre un des romans pour en lire les premières lignes. Elle fit ainsi avec le premier en main, et idem avec le second afin de savoir lequel serait sa première lecture. Peut-être commencerait-elle ce soir. Mais non ! Elle avait promis à Cyber d'être en ligne et Véréna ne manquait jamais ses promesses.
Après l'excellent déjeuner de ce midi, elle n'aurait guère faim. Elle fit ses comptes, avec le chèque d'avance de Monsieur Delubac, et oui, il comblait ses dépenses un peu excessives de ce mois, mieux qu'elle ne l'avait espéré, car le montant du chèque était très généreux. Cet homme avait vraiment une totale confiance en Véréna et la traitait un peu comme sa fille. Il ne connaissait pas toute son histoire, et la tragique disparition de Frédéric. Véréna était devenue « lectrice », après l'accident. C'est ce qui avait donné un but à sa vie. Ses thèmes de lectures étaient apparus comme une évidence, dans le « romantisme, psychologique et les poèmes » aussi. Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas eu de poésies à lire d'ailleurs.
Demain était le week-end et elle resterait confinée chez-elle, comme à son habitude, car elle n'avait pas de raison de sortir. Elle ferait cuire son pain, elle avait de quoi se nourrir au réfrigérateur et au congélateur, tout était donc parfait. Son couscous, bien sûr, il y avait ce merveilleux couscous !
Il était 18 h 15 et l'heure du contact avec Cyber était 20h30. Elle avait la possibilité de débuter la lecture ; elle en avait très envie. Elle cesserait pour 20 h au plus tard.
Elle leva les yeux avant d'entendre les fameux pas et alla se poster derrière la clôture.
Lorsque la personne s'arrêta, elle osa demander : « mais qui êtes-vous, que me voulez-vous à la fin ? » L'homme, car il s'agissait d'un homme, elle en avait bien distingué la silhouette, accéléra le pas. Elle était haletante, perturbée par cette audace qu'elle venait d'avoir, et retomba dans son fauteuil de lectrice, comme une poupée de chiffon ! Elle était épuisée, d'un seul coup, et bien incapable de reprendre la lecture ! Elle souligna l'endroit où elle s'était arrêtée et reprit son souffle ! Elle manquait d'air et se sentit légèrement défaillir. Il était bien trop tard pour avaler un comprimé de vitamines, sinon, elle ne dormirait pas cette nuit. Il fallait qu'elle sache, pourtant !
Elle pensa un instant, confier son tourment à Cyber, mais ceci était bien trop personnel, elle ne pouvait pas le faire.
Afin de se changer les idées, Véréna se mit à établir la liste de ses menus, car elle ne l'avait pas dressée pour la semaine écoulée. Elle procédait toujours ainsi afin de savoir les courses qu'elle aurait à faire, ou ce que contenaient « ses réserves ». Chaque jour, elle cuisinait un peu, en début d'après-midi, toujours, pour économiser l'électricité. Sans doute penserait-on d'elle qu'elle était radine, mais elle était juste économe. Si d'aucun avait su qu'il ne lui était pas utile de faire cela pour vivre confortablement, en effet, ils auraient pensé qu'elle était pingre.
Chaque mois, elle recevait un état de compte, et son patrimoine était florissant. Mais une fois encore, elle ne pouvait ainsi y toucher, car elle ne devait pas vivre par le décès de Frédéric. C'était impossible, elle n'aurait pu continuer à lui survivre de la sorte.
Voilà ! Les menus de la semaine prochaine étaient prêts et elle n'aurait sans doute pas besoin de sortir faire les courses.
Elle regarda si Cyber était en ligne et il était là. Il l'appela de suite :
-« Bonsoir Harmony, comment allez-vous » ?
« Bonsoir Cyber, je vais bien, merci ».
Cyber demanda à Harmony si elle avait eut d'autres réponses, d'autres contacts et elle lui répondit négativement.
« J'ai été très occupée à mes lectures et j'ai eu un déjeuner de travail avec le directeur de la maison d'édition ».
« Nous avons continué de travailler l'après-midi et vous, Cyber, votre journée ? »
-« je n'ai pas eu beaucoup de temps à moi, j'ai eu cette réunion importante qui a duré tard dans la soirée ».
« Il y a deux jours, en allant sur un site féminin, je suis tombée sur un pervers... !!! Vraiment, j'ai trouvé cela odieux car je pensais que les sites étaient un peu plus sécurisés et surtout, sérieux ! »
-« vous savez, Harmony, de nos jours, tout est si facile et il y a des personnes peu scrupuleuses ».
« Cyber, vous qui aimez voyager, où allez-vous vous rendre prochainement ? »
-« à Dubaï, Harmony, mais c'est un voyage-travail, que je prolonge en voyage d'agrément. Je ferai de jolies photos et si vous le souhaitez, avec une adresse e-mail, je pourrai vous les faire partager ».
Ca y était ! Le moment d'échanger une adresse e-mail semblait venu... Qu'allait-elle faire ? Lui donner l'adresse qu'elle avait créée exprès ou pas ?
« Vous partez quand, Cyber » ?
-« je pars en milieu de semaine prochaine, mercredi. Je ne vous l'avais pas dit car je peux malgré tout vous laisser des messages sur le site, même si nous n'aurions pas pu correspondre en direct ».
Harmony se dit qu'après tout, elle pouvait laisser cette adresse créée exprès et c'est ce qu'elle fit.
« Je vous laisse mon adresse : har…@… On dit que Dubaï est fantastique...ment riche et envoûtante ! Vous me direz ! Je voyagerai par procuration ! »
-« Vos lectures ont-elles été intéressantes ? En avez-vous d'autres en cours déjà ? »
« Oui, j'ai deux manuscrits qui m'attendent déjà, et l'un de ceux que j'ai rendu, m'a beaucoup plu, sauf la fin, mais peut-être que l'auteur tiendra compte de ma remarque ».
-« Je note votre adresse et n'ayant crainte, je ne la transmettrai à personne, vous pouvez avoir toute confiance, Harmony. Qu'allez-vous faire ce week-end ? »
« Rien de particulier vous savez. Rien de plus que d'habitude : et j'ai deux « lectures » à faire. Peut-être vais-je en commencer une dès demain, je ne sais pas encore. En général je cuisine chaque jour, mais là, j'ai cuit un couscous et j'ai vu un peu grand. Je congèlerai le reste je pense ».
-« j'aimerais bien avoir des plats cuisinés chaque jour, mais je suis un grand adepte du four à micro-ondes ! Il est mon meilleur allié en cuisine !!!
« Cyber, je l'utilise aussi, puisque je décongèle mes plats ! Vous me donnez une idée : je vais cuire un gâteau au chocolat demain. Je sais que je dois faire attention à ma ligne, mais après tout, se faire plaisir est un moment de la vie aussi ».
-« Harmony, je ne vous l'ai pas dit, mais je suis un incorrigible gourmand ! Mais vous ne partez jamais en vacances alors ? Cela ne vous manque pas » ?
« Non, cela ne me manque pas car je vis dans un endroit agréable, que j'apprécie énormément. Mes murs m'accueillent chaque jour au réveil avec un sentiment de plénitude, et je n'ai aucun besoin réel de les quitter ».
Véréna mentait, elle savait déjà que Cyber possédait un appartement à Antibes, lorsqu'elle avait failli laisser passer qu'elle s'y rendait en cure thermale chaque année. Finalement, leur discussion était assez plate, et elle avait l'impression que tous deux s'y ennuyaient. Comment savoir, comment le lui dire ? Voulait-elle vraiment arrêter cette relation qui semblait au ralenti ?
Enfin, durant 10 jours au moins, elle n'aurait pas d'échange avec Cyber, puisqu'il partait à Dubaï.
Elle lui avait dit qu'il ne serait pas trop facile de correspondre, mais il lui rappela qu'il possédait son adresse e-mail désormais.
Aïe, pensa-t'elle ! Pourquoi la lui ai-je donnée de suite, aussi vite ?
Ils parlèrent de son travail qui ne le conduisait plus autant à l'étranger qu'autrefois. Mais une fois par an, au moins, si ce n'est deux, il se déplaçait. En somme, lui aussi était casanier finalement. Ses fréquents déplacements des années passées, avaient contribué à la fin de son mariage, et il eut envie de raconter cette période de sa vie à Véréna.
Il sortait peu, hormis pour son travail et le séjour annuel qu'il s'offrait.
Il partait souvent en dehors des périodes de rush.
Son divorce avait été difficile et il avait du déménager ce qu'il ne pensait pas avoir à faire. Son ex-épouse n'avait pas souhaité un divorce facile, loin de là. Et plutôt que de parvenir à un accord, il s'était déchirés jusqu'au bout.
Elle fut rassurée, car cela signifiait que s'il devait lui demander un jour à la rencontrer, ce ne serait pas de suite au moins. Elle n'était pas prête pour tout ça, et visiblement, lui non plus.
Même s'il y avait le TGV, Antibes n'était pas à côté, elle aurait cette excuse au cas où, sauf que Cyber ne résidait pas à Antibes.
Qu'elle était son vrai prénom ? Elle devint curieuse d'un seul coup ! Elle aurait bien aimé savoir, là, maintenant.
La soirée était bien entamée et elle prit congé de Cyber, car en fait, elle voulait commencer à lire. Il lui adresserait des e-mails depuis l'étranger, mais avant, il avait eu la courtoisie de lui demander s'il pouvait le faire. Il était difficile de lui dire non, et puis il n'aurait très certainement pas beaucoup de temps pour la contacter entre son travail et ses loisirs. Ce n'était pas plus mal après tout. Véréna aurait pourtant aimé en savoir d'avantage sur son compte, puis d'un autre côté, elle semblait perdre un peu de liberté avec cette relation virtuelle. Cet aspect des choses ne la satisfaisait qu'à moitié.
Véréna commença une de ses lectures, sans grand enthousiasme, mais elle avait besoin de se libérer de tout cela en ce moment. Elle espérait lire les deux romans sur quinze jours. Après, elle pensait être moins sollicitée, car les beaux jours arrivaient et souvent, c'était la période un peu creuse. Ce moment, d'ailleurs, qu'elle prenait parfois à écrire pour elle-même.
Avant, elle aimait le soleil généreux auquel elle offrait sa peau pour un hâle parfait. Désormais, elle n'allait plus vers ce bel astre, puis ces jours-ci, l'été semblait arrivé, car il faisait terriblement chaud.
Elle avait sorti sa jolie table de jardin sur la belle terrasse qu'elle s'était faite faire en remplacement des dalles où l'herbe se faufilait. Le parasol, géant, cette fois, était également en place et elle nettoierait son transat. Depuis qu'elle avait fait retirer les arbres de son jardin, il n'y avait plus d'ombre du tout, mais plus de feuilles à ramasser non plus, à la morte saison.
Maintenant, si le temps restait au beau fixe, elle pourrait déjeuner, et dîner également, sur la terrasse. La « lecture » qu'elle avait en main, était épaisse, lui semblait-il. Il s'agissait d'une biographie, en fait. D'habitude, elle n'avait pas ce genre de récit, mais pourquoi pas ? A moins qu'il ne s'agisse d'une erreur « d'aiguillage ». Elle en lut 12 pages, puis sentit que le sommeil la gagnait. Non pas que l'histoire était inintéressante, mais c'était comme ça, un coup de fatigue.
Elle alla prendre une douche pour se détendre, comme si elle percevait une certaine tension dans l'air, et elle se coucha après s'être appliquée une crème hydratante et apaisante.
Elle fut réveillée à l'heure « des pas », mais ils n'y furent pas car nous étions samedi. Jamais de bruit de pas sous les fenêtres le week-end.
Fidèle à ses habitudes, elle passa de suite à la cuisine pour le traditionnel petit-déjeuner. Elle en avait marre, de ses traditions finalement. Elle était tellement « prévisible » ! Elle en avait d'un seul coup assez de sa petite vie bien rangée, réglée comme du papier à musique. Pourquoi ne bouleverserait-elle pas un peu de ce planning trop parfait ? Déjà, elle ne cuisinerait pas. Elle avait de quoi tenir plusieurs jours et surtout, elle ne voulait pas faire comme la veille et l'avant-veille.
Elle retourna se coucher. Pourquoi avait-elle besoin de se lever si tôt d'ailleurs ? Elle regarda les informations, confortablement installée dans son lit, avec deux oreillers dans le dos.
Véréna, pour une fois, se mit au milieu du lit. Jamais elle ne le faisait ; elle dormait toujours d'un côté, de « son côté », comme si elle attendait encore quelqu'un. Finalement, elle se leva 1 h plus tard, prit sa douche et déjeuna d'un simple café au lait et d'une tranche de pain nature. Ce même pain qu'elle réservait à ses œufs brouillés du matin. Elle s'habilla confortablement, car là, elle n'avait pas l'intention de changer et entreprit de commencer son ménage, tout en douceur, pour ne pas faire de bruit et déranger ses voisins. C'était assez vite fait, car la surface n'était pas si grande. Puis, tiens, pourquoi ne s'offrirait-elle pas les services d'une femme de ménage ? Elle en avait les moyens et créerait un emploi. Elle allait y réfléchir ! Ce ménage était la bête noire de Véréna. Heureusement, les vêtements qu'elle portait, ne nécessitaient pas de repassage, et puis elle avait largement « épuré » sa garde-robe.
Elle s'était désabonnée de la plupart des mailing-list, ce qui fait que désormais, sa boite e-mail était relativement pauvre. Ce n'était pas grave, les tentations étaient moins grandes, et la boite plus rapidement vidée !
Tiens, un e-mail de l'associé de Frédéric ! Que pouvait-il bien lui vouloir ? Il y avait de très longs mois qu'elle n'avait eut de nouvelles et ça ne lui manquait guère. Un service ! Voilà, il avait besoin d'un service ! Il connaissait une jeune-femme qui s'essayait à l'écriture et il sollicitait Véréna pour avoir « un avis ». D'abord, elle eut l'intention de refuser, et puis finalement, pourquoi pas ? Elle répondit à ce mail « très intéressé », dans lequel il n'avait pas même prit la peine de lui demander des nouvelles. Allez, la réponse venait juste de partir.
Elle reprit sa lecture d'hier soir, et pour une fois, la trouva très difficile à lire. Il s'agissait d'une femme qui avait gâché la vie de deux hommes, en les voulant successivement. Oui, c'était bien une biographie car les termes étaient si précis que l'on pensait plutôt à une « confession ». Comme elle avait souffert, comme elle souffrait très certainement encore. Ce récit captiva Véréna. Les mots sonnaient juste, les phrases ne s'essoufflaient pas, l'histoire était cohérente. Seulement, serait-elle assez longue pour intéresser Monsieur Delubac ? Eh oui, il fallait un minimum de pages et là, elle pensait que le compte n'y était pas. Véréna avait l'autorisation de correspondre avec l'auteur si celui-ci avait laissé des coordonnées et que Monsieur Delubac, autorisait « le lecteur ». Véréna avait cette autorisation. Finalement, les récits biographiques venaient tellement du fond de soi-même, qu'ils devenaient vite passionnants. Véréna eut envie de laisser un message, mais elle n'avait pas été suffisamment loin dans la lecture, pour conseiller à son auteur, de trouver l'inspiration afin de rajouter une bonne quinzaine de pages ! Cela semblait facile à dire, mais à écrire ? C'était une autre affaire !
Véréna s'arrêta là pour l'instant, car elle ne devait pas prendre parti et c'était la seconde fois en peu de temps, où elle avait failli le faire.
Elle regarda encore une fois le site où était présenté un endroit du Mexique. Oui, ces eaux turquoise la tentaient, c'était indéniable. Mais qu'irait-elle y faire et quand ? Elle se dirigea tout de même en cuisine, car il n'y avait plus de pain. Véréna sortit tous les ingrédients nécessaires à la préparation, qu'elle mettrait en route en début d'après-midi.
Véréna lança sa recherche sur une femme de ménage. Elle n'avait aucune idée du coût de cette prestation. Elle trouva plusieurs candidates possibles et n'hésita pas à téléphoner en ce samedi matin. Il était maintenant 11h30 et c'était un horaire convenable. Deux personnes sur les trois, n'étaient pas joignables, elle trouva la troisième. Elle convint d'un rendez-vous avec cette jeune femme. Elle allait lui proposer à compter de lundi, mais apparemment c'était urgent, car elle lui proposa ce jour-même, un week-end. Pourquoi pas ? Véréna n'avait rien de prévu et elle lui proposa 14h30. Elle rappela une seconde personne, mais elle n'avait pas l'air très emballée par le peu d'heures que cherchait Véréna. En effet, son appartement n'était pas si grand, alors bien sûr, il n'y aurait pas de longues heures de ménage. Une fois par semaine, serait un grand luxe. Elle pensait au lundi par exemple avec un ménage fignolé par contre.
Véréna se mit à table, devant son couscous, qu'elle servit sur sa terrasse baignée de soleil. Elle ouvrit le « grand parapluie » comme elle aimait à l'appeler, et déjeuna. Il faisait bon dehors ! Elle s'assoupit légèrement sur sa chaise, devant sa tasse à café lorsque le téléphone sonna.
Il s'agissait de la jeune-femme qu'elle devait recevoir à qui, bien entendu, elle n'avait pas laissé les codes d'accès. Elle se chaussa rapidement et descendit les escaliers tout aussi vite.
La personne qu'elle accueillit, était toute frêle, au visage triste et empreint de douleur, mais peut-être se trompait-elle ?
Elle ouvrit la porte avec la clé, de façon à ne pas montrer le code.
Elle montra son « univers » et expliqua ce qu'elle souhaitait, puis elles parlèrent tarif à l'heure.
Il fallait compter 7,25 euros de l'heure. Véréna ne semblait pas trop affolée par le prix, car elle avait regardé sur internet après avoir convenu du rendez-vous et puis son appartement n'était pas très grand.
Françoise semblait réellement intéressée, car elle lui avoua avoir une autre cliente dans sa résidence justement. Si en plus elles s'accordaient, et sur le même jour où elle venait déjà ici, ce serait encore mieux. Elle lui proposa ses services pour le repassage, mais Véréna n'en avait pas besoin, tout du moins pas pour l'instant. Elle lui laisserait éventuellement la vaisselle. Cela faisait peu, alors Françoise lui proposa du temps de jardinage, lorsqu'il y avait à tondre. Véréna fut surprise, mais pourquoi pas ? Elle détestait faire cela. Véréna sentit que cette jeune-femme avait vraiment besoin de travailler
Elles furent d'accord pour le lundi matin pour Véréna, car Françoise venait le lundi quand elle le souhaitait, chez l'autre personne. Elles convinrent d'un essai et se faisant, Véréna et Françoise téléchargèrent les imprimés de déclaration d'emploi, tandis que Véréna fit un mail à sa banque concernant les « chèques emploi services ».
Véréna offrit un café à Françoise tandis qu'elle prenait les coordonnées de son « employée de maison », comme il était usage de le dire. Véréna se trouva toute drôle, dans le rôle d'employeur et elle espérait que cette aventure ne serait pas un échec. Françoise était méritante, elle élevait seule son enfant de 6 ans, depuis le départ de son mari. Ce dernier lui versait une pension alimentaire et une prestation compensatoire, mais elle avait des difficultés à boucler ses fins de mois. Elle s'était « racontée » à Véréna, mais Véréna sentait qu'elle avait affaire à une personne discrète, qui lui avait dit ce qu'elle devait savoir, ni plus, ni moins et c'était parfait ainsi.
Elle appellerait Véréna à son arrivée lundi 10 h 30.
Lorsque Françoise repartit, il était légèrement plus de 15h30.
Véréna se sentit soulagée de n'avoir pas le ménage à faire ! Un vrai luxe, car seule, elle ne salissait pas beaucoup.
Elle venait d'augmenter ses dépenses avec un téléphone dernier cri, mais il serait pris en charge en partie, par la maison d'édition. Monsieur Delubac tenait à ce qu'elle soit facilement joignable. Là aussi, il s'agissait d'un luxe, car Véréna sortait tellement peu.
Elle n'avait pas très envie de prendre un ouvrage, mais de se détendre après avoir rangé quelques papiers dispersés ça et là sur sa table.
Il y avait toujours la publicité sur le Mexique et Véréna était réellement attirée. Ce pouvait-il qu'elle, la solitaire, craque pour un séjour ?
Elle alla encore éplucher de plus près le descriptif, cette fois sur internet.
C'était très tentant, et le prix également. Elle adressa un mail à l'agence de voyage afin d'en savoir d'avantage. Que lui prenait-il d'un seul coup, à vouloir de nouveau « vivre » ?
Tout de même, il fallait qu'elle lise et elle prit le premier ouvrage. Elle n'en lirait pas trop, non, mais un bon début tout de même.
Ce récit semblait autobiographique, empreint de douleur. En général, elle parvenait toujours à donner un âge à l'auteur, mais là... Cette personne était une femme, et lui semblait assez jeune.
Elle était très appréciée de Monsieur Delubac et il lui communiquait désormais, la fiche détaillée des auteurs. Elle ne regardait jamais avant la lecture... La jeune-femme, puisqu'il s'agissait bien d'une femme, avait 28 ans ! Son récit était sombre. Véréna s'y plongea et fut tirée de ces pages, par une alerte e-mail. A part Monsieur Delubac ou une publicité, elle n'attendait pas grand monde. C'était l'agence de voyage qui lui communiquait les renseignements demandés. Sur l'instant, Véréna était réellement séduite et s'imaginait déjà sur une plage à moitié vide, proche de l'hiver tandis qu'il ferait froid en région parisienne. Mais serait-elle capable de laisser une seconde fois son cher logis ? Elle reprit rapidement le récit où elle l'avait laissé pour ne pas être perdue ensuite. Puis elle retourna vers le mail de l'agence.
Après tout, pourquoi ne pas appeler directement ? C'est ce qu'elle fit. Elle eut une mine de renseignements et de suite, un tarif proposé pour 10 jours sur place. Oui, 10 jours était une bonne durée pour un si long voyage. Elle demanda un devis détaillé avant de se décider. Que lui arrivait-il décidemment ? Est-ce parce qu'avec Frédéric, ils avaient prévu de commencer à voyager, maintenant que son entreprise fonctionnait bien ? Peut-être ! Elle était toute chamboulée !
Pour une fois, depuis si longtemps, elle n'avait pas envie d'être seule. Mais qui pouvait-elle appeler ? Personne !
Les seuls amis qui lui restaient, avaient des journées éprouvantes et puis il y avait longtemps qu'elle ne les avait pas contactés.
Elle continuerait de lire, ce récit l'interpelait. Son e-mail l'alerta encore et cette fois, elle pesta, car elle n'avait pas très envie de sortir de l'ouvrage dont elle s'était imprégnée. Il s'agissait de Cyber, qui voulait savoir si elle était disponible pour un peu de discussion. Oui, elle l'était en effet, mais ce n'est pas avec lui qu'elle avait envie de dialoguer. Elle ne le connaissait pas assez.
Elle ne lui répondit pas... Elle le ferait demain, comme si elle venait de relever ses e-mails. Un tout petit mensonge.
Véréna était lectrice, mais elle aimait vraiment ça ; de plus en plus, d'ailleurs. Presque chaque récit la captivait. Elle avait toujours une petite remarque à faire, oui, mais cela n'entachait pas l'écrit qu'elle avait eu en mains.
La vie de cette jeune-femme était noire comme la suie. Elle y décrivait son enfance, déchirée entre une mère et un père. Sa mère qui tentait de l'acheter avec cette fortune personnelle dont elle disposait, et son père, un homme bon et travailleur, qui était désormais méprisé par la belle-famille qui ne l'avait jamais vraiment accepté. Elle, la petite fille, devait subir les pleurs, les cris, la lutte de condition sociale... Ce récit était dur mais conduisit Véréna jusqu'au tout petit matin !!!
Elle qui ne voulait en lire que quelques pages... Elle en avait lu presque 40 ! Elle regarda combien en comptait le manuscrit. Il y avait environ 120 pages, en gros caractères. Elle réalisa qu'elle n'avait pas sommeil cependant il fallait qu'elle se couche, sinon, elle se sentirait mal dans les heures à venir. C'est ce qu'elle fit, avec beaucoup de difficultés pour trouver le sommeil.
Véréna fit un bond dans le lit et il lui fallut quelques minutes pour recouvrer ses esprits. Elle ne se rappelait de rien mais il lui sembla sortir d'un mauvais rêve qui l'aurait réveillée en sursaut. Elle regarda le réveil: 06:46.
Un sentiment étrange persistait et Véréna se rapprocha de la fenêtre. Elle n'avait pas entendu les pas, ce qui était logique puisque nous étions dimanche, mais quelque chose s'était passé sous sa fenêtre; elle en était sûre.
Nous étions donc dimanche et il fallait se lever, tel un métronome guidé par le rythme des pas, même absents en ce jour. Voyons, voyons, qu'allait-elle bien faire, en ce matin radieux ?
Le soleil semblait présent et jouait les intrus entre les lamelles de ses volets qu'elle avait laissé ajourés. L'été était proche, le soleil dominait ses jours-ci, il fallait en profiter. Par quoi commencerait-elle ? Le bain bouillonnant si agréable, ou le petit-déjeuner, traditionnel ?
Elle n'avait pas très faim ce matin, et puis il fallait qu'elle combatte ses kilos en trop, même si l'âge l'en empêchait un peu. Zut alors, elle n'allait pas se laisser faire par les années tout de même ! Allez, le bain bouillonnant et le petit-déjeuner ensuite, elle aviserait.
Il faisait encore un peu frais pour Véréna, et même si ce fut un peu exagéré, elle mit le chauffage, tout doucement. Le temps de faire couler l'eau, d'y mettre le bain moussant, elle aurait réfléchit au programme « d'attaque de lutte conte les kilos superflus » : ah mais !
Ca y est, elle commençait à compléter son tableau dans la cuisine, avec le programme alimentaire.
Elle ne changerait pas le petit-déjeuner, mais éviterait de « s'empiffrer » de sucreries et d'inutiles gâteaux !
Pendant ce temps, la baignoire s'était remplie et elle n'attendait plus que Véréna. La salle de bain était équipée d'une chaine stéréo dans les murs, et c'était bien agréable. Véréna opta pour Andréa Bocelli et se laissa couler dans l'eau chaude parfumée et mousseuse. Elle n'avait pas passé une très bonne nuit et elle s'assoupit dans le bain. Un léger frisson l'éveilla. Elle ne savait plus si sortir du bain ou y rester, était la meilleure solution. Dans tous les cas, il fallait se rincer et cela l'effrayait un peu, à cause de la température de l'eau. Andréa Bocelli avait terminé de chanter depuis un certain temps déjà. Tant pis, il fallait oser la douche maintenant et Véréna attira le pare-douche à elle, afin de ne pas transformer sa salle de bain en piscine.
Vite, elle sortit de l'eau pour s'emmitoufler dans son peignoir douillet et chaud.
C'est ainsi qu'elle avança vers la cuisine, pour le petit déjeuner qu'elle devait préparer.
Elle fit cuire ses œufs brouillés, et chauffer son café, dans lequel elle ajouterait un nuage de lait, comme d'habitude.
Verena se sentait d'humeur gaie, ce matin, et elle eut envie de songer à ce voyage au Mexique, qui l'avait tant intéressée. Chose qu'elle ne faisait jamais, elle prit son ordinateur portable dans la cuisine, entre les œufs brouillés et le café, et se plongea sur le site sans avoir vu au préalable, que l'agence de tourisme avait adressé un autre mail. Elle était tellement dans ses pensées, qu'elle n'avait pas entendu l'alerte e-mail l'avisant de messages réceptionnés.
Lorsqu'elle réagit, elle vit qu'elle pouvait obtenir ce séjour à un prix « très intéressant », et dans un hôtel de luxe. Ah oui, elle était tentée ! Mais il ne fallait pas qu'elle oublie sa cure de thalassothérapie pour autant. Que penserait Frédéric de ses dépenses ?
Cela lui posait un cas de conscience.
Elle termina son petit-déjeuner, alla se vêtir puis elle revint sur le voyage qu'elle étudia de très près. De toute façon, il était encore bien trop tôt pour contacter l'agence, et elle réalisa que nous étions dimanche : quelle étourdie elle faisait ! Mais qu'importe, elle pouvait contacter par mail peut-être ?
Voyons, voyons... sa cure était en septembre, enfin, fin août début septembre et le séjour au Mexique serait fin novembre début décembre. Elle se documenta pour savoir si la période était favorable ou pas, car elle ne voulait pas avoir affaire à la foule, tout en jouissant d'un climat agréable. Tout cela lui prit pas mal de temps, car elle regarda les visites à faire en même temps, de façon à souscrire à l'ensemble d'un seul coup, si elle se décidait.
Elle avait un mail de Monsieur Delubac l'avisant de son absence durant une huitaine, et qu'il comptait sur elle pour les lectures, comme d'habitude.
Ce voyage la turlupinait, et pourquoi, elle n'en savait rien.
Vers 11 h, après avoir tourné et viré entre ses murs, elle eut le « clic » qui valida le voyage !
Elle partirait 10 jours sur place au Mexique, c'était décidé ! Frédéric aurait sans doute été content qu'elle continue de vivre. Elle s'étonna elle-même de sa promptitude, mais il en était ainsi décidé.
Nous étions dimanche, mais des centres commerciaux étaient ouverts. Véréna entreprit de sortir les arpenter, afin de reconstituer une garde-robe à sa taille, soit une de plus maintenant.
Il fallait conduire, et c'était le point obscur, mais sa voiture était agréable, et une mini-cooper passait partout. Il fallait non seulement des tenues d'été, pour le Mexique et là, ça pouvait encore aller, mais des plus chaudes également pour le départ, et le retour.
Véréna voulait tout boucler, alors que pour les tenues d'hiver, elle avait le temps. Elle était ainsi, lorsqu'elle décidait quelque chose, il fallait que ça se fasse.
Elle trouva maillots de bains et vêtements d'été en solde, c'était la période. Pour le reste, elle passa commande par catalogue, dès son retour du centre commercial. Cette sortie l'avait happée et étourdie. Il était tard, maintenant, presque 14 h et elle n'avait pas eut faim. Elle mangea une pomme pour éviter le grignotage. Dans ses achats, il y avait donc 2 maillots de bains, un une pièce et l'autre deux pièces. Deux petits pantalons de toile, un jean et des tongs.
Pour l'hiver, elle avait commandé un autre jean, mais foncé celui-là, et deux sweat-shirts.
Elle n'avait pas envie de faire ses comptes maintenant, car mardi elle irait faire ses courses alimentaires, cette fois, et là, elle achèterait la machine à cappuccino qu'elle avait laissé de côté l'autre fois.
Que ce passait-il ? Véréna voulait-elle sortir de son enfermement, d'un seul coup ? Etait-ce à cause de Cyber qui lui avait montré, ou rappelé plutôt, qu'elle existait ? Tout cela était bien confus !
Elle était comme une adolescente avec tous ses paquets !
Maintenant, il fallait revenir à un peu plus de sérieux, ce qui aurait du la conduire à ranger ses achats, qu'au contraire, elle éparpilla sur son canapé de cuir bleu. Ils pouvaient attendre, par contre, sa lecture, devait être reprise.
Il était hors de question que ce coup de folie, contribua à mettre de côté, son travail de lectrice.
Manuscrit en main, elle continua le récit. Il y avait quelques fautes, et des non-sens grammaticaux, et tout était bien construit, mais douloureux. Comment une aussi jeune-femme avait-elle pu vivre tout cela ? Véréna, captivée par la lecture, ne vit pas le temps passer une fois de plus. Elle avait presque terminé cette lecture. Il lui restait environ 20 pages, les plus difficiles en général, car il fallait trouver une fin au récit. Par expérience, elle s'était aperçue qu'il s'agissait du moment le plus dur d'un roman.
Puis elle avait une autre idée en tête : voir si Cyber lui avait adressé un e-mail, car une autre alerte avait sonné.
Effectivement, il s'agissait bien de Cyber ! Il lui annonçait son arrivée à Dubaï. Allait-elle lui répondre de suite ? Non. Si elle le faisait, elle lui montrerait qu'elle attendait après lui et il était hors de question que ce soit ainsi.
Quelle heure pouvait-il bien être ?
19h30 ! Et bien, son dimanche avait filé aussi vite que l'éclair !
Il était temps de ranger ses achats maintenant. Ce qu'elle fit. Sa penderie semblait revivre, après le grand ménage qu'elle y avait fait ! Elle n'avait toujours pas d'appétit. Décidément, elle allait mincir si elle continuait, et retrouver sa taille d'avant ! Que ferait-elle de ses nouveaux vêtements alors ! Grrr !!!
Elle regarda les informations à la télé, puis se décida à répondre à Cyber.
Il n'était pas connecté, et c'était tant mieux, car elle n'avait pas envie d'entamer un dialogue, mais juste de lire les mails échangés. Puis quelle heure était-il là-bas, elle n'en savait rien.
Dieu qu'elle aurait aimé connaître son vrai prénom ! Ceci la travaillait beaucoup.
Elle prit son nouveau téléphone afin de l'apprivoiser un peu mieux et loua un film, qu'elle regarderait dans son lit, après avoir fermé les volets, et mangé une tranche de dinde avec 2 tomates.
Elle ne trouvait pas le sommeil ! Elle reprit la lecture, et qui l'eut cru, elle la termina sur une fin, « sans fin ». Elle annota les pages qui lui semblaient un peu plates et fit la remarque sur la fin qu'elle trouvait absente. Pas facile pour un auteur, de continuer une œuvre et de mettre le « point final ». Elle en savait quelque chose avec ce qu'elle écrivait en secret.
Alors elle reprit « ses écrits », mais l'inspiration n'était pas au rendez-vous. En général, pour que cela fonctionne, il fallait qu'elle songe très fort à Frédéric et leur vie passée. Mais aujourd'hui, elle ne parvint pas à trouver la communion entre leurs deux esprits. Il y avait des jours comme ça.
Elle n'avait toujours pas sommeil, mais hors de question de commencer l'autre manuscrit. Elle ne serait pas concentrée, elle le savait. Elle avala « son sommeil en bouteille », et il la cueillerait bien vite. En tout cas, elle l'espérait. De toute façon, demain lundi elle serait réveillée à l'heure des pas, comme d'habitude.
Véréna s'endormit finalement assez vite et la nuit passa sans rêve ni cauchemar.
A 06h45, elle s'éveilla, sans entendre les pas. Curieux, se dit-elle. Enfin, ce n'était pas si grave, mais étonnant. Il ne fallait pas qu'elle paresse au lit, car Françoise venait pour le ménage, elle ne devait pas l'oublier.
Elle s'affaira, s'occupa rapidement, et Françoise arriva à l'heure convenue. Elle lui offrit un café, tandis qu'elle prit le second manuscrit en main. Elle reverrait les corrections apportées au précédent et ses commentaires ensuite. Celui-ci était curieux, il était composé d'échange par mail, et gentil à lire. Véréna ne savait pas pourquoi, mais elle avait envie d'être libre de lecture en ce moment et Monsieur Delubac, retrouverait les manuscrits à son retour. Seulement Françoise passa l'aspirateur, et le bruit était peu compatible avec la lecture. Elle ne dit rien, bien entendu, et reprit le manuscrit terminé et les corrections qu'elle y avait apportées. En fait, elle ajouta un petit résumé, tout simple, mais bien ciblé. L'auteur, cette jeune-femme était écorchée vive, et son cœur saignait parfois trop fort pour le lecteur, à son avis. Les mots devenaient crus, et ce n'était pas la politique de lecture de la maison d'édition, où le manuscrit avait été envoyé.
Elle avait aussi quelques nouvelles, destinées à des magazines et là, c'était plus rapide pour la lecture. Monsieur Delubac serait content d'elle, et espérait qu'il n'aurait rien d'autre à lui soumettre pour l'instant. Françoise était discrète, mais tout de même, sa présence dérangeait un peu Véréna. Françoise fit 2 heures de ménage, et proposa à Véréna de tondre le gazon, ce que Véréna accepta. Françoise fut rapide et Véréna se rendit compte combien cette jeune-femme devait mener une vie austère et difficile. Les sols étaient brillants, le gazon était tondu et tout cela en un temps record ! Véréna estima que l'essai était concluant, alors elle proposa de compléter les imprimés d'embauche pour la fois prochaine. Si elle avait su qu'elle aurait une employée de maison comme Françoise, elle lui aurait donné ses vêtements maintenant trop petits : dommage !
Véréna avait un coup de barre, et toujours pas faim. Elle s'obligea à manger une escalope de poulet et quelques légumes et puis elle alla s'allonger. Elle n'avait toujours pas l'inspiration pour « écrire ». Ah mais oui, il fallait qu'elle accuse réception du mail de Cyber avant tout, moindre des politesses ! Elle l'avait oublié !
En fait, elle ne savait que lui dire. Elle aurait bien voulu parler des livres, mais elle n'en avait pas le droit. Et lui, que pouvait-il trouver à lui raconter ? Il adresserait peut-être des photos de Dubaï.
Cette relation ne mènerait pas à grand-chose, car elle sentait que les mots ne venaient pas.
Elle dormit 3 h, c'était beaucoup. Lorsque Véréna lisait longuement, il lui arrivait d'avoir des coups de fatigue. Ces temps-ci, elle avait été très sollicitée par Monsieur Delubac, mais elle savait que maintenant, tout cela allait se calmer, avec l'arrivée de la belle saison.
Les auteurs musardaient au soleil ! Et elle en ferait de même. Elle se mit à penser à Frédéric et à cette saison qu'ils aimaient tant. Ils invitaient beaucoup d'amis et relations professionnelles de Frédéric, mais maintenant... Véréna ne souffrait plus de cette absence, elle l'avait même forcée en quelque sorte. Les vrais amis étaient restés et les « pique assiettes » avaient eu tôt fait de tourner les talons. Peut-être seraient-il restés, pour certains, s'il avait su que Véréna était riche.
Ils l'avaient vu continuer son travail de lectrice et devait sans doute la plaindre d'avoir si peu de ressources. S'ils savaient !
Elle se rendit encore plus compte de la cupidité des gens. Elle était détendue de voir son intérieur si propre. Elle regarda où en était l'avancée de ses commandes de vêtements par internet ; pas loin, d'ailleurs, car la commande était récente. Elle était pressée de recevoir tout cela alors que son voyage serait plus tard, bien plus tard. D'ailleurs, il fallait qu'elle vérifie également si l'accusé de réception de validation du voyage était pris en compte. Oui !... Tout était en ordre, elle partirait 10 jours. Elle ressentit comme une libération, un poids sur le cœur qu'elle n'avait plus. Il s'agissait d'une « obligation » et ce voyage, un pèlerinage, qu'elle n'avait pourtant jamais fait.
On toqua à la porte, puis de suite, on sonna. Véréna voulait ne pas répondre, comme à son habitude. Cependant, cette insistance lui fit ouvrir la porte. Si Françoise avait été encore présente, elle lui aurait sans doute fait remarquer que quelqu'un était à la porte. Il aurait été bien long d'expliquer à Françoise, pourquoi elle vivait ainsi en hermite. D'ailleurs, le savait-elle vraiment elle-même ? Il s'agissait de son voisin d'en face, et il savait Véréna solitaire. Il affichait un air penaud et pour quelle raison elle n'en savait rien, Véréna l'écouta. Il lui demanda comme une supplique, si elle accepterait de relever son courrier durant son absence en congés d'été. Il lui fit faire le tour de son appartement, avec les quelques plantes à arroser, si elle le voulait bien. Et Véréna accepta tout en bloc ! Elle fut aussi surprise de sa réponse, que son voisin lui-même ! Elle ne voulait plus entrer d'une manière ou d'une autre, dans la vie des gens, désormais. Elle prendrait les clés le lendemain, en fin de journée. Son voisin laissa également un numéro de téléphone au cas où, et elle vit bien qu'il n'osa pas lui demander le sien. Il ne dit rien et elle ne le communiqua pas. La journée tirait à sa fin, mais Véréna voulu relire toutes les conditions du prochain voyage au Mexique. Elle adressa un e-mail courtois, demandant les précisions qui lui venaient à l'esprit, prit réservation de suite, des visites qu'elle comptait faire sur place, en ayant au préalable consulté, ce que le pays offrait. Les Mayas étaient très érudits et les temples qu'ils avaient construit, déclinait une histoire passionnante. Elle irait aussi nager avec les dauphins, car il s'agissait très certainement d'un merveilleux spectacle qu'elle ne reverrait pas de sitôt. Bien qu'il y avait le « marineland d'Antibes ». Là, il s'agissait d'un spectacle avec les dauphins, mais où l'on ne participait pas activement. Elle s'occupa alors de sa cure thermale à Antibes justement, car elle venait de recevoir ce matin, le descriptif du séjour avec les modalités de règlement. Comme elle était fidèle cliente depuis quelques années déjà, elle se vit offrir une réduction de 15% ! Bonne nouvelle, car cette somme participerait à ses frais de voyage. Elle espérait que ce séjour lui permettrait de voir fondre les kilos en trop emmagasinés ces temps derniers ! Tous les ans à la même époque, depuis 4 ans maintenant, Véréna partait en cure, mais c'était la première année où elle optait pour le thème amincissement. Les fois précédentes, il s'agissait de « remise en forme et de relaxation ». Elle comptait vraiment sur ce traitement cette fois-ci. Elle visita le site web, le type de chambre dans laquelle elle séjournerait. Il y avait aussi des « menus type », qu'elle consulta. Beaucoup de poisson au repas, mais cela ne la dérangeait pas. Ainsi, elle espérait vivement retrouver sa silhouette, même si elle avait donné ses vêtements.
En tout cas, le complexe hôtelier affichait toujours un cadre merveilleux et le site web n'était pas menteur, Véréna pouvait en attester. Nous étions proche du 14 juillet et il lui restait encore du temps avant de songer à se rendre en cure. Mais elle avait envie que le temps avance un peu plus vite cette année. Peut-être emmènerait-elle un ouvrage à lire ; tout dépendrait de Monsieur Delubac. Car en général, il y avait toujours la pause estivale. Si tel n'était pas le cas, ce ne serait pas dérangeant, car elle pourrait lire confortablement installée dans un transat, au soleil, au bord de la piscine, après les soins du matin. Mais il ne fallait pas non plus négliger que les soins en question, fatiguaient les curistes. Elle verrait des couples, peu de personnes seules comme elle, et parfois avec des enfants en bas âge, les plus grands seraient à l'école, durant son séjour. Elle appréciait cette période pour le calme, après l'agitation de l'été. Puis il faisait toujours beau. Elle restait dans le complexe hôtelier, comme dans une bulle sécurisée. Il y avait tout, et nul besoin réel de sortir, sauf si elle souhaitait voir un autre environnement. Quelque fois tout de même, il lui arrivait de s'en éloigner pour aller consommer une glace en terrasse, souvent avec un livre, pas forcément « une lecture », mais un choix personnel. La quiétude et le luxe feutré de l'hôtel, lui permettaient souvent d'écrire. Un jour elle s'était demandé, d'ailleurs, pourquoi elle ne vivrait pas le temps de l'hiver dans le Midi cher à son cœur, et le reste, dans son bel appartement qu'elle aimait tant.
Elle avait les moyens financiers de s'offrir une telle vie, avec un petit appartement bien à elle, à Antibes, car elle connaissait les prix et le marché de l'immobilier était favorable à l'achat actuellement, mais pas à la vente. Il se pouvait qu'elle y réfléchisse, mais pour cela, elle devait consulter son conseiller financier. Véréna percevait de substantiels revenus mensuels, suite aux placements de Frédéric, mais elle plaçait cet argent. Ce qui arrêtait Véréna, fut d'avoir toujours et encore l'impression de vivre « de la mort de Frédéric ». C'est pour toutes ces raisons qu'elle s'était alloué des revenus modiques, que son travail de lectrice venait compléter. Mais rien n'étant figé, elle pouvait revoir sa situation à tout moment. Son conseiller financier le lui proposait régulièrement d'ailleurs, trouvant certainement qu'elle dépensait peu, au regard de « ses actifs bancaires ». Sans doute regarderait-elle les biens immobiliers sur Antibes cette année, car l'idée venait de faire son chemin dans l'esprit de Véréna. Il faudrait penser aux frais d'une résidence secondaire aussi.
Puis elle se souvint alors que Cyber habitait Antibes !!! Elle n'y avait plus songé. D'ailleurs, elle regarda l'heure. Il devait être tard, certainement, car elle n'avait pas vu le temps passer, tandis qu'elle visitait via « la toile ».
En effet, il était 19h15, et... elle n'avait pas entendu les pas ! C'était étonnant et ils lui manquèrent presque. Elle se demanda alors ce qu'il se passait, car aucun pas ce matin, et rien ce soir : étrange !
Elle dîna chichement, en terrasse, d'une tomate au basilic et à l'huile d'olive, puis d'une pomme et de quelques fraises. Par habitude, la télé allumée, avait accompagné son repas. Elle termina sur un cappuccino tout prêt et songea que mardi, en allant faire ses courses, elle achèterait très certainement la machine à cappuccino. Elle allait laver sa vaisselle. A ce moment, elle songea qu'elle pourrait avoir un lave-vaisselle, mais pour elle seule, était-ce bien raisonnable ? Que se passait-il d'un seul coup ? Véréna recommençait-elle à vivre ? On pouvait le croire ! Il y avait juste l'emplacement pour le lave-vaisselle, dans un endroit qu'elle utilisait comme meuble pour l'instant, mais qui au départ, était prévu pour. Lorsque sa cuisine avait été posée, cela lui avait été expliqué. Il suffisait juste de démonter la plaque de bois fixée en haut du meuble, d'ôter la porte et de l'utiliser comme « cache », ce qui devait être au départ, mais Véréna avait dit non au lave-vaisselle au dernier moment. Là, elle y repensait. Elle alla au salon, et se connecta sur le site de l'hyper marché, pour voir s'il possédait un modèle pouvant s'adapter dans l'emplacement en question. Bien sur, il y avait un modèle, et disponible. En fait, elle avait eu de la peine à voir Françoise si chétive, faire en plus la vaisselle. C'était étrange, mais ainsi. Demain, elle verrait tout ça. Pour tout, il fallait qu'elle puisse joindre la personne qui lui avait posé la cuisine. Il s'agissait d'un petit artisan, et lui laissa un e-mail pour lui demander s'il serait disponible assez rapidement pour installer un lave-vaisselle en lieu et place du meuble.
Elle alluma la télé du salon, un grand écran très agréable. Le temps de choisir son programme, qu'un e-mail était notifié. Il s'agissait de l'artisan contacté qui lui annonçait qu'il était très disponible pour cette installation, car tous les branchements avaient été prévus à l'origine.
Il lui proposa un contact téléphonique. Elle l'appela de suite et lui expliqua qu'elle aurait peut-être la possibilité d'acheter l'appareil demain, mais qu'il faudrait compter le temps de livraison.
Très serviable, il lui proposa d'effectuer le retrait en magasin, avec elle, et de venir l'installer aussi rapidement. Il n'avait pas trop de travail, avec les vacances, et Véréna s'était montrée bonne cliente lorsqu'elle lui avait fait refaire sa terrasse entière, tout en marbre. Puis chaque année, elle lui faisait nettoyer la façade ainsi que les volets roulants également, et revoir si la clôture n'avait pas besoin d'un coup de jeune. Puis il y avait la haie à tailler. Elle était une fidèle cliente. Elle raccrocha, toute contente, et avisa son compte bancaire, pour le provisionner.
Elle n'eut pas envie de dialoguer avec Cyber et elle ne se connecta pas sur le site. « Harmony » se reposerait devant un film déjà vu, mais énormément apprécié : « Imposture ». Il s'agissait d'un jeune auteur à qui on volait l'œuvre. Ce film était poignant, car la victime était également séquestrée. Ce film était fort bien interprété. Elle s'enfonça confortablement dans son fauteuil, prête à se détendre devant son film. Quelques instants plus tard, sa messagerie lui notifia des e-mails. Elle mit le film en pause afin d'aller lire de quoi il retournait, puis de fermer tout cela pour aujourd'hui.
Il y avait un mail de Monsieur Delubac, lui annonçant une suite à l'une des histoires qu'elle avait récemment lu, et un mail de Cyber, envoyé la veille. La messagerie elle aussi, était en décalage horaire, songea-t-elle. Elle ferma toutes ses applications et sa station de travail. Elle reprit son film qu'elle regarda avec plaisir, sans s'assoupir un seul instant. A la fin de celui-ci, elle se leva rapidement avant de laisser place au sommeil qui risquait de la clouer au fauteuil pour une partie de la nuit. Ce n'était pas la première ni la dernière fois, que pareille chose lui arrivait. Une envie folle de dormir qui l'empêchait de trouver la force de se lever.
Sa nuit fut un peu agitée, car se mêlaient ses idées d'investissement immobilier et ses achats à l'hypermarché, puis la cure, le voyage...
Lorsqu'elle s'éveilla mardi matin, elle était un peu chancelante. Puis ses esprits se remirent vite en place. Elle constata que pour le deuxième jour consécutif, elle n'avait pas entendu le bruit des pas...
Peut-être était-ce son imagination de personne seule, qui lui faisait prêter tant d'attention à l'homme au chapeau, après tout. Pourquoi pas ? Tout devenait possible. Puis non, elle ne rêvait pas ; l'homme marquait bien un arrêt devant chez-elle.
Cessons de « supposer », car ce matin, il y avait les courses à faire et la décision à prendre quant à l'électro-ménager. Elle avait encore du temps, le magasin n'ouvrait ses portes qu'à 8h30. Elle débuta sa journée par son petit-déjeuner puis sa douche. Elle vérifia ensuite sa liste de courses, et enfin, les dimensions précises d'un possible lave-vaisselle. Elle connaissait cela car elle avait pris soin de sortir le plan de la cuisine avec les dimensions et l'emplacement de chaque appareil. Elle fit une rapide photocopie du document, puis s'apprêta à partir sans avoir omis de prendre le numéro de téléphone de Monsieur Barbinosa, l'artisan, pour l'aviser de sa décision.
A 8h30, elle était devant l'entrée de la grande surface.
L'électro-ménager était juste à droite au début du magasin. Elle se précipita sur le rayon, en quête d'un vendeur. Il la dirigea vers l'appareil. Le seul et l'unique, d'ailleurs, car c'était aussi la période des soldes, et il n'en restait que deux ! Coup de chance, il y avait une remise de 40% sur ce modèle. Elle montra son plan, les dimensions, et ce lave-vaisselle convenait. Elle avisa le vendeur qu'elle était également à la recherche de son fameux appareil à « cappuccino », qu'elle trouva rapidement et négocia une remise de 10% sur ce dernier, au regard de ses achats d'aujourd'hui. Il s'en alla demander à son supérieur, et ce fut un accord. Véréna était contente de sa négociation. Elle avisa qu'elle prendrait le lave-vaisselle plus tard, et demanda à ce qu'il soit tenu à sa disposition sans trop d'attente si cela était possible.
Elle fit ses courses méthodiquement, rentra, rangea et appela Monsieur Barbinosa. Quelle chance, il était vraiment très disponible, car il proposa de retirer l'appareil ce jour, et de le mettre en service. Au préalable, il souhaitait passer pour vérifier quelles pouvaient être les petites fournitures nécessaires au branchement. Ils convinrent de 13h30. Véréna était tout contente avec ses achats ! Là, elle s'était lâchée ! Monsieur Barbinosa venait de l'appeler, car il était au bas de la résidence. Elle alla lui ouvrir.
Tandis qu'il regarda ce qu'il pouvait manquer pour mettre le lave-vaisselle en service, Véréna lui prépara un expresso serré, avec sa toute nouvelle machine. Toute curieuse, elle avait déjà goûté au cappuccino après son dos de saumon aux deux riz, basmati et cantonnais, mais elle en repris un autre, pour accompagner Monsieur Barbinosa.
Ca y est, ils pouvaient partir pour retirer le lave-vaisselle. Véréna n'avait pas encore acheté les produits, au cas où l'appareil ne puisse pas convenir. Tandis que Monsieur Barbinosa prit les mesures et s'avisa que tout était correct, elle aurait le temps d'acheter la lessive avec les fournitures manquantes au raccordement.
Tout était parfait. Ils chargèrent le lave-vaisselle.
Les dernières courses faites, ils furent prêts à partir.
2 h, 2 expressos et 2 cappuccinos plus tard, la machine était prête à servir. Véréna avait laissé sa vaisselle de la veille au soir, de ce matin et de ce midi en prévision de l'achat.
Monsieur Barbinosa voulait s'assurer qu'il n'y ait pas de fuite avant son départ.
Durant le lavage, Véréna l'avisa des travaux qu'elle envisageait de faire, comme monter un mur de chaque côtés de son box, en y ajoutant une porte basculante pour le fermer. Et pareil pour le second box qu'elle venait d'acheter récemment. Il lui servirait de cave ou bien elle le louerait.
Monsieur Barbinosa regarda en gros, les prix sur Internet, pour donner un ordre d'idée à Véréna, puis comme tout était en ordre, il prit congé de Véréna. Il lui transmettrait le devis des travaux ces prochains jours, ainsi que la facture à acquitter pour ceux réalisés.
L'après-midi était ainsi passé.
Véréna compléta la déclaration d'emploi de Françoise, puis regarda ses mails de plus près. Le temps que ceux-ci arrivent, elle écouta sa messagerie sur son téléphone mobile et il avait sonné deux fois. Monsieur Delubac avait cherché à la joindre, mais elle n'avait rien entendu, ce qu'elle lut, d'ailleurs, dans un mail.
Il souhaitait lui proposer « exceptionnellement » durant la période estivale, deux ouvrages, et un autre plus conséquent, mais durant sa cure...très certainement, si elle acceptait. Bien sûr, elle était d'accord. Elle ne pouvait refuser car elle se souvint combien ce travail l'avait aidé, lorsque Frédéric s'en était allé si tragiquement. Durant la cure, c'était un peu embêtant, mais elle s'en débrouillerait.
Cet écrit devait sans doute être captivant puisque Monsieur Delubac semblait tant tenir à ce qu'elle le prenne en charge.
Monsieur Delubac avait trouvé ce récit sur un site d'écriture à plusieurs mains sur internet, sans savoir qu'il s'agissait qu'il était de Véréna. Tout comme Véréna ne savait pas encore que l'écrit repéré par Monsieur Delubac, était le sien...
Elle recevrait les deux premiers ouvrages d'ici jeudi ou vendredi, par coursier.
Véréna organisa différemment son espace dans la cuisine, car sa machine à cappuccino prenait un peu de place. Voilà, c'était fait.
Véréna se désespérait de voir qu'elle grossissait de plus en plus. Elle avait honte de son apparence désormais. Peut-être que ses nouveaux vêtements en commande, seraient aussi trop petits, si elle continuait ainsi. Un vrai désastre !
Comment avait-elle pu prendre deux tailles de vêtements à cette vitesse-là ?
Elle devait absolument prendre rendez-vous avec son médecin pour essayer d'éclaircir la situation, c'était capital ! Mais au mois de juillet, serait-il là ?
En tout cas, la prise de poids devaient cesser.
Tout cela influait beaucoup sur le moral de Véréna, même si elle ne cherchait pas à séduire.
Il fallait qu'elle conserve au moins le plaisir de se voir dans un miroir, et pas la peur de distinguer une silhouette difforme : la sienne !
Véréna s'étira longuement dans son lit avant de songer à se lever. Elle n'avait rien de particulier à faire, et l'envie de paresser par contre. Elle alluma la télé, à son heure habituelle, mais les pas étaient toujours absents. Se pouvait-il qu'il soit arrivé quelque chose à l'homme au chapeau ???
Bien qu'elle soit inquiète en les entendant, l'absence de ceux-ci la laissait interrogative.
Finalement, elle se leva et eut une idée sur la question : peut-être que l'homme était en vacance, tout simplement et qu'il s'agissait de la raison pour laquelle elle n'entendait pas les pas ! Oui, comment n'y avait-elle pas songé plus tôt ! Elle se sentit rassurée, face à ce qui l'effrayait. C'était étrange, tout comme Véréna en fait. Elle allait passer à la douche tandis que l'on sonna à la porte. Surprise, elle alla voir, car elle n'attendait personne, comme d'habitude. Il s'agissait de son voisin qui ne lui avait pas déposé ses clés hier soir. Il se confondit en excuses pour le dérangement matinal, mais il avait du différer son départ.
Véréna avait pris son petit déjeuner, puis fut prête pour aller à la salle de bain, lorsque cette fois, le téléphone sonna ! Il s'agissait d'une société de transport rapide, sans doute celle qui lui apportait les deux manuscrits. C'était le cas : décidemment, pourrait-aller se doucher ? Elle déposa le paquet, après l'avoir ouvert et partit se doucher. Cette fois, le téléphone pouvait bien sonner, il attendrait. Elle passa furtivement devant le miroir et vit cette silhouette empâtée...
Elle fut triste et songea vivement à la cure et au rendez-vous "bilan de santé" à faire avec son médecin. Il lui coûtait d'avoir à faire si tout cela était de son fait, tout simplement, ou pas. Elle se voyait mal étaler "son surpoids", en cure, même si elle s'y rendait également pour ça et encore moins sur les plages mexicaines. A son âge, l'amincissement devenait difficile et elle le savait puisque la balance était chaque jour plus généreuse, à son grand désespoir. Brrr... elle frissonnait légèrement dans son peignoir, car il ne faisait pas très chaud pour un mois de juillet. Elle s'habilla rapidement. Par habitude, elle s'apprêtait à laver sa vaisselle du matin, lorsqu'elle réalisa qu'elle avait un lave-vaisselle désormais. Une chose était certaine, ce midi, si le soleil ne pointait pas, elle ne profiterait pas de sa terrasse, c'était bien dommage. Il avait même plu un peu. Elle prit le paquet livré et s'aperçut qu'il y avait 3 ouvrages. Monsieur Delubac s'était-il trompé ? Son mot accompagnant, annonçait 2 manuscrits, et non 3. Véréna appela Monsieur Delubac pour l'en informer, et, au même moment, il téléphonait sur sa ligne fixe. Il avait ajouté une histoire qu'elle avait déjà lu, mais continuée par l'auteur, comme elle l'avait suggéré. Il lui avait juste mis le dernier chapitre, faisant confiance à sa mémoire pour ajuster la fin. Elle commencerait par celui-là, car oui, elle se souvenait du récit. Comme souvent, elle mit une oeuvre classique en fond sonore et se mit à lire. Elle se rappela alors qu'elle avait rendez-vous chez l'ophtalmo pour bientôt, car elle y voyait un peu moins bien. Les deux autres ouvrages n'étaient pas très épais, mais que seraient-ils à lire ? Installée confortablement dans son fauteuil, elle commença sa lecture. 10 pages restaient à lire et elle avait avec, une copie du résumé rédigé par elle-même. Oui, elle se souvenait de cette histoire déchirante qu'elle pensait auto-biographique. La pluie battait les carreaux et sa jolie terrasse était totalement humide, maintenant. Heureusement, elle avait replié sa table en teck, ses chaises également.
La pluie reprenait de plus belle, laissant le marbre lisse et brillant. Puis d'un seul coup, elle ne vit plus que des gouttes et il se mit à tonner très fort. Puis il grêla également.
Le ciel était noir, avec des éclairs, et laissait une impression d'apocalypse. Véréna ne déjeunerait pas sur la terrasse, c'était chose certaine. Ce ciel donnait le ton du roman qu'elle achevait de lire. Il était gris et triste, comme l'histoire. Le récit était fort bien écrit et on avait l'impression qu'il ne devait pas s'achever. Chaque page en annonçait une autre. Mais la fin était proche. Véréna la devinait au nombre de pages restantes. Autant que le ciel bleu se dessinait un peu plus loin, entre les nuages épars. Se pouvait-il que cette fin soit aussi celle de la vie de l'auteur ? Non, elle ne l'espérait pas ainsi, ce serait trop dramatique. Dans l'histoire, l'héroïne laissait filer sa vie, en effet. Véréna fut saisie d'un long frisson d'angoisse à la lecture de ses mots. D'un bond, elle se leva et alla allumer son ordinateur. Elle avait ce pressentiment, ces palpitations qui parfois, annonçaient de mauvaises nouvelles. Elle souhaitait adresser un e-mail à Monsieur Delubac, en lui faisant part de son ressenti. Il n'était pas joignable par téléphone, il était en avion. Peut-être par e-mail... Elle s'inquiéta vraiment pour cette personne, mais peut-être qu'elle se trompait ; elle le souhaitait ainsi.
Elle fit une copie de la dernière page et l'annota comme elle le faisait à chaque lecture, pour Monsieur Delubac.
Tout ceci l'avait beaucoup troublée et elle décida de ne pas commencer une autre lecture.
Elle termina d'écouter l'œuvre musicale en fermant les yeux. Elle finit par s'assoupir ; elle ne sentit pas le sommeil venir la chercher. Lorsqu'elle s'éveilla, bien plus tard, le ciel avait changé de couleur : il était bleu et le soleil était là. Véréna était toujours bercée par les orages, et sans doute que celui en cours, l'avait conduite vers les songes. Il faisait très beau, comme cela se produisait, mais plutôt dans le Sud après la pluie. Ici, c'était bien plus rare, mais nous étions en été, alors...
Il n'était pas si tard, finalement, juste 13h15. Elle se leva toute engourdie de sommeil et se dirigea vers la cuisine avec culpabilité, car « manger=grossir », était devenu l'équation de Véréna. Elle savait qu'il fallait éviter de sauter les repas, car la prise de poids était pire ensuite. Elle prépara son déjeuner, qui, pour ces temps-ci, était souvent composé de la même chose. Escalope de dinde ou de poulet, ou poisson, avec des petits légumes. Ces temps-ci, elle piochait beaucoup dans ses « réserves » alimentaires et elle nota qu'il faudrait qu'elle reprenne bientôt, la congélation de légumes de saison et la stérilisation des bocaux. Elle pourrait mettre les bocaux stérilisés dans un de ses boxes, lorsque ceux-ci fermeraient à clé. Justement, elle pensa à Monsieur Barbinosa. Peut-être avait-il adressé la facture ? Elle alla à la boîte aux lettres, tandis que son escalope de poulet grillait dans la poêle. Elle n'avait pas de courrier.
En passant, elle entendit sa messagerie électronique bipper : il s'agissait de Monsieur Delubac en réponse à son mail. Il l'avisait qu'il avait téléphoné à l'auteure et que tout allait bien. Véréna fut rassurée et fila vite en cuisine car sa viande grillait un peu plus que prévu. Elle déjeuna rapidement et pris note de ce qu'elle avait mangé. Elle fit le point entre les provisions prêtes à manger, et celles qui lui restaient à cuisiner. Elle n'aurait pas à retourner en courses la semaine prochaine, mais il fallait qu'elle s'occupe sérieusement des légumes, sinon, les haricots verts ne seraient plus mangeables. Elle fit le nécessaire de suite, car elle n'avait pas envie de se mettre à lire encore. La cuisine était en route de tous les côtés. C'était vraiment bien de pouvoir bientôt ranger le stérilisateur dans un des boxes. En plus, elle ferait poser une alarme sur la porte. Il parait que maintenant, on pouvait en faire poser des « sans fils », elle le savait, et qui pouvait aviser à une certaine distance.
Si elle n'avait pas envie de lire, peut-être aurait-elle envie d'écrire ? Véréna écrivait sa seconde histoire. Ces temps-ci, elle ne manquait pas d'inspiration, mais de temps. La lecture lui en demandait pas mal, ainsi que de la concentration. De ce fait, elle ne parvenait pas à mettre ses idées en ordre aussi bien qu'elle pouvait les trouver dans les ouvrages qu'elle lisait. Il fallait éviter les répétitions, les fautes, les mélanges... Ce n'était vraiment pas facile de devenir écrivain !
Il fallait trouver des points de repères à chaque fois lorsque l'on cessait son récit, afin de savoir reprendre au bon endroit. Alors elle mettait des indications sur la dernière phrase, notait ses idées... Elle les surlignait... Toute une organisation !
C'était « le moment ». Véréna fourmillait d'idées d'un seul coup, mais ne savait pas comment ne pas les perdre ! Il fallait le temps de tout noter, et c'était comme un geyser ! Les mots allaient lui échapper si elle ne faisait pas vite. Dieu que c'était difficile d'écrire, ah oui, elle pouvait en témoigner. Elle prenait des notes un peu partout. Sous son texte qu'elle surlignait, sur des papiers, à droite, à gauche, en travers. Sa tête était en totale ébullition et ses doigts avaient du mal à s'agiter sur le clavier.
Maintenant, il faisait une chaleur un peu moite. Véréna n'en finissait pas d'écrire, et d'écrire encore. Un tourbillon de mots l'emportait et « son histoire », la seconde, prenait corps peu à peu.
Et encore une fois, le temps avait passé à grande vitesse, sans qu'elle ne s'en fût rendu compte.
Les abondantes idées de Véréna, l'empêchaient d'écrire un récit cohérent, elle en avait conscience. Elle aussi, devrait « relire » ! Elle prit encore des notes et annota ses paragraphes et elle cessa, pour se consacrer à son travail de lectrice.
Elle avait forte envie de commencer par le récit supplémentaire adressé par Monsieur Delubac, mais il lui avait dit que ce dernier n'était pas la priorité et il voulait qu'elle ait l'esprit très reposé pour s'y plonger : il pensait à sa cure. Il avait ressenti quelque chose de spécial en parcourant le début. Il espérait qu'elle percevrait cela à son tour. C'est comme s'il lui offrait un cadeau avec ce récit. Cela arrivait de temps en temps bien sûr, qu'un ouvrage sorte du lot et soit comme un réel cadeau à lire.
Elle commença à lire le nouveau récit, « prioritaire ». Elle n'arrivait pas à s'imprégner de l'histoire ; elle n'entrait pas dedans. Ces choses-là arrivaient parfois et dans ce cas, il convenait de ne point insister et de remettre à plus tard.
Ca tombait bien, son stérilisateur avait terminé et elle s'occupa de ses bocaux. « La rolls des stérilisateur » avait totalement fini son travail, et c'était un peu lourd à manipuler. Véréna sortit l'appareil sur la terrasse ; elle le posa sur le trépied fait exprès, car elle ne voulait pas abimer son marbre. Elle prépara les étiquettes, car elle avait fait des contenus variés. Vraiment, ce serait bien lorsqu'elle aurait son box fermé. Surtout pour le stérilisateur qui lui prenait beaucoup de place. Véréna était sortie pour l'occasion, en allant cueillir elle-même les légumes à moindre coût, dans les champs, comme cela se faisait. Elle avait devant elle une barquette complète de fraises, qu'elle grignotait ça et là. A coté, des tomates, de différentes tailles, qu'elle ferait en salade, qu'elle mangerait à la croque au sel, et d'autres, plus grosses, deviendraient farcies. Cette pause « cuisine » était parfaite pour la sortir de ce récit dont elle ne s'imprégnait pas. Elle prépara sa farce à base de viande hachée, mélangée à une forte dose de basilic, de l'ail de l'oignon et de l'œuf pour lier le tout. Elle poêla sa préparation et en garnit abondamment les généreuses tomates. Elle enfourna le tout pour cuisson, qu'elle laisserait ensuite refroidir, puis sortit les barquettes qui serviraient ensuite à la congélation. Elle étiqueta les barquettes. Le « cuit-vapeur » avait également rempli sa mission, dans la préparation de deux repas d'avance.
Véréna avait de quoi déjeuner pour jeudi et vendredi. Elle entendit un « bip » strident et c'était maintenant le fax qui s'affolait. Véréna alla voir, et il s'agissait d'une proposition de devis établit par Monsieur Barbinosa. Ce dernier avait toutes les références des matériaux nécessaires à la réalisation des travaux et il lui adressait la facture du branchement du lave-vaisselle par la même occasion.
Elle prit un moment pour étudier tout cela, les lunettes sur le nez qu'elle avait retirées en cuisine.
Le tarif lui semblait correct et elle savait Monsieur Barbinosa très honnête, bon ouvrier, travaillant pour moins cher que ses collègues.
Elle approuva le devis par fax, lui proposa de convenir d'un jour pour aller commander les matériaux et lui annonça un chèque en règlement de la facture des travaux déjà réalisés.
Véréna retourna s'occuper de ses plats cuisinés. Elle pourrait coller les étiquettes sur les bocaux d'ici peu. La cuisine était envahie ! Les autres plats sortaient du four et devaient refroidir également avant d'être congelés.
Véréna se sentait d'attaque pour reprendre un peu de lecture. Elle trouverait bien un point d'ancrage pour attirer son attention sur le récit. Jamais elle n'était restée figée devant un ouvrage, même si elle avait des difficultés à s'en imprégner. Peut-être était-elle fatiguée des lectures tristes ?
Celle-ci semblait l'être également, mais chaque auteur avait sa touche personnelle et elle ne devait pas être de parti pris. Il y avait des récits d'auteurs connus, dont parfois, on avait du mal à suivre les premières pages et ensuite, on « dévorait » l'histoire. Véréna pensait qu'il en serait sans doute ainsi avec ce manuscrit, car elle était toujours optimiste face aux lectures.
Elle ne mit pas de musique, contrairement à son habitude, pour entrer pleinement dans le récit. Il s'agissait d'un polar au langage très cru, et après une dizaine de page, elle commençait à percevoir le sens de l'histoire. Derrière, il y avait une tragédie. Finalement, elle en lu
80 pages, sans s'en rendre compte. Ca y est, elle était entrée dans l'histoire. Elle cessa pourtant, car elle venait de voir l'heure. Véréna voulait suivre les informations qu'elle n'avait pas vues le midi. Puis ce soir, elle répondrait à Cyber, c'était la moindre des choses. Elle navigua parmi le bouquet de chaines que lui offrait son abonnement. Elle tomba sur deux films marquant pour elle. L'un d'entre-eux, elle savait pourquoi : « les choses de la vie » avec Michel Piccoli et Romy Schneider. Il s'agissait d'un homme dont la vie s'en allait, suite à un grave accident de voiture. Puis l'autre, « une fille cousue de fil blanc », avec France Dougnac, racontait l'histoire d'une jeune-fille fiancée qui avait rencontré un homme plus âgé dont elle était tombée éperdument amoureuse. Mais le destin n'avait pas voulu faire vivre cet amour, et la jeune-fille avait trouvé la mort, à bicyclette, sur une route d'été. Sa jeune sœur avait été fort éprouvée par ce décès.
Elle enregistrerait un des deux films, c'était plus sûr, car sans doute aurait-elle sommeil et ne pourrait pas regarder les deux qui se suivaient.
Elle rentra son stérilisateur maintenant refroidit et essuya ses bocaux avant d'y coller les étiquettes préparées.
Le four avait terminé sa cuisson depuis belle heure, et tout était refroidit. Elle avait juste laissé la porte du four ouverte, laissant passer un peu de chaleur ; elle avait un peu froid maintenant. Pourquoi, elle n'en savait rien.
Elle éteignit la télé du salon pour allumer celle de la cuisine afin de s'y affairer.
Barquettes, bocaux, tout était prêt à être rangé. Les bocaux le furent dans le placard, à même le sol. Les barquettes étaient encore légèrement tièdes et devraient attendre avant d'aller rejoindre le congélateur. Mine de rien, elle avait 8 bocaux de légumes et 8 barquettes de deux tomates farcies !
Voilà de quoi se nourrir pour un bon moment si cet hiver, le temps l'empêchait de sortir faire des courses.
Le président de la République venait d'avoir un léger malaise et tout le journal télévisé fut mobilisé sur ce fâcheux évènement. Le « monde » était malade et la crise, pas prête de reculer. On ne prévoyait pas d'embellie avant fin 2010. C'était encore loin, pour que les gens se sentent mieux dans la vie.
Véréna avait une cuisine « en état de siège » ! Des plats, des couverts, il y en avait un peu partout ! Cuisiner impliquait forcément cela. Mais elle avait le lave-vaisselle, elle en fut ravie.
Elle remplissait la précieuse machine tandis que les barquettes allaient être bientôt prêtes à prendre place dans le congélateur. Véréna avait eu une belle idée en supprimant un meuble de sa cuisine, pour le remplacer par un congélateur bas. En plus de celui qui se combinait avec son réfrigérateur, tout cela offrait une grande capacité de stockage.
Véréna pensait à la lecture achevée, et celle en cours. Elle attendrait demain pour aviser
Monsieur Delubac de la fin de la première. Elle était fortement intriguée par la troisième qu'il lui avait conseillée de lire pendant sa cure. Lorsqu'il donnait des indications de ce genre, c'est que le récit était très attachant, et reposant. Elle verrait. Peut-être commencerait-elle avant. Tout dépendait de la seconde lecture, qu'elle avait eu du mal à débuter et qu'elle avait fortement envie de retrouver maintenant. Elle ne le ferait pas, sinon, elle risquait d'y passer la nuit, et peut-être, s'assoupir dessus. Cela ne serait pas du tout juste pour l'ouvrage. Puis elle devait répondre à Cyber, maintenant qu'elle lui avait donné une adresse e-mail.
Puis s'il pouvait se connecter sur son adresse, sans doute pourrait-il le faire via le site de rencontre ?
Cyber lui avait effectivement adressé un mail, et il joignait plusieurs photos de Dubaï. En effet, cette ville semblait neuve et cosmopolite. Il lui vantait ses merveilles et ses richesses.
Il aurait pu lui proposer une connexion via le site, mais il y avait le décalage horaire auquel Véréna n'avait pas songé sur l'instant.
Cyber lui raconta qu'il avait été très occupé par son travail, mais que maintenant, il était en vacances, d'où les jolies photos.
Elle le remercia d'avoir donné des nouvelles et le félicita pour ses photos. Elle lui raconta qu'elle avait plusieurs lectures en cours, et, pour parler, qu'elle venait de s'acheter un lave-vaisselle. Elle lui parla également de sa journée « cuisine », histoire d'avoir quelque chose à raconter, et du temps, qui avait été très orageux. Elle lui souhaita enfin bon séjour, et le remercia pour son mail.
Les clichés lui firent penser à son futur voyage au Mexique. Elle commençait à parcourir différents ouvrages sur le web, d'ailleurs.
Elle vérifia où en était la commande de ses vêtements, car cette fois, ils ne devraient pas tarder à arriver. Véréna n'était vraiment pas sûr du tout, que la taille puisse convenir, compte-tenu de l'épaississement... de la sienne !
Elle en était bouleversée et s'était même surprise à pleurer à cause de cela. Pourquoi n'avait-elle pas été suffisamment vigilante lorsque les premiers kilos s'étaient installés ? Pourquoi, pourquoi ?
Deux tailles supérieures de vêtements étaient maintenant nécessaires, selon la coupe. Pas possible qu'il n'y ait rien à y faire et que l'âge et les hormones seules, soient responsables de ces dégâts. Elle voulait encore croire au miracle ! La cure, vivement la cure !!! Et il y avait son fichu traitement qui ne devait pas l'aider à mincir non plus. Véréna était épaisse maintenant, c'était moche, et les derniers vêtements achetés il y a 4 mois, ne lui allaient déjà plus !!! Il fallait vraiment faire quelque chose, car elle ne pouvait pas rester ainsi, non, elle ne le pouvait pas.
Elle avait déposé un plaid sur la psyché de sa salle à manger, afin de l'occulter. Elle ne voulait plus voir sa silhouette rebondie. Véréna commençait sérieusement à se détester.
Il était l'heure de regarder le premier film, « les choses de la vie ». Pourquoi ce film ? Parce qu'il retraçait un accident de voiture. Elle pensait y voir un peu de ce que Frédéric avait vécu, dans ses derniers instants de vie... Elle ne savait rien de précis. Tantôt on lui avait dit qu'il avait été tué sur le coup, tantôt qu'il était décédé durant le transport. Véréna avait bien compris que l'on cherchait à la protéger. Elle arriva au moment du terrible choc dans le film, et là, elle regretta de n'avoir pas été aux côtés de Frédéric. Que faisait-elle, seule maintenant, à profiter des biens qu'il lui avait laissés ?
Véréna n'avait pas sommeil et elle se rendit compte alors, que des larmes avaient coulé de ses yeux. Elle ne voulait pas pleurer, mais se montrer dure au contraire, et elle n'y avait pas réussi.
Entre les deux films, elle se préparera un cappuccino. A cette heure-là, il ne risquait pas de lui ôter le sommeil. Elle prit son breuvage du sommeil, et alla se coucher pour visionner le second film, « une fille cousue de fil blanc ». Elle programma l'extinction du téléviseur et elle fit bien, car elle s'endormit avant la fin du film. Ce n'était pas grave, elle l'avait mis en enregistrement dans le salon.
La nuit de Véréna fut agitée par un cauchemar lié au premier film. Eh oui, l'accident lui faisait penser à Frédéric. A travers ce film, elle eut l'impression d'avoir vécu l'accident à ses côtés. Elle le voyait tout doucement perdre la vie, et c'était vraiment terrible. Elle était une spectatrice passive. Elle aurait voulu intervenir, agir pour qu'il n'y eut pas cet accident, mais elle était tirée vers l'arrière par une force inconnue la paralysant de toute réaction. C'est sur cette dernière impression qu'elle s'éveilla, et, à l'heure des pas... Absents aujourd'hui aussi. L'homme devait être en vacances comme elle l'avait pensé : elle ne voyait pas d'autre explication. Elle se leva de suite, embrumée par une nuit agitée. Elle vérifia si l'enregistrement du second film avait fonctionné, et, par le plus grand des hasards, elle n'avait pas fait attention qu'elle avait également enregistré le premier. Elle était finalement contente, bien qu'il ne fût pas bon pour elle, de visionner de tels films, elle le savait. Elle avait l'impression pourtant, qu'elle était en communion avec Frédéric, au travers de ces fameux films. C'était étrange.
Elle s'attarda en cuisine, comme tous les matins, puis d'un coup, elle songea qu'elle avait complètement oublié de s'occuper de l'appartement de ses voisins d'en face ! Pourtant, elle avait promis ! Voilà ce que c'était que de vivre en autarcie. Elle irait après sa douche ou son bain, elle ne savait pas encore pour quoi elle opterait ce matin.
Ce qui était certain, c'est qu'elle ne monterait pas sur cette stupide balance qui lui annonçait des chiffres détestables !
Là aussi elle avait pris soin de couvrir le grand miroir du meuble à côté du lavabo. Se voir qu'à moitié, était déjà une souffrance, alors en entier, oui, il fallait éviter.
Elle ébouriffa sa chevelure, comme pour se remettre les idées en place, ce qui n'était d'ailleurs pas inutile. Elle tentait à l'instant, de se souvenir de la lecture qu'elle avait entamée. Elle eut un peu de mal. Sans doute le résultat de la nuit difficile. Puis elle alla dans la salle à manger et prit le manuscrit. Elle relut les 10 dernières lignes afin de se replonger dans l'histoire, et se surprit à continuer au-delà. Elle cessa de suite, car sinon, elle n'irait pas prendre sa douche, ni chez ses voisins !
Finalement, ce récit avait réussi à la captiver. Véréna avait pas mal de lectures à faire ces temps-ci et du coup, elle ne pouvait pas lire les livres qu'elle s'était elle-même choisis.
Mais c'était plus fort qu'elle... Elle continua de lire, assise sur sa baignoire tandis que le bain coulait. Elle posa le tout dans la salle à manger et en profita que le bain coule, pour aller faire un tour chez ses voisins. Elle vérifia le courrier, puis alla ouvrir les volets. Les plantes étaient suffisamment arrosées pour l'instant. Elle fit un tour rapide, referma à double tour, puis s'en retourna chez-elle. Le bain était arrivé à bonne hauteur ; elle n'avait plus qu'à s'y glisser.
Elle emmena sa lecture avec elle ! Cette intrigue policière, avait un côté romantique également. Voilà pourquoi Monsieur Delubac la lui avait adressée. Sinon, ce n'était pas « son créneau de lecture ». Monsieur Delubac exigeait toujours un résumé de ses auteurs. Ainsi, il pouvait dispatcher les lectures. Véréna sortit du bain parce qu'elle frissonnait, sinon, elle serait restée à lire. Et bien, il n'était pas loin de 8h15... Et Véréna venait de lire une bonne vingtaine de pages !
A ce rythme là, elle aurait fini rapidement. Ce récit mêlait l'amour, la dureté de la vie, et les passe-droits pour la « survie » d'où le côté polar de l'histoire. Véréna sortit de son bain, s'enveloppa dans son peignoir douillet, et laissa filer l'eau du bain. Pendant ce temps, elle mit sa vaisselle au lave-vaisselle, puis elle nettoya la baignoire. Presque nue sous son peignoir, elle donna un coup de balai dans son appartement. Françoise venait le lundi, certes, mais un minimum d'entretien s'avérait nécessaire. Elle eut envie de regarder le second film manqué hier soir. Elle disposait de ce temps, car la lecture était bien avancée. Il y avait environ 250 pages à lire.
De suite, elle entra au cœur du film et se souvint de « Claire d'Armencourt » la jeune-fille qui allait mourir. Il était environ 10 h 10 lorsque le film prit fin. Verena avait les mêmes larmes qu'hier, sur ses pommettes. Elle les essuya d'un revers de la main, puis se leva pour se vêtir et appliquer la crème de jour sur son visage. Elle était à peine vêtue que l'on sonna à la porte. Décidemment, on sonnait beaucoup chez-elle, ces temps-ci !
Il s'agissait du facteur qui lui apportait deux gros colis.
Sans doute les vêtements qu'elle avait commandé, car elle n'attendait rien d'autre.
Comme une enfant, elle fut pressée d'ouvrir ses colis. Oui ! Il s'agissait des vêtements.
Elle allait essayer tout ça de suite, mais elle redoutait qu'ils soient trop petits...
Heureusement, elle n'avait pas commandé de pantalon taille basse...
Tout lui allait, mais elle était un peu serrée dedans hélas... Il fallait qu'elle maigrisse absolument car là, en cet instant précis, elle se détestait encore plus !
Elle savait qu'à midi, elle ne déjeunerait pas d'une tomate farcie, comme elle l'avait prévu, mais d'un yaourt sans sucre et d'une pomme. C'était bien assez pour elle qui devenait de plus en plus grosse. Elle n'osa pas même essayer le dernier tailleur bleu marine qu'elle avait acheté il y a un mois. Si par hasard il était trop petit lui aussi...
11h42, elle mangea son yaourt nature et sa pomme. Puis elle mettrait les informations régionales et cet après-midi, elle s'installerait en terrasse pour reprendre sa lecture.
En attendant, elle rangea ses nouveaux vêtements. Elle avait reçu ceux d'été et ceux d'hiver.
Maintenant, elle avait tout ce qui lui fallait pour aller en cure et au Mexique.
En cette période estivale, on parlait beaucoup des jeux de plage et de montagne.
Il s'était produit un accident mortel sur la route du tour de France. Une personne avait été fauchée par un motard, en traversant la route. Elle n'avait pas survécu. Après les informations régionales, elle regarda le journal de 13 h. Il s'acheva sur la météo.
Elle déplia la table et sa chaise confortable, avant de préparer son cappuccino qu'elle dégusterait en terrasse car il faisait beau, très beau même. Véréna décida de ne pas laisser sa peau brûler au soleil. Elle étala de la crème sur sa peau et n'ouvrit pas le parasol pour l'instant.
Elle attacha ses cheveux avec une pince en les remontant en un petit et maladroit chignon.
Elle savoura son cappuccino et se demanda pourquoi elle ne s'était pas décidée à acheter cette machine avant.
Elle porta sa tasse dans la cuisine, la mit au lave-vaisselle qu'elle programma pour se mettre en route à 14h10 précises, puis prit son bloc, son stylo-mine 0.5 mm ainsi que le 0.7 et s'installa le manuscrit en mains. Le temps n'avait plus d'heure, et les aiguilles s'étaient figées dans la lecture de Verena. Décidemment, elle était captivée par ce roman, car oui, elle pouvait dire qu'il s'agissait d'un roman et non d'une nouvelle comme elle en lisait parfois.
Lorsqu'elle leva la tête, il faisait trop chaud. Elle ouvrit le parasol, c'était plus sage. Elle oubliait souvent que les arbres n'étaient plus là, et donc, plus d'ombre naturelle.
Elle fit une brève pause ; se leva pour se délasser les jambes et elle entendit la mise en marche du lave-vaisselle. Il était donc 14h10 ! Elle regarda alors où elle en était. Elle avait lu la moitié du manuscrit. Verena pensa qu'elle aurait terminé ce soir, si elle continuait ainsi. Elle appréciait beaucoup ce récit où elle n'était pas certaine d'en percevoir l'intrigue policière. Cela montrait qu'il était bien construit.
La sonnerie du téléphone retentit.
Il s'agissait de Monsieur Barbinosa qui l'informait de la disponibilité des matériaux. Il souhaitait savoir quand il pouvait débuter les travaux. En septembre, il serait moins disponible, tandis que là...
Verena était présente, il pouvait débuter quand il le souhaitait. Parfait, il débuterait les travaux en début de semaine prochaine.
Comme d'habitude, il accorda une facilité de paiement à Verena.
Verena n'avait pas consulté ses mails aujourd'hui et elle alluma son ordinateur portable qu'elle emmena dehors avec elle. Comme c'était agréable de travailler en terrasse !
Elle appréciait ce marbre qu'elle aurait bien aimé voir à l'intérieur, d'ailleurs, mais ce serait trop compliqué et Verena n'appréciait pas trop les chamboulements que généraient des travaux. Et puis son carrelage n'était pas si laid. Il était d'origine, gris pale, posé en diagonale avec de grands carreaux. Mais elle allait tout de même y penser et demanderait une estimation à Monsieur Barbinosa, rien que pour savoir.
Elle n'avait pas de mails.
Elle regarda les agences immobilières sur Antibes et son secteur, car sa réflexion de la dernière fois, ne l'avait pas quitté. Elle s'interrogeait à savoir s'il était plus judicieux d'acheter ou de louer six mois de l'année. Elle trouva quelques biens, mais le prix... Bien sûr, elle pouvait accéder à la propriété une seconde fois, mais il fallait rester raisonnable tout de même.
Elle prit son téléphone et appela le numéro correspondant à un bien repéré à la vente.
Ca sonnait, ça sonnait... Peut-être était-ce encore fermé, il n'était que 14h45. Et une personne décrocha. Le bien était en agence, au « cap d'Antibes ». Un appartement très certainement superbe, mais le prix l'était également. Verena ne montra pas trop son vif intérêt et demanda s'il n'y avait pas, par exemple, des biens à louer 10 mois de l'année par exemple, de septembre à juin.
A 2 mois près, l'agent immobilier lui conseilla de louer à l'année, ce serait certainement plus rentable.
Il fallait tout de même compter pas loin de 600 000 euros pour un coquet appartement.
Elle chargea l'agent immobilier de se mettre en recherche pour elle, et elle le rencontrerait bientôt, lorsqu'elle viendrait pour sa cure. Il devait chercher un achat et une location.
Elle lui donna une description très précise de ce qu'elle recherchait. Ils restèrent longuement au téléphone. Verena était contente de sa démarche, qui, peut-être n'aboutirait pas. L'agent immobilier lui avait fait remarquer qu'elle pourrait elle-même louer ce bien durant les congés d'été si elle ne l'occupait pas. Verena songea à sa cure, qu'elle pouvait décaler dans le temps : tout était jouable. Pourquoi pas ? Les assurances-vie de Frédéric et la vente de sa maison, avait laissé un joli patrimoine financier à Verena. Elle culpabilisa à l'idée de l'utiliser ainsi, car elle « jouait avec la mort » de son amour. Mais encore une fois, que dirait-il, s'il pouvait le faire ?
Sans doute serait-il content de la voir vivre !
L'après-midi était bien avancée lorsqu'elle raccrocha.
Et elle reprit sa lecture.
Verena était ravie de cet emploi. Il lui permettait de lire chaque jour, et chaque histoire était toujours différente, même si le thème était commun.
Mais un mail était là. Elle ne l'avait pas vu ce matin, il était dans « les indésirables ». Il s'agissait de Cyber. Il l'informait de son retour vendredi en 8. Vraiment, il semblait très enthousiasmé par Dubaï. Il avait à nouveau joint des photos. Il lui racontait qu'il s'était laissé tenter par les casinos, mais n'y avait pas fait fortune cependant, et qu'il aurait plaisir à la retrouver en conversation sur le web.
Elle répondit de suite, de manière très courtoise, afin de ne pas oublier de le faire. A vrai dire, elle ne savait pas trop quoi lui écrire.
Verena avait des projets plein la tête, maintenant, avec l'immobilier. Mais il ne fallait pas qu'elle s'emballe pour autant. Elle devait garder la tête froide, justement, et rester prudente. La période était favorable à l'achat, pas à la vente, et c'était un avantage non négligeable à prendre en considération. Cela voulait dire qu'il y avait une marge de négociation. Ses ressources n'étaient pas inépuisables non plus.
Pour l'instant, elle n'avait passé qu'un seul coup de fil, et c'était bien peu.
Puis elle reprit son livre.
En fin de journée, il ne lui restait plus que 10 pages à lire. Ce roman la tenait en haleine et elle voyait maintenant, une hypothèse de dénouement. Qu'allait-elle faire ? Continuer jusqu'à la fin ou faire une pause ?
Il était plus raisonnable de faire une pause, celle du dîner et de reprendre après, ou pourquoi pas demain ?
Verena dîna d'un œuf dur et d'une pomme, mais pas devant la télé, toujours en terrasse. La journée avait été très belle et s'étirait de la même manière, vers la soirée.
Et ce fut plus fort qu'elle, Verena reprit la lecture car elle voulait aller au bout de cette histoire.
Elle termina 1 heure plus tard, sur les dix dernières pages. Bien joué ! Verena n'avait pas eu la bonne idée sur la conclusion du récit !
Vraiment, elle avait apprécié. Peu de corrections à son sens, juste des petites fautes et quelques tournures de phrases. Monsieur Delubac reverrait.
Maintenant, elle allait pouvoir débuter la lecture du « 3ème manuscrit » !
Mais demain serait un autre jour et Verena rentra pour s'installer devant un film.
Vendredi matin, les pas étaient toujours absents. Elle pensa vraiment qu'il s'agissait des vacances. Mais tout ça l'étonnait malgré tout. Au lever, elle irait chez son voisin car hier midi, elle avait oublié d'aller relever le courrier tant elle était captivée par le récit.
Son voisin avait 2 lettres, elle aussi. Elle arrosa les plantes sur la terrasse puis rentra bien vite chez elle.
De la publicité, une fois de plus !
Verena avait beaucoup lu la veille et elle était un peu fatiguée. Elle se recoucha, car rien ne la pressait. Elle prit un magazine, qu'elle feuilleta d'une manière détachée, tout en regardant la télévision et les informations du matin. La météo promettait d'être aussi belle qu'hier ce qui fit plaisir à Verena. Sans le sentir venir, elle s'assoupit de nouveau. Lorsqu'elle ouvrit un œil, il était presque 10h30 ! Une première pour Verena, elle qui se levait toujours de bonne heure. Elle suivit le rituel du petit déjeuner dans le calme et continua de se préparer pour la journée. Zut ! Le Lave-linge avait tourné et le lave-vaisselle aussi ! Il fallait s'occuper de tout cela. Pour le linge, ce serait dehors en direct, vu que la météo serait clémente. Elle fit vite pour le la vaisselle, et elle songea à s'offrir un autre service décoré d'olives et de citrons qu'elle avait repéré en faisant ses courses. Pour que le lave-vaisselle soit rentable, il fallait le faire tourner relativement plein. Peut-être qu'elle irait aujourd'hui, car sur le prospectus récupéré dans la boîte aux lettres, le centre commercial annonçait une belle promotion sur les noix de Saint-Jacques et Verena en était friande. Elle irait dès qu'elle serait prête, c'était décidé.
Une heure plus tard, elle était dans le magasin entrain de repérer ses assiettes et les couverts. Elle n'avait d'ailleurs pas vu de suite, qu'eux aussi, étaient en solde. Tout s'arrangeait au mieux pour les affaires de Verena.
Elle ne s'attarda pas dans les rayons du magasin, et fila en caisse tout en vérifiant qu'elle avait tout pour cuisiner les noix de St Jacques. Elle était toute contente à l'idée d'utiliser cette nouvelle vaisselle qui était sur le thème de celle qu'elle possédait déjà.
Ouf !!! Enfin arrivée, se dit-elle, car il y avait du poids dans les cagettes !
Verena n'y résista pas, elle sortit ses poireaux en rondelles et les mis de suite dehors au soleil, pour décongeler, les deux tomates, la crème légère, le citron, l'aneth et hop, elle pourrait préparer les noix de Saint-Jacques auxquelles elle associerait un riz basmati naturellement parfumé.
Ah zut, ce matin, elle avait oublié de vérifier si les plantes de ses voisins avaient besoin d'eau !
Elle y alla de suite avant de se lancer en cuisine.
Elle avait bien fait, car les plantes en terrasses, avaient besoin de soins... Elle se hâta, sa cuisine l'attendait...
Elle mit la nouvelle vaisselle au lave-vaisselle et voilà, elle était prête. C'est alors que le téléphone sonna.
Elle regarda si le numéro était identifié, et oui, il s'agissait de Monsieur Delubac.
Il lui annonça qu'il débordait d'ouvrages à lire, sans doute parce que les gens partaient de moins en moins en vacances ces temps-ci, avec la crise, ce qui faisait naître de futurs talents peut-être.
Verena comprit le message... Monsieur Delubac avait de la lecture pour elle, en plus du troisième roman qu'elle n'avait pas encore ouvert.
Elle avisa Monsieur Delubac qu'elle avait achevé la seconde lecture, restait le troisième roman qu'il lui conseillait de réserver pour sa cure, si elle le voulait bien.
Un essai et deux nouvelles attendaient Verena si elle acceptait de ne pas faire de pause estivale.
Elle accepta, car il y avait la cure à acquitter, mais surtout, les lectures manquaient à Verena depuis quelques temps, lorsqu'elle n'en avait pas. Monsieur Delubac insista cependant pour qu'elle mette de côté le « troisième ouvrage, du velours » comme il disait, car en plus, il avait trouvé une autre histoire en cours de la même personne, et vraiment, il avait beaucoup apprécié le premier déjà. Il y avait comme une vraie pointe d'enthousiasme et Verena en tint compte.
Il proposa un déjeuner à Verena, et l'occasion de lui remettre les ouvrages. Verena savait que ses travaux allaient débuter, mais pas précisément quand, ni la durée estimée. Elle ne lui dit pas non, mais devait s'assurer de sa disponibilité, elle le contacterait de nouveau dans la journée, après avoir joint Monsieur Barbinosa.
Oui, elle était contente de recevoir d'autres lectures, mais elle n'avancerait pas dans « ses écritures ». Ce n'était pas très grave, sans doute aurait-elle le temps de le faire après les soins durant sa cure. Elle nota ses idées, pour n'en pas perdre le fil.
Bon, et bien Monsieur Delubac et Verena étaient restés en ligne un petit moment, et maintenant, il était bien l'heure d'aller en cuisine, Verena salivait à l'avance !
Verena récupéra les rondelles de poireaux décongelées au soleil, les égoutta. Elle ajouta un peu d'oignon également. Le tout frémissait, car Verena avait ajouté le jus de citron dans la sauteuse, l'aneth, les poireaux maintenant, pour les saisir et les faire cuire à cœur. Les noix de St Jacques allaient se fondre dans cette préparation, tandis que le riz commençait sa cuisson... Hum !!! Tout cela sentait bien bon et attisa l'appétit de Verena. Le soleil inondait généreusement la terrasse et la cuisson s'achevait. Verena prépara son assiette, fin prête à accueillir cette savoureuse cuisine.
Voilà ! Verena était à table, enfin !
C'était délicatement bon et le palais était flatté par de tels mets si raffinés. Elle prit un long plaisir à ce déjeuner, qu'elle termina sur un cappuccino et un carré de chocolat au lait.
Simple à préparer, mais coûteux tout de même.
Elle reprit ses notes, et fit une page de garde avant de transmettre à Monsieur Delubac.
Et si elle se mettait à écrire, là, bien installée ? Pourquoi pas ? Il suffisait de déplier le parasol et tout serait prêt. L'ordinateur était chargé, elle n'avait pas besoin de rallonge.
Elle regarda ses mails et Cyber ne lui avait pas écrit. Après tout, il était en congés.
Avant tout, elle téléphona à Monsieur Barbinosa afin de savoir le nombre de jours nécessaires aux travaux. Justement, il allait l'appeler. Il voulait savoir s'il pouvait commencer tôt lundi matin, car il avait les matériaux principaux à décharger, comme les parpaings. Verena lui répondit favorablement, et il lui annonça 3 jours ou 4, de travaux pas plus. Parfait, elle pouvait rappeler Monsieur Delubac et lui dire qu'elle serait libre le vendredi.
Ce fut Monsieur Delubac lui-même qui décrocha et fut ravi. Il laissa Verena choisir le restaurant. Elle lui ferait partir les ouvrages déjà lu par coursier et il lui apporterait ceux à lire vendredi prochain. Verena aurait cette pause, finalement, et pourrait se consacrer à
« son écriture ». Elle s'imagina même entrain de faire la grasse matinée, lorsqu'elle réalisa que Monsieur Barbinosa viendrait de bonne heure... Loupé !
Elle avait aussi quelques films enregistrés qu'elle n'avait pas pris le temps de voir, puisqu'elle lisait. Elle se détendrait devant la télé.
Mine de rien, il était déjà 15 h passées. Et oui, Verena avait déjeuné tard, et longuement. Mais qu'importe, personne ne l'attendait. Finalement, elle n'allait pas écrire maintenant. Elle avait envie de profiter des rayons du soleil et parfaire son hâle. Elle avait déjà pas mal bruni.
Verena s'assoupit au soleil, la tête pleine de rêves dont elle se souvint à peine à son réveil...avec un bon coup de soleil...
Elle prit une douche et s'enduit de crème hydratante pour rattraper le « coup de chaud ». Demain, elle serait bien bronzée ! Elle se dirigea vers son ordinateur dans l'idée de continuer « son histoire », mais non, elle n'avait pas envie de pianoter sur le clavier et ses idées étaient trop éparpillées.
Elle lut un magazine, et continua sur une bande dessinée ! Tout cela n'avait pas grand-chose à voir avec ses « lectures » habituelles.
Verena avait du mal à fixer son attention, mais elle décida malgré cela, de mettre un film.
Un film d'amour, bien sûr, mais dur dans son histoire. Elle le visionna pour la seconde fois, avec grand plaisir. Verena n'allait jamais au cinéma, car seule, elle ne pouvait le concevoir. Puis elle n'avait guère envie de sortir ; elle était bien chez elle. L'idée de rencontrer du monde qu'elle ne connaissait pas, l'effrayait toujours autant. Il faut dire qu'elle n'en n'avait surtout pas envie. Sa vie de femme solitaire lui convenait. Cette correspondance avec Cyber était une surprise et continuerait-elle ? Elle verrait à son retour, la semaine prochaine, comme il le lui avait annoncé.
Nous arrivions au week-end, et aux informations, les bouchons annoncés sur les routes, entre les départs et les retours de vacances, étaient bien là.
D'ailleurs, il y avait quelques aller-venues sur le palier.
Verena était fatiguée. Bien trop pour monter et descendre quelques marches du stepper. La cure se chargerait de ses kilos en trop, elle y comptait beaucoup.
Là-bas, totalement prise en charge, elle ne ferait pas d'écart alimentaire au moins.
Elle se coucha tôt, avec la télévision, comme d'habitude, mise en programmation.
Demain, elle ne prendrait peut-être pas de bain de soleil.
Verena avait dormi comme un bébé. Elle se leva d'un pas léger et regarda si le soleil avait joliment coloré sa peau. Ce fut le cas. Elle était contente pour cela, mais pas pour sa silhouette.
Mais que pouvait-elle espérer à son âge ? La cure ! Vivement la cure, se répéta-t-elle !
Aujourd'hui encore, il ferait beau, la météo l'avait annoncé et le ciel semblait bien dégagé. Une autre superbe journée en perspective.
Ce matin, il n'y avait toujours pas eu de pas devant chez-elle, mais nous étions samedi ; c'était normal.
Sa matinée débuta comme les autres jours, devant son habituel petit déjeuner. Elle prit beaucoup de temps à le savourer, tout comme elle en fit de même dans son long bain bouillonnant. Elle termina par une douche rapide et fraîche, tonique pour la peau et enveloppa ses cheveux dans une serviette tiède. Elle venait de poser un masque capillaire, hydratant pour ses cheveux.
Elle profita de ce moment pour débarrasser le lave-vaisselle des nouvelles assiettes et couverts qu'elle y avait mis hier.
Un petit coup de balai s'imposait. Françoise viendrait lundi, mais tout de même. Elle avait le gazon à tondre également, et il y aurait aussi Monsieur Barbinosa pour débuter les travaux.
Il lui avait annoncé sa venue pour 8h30 et Verena mettrait le réveil, car ces temps-ci, il lui arrivait de paresser au lit.
Zut, elle avait oublié de mettre son pain à cuire ! Elle le mit de suite.
Elle rinça ses cheveux et les laissa sécher naturellement. Elle irait chez ses voisins une fois que le facteur serait passé : elle avait un peu le temps.
Verena se sentait prête à « écrire »... Il ne faisait pas chaud pour l'instant, mais le soleil l'inspirait. Rien qu'en le regardant briller, les mots venaient se glisser sous ses doigts virevoltant sur le clavier. Lorsqu'elle cessa de pianoter, il était environ midi, le temps pour elle de faire une pause en allant chercher le courrier, puis elle passerait chez ses voisins. Ils rentraient dans une semaine. A vrai dire, rendre ce service ne coûtait rien à Verena. Elle ne demandait jamais rien à personne, lorsqu'elle partait en cure, mais après tout, pourquoi pas ? Elle y songerait le moment venu. Elle ne souhaitait pas qu'une forme de promiscuité s'instaure, par le biais d'un simple service rendu.
Verena était fatiguée par l'écriture. Lire était un travail méticuleux et fatiguant également, mais écrire l'était aussi, elle s'en rendait compte. Son histoire était banale, romantique tourmentée, disons. Elle ressemblait à certaines qu'elle avait pu lire, mais cette fois, avec ses mots à elle, ses tournures de phrases...
Il faisait chaud depuis un moment maintenant. Elle déjeuna dehors, sous le parasol, afin de ne pas être vue par les voisins puisque nous étions le week-end.
Il lui restait de ses merveilleuses noix de St Jacques ! Quel délice !!!
Comme il y avait eu une belle promotion sur ce produit, Verena n'avait pas hésité à en acheter plusieurs sachets et faire ainsi le plein de ces mets délicats et coûteux. Verena pouvait tenir « un siège » avec les plats préparés et les ingrédients pour en cuisiner d'autres.
Comme il était doux de ne rien faire et de regarder ce joli jardin !
Chaque année, elle garnissait trois grandes jardinières « d'impatiens » qu'elle posait ensuite sur le muret séparatif.
Quelques graines mues par le vent, s'échappaient parfois au sol et venaient pousser ça et là.
Il y avait le massif de tulipes, jaunes et noires, au début du printemps, et les crocus qui courraient indisciplinés, dans la pelouse. Elle avait planté des rosiers nains le long de ce muret, et ils occultaient ce mur fendu et disgracieux.
Elle remplacerait l'altéa qui n'avait donc pas supporté le rigoureux hiver.
Entre la fenêtre de cuisine et celle de la chambre, un rosier grimpait le long d'une treille. Verena en prenait tout particulièrement soin, car sa couleur était pourpre et assez rare. Elle en avait taillé une petite branche fugueuse, afin d'essayer une bouture. Pour l'instant, sa plantation semblait se plaire et croître.
Du côté droit de son jardin, elle avait laissé un seul thuya et planté de la végétation différente à chaque pied, qui l'isolait de son voisin.
Une année sur deux, elle demandait à Monsieur Barbinosa de retourner le terrain, pour que sa pelouse soit plus belle.
Sinon, elle s'occupait elle-même de ses plantations.
Elle aimait le faire ici, tandis qu'elle détestait dans la maison de Frédéric. Certes, le jardin était plus grand, mais déstructuré.
Il y avait des framboises, des tulipes, des plantes dont elle ne connaissait pas le nom, des petits sapins nains qui laissaient un espace entre la clôture et le massif qu'ils formaient. Une sorte de géraniums sauvages qui débordaient, et en faisant de même sur l'allée pavée menant à la seconde porte-fenêtre.
Elle n'aimait pas du tout ce jardin-là et ne s'en occupait pas. Le noisetier était trop grand, le bouleau également et les arbres du voisin tombaient chez-lui. Ces arbres-là étaient bien trop imposants pour un jardin de cette superficie.
Devant, en façade, une haie de différents rosiers servaient de clôture, mais au fil du temps, ils étaient devenus miteux. Verena coupait les roses mortes, mais c'était tout. Ici, tout au contraire, elle avait plaisir à donner vie en jouant avec les couleurs.
Il y avait aussi les géraniums dans les suspensions, de chaque côté des fenêtres de la salle à manger-salon.
Verena aimait ce jardin « propre » et accessible, pas comme celui de Frédéric où tout se mélangeait et donnait un aspect de laisser-aller, où, d'ailleurs, on ne savait pas par où commencer pour en faire quelque chose de joli. Seuls les crocus, les tulipes et les perce-neige avaient vraiment leur place dans ce fouillis. L'hortensia et les fleurs d'à côté que Verena ne connaissait que de vue, prenaient chaque année d'avantage de place sur le terrain, car personne ne les coupait. Elle se souvint que peu avant la mort de Frédéric, elle avait réussit à retirer un chèvrefeuille mort, qui courrait sur un mur. Non, elle n'avait pas aimé du tout cette maison finalement. Mais elle aimait Frédéric, c'est pourquoi elle avait accepté d'y vivre. A l'époque, il n'était pas encore prêt à la vendre, car elle représentait son enfance, mais il en avait évoqué l'idée. Verena avait été ravie, bien sûr, sauf qu'elle ne pensait pas qu'elle quitterait cette maison dans de telles circonstances.
Là, dans son appartement, elle regardait par ses fenêtres avec ravissement, ce n'était pas pareil. Elle était bien, en sécurité, car elle songeait que cet appartement avait un côté protecteur, comme s'il avait été construit pour elle.
Elle était apaisée, calme, sereine et il ne lui manquait plus que son habituel cappuccino pour continuer de regarder ce paysage avec ravissement.
Le soleil tapait très fort aujourd'hui encore, comme c'était bon !
Verena se délectait sur sa terrasse et le temps n'avait plus d'emprise sur elle.
Elle posa ses pieds nus sur le marbre et songea à nouveau qu'elle aurait bien aimé en avoir à l'intérieur. Non, elle n'envisageait pas tout ça ; trop de complications avec les travaux. Puis elle avait en tête l'éventuel projet immobilier d'Antibes, ou une location à l'année. Elle ne pouvait pas être sur tous les fronts en même temps. D'ailleurs, était-ce bien raisonnable de penser à cet achat ? Ne dit-on pas que « les rêves nourrissent les ambitions » ?
Verena mit sa chaise en position « relax » et continua de se prélasser. Tant et si bien qu'elle termina par s'assoupir. Un vent lourd et chaud l'éveilla 2 h plus tard. Ainsi passaient les journées de Verena. Une vie sans grande surprise, mais elle lui convenait. Elle vivait à son rythme, à son gré et n'avait aucune entrave.
Le téléphone vint mettre fin à cette plénitude et fit lever Verena de sa chaise.
L'agent immobilier d'Antibes était à l'autre bout du fil. Il avait 2 biens en vue susceptibles de lui convenir et proposa d'adresser les photos par e-mail. Elle accepta volontiers, tout en le prévenant qu'elle ne prendrait aucune décision à la légère, puisque, en plus, elle venait à la fin du mois. Il avait aussi une location à lui soumettre, mais il était clair qu'il préférerait réaliser une vente.
Verena alluma aussitôt son ordinateur, afin de réceptionner les photos. Et bien ! Il y avait pas moins de 12 photos ; 6 par appartement. Les deux appartements étaient superbes, et l'un d'eux avait une superbe terrasse plein sud. Tandis que l'autre, plus petit, exposé sud-ouest, avait... un jardinet ! Verena eut un coup au cœur, car il ressemblait au sien, en plus petit !
Le prix était moins indécent que celui avec la terrasse et il retint toute son attention. Elle avait hâte de le visiter.
Elle répondit au mail de l'agent immobilier, lui faisant part de sa satisfaction, sans toutefois lui en dire trop.
Dimanche s'était écoulé comme le samedi, sous-le-soleil !!!
Lundi matin, 06h45, Verena s'éveilla, sans le bruit des pas... Décidément, l'homme au chapeau était en congés. Portait-il un chapeau, en été ? Verena n'en savait rien. La silhouette lui manquait finalement, car elle n'avait pas élucidé le mystère.
Bon, et bien, elle ne serait pas en retard pour l'arrivée de Monsieur Barbinosa, et celle de Françoise.
Ce matin, elle se hâta pour être à l'heure. Si elle prenait son temps, elle ne serait pas présentable pour accueillir Monsieur Barbinosa.
Elle se faufila rapidement sous la douche, s'habilla, fit son lit et prit son petit-déjeuner devant les informations télévisées.
Il était presque 8 h15 et Monsieur Barbinosa serait là pour 8h30. Il était toujours très ponctuel.
A 8h25, le téléphona sonna et il s'agissait de Monsieur Barbinosa.
Verena alla lui ouvrir. Il entra avec son camion car il devait décharger les matériaux. Verena lui proposa un café avant de commencer.
Monsieur Barbinosa avait fort à faire, car il n'y avait pas de point d'eau dans le parking et il en aurait besoin pour le béton qui viendrait sceller les parpaings des deux murs.
Aussi, il se hâta à boire son café et retourna à son ouvrage.
Françoise arriva à 9h30 et Verena vint également lui ouvrir.
Elle rencontra Monsieur Barbinosa qui se dirigeait vers son camion, et de mon côté, je sentis comme un courant magnétique qui se dégagea d'eux. Leurs yeux restèrent figés les uns vers les autres, comme si Monsieur Barbinosa se baignait dans le regard azur de Françoise...
Françoise monta à l'appartement, elle prit le café que Verena lui avait préparé et s'attacha au ménage.
Elle lui parla du gazon à tondre, si elle en avait le temps aujourd'hui ; elle acquiesça.
Véréna décida d'augmenter son salaire horaire, en passant celui-ci à 8 euros, car il y avait également le jardin.
Monsieur Barbinosa eut besoin de venir à l'appartement de nombreuses fois, pour les seaux d'eau, boire un verre d'eau également...
Et à chaque fois, les regards de Françoise et le sien, se croisaient avec comme une sorte d'éclair.
Verena était là, entre eux.
Verena sentait ce fluide passer entre eux deux et les présenter l'un à l'autre, semblait comme une formalité inutile.
Leur rencontre était comme une évidence, et leurs regards échangés en disaient long.
Verena n'était pas mécontente d'apercevoir une réelle attirance entre ces deux personnes. Elle n'avait pas pensé que cela puisse arriver et les présenta l'un à l'autre tout de même ; question de politesse.
« Françoise, je vous présente Monsieur Barbinosa qui s'occupe des travaux que j'ai à faire ».
« Monsieur Barbinosa, je vous présente Françoise qui assure l'entretien de mon appartement et de la pelouse ».
« Ravis », échangèrent-ils en se serrant la main, d'une manière un peu empruntée, comme deux adolescents face à un amour naissant.
Ils étaient maladroits et cela n'échapa pas à Verena, tout en la faisant sourire. Se pouvait-il qu'elle ait mis face à face deux personnes qui pourraient partager la même route ?
Si tel était le cas, elle n'y était pour rien, mais quelle joie de lire une part de bonheur sur leurs visages !
Après ces instants qui les avaient désorientés, figés sur place, la main dans la main de l'autre, chacun reprit son activité sous le regard amusé de Verena. Françoise était perturbée au point qu'elle allait entreprendre de laver le sol, avant de tondre ! Verena le lui fit remarquer gentiment.
« Je suis désolée, Madame, où ai-je la tête », dit Françoise, sur un ton gêné.
Bien sur elle allait tondre le gazon et s'occuperait de la terrasse et des sols ensuite.
Monsieur Barbinosa revint chercher deux seaux d'eau au moment où Françoise achevait de tondre. Il faisait déjà chaud, ce matin et Verena proposa un rafraichissement à chacun. Ils acceptèrent volontiers, car ainsi, ils étaient en présence l'un de l'autre... Verena leur proposa une pause et Françoise parla de ses problèmes de plomberie auxquels elle ne savait pas faire face.
Monsieur Barbinosa proposa de regarder et d'évaluer les travaux à faire. Verena en était certaine, il ferait les travaux gratuitement, ou à bas prix. Ils échangèrent adresse et numéro de téléphone.
Une effluve de gaité parcourait l'appartement et Verena ressentait un bien fou elle aussi. Ah oui, si elle pouvait être à l'origine d'un début d'histoire d'amour, elle ne pouvait être qu'heureuse !
Françoise s'acquitta des travaux ménagers en virevoltant entre les meubles. Elle avait tondu la pelouse à grande vitesse et tout ce qu'elle fit ce jour-là, fut en chantonnant ! Elle était heureuse ! Elle et Monsieur Barbinosa s'étaient donné rendez-vous, pour « la plomberie », mais c'était surtout l'occasion d'être ensemble. Il passerait le lendemain, en fin de journée.
Verena allait-elle être une « entremetteuse » involontaire ? C'était à croire ! Merveilleux ! Le cœur sec de Verena, pouvait encore fondre de bonheur, alors ?
Françoise avait terminé pour ce matin, et allait prendre congés de Verena, pour rejoindre l'autre appartement dont elle s'occupait, dans la même résidence. Monsieur Barbinosa choisit ce moment, sans le savoir, pour remonter chercher de l'eau à nouveau. Ils se dirent au-revoir, et leurs doigts se frôlèrent un long moment, avant de se séparer. Ils confirmèrent le rendez-vous de demain, fin de soirée.
Verena n'avait pas encore reçu les ouvrages à lire et elle profita de ce moment pour se consacrer à son histoire en cours. C'est étrange, les mots coulaient à flot aujourd'hui. Peut-être était-ce cette histoire d'amour naissante dont elle était la complice involontaire. Elle regardait sa vie, elle écrivait sa vie. Elle fit une pause. Elle aurait d'avantage « matière » à écrire si Cyber avait adressé un mail, mais elle n'avait pas vérifié.
Elle ouvrit sa messagerie et il y avait effectivement un mail de Cyber, puis un autre de Monsieur Delubac.
Monsieur Delubac annonçait l'arrivée des ouvrages pour aujourd'hui, par coursier, soit en fin de matinée ou en début d'après-midi. Il était près de 12h30 lorsque le coursier arriva avec les deux manuscrits. Verena signa le bon de réception.
Il lui demandait si elle songeait au déjeuner de jeudi et où comptait-elle le conduire. Elle pensait à un restaurant marocain, car un couscous la tentait beaucoup. Monsieur Delubac fut d'accord et il ne restait plus qu'à réserver une table pour jeudi midi cette fois. Il apporterait le chèque de Verena. Elle lui répondit qu'elle avait profité du coursier pour lui faire partir en retour, les deux ouvrages qu'elle avait lu. Monsieur Delubac savait que Verena n'acceptait pas d'emprunter les transports en commun et il se déplaçait toujours. La seule fois où elle était allée à Paris, ce fut pour se présenter à la maison d'édition et elle l'avait fait en taxi. Monsieur Delubac aimait beaucoup la compagnie de Verena et son objectivité totale, envers les ouvrages qu'elle lisait. Quant à Cyber, il lui avait adressé d'autres photos de Dubaï. Il lui parlait des visites qu'il avait faites et de son prochain retour vendredi, jour où il prendrait l'avion.
Puis elle descendit voir Monsieur Barbinosa afin de s'assurer qu'il n'avait besoin de rien.
Il était entrain de terminer son déjeuner, assis sur une marche de son escabeau. Les travaux avaient déjà bien avancé. Aujourd'hui, il faisait lourd, mais il n'y avait pas de soleil. Il avait presque terminé son déjeuner et il refusa la terrasse de Véréna, mais accepta le café qu'elle lui offrait. Elle remonta, alla vérifier le courrier, de ses voisins aussi, et se rendit chez-eux. Ils rentraient samedi matin, donc « sa mission » s'achèverait vendredi soir.
Verena n'avait pas encore déjeuné, elle le ferait après le café de Monsieur Barbinosa. Elle avait décongelé une tomate et une courgette farcies, mais ne savait pas encore ce qu'elle choisirait.
Puis cette fois, elle ne déjeunerait pas en terrasse. Il faisait lourd, mais gris : dommage !
Elle avait arrêté d'écrire, car elle ne pouvait le faire que dans un grand calme et finalement, même si les mots étaient venus facilement, elle avait du mal à organiser ses idées. Ecrire n'était pas si simple, elle l'avait déjà constaté. Comme pour un roman, il fallait « se souvenir ». La mémoire jouait un rôle important, car il ne devait pas y avoir de paragraphe en double et la mémoire servait à se souvenir où on s'en était arrêté. Verena avait adopté une technique, elle notait ses idées, surlignait ses dernières phrases et ainsi, elle ne perdait pas le fil.
En plus, elle relisait sa dernière page. Elle y attachait un soin tout particulier. Bien sur, ce qu'elle écrivait était anonyme, car elle avait un pseudo. Mais ainsi, elle passait de l'autre côté de la barrière. Elle devenait « anonyme » à son tour. Elle était « lue » et ça changeait tout. Elle recevait d'élogieux compliments et tout ça la flattait beaucoup. Certes, elle ne pensait pas avoir les talents d'un écrivain, mais sans doute avait-elle les possibilités d'écrire des petites nouvelles de quelques pages.
Monsieur Barbinosa sonna à la porte, et Verena lui prépara son café, comme prévu. Verena lui parla de cette idée de marbre à l'intérieur et Monsieur Barbinosa lui confirma que le cout serait élevé, qu'il y aurait beaucoup de travaux à prévoir, puis qu'il faudrait aussi déménager les meubles, pièce par pièce. Elle abandonna l'idée, pour se concentrer sur le projet immobilier plutôt.
Monsieur Barbinosa repartit, une fois son café bu. Verena se mit à table pour déjeuner. Elle avait choisi la courgette et garderait la tomate pour le lendemain. Comme à son habitude elle alluma la télé tandis que son repas se réchauffait doucement. Elle attrapa les informations sur une chaine câblée. Le soleil tentait péniblement à apparaître, aussi, elle décida malgré tout, de s'installer en terrasse pour déjeuner. Elle fit bien, car le temps de réchauffage de son plat, les rayons du bel astre, inondaient la terrasse. Elle savoura chaque bouchée, prit le temps qu'il fallait pour terminer son repas et se servit son habituel cappuccino. Elle flemmarda paisiblement au soleil, alanguie dans son siège qu'elle bascula en position relax. Elle débarrasserait la table plus tard, car elle était trop bien à ce moment précis. Elle songeait à « son écriture ». Les idées se mêlaient encore et encore, mais elle n'avait plus envie d'écrire, le temps de le faire était passé. Elle se leva, lasse, débarrasser les reliefs de son récent repas, et pris en main une des deux lectures que Monsieur Delubac lui avait fait porter. Elle chaussa ses lunettes de soleil, puisqu'il brillait désormais et commença une des deux lectures. Elle se leva de nouveau car elle réalisa qu'elle n'avait pas éteint la télé. Décidément, faisait-elle bien de lire, elle avait du mal à s'installer.
Il lui manquait son bloc-notes, son astro-mine... Elle entra dans ce récit comme dans un rêve. Il semblait doux et rafraichissant telle une histoire d'amour en été. D'ailleurs, ce récit était une histoire d'amour d'été ! Elle regarda l'épaisseur de l'ouvrage et l'estima d'une soixante de pages environ. Il s'agissait d'un jeune auteur, au regard des tournures de phrases. C'était doux comme de la soie, et caressait l'esprit avec ces mots si tendres.
Monsieur Barbinosa sortit Verena de sa lecture ; il souhaitait lui montrer son travail.
Elle descendit au parking, et s'aperçut que les deux murs étaient montés et qu'il ne restait que le troisième, et les portes à fixer. Verena aurait bien aimé des portes motorisées, mais ce n'était pas possible car il n'y avait pas d'électricité privative dans le garage. Verena était tout à fait satisfaite des travaux déjà réalisés et félicita Monsieur Barbinosa. Vraiment, elle était contente d'avoir fait appel à lui la première fois, pour un petit travail de plomberie. D'ailleurs, elle lui proposa de distribuer des cartes de visite dans les boites aux lettres de la résidence, car vraiment, il était un excellent professionnel. Pour cela, il n'aurait qu'à passer par le parking afin d'accéder à l'autre bâtiment. Mais quelle heure était-il donc ? 16h40 ! Le temps, encore une fois, était passé. Verena songea alors à son portail qui résistait un peu à la clé. Elle demanda à Monsieur Barbinosa s'il ne pouvait pas y jeter un œil aujourd'hui, avant de partir. Il fut d'accord, mais après avoir rangé les parpaings restant pour l'autre mur demain.
Peu après, il monta et alla regarder ce portail récalcitrant. Ce n'était rien. La serrure s'était un peu grippée après l'hiver. Il avait tout ce qu'il fallait pour remettre cela en ordre et descendit chercher le nécessaire dans sa camionnette. Voilà, tout était en parfait fonctionnement.
Lorsqu'elle sortait pour se rendre à la pharmacie, par exemple, l'été, Verena passait souvent par son jardin et empruntait le portillon. Monsieur Barbinosa regarda les thuyas et pensa qu'une coupe ne leur ferait pas de mal. Verena fut d'accord et lui laissa le choix du jour où il voudrait passer pour cela. Depuis qu'elle l'avait rencontré, par petite annonce interposée, elle lui laissait faire ce genre de choses. Il lui proposa lundi prochain, dans la matinée... Verena n'était pas dupe, elle avait vu son regard s'éclairer, car le lundi Françoise venait. Une idylle allait-elle vraiment naître entre-eux ? Elle avait eu l'impression de voir dans leurs yeux, ce que les ouvrages qu'elles lisaient, lui rapportaient. Et si c'était vrai ? Ce serait fantastique. Voir un coup de foudre en direct, était chose rare !
Monsieur Barbinosa prit congés ce soir, et reviendrait continuer les travaux demain matin.
Verena ne continua pas de lecture, mais nota des idées pour son écriture en cours. Le coup de théâtre que lui offraient Françoise et Monsieur Barbinosa, était un excellent sujet.
Par contre, si elle n'écrivait ni ne lisait, il fallait qu'elle réponde à Cyber, tout de même.
Ce fut un mail laconique, le félicitant toujours pour ses photos. Il lui demandait ce qu'elle faisait ces temps-ci. Elle lui annonça ses lectures en cours, plus nombreuses que les autres années, mais au final, elle ne détestait pas. Elle lui parla du déjeuner de jeudi, prévu avec son éditeur et du choix du restaurant. Tout cela meublait la conversation, car ce n'était pas si facile de correspondre avec une personne dont on ne savait quasiment rien.
Verena regarda le thermomètre extérieur, et grand Dieu, oui, il faisait chaud ! Elle reprit sa lecture après que Monsieur Barbinosa ait pris congés, pour revenir demain de bonne heure, lui avait-il annoncé. Il faisait frais dans le parking, c'était une chance. Il lui restait 2 à 3 jours de travail. Le béton prenait bien, donc il aurait sans doute tout terminé vendredi au plus tard. Sinon, il venait lundi matin pour tailler les thuyas.
La lecture aurait pu être plus agréable, s'il n'y avait pas eu autant de fautes. Heureusement que le romantisme était là, il faisait une place importante à la syntaxe. Verena ne critiquait pas cela, car elle pouvait parfaitement comprendre que l'on ne maîtrise pas la grammaire. Seulement, ce récit était écrit façon « sms » et il pénalisait le contenu. Verena prit soin de bien interpréter chaque phrase et d'y apporter les corrections nécessaires. Il n'y avait aucune raison pour qu'elle n'accomplisse pas sa mission, en tout cas. Mais que c'était dommage !
Elle fit une légère pause pour aller chercher une eau gazeuse aromatisée d'un nuage de citron pressé et repris l'ouvrage. Elle n'avait lu que 10 pages environ. Tous les auteurs ne pensaient pas à afficher le nombre de pages. Verena avait l'habitude, à force, de pouvoir évaluer en regardant l'épaisseur.
Elle annota pas mal de phrases et fut obligée de prendre son bloc-notes car ce style d'écriture s'emmêlait d'une phrase à l'autre parfois. Pourtant, il restait attendrissant. Elle ne savait cependant pas ce que Monsieur Delubac en penserait. Lorsqu'il y avait des ouvrages à revoir comme celui-ci, il n'acceptait pas le manuscrit. Il s'agissait de la seconde lecture de ce style que Verena avait sous les yeux. Elle plaiderait la cause de ce jeune écrivain. Allez, tant pis, elle ne voulait pas être influencée par les informations concernant l'auteur, mais, elle alla voir.
Il avait 17 ans, et écrivait depuis l'âge de 15 ans. Il était en bac professionnel pour devenir commercial.
Verena posa le récit, et pris le second, afin de vérifier le style d'écriture. Celui-là était différent. Elle ne l'entama pas, comme elle faisait parfois. C'était une manière de faire travailler sa mémoire, et de mettre les ouvrages en compétition également, au moment de leur « notation ».
Vraiment, elle trouvait attachant ce récit en style « télégraphique », même s'il n'était pas facile à lire.
Verena reprit les phrases les plus compliquées à décoder, en les transcrivant de suite en « littérature ». Tout de suite, cet ouvrage avait un autre sens, tout en conservant le cœur de l'histoire.
Mais elle le savait, Monsieur Delubac n'accepterait pas un tel manuscrit, car Verena « reconstruisait » toute la structure. Elle s'arrêta à une vingtaine de pages et en parlerait jeudi avec Monsieur Delubac. Peut-être se pouvait-il qu'il recontacte l'auteur afin de lui demander de revoir « son écrit » dans un style plus littéraire ? Verena fit un résumé de sa lecture, qu'elle posa pour aller regarder ce dont elle dînerait. Elle n'avait pas très faim. C'était tant mieux pour la fameuse chasse aux kilos. Elle attendait la cure avec impatience, maintenant.
Elle choisit une tomate au basilic, légèrement accompagnée d'huile d'olive et de citron ; un tout petit morceau de pain, puis une pomme.
Elle dîna rapidement en terrasse, tout en regardant les informations régionales.
Le pied articulé de la télé, était bien pratique, car elle pouvait bouger l'écran et voir la télé de sa terrasse. Le journal télévisé était le moyen d'information de Verena. Elle ne sortait pas, ou si peu, qu'elle ne pouvait pas savoir comment vivait « le monde », sans cela. Elle avait aussi ses e-mails, mais ce n'était pas pareil.
Ce soir, elle avait envie d'écrire. Reprendre « son histoire », pour une fois, au lieu de lire celle des autres. Elle pensa tout de même au récit difficile à lire en raison de son style, et espérait bien convaincre Monsieur Delubac de le faire revoir par l'auteur, au lieu d'y mettre un véto définitif.
Elle écrivait tout ce qu'elle n'était pas, ou n'était plus. Une femme à l'élégance sobre, qui aimait sortir, rencontrer du monde. Bref, elle décrivait la belle vie qu'elle avait avec Frédéric. De part son métier, Frédéric recevait beaucoup. Sa société était « toute jeune » et il devait se faire connaître et surtout, ne pas se faire oublier ! Lorsqu'ils recevaient, Verena faisait appel à un traiteur la plupart du temps, sauf s'ils n'étaient que 4. Sinon, ils avaient de nombreuses sorties au restaurant, avec l'associé de Frédéric. Verena ne l'aimait pas beaucoup, et l'avenir avait confirmé qu'elle avait bien fait de s'en méfier. Il avait essayé de l'escroquer lors du décès de Frédéric et de la vente des parts de la société de son défunt compagnon. Frédéric était majoritaire en parts et Claude avait essayé de jouer sur ce point. Durant un temps, le conseiller financier auquel Verena avait fait appel, lui avait proposé de conserver ses parts, sous contrôle, car la société avait un actif très intéressant, ainsi qu'un carnet de commandes bien rempli. Puis, en creusant tout cela pour sa cliente, il s'était aperçu que l'associé de Frédéric, ne jouait pas franc-jeu. La preuve, il avait essayé de l'acheter !!! De suite il avait avisé sa cliente et lui avait conseillé de vendre, mais pas à n'importe quel prix !
Les tractations avaient duré un peu, car Claude avait du souscrire un emprunt assez conséquent. Il savait qu'il ne pourrait pas minimiser les comptes comme il l'avait souhaité, si Verena avait consenti à conserver les parts de Frédéric devenues siennes. Au fond d'elle, Verena aurait voulu garder les parts, car il s'agissait d'une partie de Frédéric. Mais elle ne pouvait pas dans un tel contexte de manque de confiance. Alors elle avait écouté son conseiller financier et son avocat.
Tout ceci avait été très difficile, car elle ne s'occupait pas de tout cela avant, Frédéric était là.
Pour elle, prendre un conseiller financier, un avocat, ne se voyait que dans les films ! Et bien là, c'était différent, car elle le racontait dans « son histoire » ! Verena s'arrêta-là pour son histoire en ligne, car tout cela l'avait profondément remuée. Les souvenirs étaient remontés à la surface.
Elle se souvint alors de toutes les démarches qu'il avait fallu accomplir, comme notamment la reconnaissance d'un accident du travail, puisque Frédéric était sur le retour d'une rencontre professionnelle. Elle écrirait tout cela dans son histoire.
Maintenant, elle allait reprendre la lecture... Elle avait donc pris des notes, et ce fut une bonne chose, car elle avait du mal à se souvenir où elle en était restée. Ah oui, le diable à trois têtes qui faisait comme un pied de nez aux amoureux qui s'embrassaient devant lui. Il y avait de bonnes idées, assurément. A elle de convaincre Monsieur Delubac de contacter l'auteur afin qu'il fasse un effort d'écriture.
Il n'était pas très tard, mais la chaleur de ces derniers jours était fatigante. Verena alla se coucher tôt, devant un film, qu'elle vit en entier pour une fois. Elle laissa même sa porte-fenêtre ouverte, ce qui n'était pas son habitude puisqu'en général, elle activait l'alarme.
Son sommeil fut agité, avec le souvenir de Frédéric, les démarches administratives, la vente de la maison, son arrivée ici... Normal, elle avait « écrit l'histoire de sa vie ».
Elle se rendormit au petit matin, et s'éveilla à l'heure des pas, comme d'habitude. Mais il n'y avait toujours pas de « pas »...
Tiens, nous étions mardi, et c'était ce soir que Monsieur Barbinosa devait se rendre chez Françoise... Elle pressentait vraiment une complicité entre eux. Le fait, peut-être, de lire beaucoup d'histoires d'amour, sans doute.
La météo avait annoncé une autre journée torride. Verena se hâta, pensant que Monsieur Barbinosa viendrait continuer les travaux de bonne heure. Certes, il était au frais dans le parking, mais il s'activait. Il aurait encore besoin d'eau et la température extérieure ne serait pas des plus agréables pour porter les seaux et travailler. Heureusement, il y avait l'ascenseur.
Verena aurait bien aimé se prélasser dans un bain bouillonnant, mais elle n'en avait pas le temps.
Elle eut raison de se hâter, car Monsieur Barbinosa arriva à 8h15 !
Comme elle s'en était doutée, Verena était donc prête à l'accueillir. Il lui détailla sa journée de travail et pensait peut-être pouvoir poser la première porte du box achevé. Mais il ne manqua pas d'ajouter que ce soir, il avait rendez-vous chez Françoise pour regarder ce problème de plomberie. Ainsi, il était arrivé plus tôt pour partir un peu plus tôt aussi. Verena vit à nouveau cette petite lueur dans ses yeux, et non, elle ne se trompait pas, il s'était bel et bien passé quelque chose entre ces deux-la, elle le parierait.
Verena reprit sa lecture, sans oublier son bloc-notes et son stylo-mine. Elle alluma également son ordinateur et remit le texte en forme, selon la manière où elle l'aurait vu écrit. Cependant, il ne lui appartenait pas de réécrire l'histoire, mais de la lire. Peut-être ainsi, comprendrait-elle plus facilement la suite. Bizarre, ce texte avait pourtant été normal à lire à son début. Pourquoi l'auteur avait ainsi très vite dévié de style ? Les mots ne lui manquaient pas cependant. Elle voulait défendre cet auteur, lui laisser sa chance, mais vraiment, il fallait qu'il peaufine son style. Monsieur Delubac n'accepterait pas un récit comme celui-ci.
Cela ramena Verena à son enfance. A chaque rentrée des classes, il fallait raconter ce que l'on avait fait durant les vacances. Verena ne partait jamais en vacances et elle racontait plus ou moins la même chose chaque année, sauf qu'elle essayait d'en améliorer le style, justement.
Verena devenait obsédée et désespérée par sa silhouette alourdie. Elle en souffrait beaucoup désormais, car c'était de pire en pire. Elle attendait vraiment de partir en cure, et comptait dessus pour l'aider, car elle savait qu'elle ne perdrait pas son ventre et toute sa cellulite bien incrustée.
Petit à petit, elle refaisait sa garde-robe. Elle avait augmenté de 3 tailles, selon les vêtements ; c'était catastrophique. Verena ne regretta pas de s'être débarrassée des habits qui ne lui allaient plus.
Maintenant, non seulement elle attendait des résultats de la cure, mais une possible explication de son médecin traitant qu'elle consulterait la semaine prochaine. S'agissait-il réellement d'un problème de pré-ménopause ? Pourrait-on le traiter ? Car elle prenait un autre traitement également. Elle ne pouvait pas rester ainsi. Si personne ne pouvait l'aider, alors, elle s'affamerait afin de perdre ses disgracieux bourrelets. Elle avait honte de son corps et elle évitait les miroirs plus que jamais. Elle ne supportait plus de voir cette masse graisseuse qui l'envahissait. Il lui restait une issue : la chirurgie esthétique, mais elle la redoutait. Ce midi, elle déjeunerait d'une tomate farcie, puisqu'elle avait mangé la courgette la veille. Mais Verena était prête à ne plus rien manger, si son ventre ne diminuait pas. Elle n'aurait pas le courage d'attendre d'arriver en cure. Chaque jour la balance annonçait un poids affligeant et des formes... informes ! C'était tout simplement affreux et Verena se détestait d'être devenue ainsi. Comment avait-elle pu laisser le temps faire agir ainsi sur son corps ? Sans doute était-il trop tard, pour redevenir une femme présentable ?
Verena se concentrait difficilement sur cette lecture, mais elle ne lâcha pas prise. Ce n'était pas dans ces habitudes. Et malgré ses turpitudes concernant son apparence physique, elle se devait d'effectuer cette mission de lectrice. Le récit devint triste, avec des amours déçues et déchues...
Elle regarda sa jolie montre carrée, et vit qu'il était un peu plus de 10 h. Elle n'avait lu que 5 pages, car il y avait beaucoup de corrections à faire. Elle continua malgré les difficultés que lui livrait ce manuscrit. Si elle parvenait à en terminer la lecture pour le jour de la venue de
Monsieur Delubac, elle pourrait plus facilement le défendre. Elle avait besoin de faire une pause et allait se faire un café tout en pensant que peut-être, Monsieur Barbinosa en prendrait un également. Elle descendit lui poser la question et il accepta l'offre. Il remonta avec Verena, en faisant bien attention de ne pas salir son intérieur. Il se lava les mains et s'assit. La machine délivra rapidement le breuvage, lorsque le téléphone sonna. Il s'agissait de Françoise. Elle avait essayé de joindre Monsieur Barbinosa pour l'aviser qu'elle serait chez-elle plus tôt, si cela l'arrangeait, mais elle n'y avait pas réussi. Sachant qu'il avait encore des travaux ici, elle s'était permise... Puis surtout, elle demanda à Verena si elle pouvait venir un peu plus tôt lundi, étant donné la chaleur. Verena lui répondit favorablement pour lundi et fit mieux que d'aviser
Monsieur Barbinosa, elle lui passa le combiné. Il fut surpris, bien sûr, tout autant que Françoise au bout du fil. Monsieur Barbinosa avait la voix fébrile, mal assurée, contrairement à son habitude et Verena quitta la pièce, non sans avoir vu ses yeux œil briller, et un sourire s'esquisser. Verena en était sûre, maintenant, il s'agissait bien d'un « coup de foudre » !!!
Que d'éléments pour l'histoire qu'elle écrivait, si elle prenait ces faits en considération !
Verena n'était pas curieuse, mais elle avait hâte pourtant, de revoir Françoise et Monsieur Barbinosa ensembles, lundi prochain.
Elle retourna en cuisine déposer sa tasse, mais surtout parce que Françoise et Monsieur Barbinosa avaient terminé leur conversation. On aurait dit un petit garçon pris en flagrant délit avec la main dans un pot de confiture ! C'était touchant, mais pas ridicule.
Verena lui proposa de venir déjeuner à l'appartement, s'il le souhaitait et il déclina l'invitation, pour avancer plus vite au niveau des travaux. Il redescendit dans le parking, et Verena reprit sa fastidieuse lecture. Parfois, il lui fallait relire la phrase deux fois pour en comprendre le sens, mais ça ne faisait rien, Verena s'accrochait. Cependant, après une heure de lecture non-stop, elle fit une pause. Il lui semblait ne pas beaucoup avancer et doutait que cette lecture soit achevée pour jeudi.
Elle releva sa boite e-mail : il n'y avait rien de particulier autre que des publicités.
Puis maintenant, un petit tour sur Internet, afin de trouver, peut-être, un appartement sur Antibes ou alentours, comme Juan les Pins, Golf Juan, St Jean Cap Ferrat... Evidemment, il « y avait » ! Mais les prix, oh les prix ! Verena ne voulait pas non plus se ruiner dans un autre investissement immobilier, car de quoi vivrait-elle ensuite ? Ses lectures ne suffiraient pas à la faire vivre.
Elle ne voulait pas rappeler l'agent immobilier avec qui elle avait eu contact, elle ne devait pas se montrer trop intéressée. Elle se mit à réfléchir à son idée de « double habitation », car doubles frais aussi. Comment ferait-elle, car elle ne couvrirait pas tous ces kilomètres en voiture. Il faudrait qu'elle prenne le train auto-couchette, mais c'était long, bien trop long. Elle devait réfléchir à tout cela dans le calme, et sans précipitation surtout ! Elle redoutait que sa voiture ne soit pas « bien traitée » durant le transport. Ca aussi, il fallait y réfléchir. Elle n'allait pas acheter une seconde voiture qui risquait de rester autant garée que la première. Ce serait stupide et une perte d'argent indécente. En tout cas, pour l'instant elle voyageait à travers les annonces immobilières.
Tiens, deux e-mails venaient d'arriver : l'un de la cure et l'autre de son voyage au Mexique.
Pour le premier, il restait à peine une quinzaine de jours, quant au second, il fallait compter en mois, puisque nous y serions au 15 novembre.
La cure l'informait de la bonne réception de ses arhes, et l'agence de tourisme proposait deux options supplémentaires pour une somme forfaitaire. Il s'agissait d'un certain nombre de visites de sites, d'une cure de détente avec quelques enveloppements d'algues. Verena opta pour les visites à régler maintenant, ainsi qu'à 6 enveloppements, à conditions que ce soit le soir. Si toutefois la cure diététique n'avait pas donné d'excellents résultats, peut-être que celle-ci compenserait un peu...
Elle regarda ses comptes et décida de prendre rendez-vous avec son conseiller financier afin d'avoir une visibilité plus précise, de ses possibilités financières. Elle aurait rendez-vous juste avant de partir en cure, c'était donc parfait.
Elle visita de nouveau le complexe hôtelier mexicain, se renseigna encore sur les visites importantes à ne pas manquer. Et elle se remit à penser à son poids... ! Comment pourrait-elle se mettre en maillot de bain avec une aussi disgrâcieuse silhouette ? Jamais de sa vie elle ne s'était sentie aussi laide. Tout cela jouait sur son moral et elle repensait à sa vie avec Frédéric.
Elle était « sa muse », disait-il à son entourage professionnel. En ce temps-là, elle était plus que présentable. Comment pouvait-elle faire, sans être, pour autant, Dorian Gray et son éternelle jeunesse ? Il fallait qu'elle cesse, elle le savait, de penser à ce qu'elle avait été, mais ce n'était pas facile du tout.
Elle venait de ressortir les albums photos où elle était aux côtés de Frédéric. Tous deux formaient un joli couple. Même si elle n'était pas à son bras, ils étaient proches. Un regard suffisait pour les réunir, un mouvement même lointain, pour les rapprocher l'un de l'autre. Verena refusait de pleurer. Elle ne devait plus. Elle avait assez pleuré au moment de l'accident. Puis elle devait se souvenir de Frédéric uniquement, car peu de personnes s'étaient préoccupées d'elle. Oui, elle était devenue distante car la vie l'avait fait devenir ainsi et elle vivait très bien comme cela.
Il faisait terriblement chaud. Elle s'en rendit d'autant plus compte, lorsqu'elle ouvrit la porte du bâtiment, en même temps qu'un des résidents. Il la salua du bout des lèvres ; elle en fit de même.
Elle récupéra son courrier et celui de ses voisins. Elle alla déposer les lettres et s'occupa des plantes qui souffraient cruellement de la température caniculaire, puis elle rentra chez-elle. Elle ouvrit une lettre qu'elle n'attendait pas. Il s'agissait d'une amie d'autrefois, qui résidait dans le Sud de la France et elle lui écrivait, comme ça, pour prendre des nouvelles. Verena fut très étonnée, bien sûr, mais se mit à répondre de suite : ce serait fait. Elle commença, puis déchira la feuille en disant qu'il serait préférable qu'elle oublie cette personne. Cette amie était partie s'installer au soleil depuis 2 ans déjà et elle avouait qu'elle regrettait de l'avoir laissée de côté si longtemps. Peut-être si elle passait dans la région, elle la recevrait volontiers... etc... etc...
Oui, Verena serait effectivement dans la région, mais elle n'avait pas très envie de la voir. Comment pouvait-on oublier une personne, et la faire ainsi ressurgir du passé ? Quel intérêt ?
Personne, à son avis, n'était au courant réellement, de l'héritage qu'elle avait perçu au décès de Frédéric. Non, personne ne savait vraiment, car Frédéric ne parlait jamais de ses affaires personnelles. Peut-être son ancien associé était-il au courant ? Finalement, par politesse, elle allait lui répondre. Après tout, elle ne lui demandait rien, et elle aurait juste à décliner poliment l'invitation. Elle répondit brièvement. Elle vit l'heure, 13 h, celle du journal télévisé et de déjeuner.
Difficile moment que celui du déjeuner !!!
Verena décida qu'il n'y avait pas de miracles ni trente-six solutions : elle déjeunerait car son plat était prêt, mais demain, rien, hormis le petit-déjeuner. Ce n'était pas la bonne méthode, mais tant pis, la balance afficherait un chiffre plus acceptable. A elle, ensuite, de maintenir son poids.
La nourriture commençait à devenir effrayante et tant mieux, ce serait plus facile pour Verena, de s'en détacher.
Monsieur Barbinosa monta prendre son café, comme convenu et avisa Verena que la première porte d'un des deux boxes, étaient maintenant posée ! Verena était satisfaite et alla voir, lorsque Monsieur Barbinosa redescendit. En même temps, elle prit un coup de fraicheur dans le parking, car dans l'appartement, il faisait chaud. Elle n'avait pourtant pas ouvert ses volets, hormis le matin de bonne heure pour changer l'air. Il n'y eut pas même de courant d'air, pas un souffle. Le temps chaud allait continuer encore. Après tout, nous étions en été. Ce soleil, si généreux, ravissait Verena, même si l'air était suffoquant.
Elle pensa de nouveau à Françoise et Monsieur Barbinosa qui se rencontreraient en fin de journée.
Verena remonta et reprit sa fastidieuse lecture. Elle peinait, mais tenait bon et sa mission serait menée à bien. Elle sentait quelque chose d'attachant, dans ce récit mal ficelé, ou plutôt, mal écrit. Les idées étaient intéressantes, mais mal organisées. Et c'est ça, justement, qui la faisait continuer à lire. Elle s'acharna vraiment et arriva à un peu plus de la moitié. Ce n'était pas suffisant, car elle savait maintenant, qu'elle n'aurait pas terminé jeudi. Monsieur Delubac lui demanderait alors où elle en était. Verena pourrait aussi bien mentir et dire qu'elle avait commencé l'autre ouvrage, mais elle ne le ferait pas. Ce n'était pas dans ses habitudes. Elle préférait la vérité au mensonge. Monsieur Delubac était décisionnaire, certes, mais il y avait un second comité de lecture après Verena, et elle ne voulait pas faire « perdre du temps » à d'autres personnes, si Monsieur Delubac jugeait le manuscrit non recevable. Il n'y avait pas d'autres solutions : elle devait se montrer convaincante. Elle reprit tout sur son ordinateur. Le travail était fastidieux, mais ne devait-on pas laisser la chance à la jeunesse ?
Lorsque Monsieur Barbinosa vint lui dire qu'il terminait pour aujourd'hui, il était 17h30. Verena esquissa un léger sourire après son départ, car il devait se rendre chez Françoise... Une romance sous ses yeux, c'était amusant et contrairement au temps, rafraîchissant.
Verena continua de lire et de remettre le texte en forme.
L'heure passait sans qu'elle ne voie défiler le temps. Elle s'arrêta pour les traditionnelles informations. Le dîner serait bref et peu copieux. Un fromage blanc, une pomme et un cappuccino. Elle allait tout faire pour tenir le coup ainsi et voir ce que disait la balance après quelques jours de ce traitement.
Elle avait fait en sorte de faire s'afficher un poids plus que convenable sur cet outil de torture, et oui, elle saurait patienter quelques jours avant de vérifier.
Ce repas vite avalé, elle reprit la lecture. Mais elle fatiguait, elle sentait ses yeux la piquer. Elle n'en pouvait plus, tout simplement, et décida de s'arrêter pour aujourd'hui. Avant de terminer, elle avait encore un paragraphe à remettre en forme par le traitement de texte. En agissant ainsi, elle voulait montrer ce que cet ouvrage pouvait donner, une fois réécrit. Monsieur Delubac déciderait. Il lui restait finalement, une quinzaine de pages et peut-être que jeudi... En tout cas, cet écrit ferait débat au cours du déjeuner !
Le soleil filtrait à travers le volet roulant et Verena devina que le temps était aussi estival que ces derniers jours. Elle n'avait toujours pas entendu les pas. Et elle songea que par ce temps si chaud, l'homme ne porterait pas de manteau. Mais un chapeau, qu'en serait-il ? Il devait être en vacances, Verena en était presque certaine maintenant. Elle n'aimait pas rester sur cette énigme non élucidée.
Toute cette semaine, elle se prépara rapidement. Monsieur Barbinosa venait pour les travaux.
Elle l'accueillit à 8h15 ce matin à nouveau, et lui offrit le café avant qu'il ne commence sa journée. Hier, il avait installé la porte d'un garage. Il lui restait à terminer le troisième mur, qui déjà l'était presque, et à poser l'autre porte. Il pensait en avoir terminé jeudi. Le mur devait être bien sec, maintenant.
Elle ne sut rien de son rendez-vous avec Françoise hier soir. Sa curiosité fut piquée au vif, elle le reconnaissait.
Ce matin, Verena avait résisté à l'envie de monter sur la balance. Qu'est-ce que cela aurait changé par rapport à hier ? Pas grand-chose, hormis une autre déception. Il fallait attendre, quelques jours et ne pas manger d'aliments interdits, surtout. Verena n'avait jamais atteint ce poids et oui, c'était une catastrophe ! Elle ne voulait pas arriver en cure avec un poids démesuré, pour repartir avec un poids tout juste « acceptable ».
Elle se mettrait tôt au travail, car ainsi, elle pourrait peut-être terminer la lecture de l'ouvrage en cours. D'ailleurs, il lui tardait d'en finir, maintenant. Elle sentait qu'elle s'impliquait beaucoup trop dans cette lecture et ce n'était bon ni pour elle, ni pour l'auteur. Une fois, au début, cela lui était arrivé et elle avait eu du mal, ensuite, à se concentrer sur d'autres ouvrages. Maintenant, elle avait acquit une certaine expérience et elle devait la mettre à profit.
Elle se « jeta » sur cette difficile lecture, car oui, elle ferait tout son possible contrairement à ce qu'elle avait pensé. Elle en terminerait ce soir tard, s'il le fallait.
Elle mit de la musique pour détendre l'atmosphère. Si elle l'avait pu, elle aurait continué de lire installée dans son bain. Mais elle ne le pouvait pas ; Monsieur Barbinosa pouvait monter d'un instant à l'autre. Elle prépara un plateau avec une carafe d'eau plate et à côté, du citron pressé.
Elle s'installa avec tous ses « outils de travail », dont ses lunettes sur le nez.
Verena relut les cinq dernières pages, afin de se remémorer où elle en était restée. Puis elle en fit de même avec sa transcription. Verena ne voulait pas se faire d'éloges, mais le texte remis en forme, avait bien meilleure « allure ». Elle avait pris des mots de l'auteur, écrit correctement, et remplacé certains.
Ca y est, elle était à nouveau au creux de l'histoire et elle pouvait continuer d'avancer. Elle était très concentrée maintenant et ce fut Monsieur Barbinosa, qui comme hier, la tira de sa lecture. Elle put voir qu'il était 13h30 et qu'elle avait laissé passer les informations, mais l'heure de déjeuner sans sentir la sensation de la faim. Elle offrit le café à Monsieur Barbinosa, qui lui demanda de nouveau de venir voir les travaux. Il lui expliqua qu'il avait du compenser le haut de l'autre box, car celui-ci était situé dans une légère pente. S'il n'avait pas procédé ainsi, il y aurait eu « un jour » en bas, ce qu'il voulait éviter. Il ne finirait sans doute pas jeudi, lui dit-il car il avait omis ce détail en prenant ses mesures. Il s'en était rendu compte hier, et il avait coupé des parpaings aux bonnes dimensions, le soir, chez-lui, après être revenu de chez Françoise.
Allait-il parler de ce moment à Verena ?
Il le fit à demi-mot, en lui expliquant qu'il solutionnerait ce problème de plomberie ce soir très certainement, car il manquait des joints, hier, qu'il possédait chez-lui. C'est tout ce que sut Verena... Pourtant, elle aurait bien aimé en savoir d'avantage.
Peut-être que Françoise serait plus bavarde lundi ? D'habitude, Verena n'était pas curieuse. Mais là, ce qu'elle prenait pour une histoire d'amour naissante, venait de se passer sous ses yeux, alors c'était différent.
Que se passait-il pour qu'elle s'intéresse ainsi aux gens, elle qui ne le faisait plus depuis si longtemps ?
Elle regarda ses e-mails, puisque l'ordinateur était allumé. Il y en avait un de Cyber, avec encore d'autres photos. Si elle ne savait pas grand-chose de lui, au moins elle devinait qu'il aimait la photographie. Il était toujours aussi enthousiaste sur ce voyage et accepterait volontiers d'y travailler pour quelques années. Oublierait-il Antibes ?
Verena ne suivait pas Frédéric dans ses déplacements en règle générale. Il aurait fallu que ceux-ci la conduise dans des pays ensoleillés et cela ne s'était pas trouvé. Lorsqu'il avait décidé de vivre ensembles, Verena avait souhaité re-décorer la maison. Tout y était un peu... austère, même si l'ensemble était de belle facture. Les travaux avaient pris beaucoup de temps, car Verena avait choisi une jolie véranda, avec l'accord de Frédéric. Ainsi, ils avaient pu prolonger le salon. Des plantes vertes couraient ça et là, le long des baies vitrées. Toutes les plantes étaient d'ailleurs restées, lorsqu'elle avait vendu la maison. Les acheteurs étaient enchantés par ce jardin d'intérieur et elle avait bien senti qu'ils auraient plaisir à garder cet endroit en l'état.
Elle avait juste emporté une plante, un « tamaya ». Il s'agit d'un petit arbuste de la famille des bégonias, avec des petites fleurs roses tombant en cascade. Mais ici, il ne fleurissait plus. Pourtant, Verena le soignait attentivement. Quelques fois, une ou deux fleurs tentaient une percée, mais c'était tout.
Il y avait aussi la cuisine, refaite en entier, la salle à manger-salon, repeinte.
Verena détestait les travaux, car pour elle, tout durait toujours trop longtemps. Elle n'aimait pas vivre dedans. Mais la maison qu'elle n'aimait toujours pas, avait perdu quelques années, avec ce coup de neuf et était ainsi devenue un peu plus jeune !
Elle repensait à la véranda, où ils pouvaient s'installer tous les deux, et voir la neige tomber. Ou bien, elle se mettait au soleil, dans un rocking-chair. L'été, c'était intenable et elle pensait qu'en ce moment, ce devait être un vrai four, malgré les rideaux très occultants, qu'ils avaient alors fait poser. Cette véranda était un peu sa création et la seule pièce qu'elle aimait vraiment dans cette maison.
Mais assez rêvé, il y avait l'ouvrage et ce n'était pas ainsi, qu'elle parviendrait à la fin !
Son poignet était fatigué par les corrections, et la transcription quasi simultanée, sur l'ordinateur.
Mais elle avançait.
Le fax se mit à bipper, mais elle n'attendait rien, c'était étonnant. Encore quelque chose qui l'empêchait de travailler.
Mais oui ! Il s'agissait de la commande probable qu'elle ferait à un bijoutier-joailler de ses connaissances.
Il y a deux nuits, elle avait rêvé d'un bracelet. A son réveil le matin, le souvenir de celui-ci était si présent, qu'il existait certainement quelque part ! Alors elle avait reproduit un croquis sommaire, et l'avait soumis au bijoutier. Il était large de 0,5 cm, long de 17. Neuf saphirs venaient le parer et 9 diamants se glissaient dans ce bijou. Il était en or jaune et blanc. Jaune pour sertir les saphirs, et blanc pour les diamants. Les pierres étaient carrées, en serti clos, et il y avait deux « huit » de sureté de chaque côté, ainsi qu'une petite chaine de sécurité. Des chainettes dont elle n'avait aucune idée de la maille, courraient entre les gemmes pour réunir le tout.
Le fax montrait un bijou plus élaboré et le joailler avait besoin de précision sur le modèle, puisqu'il en avait soumis deux à Verena.
Les deux croquis étaient intéressants et Verena en demanda le prix. Elle savait fort bien que les créations spéciales avaient un cout particulier aussi ! Mais elle n'était pas pressée. Elle saurait, voilà tout. Elle répondit au fax avec application, et précisa qu'elle attendrait certainement quelques temps, avant de prendre une décision.
Elle songea alors à son séjour mexicain. L'or serait moins cher là-bas, attendu que la monnaie était basse. Puis même si elle payait en dollars, elle resterait gagnante, puisque que l'euro était plus fort.
Verena aimait toujours autant les bijoux, elle ne pouvait le nier.
Et elle reprit sa lecture !!! Cette fois, rien ne devait venir la perturber, elle en avait décidé ainsi.
Elle eut du mal à s'y remettre, car il fallait de la concentration, beaucoup de concentration...
Elle ne répondrait pas au téléphone s'il sonnait, sinon, elle ne parviendrait à rien.
La lecture était de plus en plus difficile, et des paragraphes semblaient inversés. Verena annota beaucoup, et remit le tout dans l'ordre, comme elle le pensait. A force d'acharnement, il ne lui restait plus qu'une dizaine de pages à lire environ. Ca y est, elle arrivait à la fin ! Mais c'était sans compter sur Monsieur Barbinosa qui s'en allait. Cette fois, elle déposa les armes, et elle terminerait très certainement dans la soirée. La chaleur caniculaire, se dirigeait vers un orage...
Il y avait du vent, et ses arbustes se balançaient. Elle ouvrit la fenêtre, et un peu d'air vint légèrement rafraîchir la pièce. Ouf, c'était agréable, car hier, elle avait suivit les informations et plusieurs personnes s'étaient trouvées mal, suffoquant à cause de la chaleur. Le Sud-Ouest avait connu 39° tout de même ! Verena devait se détendre si elle voulait achever ce récit.
Elle se décida à regarder un film, et chose parfaite, son estomac ne la titillait pas. Mais zut, il y avait jeudi et le fameux couscous... Elle ne dînerait pas le soir, c'était tout.
Enfin, Verena arrivait à la fin de ce récit ! Après son film, elle avait dîné d'une petite tomate et d'un peu de fromage blanc. Elle n'avait pas faim car elle devait à tout prix maigrir, et non plus simplement mincir. Vraiment, elle était torturée par sa silhouette.
Son moral était en berne, même si elle était venue à bout de cette lecture. Elle avait reporté tous ses commentaires en marge, et reprenant le texte en dactylographie également. Elle se sentait triste, morose, et elle alla se coucher assez tôt, en songeant à dormir au plus vite. Pour cela, elle avala son breuvage du soir.
Demain serait un autre jour et il y avait le déjeuner avec Monsieur Delubac.
La nuit de Verena fut agitée, tourmentée, serait plus juste. Elle y avait revu des images de son passé qu'elle n'aurait absolument pas voulu revivre ne serait-ce qu'un seul instant. Allez, elle se re-saisirait bien vite, car en plus, Monsieur Barbinosa arriverait tôt pour les travaux à finir.
La vague de chaleur semblait terminée, même si le soleil restait présent, jouant entre quelques nuages épars. Verena se prépara hâtivement, toujours en l'absence des pas devant chez-elle.
Elle avait changé son petit déjeuner. Maintenant, elle prenait un simple yaourt avec son café au lait. C'était rapide et cette fois, elle s'accorda le bain bouillonnant, car elle avait le temps. En se levant, elle avait évité la balance, et il s'agissait du second matin. C'était plutôt bien, elle parvenait à se discipliner. Par contre, si son moral n'y était pas, il ne fallait pas qu'elle craque sur la nourriture ; c'était le risque dans ce genre de contexte.
Non et non, elle tiendrait bon.
A midi, elle prendrait un verre de vin blanc en apéritif et un couscous aux légumes simplement, sans dessert. Elle espérait que ses efforts paieraient d'ici à quelques jours.
Ah comme elle était bien dans son bain ! Elle y mit des huiles relaxantes, apaisantes, venant du centre de thalassothérapie et ferma les yeux. Elle se sentait mieux. Et puis tant pis si elle était juste prête à l'arrivée de Monsieur Barbinosa. Mais elle laissait tout de même un œil en direction de la pendule. Elle sortit du bain lorsqu'elle se sentit s'assoupir. Il était 7h25 et temps de s'habiller. Monsieur Barbinosa arriva à 8h15. Elle se vêtit d'un jogging encore à sa taille, le dernier certainement, puisqu'elle l'avait gardé. Elle fit tout pour ne pas montrer sa baisse de forme ; elle n'avait pas le droit de laisser paraitre des sentiments aussi forts.
Elle revêtit le jogging en question, un peu moins à l'aise qu'autrefois, évidemment.
Elle attendait Monsieur Barbinosa avant d'entreprendre quoique ce soit. Il avait du « l'entendre », dans son esprit, car il arriva à 8h10 ! Il prit un peu de temps pour son café, ce qui ne dérangea pas Verena et la pria de venir voir où il en était, car il pensait bien tout terminer aujourd'hui. Elle lui fit part de son absence en fin de matinée jusqu'au milieu de l'après-midi. Verena n'était pas du genre confiante, mais elle serait obligée de laisser une clé à Monsieur Barbinosa, car s'il avait besoin d'eau par exemple... Elle partirait vers 12h30, très certainement, l'heure à laquelle Monsieur Delubac viendrait la chercher.
Monsieur Barbinosa lui demanda si le rendez-vous de lundi tenait toujours, afin qu'il raccourcisse les thuyas, et Verena acquiesça. Elle vit à nouveau une lueur dans son regard et un début de sourire. Françoise serait présente lundi...
Monsieur Barbinosa retourna à ses travaux et Verena reprit le dernier ouvrage qu'elle avait lu.
Comme il l'avait fait souffrir, celui-là ! Elle imprima les pages corrigées par ses soins, car les idées étaient vraiment intéressantes, mais un peu « brouillon ». Elle n'avait pas la prétention de réécrire cette histoire, car elle ne lui appartenait pas, mais l'auteur pouvait peut-être revoir l'ensemble comme elle le pensait. Elle ne sut pas quel élan de générosité la conduisit là, mais elle l'avait eu. Comme à sa première impression, ce fut très certainement le jeune âge de l'auteur.
Son imprimante n'en finissait pas de travailler et après un moment, tout était prêt. Elle se demandait si elle aborderait le sujet pièces en mains avant le déjeuner ou après...
La veille, Verena avait avisé Monsieur Delubac qu'elle avait des idées à lui soumettre concernant un des ouvrages et que s'il pouvait venir plus tôt ou rester plus tard qu'à l'accoutumée, ce serait bien afin qu'ils puissent débattre plus longuement du sujet. Ce qu'elle ne savait pas encore, c'est que Monsieur Delubac lui apporterait des pages supplémentaires du récit trouvé sur Internet. L'auteur écrivait et écrivait encore, sans s'arrêter parfois. Il avait remarqué cela par rapport à la fluidité et la longueur du texte publié.
Verena n'avait pas envie d'entamer la seconde lecture, car elle se concentrait plutôt sur les arguments à soumettre à Monsieur Delubac, afin de défendre l'ouvrage achevé hier. Il n'était pas difficile de revoir les tournures de phrases façon sms, pour celles-ci tout du moins.
D'ici un peu plus d'une semaine maintenant, elle serait en cure. Elle aurait du choisir deux semaines, car la première « nutrition et équilibre », et la seconde « détente ». Peut-être qu'elle aviserait directement là-bas, s'il restait de la place pour une seconde semaine. Ici, personne ne l'attendait et elle emmènerait ses lectures.
Verena passa une bonne partie de la matinée à écrire « son ouvrage ». Tant et si bien qu'elle se prépara dans la hâte pour accueillir Monsieur Delubac ! La balance la trahissait une fois de plus, car le tailleur marine qu'elle c'était offert si récemment, était « un peu juste »... Grrr .
Le téléphone sonna. Monsieur Delubac lui annonçait son arrivée proche, pour 11h15 environ, afin qu'ils puissent parler « lecture » avant d'aller déjeuner.
Verena descendit voir Monsieur Barbinosa afin de lui donner un double des clés et elle le préviendrait de toutes façons, lorsqu'elle s'en irait.
Peu de temps s'écoula, enfin, lui sembla-t-il, et Monsieur Delubac arriva.
Elle avait juste eu le temps de lire ses mails, mais cette fois, aucun de Cyber en réponse au sien.
Ca ne la dérangeait pas trop, car à chaque fois, elle n'avait que peu de choses à lui dire, et certainement pas l'envie de raconter qu'elle écrivait également. C'était son secret. Cyber rentrait, elle allait partir en cure... un chassé-croisé en quelques sortes. Il prenait l'avion demain vendredi.
« Bonjour Verena, je suis toujours ravi de vous rencontrer », dit Monsieur Delubac.
« C'est un plaisir partagé », répondit Verena. Il était une des rares personnes qu'elle acceptait de voir, en effet.
Verena ne perdit pas de temps et sortit la difficile lecture.
Lorsque Monsieur Delubac aperçut le nombre de corrections apportées par Verena, il se demanda comment un tel écrit avait pu passer entre les mailles du filet et atterrir chez-elle ! Il lui présenta ses excuses et de suite, eut l'idée d'éluder le sujet.
Sauf que Verena lui expliqua qu'elle avait remit le texte en forme et qu'eut égard au jeune âge de l'auteur, ne se pouvait-il pas qu'il le contacta pour qu'il « revoit sa copie » ? C'était chose rare, mais une fois, par le passé, Monsieur Delubac avait procédé ainsi. Elle défendit « son dossier » avec ferveur. Monsieur Delubac n'était pas très chaud, lorsqu'il constata que le langage était vraiment haché et combien Verena avait du souffrir afin de comprendre cet ouvrage.
Elle argumenta que les idées étaient bonnes, qu'elle n'avait fait que les remettre en ordre, et que, peut-être, si l'auteur sentait un vif intérêt pour son ouvrage, ferait un effort sur l'écriture. Après tout, il n'y avait que 60 pages environ.
Monsieur Delubac accepta, devant l'insistance de Verena, mais par contre, il lui redonnerait l'ouvrage revu et corrigé, puisqu'elle l'avait déjà lu. Elle fut d'accord.
Verena avisa Monsieur Delubac, que peut-être, elle prendrait une seconde semaine de séjour en cure, si cela s'avérait possible. Et de son côté, il lui sortit le manuscrit de cet auteur inconnu, qui écrivait sur le « Net ». Il ne savait pas quand s'arrêterait l'histoire, car à chaque fois il y avait des pages supplémentaires. Par contre, il lui avait apporté la première histoire achevée, d'une cinquantaine de pages. Il lui conseilla de nouveau de réserver ces deux écrits pour la cure, car elle aurait très certainement grand plaisir à les lire.
Verena promit de lire le second ouvrage avant de partir en cure, et de le lui transmettre en retour, dès que possible.
Elle sentit à ce moment-là, que Monsieur Delubac avait quelque chose à lui demander... comme prendre un ouvrage supplémentaire...
Et oui, en effet, il avait avec lui une autre lecture. Il l'avait parcourue et elle lui semblait « rafraichissante » : il s'agissait d'une « nouvelle » qu'il ferait publier dans un magazine.
Verena accepta, car une nouvelle, même si elle attachait beaucoup d'importance à chaque lecture, ne lui demanderait pas le travail fournit pour l'œuvre qu'elle venait d'achever.
Verena descendit donner un jeu de clés à Monsieur Barbinosa. Il en profita pour lui montrer que les travaux étaient quasiment achevés et le seraient très certainement lorsqu'elle rentrerait.
Elle lui avait préparé un café qu'il n'aurait plus qu'à se faire réchauffer au micro-onde, si le cœur lui en disait.
Monsieur Delubac et Verena se mirent en route pour le restaurant où une table réservée, les y attendaient.
Lorsque Verena vit la carte, elle s'imagina ce matin encore sur sa balance, et pensa « calories », plutôt que bon appétit. Elle commanda un vin cuit finalement et Monsieur Delubac, un whisky.
Ensuite, elle opta pour un couscous aux légumes seulement, tandis que Monsieur Delubac, choisit « le royal ». Elle lui expliqua carrément qu'elle voulait mincir, et il se mit à sourire, car il jugea qu'elle n'en avait pas besoin. Mais il ne voulait pas la contrarier dans son choix.
Le couscous fut excellent, et Verena eut du mal à ne pas reprendre de semoule !
Elle se raisonna, c'était la seule chose à faire. Monsieur Delubac insista un peu afin de ne pas être seul à manger un dessert, et elle prit une petite crème brulée. Elle avait suffisamment mangé pour la journée, et comme elle l'avait pensé, elle jeunerait ce soir ! Le café était excellent et tous les deux, en reprirent un second.
Durant le repas, Monsieur Delubac n'avait pas tari d'éloges concernant la lecture sur Internet.
D'ailleurs, si le récit continuait en longueur, il lui donnerait les coordonnées du site afin qu'elle lise à mesure. Monsieur Delubac réalisa qu'il n'avait pas remis son chèque à Verena et lui demanda de le lui rappeler, s'il ne le faisait pas au retour. Il était 14h40 et ils prirent congés du restaurateur. La salle était vide. Il faut dire que le midi, en semaine, il n'y avait peut être pas grand monde non plus.
Monsieur Delubac était un épicurien et il avait jeté un sort magistral à son copieux couscous, tout comme aux desserts orientaux. Il savait aussi que Verena lui proposerait un autre café, décaféiné cette fois, un digestif, s'il le souhaitait...
Dès leur retour, elle alla voir Monsieur Barbinosa et lui demanda si tout allait comme il le souhaitait. Il semblait content de lui, rendit les clés dont il ne s'était finalement pas servi, ce qu'elle avait vu en retrouvant la tasse à café dans le micro-onde. Elle lui proposa un café maintenant, qu'il accepta. Sans doute n'avait-il pas voulu entrer dans l'appartement en son absence. Verena et Monsieur Barbinosa remontèrent. Tout le monde prit son café, avec digestif pour ces messieurs et Monsieur Barbinosa retourna bien vite à son travail. Avant cela, il avait avisé Verena qu'il s'échapperait très certainement de bonne heure, vers 16 h, car tout serait terminé.
Monsieur Delubac remit le chèque à Verena, et elle y lut une augmentation. Elle l'en remercia. Il lui tendit la nouvelle dont ils avaient parlé et elle lui assura la lecture de l'autre manuscrit et de la nouvelle, avant son départ en cure.
Vers 16h30, Monsieur Delubac prit congés, car déjà, il y aurait un peu de monde sur la route en direction de Paris. Le mois d'aout s'achevait et les parisiens étaient déjà rentrés, pour une bonne partie. Monsieur Barbinosa monta à ce moment-là, justement, pour dire à Verena que les travaux étaient terminés. Verena raccompagna Monsieur Delubac à la grille de la résidence, et alla voir la fin de travaux. Parfait ! Elle avait maintenant, deux boxes totalement fermés ! Tous deux remontèrent, et Verena fit un chèque d'avance sur facturation totale. Monsieur Barbinosa fonctionnait ainsi avec Verena, puis confirma le rendez-vous de lundi pour la coupe des thuyas.
Il viendrait vers 9h30, si cela lui convenait, avant que « Françoise » n'ait lavé les sols... Verena n'était pas dupe, il s'était bien passé quelque chose dans le regard de ces deux personnes...
D'un seul coup, elle se retrouva seule et cela lui paru triste, à elle qui aimait tant, pourtant, cette solitude.
Elle songea qu'elle n'avait pas relevé son courrier ni celui de ses voisins, et s'en occupa.
Il faisait toujours aussi chaud, mais les plantes ne se portaient pas mal.
Elle déposa le courrier, et rentra chez-elle. Tant pis, elle allait ouvrir en grand et s'installer en terrasse, avec la nouvelle, justement. Une nouvelle de quelques pages irait vite à lire.
Le soleil était toujours là, même à 18 h et c'était un ravissement pour Verena, même s'il faisait chaud. Elle avait terminé de lire cette petite nouvelle pleine de malice et n'eut presque aucune annotation à y mettre en marge.
Qu'allait-elle faire ? Commencer à lire l'ouvrage qu'elle avait promit de rendre au plus tard à la fin de la semaine, ou pas ?
Elle fit une petite pause au soleil, tout en endossant le chèque remit par Monsieur Delubac.
Elle le posterait demain.
La faim ne la tenaillait pas, mais il était encore tôt, puis elle y résisterait, c'était bel et bien décidé. Ce soir, au pire, elle dinerait d'un yaourt.
Elle enfila son collant de sudation, espérant faire « fondre » ses rondeurs disgracieuses, mais cette fois, elle ne resta pas au soleil, il faisait trop chaud pour cela.
Elle avait quitté « sa panoplie » de femme, autrement dit son tailleur, pour une tenue plus confortable.
Verena avait envie « d'écrire », mais ses idées se mélangeaient. Elle savait qu'elle n'y parviendrait sans doute pas, alors, elle laissa de côté son ouvrage personnel. Elle fit une autre copie du manuscrit rectifié et l'effaça définitivement de son ordinateur.
Elle regarda ses mails et il y en avait un de Cyber lui annonçant son prochain retour, puisqu'il monterait dans l'avion demain. Il était ravi de son séjour, mais pas mécontent non plus, de rentrer chez-lui. Verena pensa qu'il rentrerait à Antibes redevenue calme, après l'agitation des congés d'été. Puis il aurait du beau temps encore, jusqu'au mois d'octobre, en général. C'était drôle, elle allait justement se rendre à Antibes elle aussi.
Le temps était passé, et l'estomac de Verena la rappela à l'ordre. Alors, pour le calmer, elle prit le fameux yaourt auquel elle avait pensé. Il était hors de question qu'elle mange autre chose avec le copieux repas de midi. D'ailleurs, serait-il bien raisonnable qu'elle se pesa demain ?
Elle s'installa confortablement dans son fauteuil, face à la télévision et les informations régionales, lorsqu'elle réalisa qu'elle n'avait pas débarrassée la table basse, des tasses à café et du digestif. Elle s'occupa de cela.
Comme il faisait chaud, elle prit une bonne douche, mit son long tee-shirt, et elle était prête pour la nuit. Elle sentait la fatigue l'envahir, mais elle ne s'imaginait pas aller au lit à 19h40, tout de même ! Afin d'être certaine de ne pas s'endormir la porte-fenêtre grande ouverte, elle mit son Iphone en alarme à 20h30. Et elle fit bien, car elle s'endormit devant la télé ! Avec beaucoup de difficultés, elle se leva et rejoignit son lit. Elle alluma la télé mais ne vit pas grand-chose. Par contre, elle s'éveilla tôt le lendemain et nous étions vendredi, 6 h du matin.
Elle ne put rester au lit car elle n'avait plus sommeil du tout.
Alors là, elle s'offrit ce long moment de détente dans la salle de bains. Pas grave si elle était trop loin pour entendre les pas, car elle était persuadée qu'ils seraient de nouveau absents. Intuition féminine sans doute ! Finalement, « les pas » lui manquaient ! Elle avait mis un CD de Chopin, le bain était prêt et elle s'y coula lentement.
Elle resta longuement dans ce bain délicat. Il faisait chaud et moite. Chopin lui donnait l'impression de flotter sur des notes de musique aux accords parfaits. Pendant un moment, elle ne pensa plus à rien. Son esprit était vide, détendu, mais cela ne dura pas. Personne ne pouvait rester l'esprit éteint bien longtemps.
Alors, elle planifia sa journée. Elle commencerait à lire le manuscrit qu'elle avait sous le coude avec beaucoup d'attention. Les deux premières pages qu'elle avait survolées, lui semblaient agréables et elle avait promis de le terminer avant son départ. Il ne restait vraiment plus beaucoup de temps avant celui-ci, mais cela serait suffisant.
Elle sortit de son bain et appliqua un lait hydratant sur son corps brunit par le soleil d'été. Ensuite, elle s'habilla confortablement. Elle irait plus tard chez ses voisins, lorsque le facteur serait passé.
Le soleil brillait déjà beaucoup, jouant entre les feuilles des rosiers grimpants, et celles des jardinières géantes garnies d'impatiens, posées sur le muret.
Il faisait très beau aujourd'hui encore.
Avant de s'installer à lire, Verena vérifia ses mails. Elle y trouva celui de Cyber, répondant au sien, tandis qu'il s'apprêtait à faire ses bagages. Il lui annonçait son prochain retour, prêt à reprendre leur conversation. Cet homme continuait de penser à elle, même loin, alors qu'il ne la connaissait pas. Verena aimait le côté abstrait, étrange, de cette abstruse relation. Un vrai mystère en effet, que ce virtuel échange ! Mais il seyait bien à Verena. Elle n'avait pas besoin de trop s'investir et pouvait cesser du jour au lendemain sans avoir de vraie explication à donner. Elle n'aimait pas mentir, mais on pouvait arranger la vérité, c'était un peu plus simple que de la dire, parfois. C'est ce qu'elle avait fait avec les personnes qui se rappelaient à son bon souvenir lorsqu'elles avaient besoin d'un service. Ces mêmes personnes toujours à roder autour de Frédéric lorsqu'il donnait un dîner, pour ses affaires. Ces gens-là faisaient appel à Verena pour aider un enfant en difficulté scolaire, lorsqu'il se trouvait « muet » devant une rédaction, un exposé, sachant qu'elle aimait lire et proposaient de la rémunérer, « depuis qu'elle n'avait plus Frédéric ». Ils la prenaient en pitié, sans savoir, sans s'être inquiétée de sa vie, de sa douleur, de la manière dont elle continuait de vivre. Elle les méprisait, car en fait, ils n'étaient que des pique-assiettes ! C'est pourquoi elle n'avait eu aucun scrupule à utiliser ses mêmes personnes pour les travaux dans son appartement. Souvent, elles lui avaient « délégué » des connaissances, ne venant pas elles-mêmes aider. D'autres, plus mesquines, avaient pensé et dit que la mort de Frédéric lui avait « profité ». Elle avait hérité de sa maison et avait même « osé » la vendre pour acheter un appartement de bon standing ! Ceux-là n'avaient carrément plus donné de nouvelles, et ils ne lui manquaient pas ! Verena disait souvent à Frédéric à l'époque, qu'il était trop généreux, même s'il devait s'entourer de cette « faune » hétéroclite.
Il lui rappelait ainsi : « ma chérie, tu sais que notre société débute dans le métier, et il faut se faire connaitre par le plus large public ».
« Oui, je comprends, disait Verena » !
Il était même arrivé que des personnes soient un peu trop « empressées » auprès d'elle ! C'était flatteur, certes, mais totalement inconvenant ! Verena éconduisait ce genre de personnage sans même en parler à Frédéric. Elle savait ce qu'elle avait à faire, et elle n'était pas à vendre.
Aller, le passé était venu la saisir à nouveau et maintenant, elle prit l'ouvrage.
Ce récit n'avait rien à voir avec le précédant. Il était agréable à lire et par rapport à l'autre, lui semblait facile. Elle « avala » les pages à grande vitesse et n'eut pas beaucoup de remarques à annoter. L'histoire semblait convenue d'avance, mais n'était-ce pas ce style de récit que recherchait une certaine catégorie de la population ?
Son rôle n'était pas de juger un potentiel lecteur, mais de donner un avis objectif sur une qualité d'écriture qu'elle trouvait au fil des phrases et des pages.
Maintenant que Verena ne cuisinait plus, ses journées prenaient un autre tournant. Alors elle s'était inscrite à un cours d'anglais, par correspondance. Une bonne révision ne lui ferait pas de mal, et surtout, lui serait très utile pour son séjour au Mexique. La langue officielle était l'espagnol mais l'anglais était international, donc... Elle avait lu qu'il y avait des cours d'espagnol dispensés à l'hôtel et elle pensa à les suivre. Cyber, lui, n'avait pas de soucis, il était bilingue anglais. Frédéric l'était aussi, pas elle. Autrefois, au collège, elle avait été une excellente élève, mais tout cela était si loin. Elle avait oublié avec le temps.
Le facteur devait être passé maintenant et elle alla vérifier. Ce fut le cas en effet et elle récupéra son courrier et celui de ses voisins. Elle déposa le tout, arrosa les plantes, et voilà, elle avait mené sa mission à bien pendant ces quinze derniers jours. Elle reprit sa lecture.
Verena avait terminé l'ouvrage vendredi soir et put ainsi le faire partir par courrier dès le lendemain. Ses voisins étaient venus récupérer leurs clés, en la remerciant par un charmant présent provençal.
Et quelle étourdie, elle avait dit oui à Monsieur Barbinosa pour tailler les thuyas et n'avait pas avisé Françoise, non plus, de son absence ! Elle téléphona de suite aux deux personnes intéressées et leur présenta ses excuses, pour cette confusion.
Son voisin d'en face vint sonner, car elle avait laissé une de ses lettres parmi les leurs. Décidément ! Il vit la valise de Verena et lui demanda si elle partait en vacances. Elle lui annonça son départ dimanche matin, en effet, et elle réalisa qu'il lui fallait réserver son taxi également. Son voisin proposa de s'occuper du courrier, et des plantes, si elle le souhaitait.
Elle hésita, puis curieusement, accepta. Il lui demanda si elle avait besoin d'être conduite à la gare ou à l'aéroport, et elle précisa qu'elle partait effectivement en train, mais de Paris. Elle accepta, si toutefois, cela ne faisait pas trop loin ni trop tôt.
Verena prit place dans le train et s'assoupit presque aussitôt durant une petite heure. Lorsqu'elle s'éveilla, son livre avait glissé sur ses genoux. Elle n'avait pas commencé les lectures données par Monsieur Delubac ; elles étaient soigneusement rangées au fond de sa valise. Elle se réjouissait d'avance de ce moment de bien-être qu'elle passerait bientôt avec les soins. Finalement, Elle avait prolongé son séjour de trois jours, mais pas pour une seconde cure. Peut-être s'offrirait-elle un ou deux soins de plus, mais sinon, elle comptait visiter la ville. Verena avait préparé un sandwich pour le voyage, et une pomme, qu'elle prit après avoir lu quelques pages de son livre. Elle se rendit au wagon-restaurant pour y prendre son café. Le reste du voyage passa vite, et plus le TGV avançait, plus le ciel devenait couleur azur. Le soleil brillait largement, comme ce matin, lors de son départ. A la descente du train, une chaleur lourde tomba sur ses épaules. Il faisait très chaud et beau en ces derniers jours du mois d'aout.
Elle héla un taxi qui la conduisit à l'hôtel. Rien n'avait changé, le lieu restait parfait. Sa chambre n'était pas encore prête et elle profita de suite, pour se rendre à la piscine. Ce premier bain de soleil fut très agréable et elle sentait déjà les rayons de cet astre lumineux sur sa peau.
Il était 15h30 lorsqu'elle retourna à l'accueil où elle fut conduite à sa chambre. Elle défit son bagage rapidement, prit une douche et s'installa sur la terrasse, devant des mots fléchés.
A vrai dire, elle avait emmené les ouvrages à lire, mais sans grande envie. Elle voulait se sentir en vacances, tout simplement. Monsieur Delubac comprendrait, surtout qu'un des deux récits, n'était pas achevé comme il le lui avait dit.
Puis elle était fatiguée, lasse, car elle avait beaucoup lu ces temps-ci et le dernier ouvrage avait été difficile.
Elle connecta son ordinateur vérifia ses e-mails, et Cyber avait écrit. Il se remettait du décalage horaire de deux heures, certes, mais de la durée du vol surtout.
Elle fut touchée qu'il ait ainsi pensé à elle, mais se demanda si ce n'était pas trop d'empressement.
C'était étrange, Cyber ne pouvait deviner qu'il était aussi près d'elle, dans la même ville, puisqu'il habitait Antibes. Quelle coïncidence n'est-ce pas ? C'était drôle !
Il lui vantait encore Dubaï et combien elle apprécierait si elle s'y rendait un jour !
Elle répondit à son mail en disant qu'elle voyageait peu et qu'elle était contente que ce séjour lui ait apporté tant de satisfaction. Ceci lui fit penser à son prochain voyage au Mexique. D'ailleurs, elle irait encore se documenter après ce mail.
Elle raconta à Cyber qu'elle avait eu plus d'ouvrages que prévu à lire, et que du coup, elle n'avait pas eu de pause estivale. Elle lui parla du temps, qui fut clément en son absence, avec de longues journées chaudes comme elle les aimait. Elle lui annonça qu'elle était en cure, mais changea volontairement la destination, au cas où il proposerait de la rencontrer. Elle choisit Bandol, dans un département voisin du Sud : le Var. Verena s'y était souvent rendu, « autrefois » et elle avait tant apprécié, elle s'en souvenait.
Et voilà, elle en avait assez raconté pour cette fois, son mail s'achèverait donc là.
Verena se rendit sur le site de l'hôtel au Mexique : c'était magnifique ! Maintenant, elle avait hâte de s'y rendre.
Elle prit connaissance de son programme de soins pour demain lundi. Elle avait rendez-vous lundi avec le médecin de la thalassothérapie à 8h40 et son premier soin à 9h15. Cet après-midi, elle la passerait au bord de la piscine, à bronzer sans trop s'assoupir. Elle avait son histoire en cours, mais aucune envie de la poursuivre. Elle devait se reposer avant de commencer les soins. Ceux-ci la laissaient toujours fatiguée. Enfin, c'était ainsi depuis 4 ans qu'elle venait ici.
Elle rangea son ordinateur et s'habilla. Elle était restée en peignoir, après la douche. Cette année, l'hôtel avait mis des bouilloires électriques, du café et du thé, à disposition dans les chambres. Elle prit un café sur la terrasse, tout en regardant les transats occupés, et l'endroit où elle allait pouvoir aller s'installer bientôt. Elle était prête à aller se baigner, dans son maillot de bain élégant qu'elle avait eu du mal à trouver. Et oui, maintenant, le bas était à sa taille, hélas, mais le haut restait trop grand, à son grand désespoir !
Enfin, les bains et différents massages, auraient bien raison de quelques petits kilos, même si tous ne s'en allaient pas. Elle déchanta lorsqu'elle vit les menus « diététiques » affichés dans l'ascenseur. Ils étaient très riches et pour mincir, cela ne lui semblait pas approprié. Elle verrait dès ce soir, au diner. Tous les mets semblaient très bons, mais ils restaient riches tout de même...
Verena était installée au soleil ; c'était bon. Au bout de 30 mn environ, n'y tenant plus, elle goutta à la piscine d'eau de mer, puis fit un tour au jacuzzi pour revenir sécher au soleil. Elle s'en alla à 18 h, avec quelques couleurs, très certainement. En effet, elle avait déjà bien bronzé. Elle se reposa et s'endormit jusqu'à 19h30 ! Elle se leva rapidement et choisit une toilette pour aller diner. Elle opta pour une des robes « extensibles » qu'elle avait encore gardée. Elle était avec des carreaux asymétriques, rouges, noirs et blancs. Toute simple, mais elle lui seyait encore bien. Avec quelques kilos en moins, ce serait mieux, c'était certain.
Le diner fut fin, mais copieux.
Elle regarda les personnes qui semblaient mal à l'aise en dinant seules, mais pas elle. Elle n'aimait pas s'assoir à une table seule en général, c'est vrai, mais là, c'était différent. Verena n'avait pas eu sa table en bord de terrasse, comme l'an passé, mais elle était venue un peu tard. Elle prendrait, par contre, la première table à droite, en entrant sur la terrasse, demain midi. Personne ne voulait de cette table en général, car malgré le parasol, elle était en plein soleil. Ca ne faisait pas peur à Verena, bien au contraire.
Elle dormit comme un bébé et descendit au petit-déjeuner vêtue d'un jogging blanc cassé. Elle s'installa face à la mer et prit son temps. Elle avait apporté un livre, mais vérifiait s'il n'y avait personne en attente d'une table. Au quel cas, elle aurait libéré la table. Elle passa 45 mn à table, ainsi décontractée.
Il ne fallait pas trop s'attarder tout de même, car elle avait rendez-vous avec le médecin à 8h40.
Elle remonta d'un pas vif et se mit en maillot de bain et en peignoir, et descendit à son rendez-vous.
Ca y est, elle avait son planning de soins pour la semaine et aujourd'hui, elle terminerait à
12h30. Les autres jours la ferait terminer le matin aussi. Ca tombait bien, puisqu'elle voulait aviser les agences immobilières. Elle avait conservé le contact avec l'agent immobilier consulté de chez-elle.
Nous étions lundi et les agences immobilières étaient fermées. Verena avait envie de parfaire son bronzage. Les premiers soins en piscine l'avaient fatiguée, mais il s'agissait de bonne fatigue.
Tout s'annonçait vraiment très bien.
Comme il faisait bon de diner en terrasse le soir !
En début d'après-midi, après une sieste au soleil, Verena reprit contact avec l'agent immobilier d'Antibes. Il proposa même de venir la chercher et pourquoi pas, l'emmener visiter deux biens qui avaient retenu son attention selon les mails échangés.
Elle convint de 16 h, le temps pour elle de se préparer.
Monsieur Biggi arriva à l'heure, il se présenta à l'accueil et y attendit Verena.
Les présentations faites, ils s'installèrent au coin salon avec les fiches des appartements qu'il comptait lui proposer.
Avant de partir, Verena avait consulté son conseiller financier, et elle pouvait s'offrir un autre appartement, mais en faisant très attention à son budget, bien entendu.
Il l'emmena visiter un appartement en rez-de-jardin et un autre en terrasse.
Les deux étaient superbes, mais l'appartement-terrasse annonçait un budget un peu trop élevé pour Verena, même si le prix était négociable.
Le rez-de-jardin avait beaucoup de charme, et il lui rappelait un peu son appartement actuel.
Tous deux, bien sur, étaient un peu plus petit que le sien, mais bien conçus.
Puis elle avait le temps de réfléchir. Il était 18h30 et Monsieur Biggi reconduisit Verena à l'hôtel, et ne manquerait pas de lui donner des nouvelles. Quant à lui, il continuait les recherches de son côté.
Verena avait encore l'esprit dans « l'immobilier », et elle se connecta sur les sites d'autres agences afin de chercher par elle-même également.
Elle s'en alla dîner en pensant à demain, puisque Monsieur Biggi avait d'autres biens à lui montrer
Ce soir, il y avait un chanteur, et il faisait toujours aussi bon en terrasse. Verena regagna sa chambre vers 21 h et s'installa confortablement devant la télé. Lorsqu'elle l'éteignit, elle réalisa qu'elle n'avait toujours pas pris connaissance des lectures de Monsieur Delubac... et qu'elle n'en avait aucune envie non plus !
Cela pouvait attendre...
Verena fut à l'heure à l'accueil de l'hôtel, où l'attendait Monsieur Biggi. Il lui montra 3 appartements, dont un autre en terrasse. Elle fut saisie par la beauté de l'appartement !
On descendait 3 petites marches pour accéder au salon, et cela donnait infiniment de classe à la pièce. Un joli volume qui s'étendait sur une terrasse ornée de lauriers roses. C'était magnifique.
Au sol, il y avait du marbre et la décoration tons jaunes, s'accordait idéalement avec le climat et le soleil. L'appartement était situé sud-est et c'était parfait. La cuisine offrait un espace suffisant, avec des meubles jaunes cérusés bleu.
Les chambres n'étaient pas très grandes, mais assez tout de même.
La salle de bain n'avait pas de baignoire, mais une douche moderne.
Et il y avait même un box.
La résidence disposait d'un visiophone et d'un code d'accès.
Il s'agissait du 6 ème bien que Monsieur Biggi lui montrait, et elle se sentait prête à faire une proposition, mais réfléchirait encore ce soir, devant la fiche de cet appartement.
Elle le fit devant son dîner. Se pouvait-il qu'elle investisse ainsi dans un second pied-à-terre ?
Son conseiller financier l'avait informée des frais qu'elle devrait supporter car il s'agissait d'une résidence secondaire. Il lui avait conseillé d'essayer de louer, peut-être, durant la saison estivale, mais Verena était solitaire, et l'idée, finalement, que l'on touche à ses affaires... Enfin, elle verrait si elle achetait.
Le prix était de 235 000 euros, frais d'agence compris. Elle pensait faire une offre à
200 000 euros, car il fallait compter les frais de notaire également. La cuisine était équipée, la salle de bain aussi. Il y avait des placards dans les deux chambres, des stores aux baies vitrées...
Verena rêva de cet appartement durant la nuit !
Le lendemain, après ses soins, elle rencontrerait de nouveau Monsieur Biggi et lui ferait part de sa décision.
Verena ne fit aucune connaissance à la cure, et ce n'était pas grave, elle n'en cherchait pas non plus. Le personnel, était très disponible et courtois, tout était parfait. Aujourd'hui, elle avait trouvé l'eau un peu plus fraiche en soins, mais sans doute était-ce de la fatigue.
Elle se reposerait après, sur les 3 jours qu'elle avait pris en plus. Puis elle n'avait pas tellement le temps de profiter du soleil, avec ses escapades immobilières. Mais déjà, elle était joliment hâlée malgré tout.
Ce midi, elle avait rendez-vous avec le médecin nutritionniste. Elle devait faire le bilan, à mi-parcours des soins. Elle descendit avec le second livre qui la suivait pendant les espaces de temps entre chaque soin, et attendit le médecin. Verena n'avait pas perdu les 4 à 5 kg espérés, mais un peu plus de 2, c'était déjà ça, même si elle semblait déçue. Elle prit les feuilles de régime annotées par le médecin, et se jura de s'y tenir à son retour chez-elle. Bien sur, c'était évident, les menus dits « diététiques », étaient bien trop riches. Elle alla déjeuner juste un peu avant 14 h et la fin du service. Le déjeuner fut excellent, comme tous les jours. Ensuite, elle alla au bar en terrasse, commanda un cappuccino, chose qui normalement, n'entrait pas dans son régime, puis attendit Monsieur Biggi à cet endroit précis.
Il arriva à l'heure. Il lui demanda si elle avait réfléchit, elle lui répondit qu'elle voulait à nouveau revoir le dernier appartement, et ils passèrent à l'agence chercher les clés.
Verena demanda était séduite par cet appartement, mais suffisamment habile pour ne pas trop le laisser paraitre. Tout ceci pris une bonne demi-heure et ensuite, elle avisa Monsieur Biggi qu'elle était prête à faire une proposition.
Tout était négociable, et en ce moment, avec la crise, il faisait bon acheter mais pas vendre.
Ils arrivèrent à l'agence, s'installèrent dans un bureau derrière celui de Monsieur Biggi et Verena proposa 200 000 euros. Monsieur Biggi leva les bras au ciel, et elle lui annonça qu'elle disposait des fonds, sans prêt. Il ergota qu'elle demandait une baisse substantielle, ce n'était pas faux, et elle, argumenta qu'il pouvait peut-être faire un effort sur ses honoraires également... Quoiqu'il en soit, elle souhaitait une réponse rapide, car elle avait d'autres biens en vue, montrés par ses soins d'ailleurs, et certains qu'elle avait trouvé par elle-même aussi. Pour l'instant, elle n'avait finalement pas exploité cette autre piste, puisque là, elle trouvait ce qui lui convenait. Nous étions donc jeudi soir, et elle espérait une réponse pour lundi prochain au plus tard, car elle ne resterait que peu de temps, ensuite, à Antibes, et souhaitait en profiter.
Monsieur Biggi se gratta la tête, tout en se basculant sur son fauteuil, mais Verena ne perdit pas de sa superbe et à aucun moment, elle ne montra quelque faiblesse que ce soit.
Soit, il contacterait les propriétaires dès ce soir.
C'était sa faute, aussi, pourquoi lui avait-il dit que ceux-ci étaient pressés de vendre et qu'il y avait possibilité de négocier ?
En tout cas, il avait bien compris que Verena attendait une réponse la plus rapide possible !
Pas de panique, il restait toujours l'appartement qu'elle avait tout d'abord découvert en photo, et visité en premier lieu. Et si ce n'était pas celui-ci, même si elle avait plus qu'un coup de foudre, ce serait un autre, ou... rien avec Monsieur Biggi peut-être.
Elle expliqua à Monsieur Biggi qu'elle avait sérieusement préparé son projet, mais que s'il ne se concluait pas là, maintenant, cela pouvait aussi bien attendre dans plusieurs mois et pourquoi pas l'année prochaine. Monsieur Biggi semblait trop content de voir une cliente, qu'il ne tenait pas à la voir repartir sans promesse d'achat signée. Elle le lisait dans ses yeux, mais ne cillait toujours pas.
Verena avait cette faculté de rester imperturbable dans les situations comme celle-ci. Souvent, on l'avait jugé sans cœur, justement. A une époque, cela l'aurait dérangé, mais plus maintenant. Elle était tout à fait consciente d'avoir mis la pression au maximum à Monsieur Biggi, mais les affaires, étaient les affaires, et il se rendit compte qu'elle n'était pas femme à se laisser faire. Elle lui évoqua le long rendez-vous avec son conseiller financier, auquel elle n'avait pas manqué de faire part de son futur projet. Il savait qu'il ne pourrait pas opposer grand-chose à Verena et que la discussion qu'il voudrait peut-être continuer, devait en rester là. Il raccompagna Verena à son hôtel et lui promit de l'appeler au plus vite.
C'est d'un pas léger qu'elle regagna sa chambre, et se changea pour le diner.
Elle resta plus longtemps que d'habitude à table, car ce soir, il y avait un pianiste et ces notes mélodieuses, étaient enchanteresses. Les clients de l'hôtel ne dinèrent pas en terrasse ce soir, car le vent soufflait un peu et puis le pianiste était là. Elle eut un foie gras de canard en entrée, accompagné de quelques feuilles de roquette et d'une fine lamelle de jambon de parme.
Son plat était composé de gambas à la plancha et de haricots verts finement assaisonnés au basilic, et accompagnés de tomates séchées. Le dessert, fut une crème brulée à la réglisse... un vrai délice ! Elle conclut par un cappuccino accompagné de deux biscuits, même si cela n'entrait toujours pas dans son programme alimentaire, tout en continuant d'écouter de la musique.
Mine de rien, il était 21h35 et Verena regagna sa chambre. Elle était certaine d'avoir tourmenté la soirée de Monsieur Biggi, avec sa proposition financière ! Mais qu'importe, c'était la règle dans les affaires !
Demain « serait un autre jour » !
Elle éteignit la lumière à 23h30, après s'être endormie devant la télé.
La cure de Verena s'achevait, et pour l'heure, elle attendait l'appel de Monsieur Biggi. Elle ne mit aucune autre visite en route, car si ce projet ne se concrétisait pas maintenant ou jamais d'ailleurs, ce n'était pas grave du tout. Elle savait qu'elle ne cèderait pas beaucoup de marge sur la négociation, ça oui, elle pouvait l'affirmer.
Ses soins de la matinée l'avaient fort bien détendue et elle remonta d'un pas aérien à sa chambre. Elle n'aimait pas se rendre au restaurant en peignoir de bain comme le faisaient certains curistes. Son apparence restait importante. Elle revêtit une robe noire et blanche qu'elle avait depuis très longtemps et alla déjeuner en terrasse. « Sa table » en plein soleil, n'était pas occupée, et elle s'y installa. Il n'y avait plus grand monde, car les congés scolaires étaient terminés. Elle posa son sac bleu marine sur l'autre chaise et attendit le menu en ne pensant à rien d'autre que d'aller s'allonger au soleil ensuite. Elle déjeuna d'un bon appétit et repartit à 13h30. Elle retourna à la chambre, mit son maillot de bain, et descendit au bord de la piscine avec le roman qu'elle lisait en ce moment.
Elle n'avait absolument pas regardé les lectures de Monsieur Delubac, et, en remontant, sans doute y prêterait-elle un œil, après avoir regardé ses mails. C'était la première fois qu'elle ne se jetait pas sur un ouvrage et elle ne se sentait pas prête à s'investir maintenant. Monsieur Delubac pourrait sans doute comprendre, car il avait reconnu l'avoir beaucoup sollicitée. Verena s'assoupit légèrement sur son livre. Le soleil était tellement chaud qu'elle se leva et fit quelques brasses dans la piscine d'eau de mer. Elle avait bien fait de venir en peignoir, car elle pourrait le changer ainsi que la serviette, en remontant. Avant de se sécher au soleil, elle s'installa à l'intérieur, au jacuzzi. L'eau de la piscine était incroyablement chaude, et ce massage faisait grand bien. En sortant, elle retrouva presque la même place sur les bords de la piscine extérieure. Il faisait vraiment très beau. Elle sécha en peu de temps. Il était maintenant presque 16h30, le soleil l'avait un peu fatiguée. Elle se doucha, mit la crème fondante sur son corps chauffé par le soleil, et put constater qu'elle avait maintenant un très joli hâle. Elle prit place en terrasse, avec son ordinateur et son téléphone. Elle vérifia ses mails, il y en avait un de Cyber qui lui demandait si sa cure se passait bien, mais elle n'eut pas envie d'y répondre de suite. Sinon, rien d'important.
Elle prit la décision d'aviser Monsieur Delubac qu'elle était un peu fatiguée par les soins et qu'elle n'avait pas commencé à lire le roman inachevé, mais qu'elle ne manquerait pas de s'y plonger rapidement.
Quant à son téléphone, il avait sonné à 3 reprises... Monsieur Biggi avait tenté de la joindre et lui demandait de le rappeler dès que possible... Verena, justement, ne se hâta pas à le faire, et le contacterait dans la soirée, ou demain. Bien sur, elle avait envie d'avoir des nouvelles, c'était évident ! Mais elle savait également qu'il ne fallait pas montrer trop d'empressement. Frédéric était ainsi en affaires et Verena, sans vouloir l'écouter, avait parfois perçu des bribes de conversation. Elle avait éteint son ordinateur et résistait mal à ne pas appeler Monsieur Biggi... Elle alluma la télé, mis son maillot de bain à terminer de sécher en terrasse, et regarda une série qui venait de débuter, tout en lisant son roman. Pour une fois qu'elle lisait un livre choisit par elle, ces temps-ci ! A aucun moment elle n'eut envie d'écrire sur l'histoire qu'elle avait en cours. Non pas que les idées s'étaient enfuies, non, mais juste besoin de se détendre et rien que ça. A la fin de la série télé, elle prépara sa tenue pour aller diner. Elle irait vers 19h15 environ, avec une fine étole peut-être, car le vent s'était levé.
Elle tint bon, ne rappela pas Monsieur Biggi, mais c'est lui qui le fit !
Il avait eut ses clients en ligne dès hier soir, et ils considéraient sa proposition avec attention, mais trouvaient l'offre un peu trop en-dessous de leurs espérances. C'était compréhensible, et Verena répéta à Monsieur Biggi qu'elle pouvait attendre le temps de la réflexion concernant les vendeurs, tout comme il pouvait revoir, peut-être, le montant de ses honoraires. Elle ne céda rien ce soir et elle évita avec soin que Monsieur Biggi lui annonça un chiffre, pour réserver cela au lendemain. Elle était certaine qu'il la rappellerait. Elle lui fit savoir qu'elle n'était pas libre le matin, mais qu'elle le serait en tout début d'après-midi. Elle ne lui avait laissé aucune chance de d'annoncer le prix proposé par les vendeurs. C'était une tactique, et encore une fois, elle repensa à Frédéric et sa stratégie en affaire.
Verena entamait ses derniers soins. Elle savait qu'elle aurait un appel de Monsieur Biggi et sans doute un mail de Monsieur Delubac, en réponse au sien. Elle verrait ça en début d'après-midi, lorsqu'elle aurait déjeuné.
Son téléphone n'avait pas sonné en son absence ce matin et elle avait effectivement un mail de Monsieur Delubac. Il accusait réception du sien et manifesta sa compréhension sur le fait qu'elle prenait des vacances, même s'il eut aimé qu'elle ait pris connaissance au moins de l'ouvrage terminé. Il fallait qu'elle réponde à Cyber, mais elle n'en avait toujours pas envie pour l'instant. Elle décida de descendre se reposer au bord de la piscine, avec son roman en cours et pour une fois, son téléphone : elle pensait à Monsieur Biggi.
Ca ne loupa pas, vers 15 h Monsieur Biggi l'appelait. Les vendeurs proposaient une baisse de prix, et nous arrivions à 225000 euros. Verena fit montre de réfléchir, et proposa 210000 euros. Monsieur Biggi soupira et elle l'imagina se grattant la tête... Il allait voir avec eux à nouveau et Verena lui reparla de sa commission à revoir, peut-être...
Il promit de téléphoner dans la journée ou la soirée et elle lui rappela qu'elle repartait mercredi. Il faisait si bon au soleil, que le sommeil vint la cueillir. Le téléphone la réveilla vers 16 h30 ; il s'agissait de Monsieur Biggi. Les vendeurs de l'appartement faisaient un effort supplémentaire de 5000 euros, mais pas d'avantage. Verena resta sur sa position, pour l'instant, à 210000 euros. Monsieur Biggi soupira une fois de plus et proposa à Verena de la rencontrer à son hôtel, d'ici
30 mn au plus tard. Verena proposa dans 1 h, le temps pour elle de se doucher et se changer. Elle savait qu'elle ne céderait pas grand chose, et resterait sur sa dernière offre. A Monsieur Biggi de faire un effort sur sa commission. Elle prit tout son temps, et lorsqu'elle arriva au bar,
Monsieur Biggi l'attendait déjà devant un café. Il s'agissait d'un homme nerveux, le méridional parfait, parlant avec des gestes et un fort accent du Sud. Verena voulu s'installer en terrasse, et commanda un Perrier citron. Monsieur Biggi était stressé, insista pour qu'elle reconsidère la proposition et elle lui fit savoir qu'elle n'était pas pressée, et il s'agissait du budget dont elle disposait. Verena argumenta sur les honoraires de l'agence, car il restait encore 10000 euros tout de même... Ils discutèrent un moment et Monsieur Biggi accepta de baisser ses honoraires. Il contacta à nouveau ses clients et leur demanda s'il s'agissait de leur dernière offre. Après tractation, ils acceptèrent une nouvelle baisse de 3000 euros encore, mais il s'agissait de leur dernier effort et ils exigeaient une signature imminente.
Monsieur Biggi proposa de faire un effort substantiel sur sa commission, et le dernier prix proposé arriva à 215000 euros. Verena terminait son Perrier tandis que Monsieur Biggi en était à son 3ème café... et elle accepta ce prix ! Monsieur Biggi dont la sueur perlait sur le front, s'essuya avec son mouchoir. Il proposa à Verena de passer à l'agence pour signer les documents nécessaires, même s'il était tard. Il avait rogné sur sa commission, mais Verena avait dépassé son budget initial. Elle avait pensé à 220000 au maximum, elle n'était pas au taquet. Il fallait penser aux frais de notaire, puis à l'ameublement, même si l'appartement n'était pas immense, aux frais de copropriété... Monsieur Biggi lui rappela qu'elle était redoutable en affaire et que le syndic, c'était lui ! Ils n'avaient donc pas terminé de se voir. Elle lui suggéra de remettre les formalités à lundi, s'il le souhaitait, mais il n'y tint pas, des fois qu'elle change d'avis durant le week-end. Elle rédigea un chèque de 10% du prix, tandis que Monsieur Biggi appela les vendeurs afin de prendre un rendez-vous pour le compromis de vente. Il les avisa que Verena repartait mercredi.
Verena ressentit alors qu'elle aurait pu faire baisser le prix encore, car ils se hâtèrent à choisir lundi, comme jour de signature ! Après les formalités, Monsieur Biggi raccompagna Verena à son hôtel. Il suait tant et plus et lui rappela encore combien cette négociation avait été rude pour lui...
Verena était satisfaite de sa fin de journée et elle dina dans un esprit fébrile, car elle venait d'écorner sérieusement son patrimoine. Pour elle, tout serait concret lorsqu'elle passerait chez le notaire, et qu'elle aurait les clés. Elle habiterait « les terres de soleil » durant quelques mois de l'année. Cela lui faisait tout drôle de savoir qu'elle quitterait un peu, son cher appartement de la région parisienne. Non, elle n'allait pas regretter son achat, tout de même ? Il ne s'agissait pas d'un vêtement coup de cœur, mais d'un grand investissement. Verena se posait mille et une questions maintenant. Avait-elle bien fait ? Tout cet argent qui partait, lui faisait peur pour son avenir. Bien sur, elle avait son travail de lectrice qu'elle pourrait toujours continuer d'ici lorsqu'elle y serait, mais elle s'inquiétait malgré tout. Allez, elle ne devait pas regretter. Puis si elle avait des craintes pour ses finances, elle n'aurait qu'à louer son appartement durant les périodes où elle ne l'occupait pas. Bien sur, elle avait demandé à Monsieur Biggi de revoir le bien avant de repartir. Il lui faudrait le meubler un minimum. Par contre, elle avait une grande chance avec la cuisine toute équipée ! Le tout semblait neuf. Monsieur Biggi lui apprit que l'occupant des lieux, avait fait un infarctus. Il avait fait refaire l'intérieur quelques mois avant son décès. Il ne tarissait pas d'éloges sur le produit, lui disant combien elle avait eu de la chance de l'avoir à ce prix-là, que lui-même, n'y avait pas cru, l'effort qu'il avait fait sur sa commission... etc... etc...
Lundi, avant de signer le compromis de vente, elle re-visiterait l'appartement. Ils signaient en fin de journée, à 18 h et il se rendrait disponible juste avant le rendez-vous. Il ne devait pas faire beaucoup de ventes ces temps-ci, pour être aussi empressé, pensa Verena. La conjoncture actuelle n'était pas vraiment propice à cela non plus. Verena adressa rapidement un mail à son conseiller financier afin de l'informer de la nouvelle situation.
Sans doute au début, viendrait-elle occuper son appartement par de petites semaines, et plus tard, l'hiver très certainement. Elle aimait tellement l'autre, qu'elle avait l'impression de le délaisser. Pour elle, ce n'était pas qu'un lieu, il avait une âme errante, la sienne, et « il vivait ».
Verena passa sa soirée à regarder le mobilier sur Internet. Il lui fallait un lit, des meubles de salle à manger, un téléviseur, un petit bureau pour la seconde chambre, un transat, une table et deux chaises sur la terrasse. Un arrosoir... Le transat pouvait attendre, il serait pour la saison prochaine, quoique, elle pouvait peut-être justement, le trouver en solde. Le bureau aussi, avec la rentrée des classes. Et d'un seul coup elle se rappela qu'elle n'entrerait dans les lieux que dans
3 mois. Elle regarda de nouveau le plan, demanda une autre copie à l'accueil de l'hôtel, puis elle plaça des meubles virtuels, d'un coup de crayon. Nous étions début septembre et elle serait propriétaire en décembre, au moment où tout le monde préparerait Noël, période qu'elle détestait.
Elle ne réalisa pas qu'elle était entrain de s'assoupir sur son ordinateur. Elle s'éveilla au début de la nuit, tandis que le témoin de la batterie de l'ordinateur, clignotait.
Verena profita de son dimanche pour visiter les alentours et la journée se passa sans surprise.
Verena était toute en joie lundi matin. Elle signait ce soir, à 18 h. Elle passa sa journée à paresser sur les bords de la piscine.
Monsieur Biggi arriva à l'heure prévue, afin qu'elle visite de nouveau l'appartement. Elle demanda l'autorisation de prendre des photos des lieux et n'attendit même pas la réponse de l'agent immobilier. La terrasse était claire, et le soleil venait encore y jouer quelques notes de chaleur.
Arrivés à l'agence, Monsieur Ferrare les attendait. Les formalités prirent peu de temps, finalement, et Verena fut rapidement reconduite à son hôtel. Ca y est ! Elle était propriétaire d'un superbe appartement-terrasse dans cette région si chère à son cœur, et... son porte-monnaie aussi !
Mardi, elle transféra les photos prises de l'appartement, sur son ordinateur. Elle se rendit au petit-déjeuner d'un pas léger, pensant au retour dans son appartement bien-aimé, de la région parisienne. Il y avait eu un peu de vent ces jours-ci et désormais, tous les repas étaient pris à l'intérieur. Les gigantesque parasols de la terrasse, couleur « soleil », étaient repliés. Le ciel était bleu azur et le bel astre brillait déjà. Verena avait rendez-vous chez le coiffeur et l'esthéticienne cet après-midi. Ses cheveux avaient souffert des reflets chatoyants. Sa peau arborait un hâle parfait, qui serait sublimé par un soin corporel. Elle avait choisi la fin de journée pour tout cela, car elle comptait bien profiter encore des bords de la piscine une dernière fois.
Elle pensa à son futur appartement, situé au cœur d'une jolie résidence, où il y avait également une piscine chauffée. Puis maintenant, elle viendrait faire sa cure sur place, en « résidente ». Elle ne changerait pas beaucoup ses dates de soins, tout au plus elle déborderait sur les premiers jours de septembre, si toutefois elle louait l'appartement. Monsieur Biggi avait insisté sur cette possibilité lucrative, car il avait énormément de demandes. Verena avait toujours le soucis, par contre, de laisser d'autres personnes habiter chez-elle, mais elle promit d'y réfléchir. Une location lui apporterait un substantiel revenu et Monsieur Biggi n'avait pas tari d'éloges sur son importante clientèle choisie et triée sur le volet, avec le plus grand soin. Bien sur, il y voyait aussi son intérêt, elle n'était pas dupe.
En fin de journée, elle prépara sa valise. Elle déjeunerait d'un sandwich dans le train, car elle partait de bonne heure, son train était à 9 h 05. Pour l'arrivée, elle prendrait un taxi, comme à son habitude, même si c'était onéreux. Elle avait excessivement peur des transports en commun, aussi, le retour lui coûtait une petite fortune, mais elle ne serait pas tranquille autrement. Elle choisissait toujours un train de bonne heure, afin d'éviter les embouteillages parisiens de la fin de journée. Elle serait chez-elle aux environs de 17 h au plus tard. Elle avait de quoi dîner, avec les plats préparés qu'elle n'avait qu'à sortir du congélateur. Puis sinon, il lui restait des tranches de dinde ou de poulet, emballées individuellement et même du pain, qu'il faudrait décongeler. Jeudi elle irait faire ses courses, en suivant scrupuleusement le régime établit par la diététicienne. On verrait si ses kilos en trop, prenait la fuite. Elle n'en était pas si certaine que ça...
Verena prit son dernier dîner au restaurant. Elle était à son avantage, après la séance chez l'esthéticienne et le coiffeur. Ses cheveux ne ressemblaient plus à de la paille ! Sa peau était veloutée, douce.
Elle répondit à Cyber, qu'elle avait laissé sans nouvelles depuis plusieurs jours. Elle annonçait son retour chez-elle, les déplacements et visites faits sur place, sans bien sur, évoquer son achat immobilier. Elle lui parla de la région de « Bandol », puisqu'elle avait menti sur sa destination. Mais ce n'était pas très grave puisqu'elle avait bien connu Hyères et ses îles. Bandol n'était pas si loin que ça et elle put en décrire le paysage. Sans doute reprendraient-ils leur conversation en fin de semaine.
Elle téléphona à Françoise et Monsieur Barbinosa, prévenant de son retour. Elle les attendait dès lundi prochain et leur souhaita bonne continuation jusque là.
Ce matin était le dernier jour à Antibes. Verena se hâta de se préparer, car elle n'avait pas beaucoup de temps avant son départ. Elle avait pris son petit-déjeuner très tôt et maintenant, elle descendait avec ses affaires et demanda qu'on lui appelât le taxi qui la conduirait à la gare. Hier soir, en remontant, elle avait réglé la note de son séjour, afin d'être bien à l'heure, car son train ne l'attendrait pas. Elle avait fait noter qu'elle comptait sur un taxi, tôt. Il était 8h05, Verena était prête et le taxi arriva dans les 10 minutes qui suivirent. Elle aurait un peu d'attente à la gare, mais ce n'était pas grave. Elle pourrait aller s'acheter un sandwich au bar ; ils y étaient toujours fameux, et ainsi, elle aurait son repas du midi.
A 8h40, Verena était à la gare. Elle commanda son sandwich, tout fraichement préparé et commanda un café. Elle avait du temps devant elle avant de composter son billet.
Verena fut une des premières voyageuses à monter dans le train. Les bagages étaient juste derrière son siège, c'était parfait. Pour une fois, elle n'avait pas une place à l'étage, cela lui avait évité de monter sa lourde valise. Elle s'installa près de la vitre et commença à lire son livre. Elle songea aux ouvrages de Monsieur Delubac, mais il était bien trop tard, car ils étaient soigneusement rangés au fond de sa valise. Verena s'assoupit peu de temps après le départ du train. Combien de temps était-elle partie au pays des rêves, elle n'en savait pas grand-chose. Elle reprit son roman. Comme elle aurait aimé écrire aussi bien ! Mais d'où venaient les idées de tous ces auteurs ? Elle avait bien des difficultés à organiser les siennes, pour continuer d'écrire celle qu'elle avait en cours. Le train était plein, mais calme. Des hommes d'affaires essentiellement comme passagers.
L'heure de déjeuner arriva vite et tous ses messieurs se levèrent pour atteindre le wagon restaurant. Verena avait son repas à portée de main, elle commença à le manger. Son téléphone sonna, ce qui était étonnant, attendu que personne ne l'appelait jamais, mis à part
Monsieur Delubac. Il s'agissait d'une erreur.
Dehors, il faisait beau. Au fur et à mesure que nous approchions de Paris, le paysage changeait, mais par chance, il faisait toujours beau. Verena fut contente de constater que le déluge ne l'attendait pas en arrivant.
Elle héla un taxi, qui fut très heureux d'avoir une course de cette distance. A l'arrivée chez-elle, il lui porta même son bagage à l'ascenseur.
Ca y est, elle était chez-elle !!! Elle ouvrit ses volets et vit que l'herbe avait bien poussé. Il faudrait tondre lundi.
Elle sortit un plat du congélateur, le pain, et s'occupa ensuite de sa valise. Elle mit peu de temps à la défaire. Elle mit le linge au lave-linge, et rangea les autres vêtements.
Elle était contente d'être chez-elle.
Elle regarda son courrier, puis pensa à ses voisins, qui avaient un double de ses clés. Elle n'attendait rien de particulier, et elle n'eut rien... de particulier ! Les « feuilles d'automne » étaient arrivées, autrement dits la taxe foncière et d'habitation. Sans trop de surprise, il y avait une augmentation sur les deux.
Elle mit de côté le présent qu'elle avait rapporté à ses voisins, ainsi que les feuilles. Verena payait mensuellement, c'était plus pratique.
Verena pensa que bientôt, elle aurait deux fois à payer, lorsqu'elle aurait les clés de son appartement antibois. Et oui !
Elle pouvait acquitter ces lourdes factures, car elle ne faisait aucune dépense excessive pour vivre. Encore heureux ! Sinon, elle n'aurait jamais pu investir dans la pierre une seconde fois. Peut-être finalement, qu'elle louerait durant les périodes où elle n'y serait pas. C'était une idée à mettre de côté. Elle en parlerait avec son conseiller financier. Après tout, elle avait envisagé d'y séjourner durant l'hiver essentiellement et aux premiers beaux jours. Elle ne savait pas trop, en fait. Tant qu'elle n'aurait pas les clés, le projet ne prendrait pas toute sa dimension.
Elle dépouilla ses mails. Elle aurait pu le faire dans le train, mais elle n'avait pas eu envie de sortir son ordinateur.
Là, il y avait une réponse rapide de Cyber, qui lui souhaitait bon voyage et un prochain retour sur leur connexion. Un mail de Monsieur Delubac, qui attendait patiemment qu'elle reprenne ses lectures. Celles qu'il lui avait envoyées, n'étaient effectivement pas si urgentes, car un des récits n'était pas terminé, et il n'avait pas réussit à joindre l'auteur, afin de lui demander son accord avant éventuelle publication. Par contre, il lui annonçait deux ouvrages dès qu'elle pourrait en prendre réception.
Verena tenta d'appeler Monsieur Delubac, car elle savait qu'il restait toujours tard à son bureau.
Il était bien là et ravi de l'entendre ! Ils échangèrent les politesses d'usage et il lui demanda si son séjour s'était bien passé. Il lui proposa un déjeuner et la « livraison » des ouvrages. Elle accepta, et comme d'habitude, il lui laissa le choix du restaurant. Nous étions mercredi, il proposa vendredi. Il ne perdait pas de temps ! Verena pensa à son restaurant habituel, même si ce n'était pas « très régime ». Elle ne s'attarda pas trop avec Monsieur Delubac, car elle se sentait fatiguée par le voyage. Elle dîna tôt ; la faim l'appelait depuis un petit moment. Verena réserva une table au restaurant, pour vendredi 13 h. Elle alla se coucher très rapidement, devant la télé, qu'elle programma comme d'habitude, en extinction.
Verena s'endormit devant la télé, comme souvent.
Elle s'éveilla le lendemain matin, à 6h45, avec... le bruit des pas !!! Ils étaient revenus ! C'est curieux, mais ils lui avaient presque manqué. Oui, elle pouvait dire ça, ils lui avaient manqué. Son sang ne fit qu'un tour malgré tout. Donc les pas avaient été absents durant les vacances, peut-être, tout comme elle l'avait supposé. Le mystère continuait de rester entier. Verena avait toujours l'intention de l'élucider, mais la peur l'empêchait de se ruer à la clôture pour découvrir qui était cet homme. Puis oserait-elle lui parler, comment s'y prendrait-elle ?D'un coup, son moral était en baisse. Puis d'un autre côté, son énigmatique silhouette toujours présente, donnait un sens à sa journée. Elle se leva et regarda les pages de son régime, pour le suivre le mieux possible. Elle savait qu'elle ne pourrait s'y tenir très longtemps. Comment était-il possible qu'elle ait si peu maigrit ? C'était tout simplement incompréhensible, mais c'était comme ça. Elle se prépara ensuite et alla faire ses courses. Elle termina la lecture de son roman, répondit à Cyber, reprit son histoire, en relisant les 4 dernières pages car elle ne savait plus précisément où elle en était restée et la journée passa comme cela, au soleil, sur sa terrasse. Elle regarda sa penderie afin de trouver la tenue idéale pour aller au restaurant demain, avec Monsieur Delubac, à qui, d'ailleurs, elle n'avait pas confirmé l'horaire du restaurant, mais ce n'était pas grave, car elle avait réservé et à 30 mn près. Elle venait là, même seule, rarement, et lorsqu'elle avait fait ses courses tard, en fin de matinée. C'était surprenant, d'ailleurs, puisqu'elle ne sortait pas. Elle essaya le tailleur acheté dernièrement, et elle rentrait à peine dedans ! Elle en pleura, tant elle était malheureuse avec ses problèmes de poids. Elle passa sa soirée renfrognée, et surtout, sans diner, mais elle avait entendu les pas, à 18h45...
Elle avait hâte de reprendre ses lectures finalement. Elles étaient son univers désormais. Monsieur Delubac viendrait la chercher chez-elle et ils iraient déjeuner ensuite. Cela lui laissait le temps de relire son histoire en cours, et pourquoi pas, de la continuer. Ce soir, elle correspondrait avec Cyber, car il ne devait pas comprendre ce silence. Elle était entrain de lire les dernières pages de son propre récit. Elle ne se souvenait plus exactement, où elle en était rendue, mais elle saurait reprendre les choses là où elles les avaient laissées. Le temps passa bien plus vitre qu'elle ne l'aurait imaginé et le téléphone sonna. Monsieur Delubac était devant la grille de la résidence et l'attendait. Elle descendit bien vite lui ouvrir. Il semblait ravi de revoir Verena à qui il trouva bonne mine. Le généreux soleil avait laissé des traces sur sa peau. Elle se retrouva avec trois ouvrages, et non deux, comme annoncés. C'était bien ! Verena était contente, car elle serait agréablement occupée. Monsieur Delubac lui demanda si elle avait pris le temps de prendre connaissance des textes venus de l'atelier d'écriture qu'il avait trouvé et elle lui répondit négativement. Il sembla légèrement déçu, mais sans plus, car les récits, pour l'un d'entre eux, n'étaient pas achevés et il n'avait toujours pas réussi à contacter l'auteur. Il lui annonça que le récit écrit en style abrégé dont elle avait plaidé la cause, avait été revu et accepté par le comité de lecture. Elle était satisfaite de cela, car elle s'était donné beaucoup de mal pour le remettre en forme. L'auteur avait accepté les suggestions et avait revu tout son roman. Le troisième ouvrage était celui-là. Monsieur Delubac avait tenu à le lui donner une autre fois, afin qu'elle le relise, si elle le souhaitait. Cette attention toucha beaucoup Verena.
Cette arrière saison était vraiment très belle et l'été n'en finissait pas de s'éterniser.
Monsieur Delubac évoqua les ouvrages qu'il venait de lui remettre. L'un des deux était très tourmenté, évoquant le décès d'un proche, dans un accident de voiture. Il regarda Verena droit dans les yeux lorsqu'il lui présenta le résumé de l'histoire. Il voulait se rendre compte par lui-même de la manière dont elle réagissait à cela. Verena se rendit compte de cette attention et lui assura qu'elle était à même de lire ce récit, sans que cela ne la perturbe. Sa vie avait connu cette tragédie, mais elle devait vivre avec. Il s'agissait de son passé.
Néanmoins, elle se leva et changea de sujet. Elle voulait annoncer son achat immobilier à Monsieur Delubac et lui montrer les quelques photos qu'elle possédait. Il fut agréablement surpris de cette décision, et la félicita ! Lui-même possédait une villa dans la région. En décembre, elle irait très certainement là-bas, puisqu'il y aurait la signature chez le notaire et la remise des clés et elle voudrait également meubler son autre « chez-elle ». C'est sur ce sujet qu'ils se rendirent au restaurant. Verena prit grand soin en choisissant son menu et Monsieur Delubac lui parla longuement de cette belle région : la Côte d'Azur ! Il aurait aimé y passer plus de temps, mais sa maison d'édition ne le lui permettait pas. Souvent, par contre, il s'y rendait à Noël, et sa famille le rejoignait pour les fêtes. Ils ne tarirent pas, l'un comme l'autre, de la beauté de ce petit coin de paradis français. Ils reprirent la conversation sur les ouvrages en cours, il lui annonça la publication prochaine de ceux qu'elle avait lus fin juin. C'était toujours une satisfaction pour Verena de savoir que son avis et ses corrections prises en comptes, permettaient une publication. Quelque part, il y avait un peu d'elle dans ces récits. Monsieur Delubac lui annonça également, que dans les ouvrages qu'il venait de lui remettre, il y avait celui d'un jeune écrivain, dont c'était déjà le second ! Ce jeune-homme avait une plume harmonieuse et ne manquait pas d'inspiration. Pas comme elle, qui « séchait » un peu devant son histoire. Le fait de lire pour les autres et d'écrire, n'était pas forcément incompatibles, non, mais devaient très certainement jouer un rôle. En tout cas, elle ne dit rien à Monsieur Delubac de l'écriture qu'elle avait en cours. Elle était bien trop modeste pour ça. Le talent est une chose qu'elle ne possédait surement pas, mais elle avait la passion de la lecture suffisamment profonde, pour être, et rester lectrice. Ce travail qu'elle pouvait exercer seule, à son domicile, lui donnait toute satisfaction, c'est ce qui était important avant tout. Avec Monsieur Delubac, ils firent une fois de plus, la fermeture du restaurant ! Mais le patron souriait, car il savait lorsqu'ils venaient déjeuner, que cela se passait ainsi. Parfois, il se joignait à leur table pour un second café généreusement offert.
C'est ce qu'il fit. Il leur parla de la nouvelle carte qu'il allait bientôt mettre en place, et Verena s'inquiéta de savoir si son plat préféré resterait au menu ! Le « chef » la rassura : oui, il resterait à la carte !
Verena avait préparé une succulente tarte aux pommes et aux poires, et vue l'heure avancée, Monsieur Delubac ne refuserait pas de prendre un « petit gouter ». Elle le savait très gourmand.
Ils devaient déterminer tous les deux, sous combien de temps il espérait avoir les lectures en retour. Tout cela se discuterait devant une part de tarte, servie en terrasse.
Monsieur Delubac quitta Verena à 17 h. Elle troqua son tailleur pour une tenue plus confortable et prit un ouvrage. Le soleil brillait encore généreusement et elle s'installa bien à l'aise dans son fauteuil. Le parasol n'était plus utile ; elle le replia. Lorsque Verena leva les yeux de sa lecture, ce fut au bruit des pas... Elle savait donc quelle heure il était. Ils étaient si proches d'eux, qu'elle fut tétanisée d'angoisse à l'idée de se ruer vers la clôture. Elle distingua la silhouette, bien sur, mais sans plus. Elle ne pouvait pas poser un visage dessus. Son cœur battait très fort, tellement elle était saisie par cette proximité qu'elle n'avait pourtant pas voulu affronter. Elle rentra hâtivement, perturbée par ce qui venait de se passer. Elle ne dinerait pas car le déjeuner avait été excellent et copieux, comme à chaque fois. Elle alluma son ordinateur pour y relever ses mails.
Et ce soir, elle correspondrait avec Cyber. Justement, en ouvrant ses mails, Cyber avait écrit et proposait un rendez-vous ce soir. Elle répondit de suite favorablement, à ce mail qu'il lui avait adressé ce matin même. Vers 20 h, Verena alluma la télévision pour y suivre le journal et à la fin de celui-ci, il serait l'heure de se connecter avec Cyber.
Cyber était en ligne et attendait Verena.
L'un comme l'autre étaient ravis de se retrouver sur le web. Il lui détailla son séjour à Dubaï et le souhait qu'il avait d'y retourner un de ces jours. Cyber était un grand voyageur. Son emploi lui demandait d'être disponible à cela et ce n'était pas pour lui déplaire. Il cherchait une destination pour la fin d'année, avant les fêtes sans doute, afin d'affronter l'hiver avec « le plein de soleil ».
Il était comme Verena, il aimait la chaleur. Déjà, Verena trouvait qu'il avait de la chance d'habiter la Côte d'Azur, car elle ne savait toujours pas que Cyber, s'il possédait un appartement, n'y résidait pas à l'année.
Elle lui parla de son séjour, toujours aussi agréable et du retour en région parisienne où le temps restait exceptionnellement beau et ensoleillé. Elle lui raconta sa journée, avec le déjeuner professionnel qui s'était étalé dans le temps et la reprise de ses lectures. Elle ne lui parla pas de son achat, elle ne voulait toujours pas qu'il lui propose une vraie rencontre. Il lui demanda si elle correspondait avec d'autres personnes, question à laquelle elle répondit négativement et il en profita pour lui dire qu'il en était de même pour lui. Il raconta ses péripéties avec des travaux réalisés dans son appartement. Il avait voulu s'y mettre lui-même, avec un ami, tout aussi peu manuel que lui et cela avait pris bien du temps, mais il n'était pas mécontent du résultat.
Verena avait retrouvé son appartement avec joie, après cette semaine d'absence et son emploi du temps avait été pas mal occupé dès son retour.
Ils passèrent deux heures environ, à parler de tout et de rien. Cyber avait eu une reprise de travail sur les chapeaux de roues, et il n'en finissait pas de travailler chez-lui afin de ne pas rester dans l'enceinte confinée de son bureau. Il aurait sans doute pas mal de déplacements à faire dans l'année qui allait suivre, car de nombreux projets semblaient voir le jour. Verena avait repris l'ouvrage qui serait sous peu publié et elle en parla avec enthousiasme, car elle s'était battue pour qu'il le soit. Pourquoi, d'ailleurs celui-là plus qu'un autre, elle ne sut pas donner de vraie réponse à Cyber. Elle avait senti comme un appel au secours inexpliqué, derrière ces mots, au travers de la manière dont il avait été initialement écrit.
Ces deux là avaient eu un certain plaisir à dialoguer ensemble. Verena y mit pourtant fin, car elle ne voulait pas avoir à répondre pour l'instant, à des questions plus personnelles. Elle savait qu'à un moment, cela arriverait. Cyber et Verena prirent congés pour ce soir et se connecteraient sans doute au cours du week-end. Verena était moins attentive aux jours, car elle n'avait pas de « week-end » en fait, puisqu'elle organisait sa semaine sans tenir compte du samedi et du dimanche en particulier.
Elle avait enregistré beaucoup d'émissions et de films, et elle allait s'installer devant un de ses enregistrements. Puis elle réfléchit qu'il n'était pas impossible qu'elle s'y endorme, alors elle fit une copie du film choisit, afin de le visionner dans la chambre, confortablement installée dans son lit.
Verena savait qu'elle ne s'éveillerait pas au bruit du pas le lendemain, car nous serions samedi. Jamais de pas le samedi et le dimanche.
Et pourtant ! Samedi matin, il y eut les pas !!! Quelle surprise pour Verena : elle se demanda ce qu'il avait bien pu se passer, pour qu'il y ait les pas devant chez-elle un samedi ! Elle ne le saurait jamais ou peut-être, un jour, qui sait ? Qui pouvait s'arrêter ainsi devant chez-elle ? Cela restait aussi inquiétant que mystérieux. Elle se leva rapidement, suivit son rituel du petit-déjeuner et du moment de détente dans la salle de bain, puis elle s'installa avec la lecture, ou plutôt la « re-lecture » qu'elle avait prise en main la veille. Elle espérait l'avoir achevée dimanche soir, pour commencer celle qu'elle ne connaissait pas encore, où la mort était présente... Peut-être d'ailleurs, qu'elle l'entamerait avant la fin de l'autre dont elle se souvenait du sujet. Oui, elle allait faire cela car elle était très tentée. De 9 h à midi, elle ne leva pas les yeux de l'ouvrage. Si bien qu'elle avait beaucoup progressé. Elle regarda par l'œil si personne n'était sur le palier pour aller chercher son courrier. Il n'y avait rien aujourd'hui et elle rentra en fermant la porte à double tour, car elle n'aurait pas à sortir, ni demain d'ailleurs. Elle n'ouvrirait sa porte que lundi matin maintenant, car Françoise et Monsieur Barbinosa viendraient comme prévu.
Cyber et Verena se connectèrent samedi soir. En fin de journée, Verena avait essayé, mais il n'était pas en ligne. Elle avait très envie de lui faire partager le récit, mais elle n'en avait pas le droit. L'œuvre n'étant pas publiée, elle ne pouvait le faire. Cyber raconta sa journée de samedi, commencée par la matinée au bureau, chose qui ne lui arrivait que vraiment très rarement. Il y avait beaucoup de projets en cours et il n'avait pu boucler sa semaine comme il l'aurait voulu. Là, il s'était connecté pour la saluer, mais ne pourrait pas rester, car il était d'astreinte auprès de son employeur et voulait continuer un de ses projets en cours. Son week-end allait être très studieux, puisqu'il continuerait de travailler à distance dimanche aussi. Au moins, voilà un point que Verena et lui avait en commun cette fois : le travail à distance.
De son côté, Verena avait reçu ses codes d'accès au site de la maison d'édition. C'était une nouvelle formule géniale, car elle permettait des corrections sur les ouvrages qui commençaient à être mis en consultation directe. C'est sur ces mots qu'elle termina sa conversation avec Cyber, en lui souhaitant bon courage pour ce week-end.
Verena se connecta sur le site de Monsieur Delubac et l'histoire qu'elle devait lire, la seconde, était en ligne. Contrairement à son habitude, elle ne prit pas le stylo-mine et son bloc de papier, mais la tablette graphique et « le pen », nouveaux accessoires utiles à ce type de travail. Elle explora le logiciel afin de familiariser avec ce nouvel outil. Elle y passa beaucoup de temps, car la méthodologie que Monsieur Delubac lui avait remis avec les ouvrages, était assez succinte.
Verena navigua entre les différents menus de cette application, afin de l'apprivoiser. A la fin de la soirée, tandis qu'il était déjà 23 h, Verena leva la tête et s'aperçut qu'une fois encore, elle avait sauté le dîner, mais qu'il était tard aussi. Le sommeil ne la gagnait pourtant pas mais elle décida de fermer l'ordinateur pour ce jour et de reprendre sa « re-lecture » en allant se coucher. Elle continua de lire jusqu'au milieu de la nuit. Vers 3h, tandis qu'elle ne dormait toujours pas, Verena se leva boire un lait chaud légèrement sucré avec du miel. Elle s'endormit finalement sur le matin et s'éveilla vers 10 h, par les cris des voisins sur leurs enfants. Elle était toute cotonneuse, mais se leva sans tarder, bien que rien ni personne, ne l'y forçait. Elle réalisa que sa lecture était presque terminée, car il lui restait tout au plus, une vingtaine de pages. Elle l'avait dit, elle terminerait dimanche ! La seconde lecture trouvait une part de similitude avec la vie de Verena, car d'emblée, la mort du compagnon de l'héroïne était annoncée. Elle mit ses émotions entre parenthèse, car sinon, elle n'aurait pas pu continuer de lire. Il fallait que son esprit soit libre et elle s'employa à alterner les deux ouvrages, afin de ne pas être trop imprégnée par le récit. Elle n'oublia pas un copieux petit-déjeuner et passa le déjeuner. Elle s'offrit une part de la tarte de vendredi, et un café à 16h30. Sa terrasse l'accueillait, elle y était si bien... Elle espérait aimer autant son appartement du Midi, que celui-ci. Elle fit une pause et rechercha de nouveau du mobilier simple mais pratique, pour son appartement méditerranéen. Seulement, elle ne gardait que l'image de ce nouveau «nid », les plans étaient bien trop abstraits pour elle. Un nuage passa au-dessus de la terrasse et Verena leva les yeux au ciel. Non, il n'allait pas se mettre à pleuvoir ! Verena comptait bien profiter du jardin jusqu'à la fin de la journée, il n'était pas très tard. Elle pourrait continuer de lire encore à l'extérieur. Elle en avait très envie. L'histoire triste, mélancolique, était fort bien écrite et agréable à lire. Verena avait repris la lecture sur papier, car sur ordinateur, c'était un peu fastidieux. Puis elle ne maitrisait pas suffisamment bien l'application informatique. Sa « relecture », quant à elle, était achevée et il ne manquait plus qu'à rédiger le résumé du livre. Les mots lui venaient, aussi Verena changea d'ouvrage et se mit à écrire le résumé en question. Naviguer entre les deux manuscrits, était un travail habile de mémoire. Celle de Verena était un peu rouillée et cet exercice, lui permit de relancer le processus. Elle y mettait un point d'honneur et c'était un atout majeur dans son travail. Lorsque Monsieur Delubac lui faisait livrer plusieurs œuvres, elle utilisait souvent cette technique, car elle lui permettait d'avancer assez vite sans ne rien perdre des histoires. Cette fois, après le relâchement de ses récentes vacances, elle se sentait un peu en retrait de cette facilité qu'elle avait jusque là entretenue. D'ailleurs, elle avait appris à s'en servir aux côtés de Frédéric. Elle était le double de son agenda parfois. Elle aimait lui être utile et lui rendre ce service. Elle se surprit à errer dans son passé et ses souvenirs. Elle se reprit et acheva la rédaction du résumé.
Maintenant, la soirée commençait et elle rentra son linge séché au soleil de cette belle journée. Et voilà, une semaine se terminait ! Elle dîna de deux tartines de pain beurré et d'un bol de café au lait.
Cette fois, elle s'endormit très tôt. La nuit perturbée de la veille, avait eu raison d'elle.
Verena s'éveilla au bruit des pas, comme tous les matins. Elle ne tarda pas à sortir du lit, car ce matin, Françoise et Monsieur Barbinosa venaient. Ce seraient encore une belle journée, le ciel était clair et bleu. Elle se hâta à se préparer et enfila un jean neuf, avec un tee-shirt fin à manches longues. Cet ensemble lui allait bien. Elle avait déjà très envie de lire. Finalement, les lectures lui manquaient et elle n'était pas mécontente de reprendre. Son univers reprenait corps. L'histoire était vraiment très douloureuse, mais écrite avec énormément de délicatesse et une sensibilité infinie. Les mots s'accordaient comme des notes de musique sur une partition. Verena était suspendue à chaque phrase, elle entrait dans le récit ; elle le vivait. Elle savait pertinemment bien qu'il ne fallait pas que cela se produise... C'est pour cela que Monsieur Delubac, connaissant son passé, avait insisté encore et encore, sur le contenu de ce récit. Alors, Verena décida d'entamer le suivant aussi, afin de marquer une légère coupure entre les deux. Elle ne pouvait pas revivre les périodes de fortes angoisses qu'elle avait vécues au moment de la tragique disparition de Frédéric. Refaire surface avait été très difficile, bien plus qu'elle ne voulait se l'avouer. Puis assez ! Françoise et Monsieur Barbinosa seraient là sous peu et en aucun cas, elle ne devait sembler différente des autres jours. Le cœur de Verena s'était beaucoup endurci avec cette épreuve traversée seule.
Le téléphone sonna, Françoise était arrivée et, Monsieur Barbinosa aussi.
Elle descendit leur ouvrir.
De suite, Verena trouva que quelque chose avait changé entre eux. Déjà, ils étaient arrivés en même temps. Puis les regards échangés semblaient très complices. Verena leur offrit un café avant que chacun ne s'affaire à ses taches. Françoise était gaie comme un pinson ; elle avait envie de parler avec Verena. Ce visage jusqu'alors triste, était soudain plein de lumière. Verena osa poser la question qui conduirait Françoise vers des confidences. Ses problèmes de plomberie avaient-ils été solutionnés par Monsieur Barbinosa ? Alors là, Françoise eut un immense et large sourire pour répondre un « oui » vif et clair. Elle raconta à Verena que pour remercier
Monsieur Barbinosa qui n'avait pas voulu être payé, elle l'avait invité à dîner... Verena comprit alors qu'ils s'étaient également revus ensuite, durant son absence, et que les affinités avait pris forme. Elle était ravie et souriait à son tour. Elle ne s'était pas trompée du tout. Elle comprenait encore quelque chose aux gens, même si elle ne fréquentait personne pour ainsi dire. Elle la félicita chaudement et Françoise put continuer son travail, car elle venait d'annoncer son bonheur tout neuf. Elle parla de ses enfants, qui accueillaient la situation sans protestation. Et finalement, Françoise remercia Verena d'avoir permis cette rencontre pourtant due au hasard. Monsieur Barbinosa n'entendait rien de leur conversation, car il taillait les thuyas. C'était tellement agréable de lire le bonheur sur un visage. Cet éclat avait fait disparaître la mélancolie naissante de Verena, lorsqu'elle lisait l'ouvrage. Cette jeune-femme avait besoin d'être écoutée, et Verena accorda ce temps. Son enthousiasme lui fit accomplir bien plus de taches que Verena en avait demandées. Elle entreprit les vitres et nettoya également les volets roulants ! Verena était amusée de toute cette belle énergie que l'amour pouvait donner : c'était émouvant et beau à la fois. Puis vint le moment de tondre le gazon. Françoise changea ses chaussons contre une paire de tennis, lorsque Monsieur Barbinosa ôta ses mains fragiles de la tondeuse. Il allait faire cela pour elle. Françoise fut touchée et gênée, puis regarda en direction de Verena : cette mission était sienne. Verena remercia Monsieur Barbinosa de bien vouloir s'en charger, car Françoise avait beaucoup avancé dans les travaux ménagers et elle se demandait si justement, tondre en plus, n'était pas un peu trop pour ce jour. Un coup d'œil complice de Françoise, se dirigea en direction de Verena, pour dire « merci ». Mais Françoise était embarrassée, car elle avait ainsi terminé son ouvrage...
avant Monsieur Barbinosa ! Ils ne pourraient sans doute pas repartir ensemble. Alors Françoise demanda à Verena d'attendre que la tonte soit terminée, car il faudrait repasser un coup de serpillère sur le sol. Et oui, si elle avait su, elle aurait lavé après seulement et s'en excusa auprès de Verena. Bien sur, c'était logique et compréhensible. Verena la laissa s'organiser comme elle le souhaitait et partit lire ses mails. Cette histoire pouvait fort bien correspondre à une lecture que Verena avait pu avoir en main.
Sa boite e-mail débordait de publicités en tout genre, qu'elle supprima. Il y avait celui de Monsieur Delubac, comme souvent en chaque début de semaine. Il prenait régulièrement des nouvelles. Verena lui répondit de suite qu'elle avait commencé les deux lectures, et que la « relecture » était bien entendue achevée. Elle trouva également un mail de l'agence de voyage qui avait encaissé son acompte et se rendit sur le site. Cette immense plage était sublime et l'hôtel toujours aussi magnifique. Elle interrogea la météo là-bas et le temps était superbe. Par contre, il fallait qu'elle avise le notaire d'Antibes, car elle serait absente les tous premiers jours de décembre, puisqu'il y avait son voyage. Elle le fit de suite, afin de ne pas omettre. Tout devait être correctement programmé. Verena n'aimait pas que les choses soient laissées au hasard. Elle prenait grand soin de planifier et s'y tenait. Sa rigueur permettait au temps de ne pas avoir d'emprise sur elle, ou peu, tout du moins.
Tout cela avait donné des idées à Verena, qui se décida à reprendre son écriture personnelle. Elle l'avait laissée en plan depuis pas mal de temps maintenant. Avant de s'y remettre, elle se rendit sur le site de la maison d'édition afin de valider comme « terminée », l'histoire relue. Ce site permettait la gestion des lectures en cours. Désormais, un manuscrit avant d'arriver sur « papier » à un lecteur, pouvait l'en aviser par ce moyen. Elle devait aussi recevoir le fameux « livre électronique ». Monsieur Delubac avait modernisé son entreprise en se tournant vers les nouvelles technologies. Avec leur accord, des lecteurs seraient équipés de cet outil.
Monsieur Barbinosa venait d'achever de tondre et de descendre les deux sacs de gazon, tandis que Françoise donnait un dernier coup de serpillère.
Le jardinage et le ménage étaient finis ; Monsieur Barbinosa et Françoise allaient partir. Verena régla la facture restant en cours, à Monsieur Barbinosa et acquitta le salaire de Françoise.
Verena leur souhaita « bon appétit », car elle ne doutait pas qu'ils déjeuneraient tous les deux et referma sa porte après une poignée de main chaleureuse.
« A lundi prochain, Françoise » !
Verena savait que la jeune-femme avait encore très envie de lui parler de sa nouvelle vie, et sans doute continuerait-elle de le faire la semaine prochaine.
Si Verena avait pu supposer être à l'origine d'une histoire d'amour... !
Il était 12 h passées et l'heure de déjeuner. Sauf que Verena n'avait faim que « d'écrire » ! Elle reprit son histoire avec entrain. Les mots venaient tout seul et elle affichait un style coulé comme un ruisseau au cœur d'un vallon. Ses doigts n'en finissaient plus de s'agiter sur le clavier. Elle continua ainsi durant deux bonnes heures et cinq pages plus tard ! Jamais elle n'avait autant écrit d'un coup ! Comment faisaient les vrais écrivains, se demanda-t-elle encore une fois ? Maintenant, son estomac la rappela à l'ordre. Elle mit une tomate farcie à chauffer et pendant que le four faisait son travail, elle commença à relire ses écrits. Le four sonna avertissant que son plat était prêt, elle abandonna sa propre lecture et déjeuna. Elle prit son temps pour déjeuner, devant une émission télévisée qu'elle suivait régulièrement. Elle n'avait pas regardé les informations, comme elle le faisait d'habitude. Elle reprit sa lecture, devant son cappuccino. Ensuite, elle ferait sans doute une petite sieste au soleil. Elle sentait une légère fatigue l'envahir et eut quelques difficultés à terminer de se relire. Elle enregistra son travail, le publia sur le site, mais ne s'aperçut pas qu'elle avait un message...
Son transat l'attendait sous les généreux rayons du soleil. Elle était bien, se sentait détendue et ne tarda pas à s'assoupir.
Elle s'éveilla lorsque le joli grand chien blanc du voisin, jappa. Il essayait d'attraper sa balle cachée derrière un thuya. Verena l'aida et le chien repartit fièrement en remuant la queue. Il avait rudement bien fait, de l'éveiller, car s'endormir au soleil n'était pas forcément une bonne idée. Le temps de rassembler ses esprits, elle prit l'ouvrage de ce matin en lecture. Elle devait avancer dans son travail, car Monsieur Delubac lui avait dit avoir plusieurs ouvrages à venir et il comptait toujours parvenir à joindre cet auteur sur Internet. Il envisageait même d'étendre le cercle de Verena aux romans policiers, car il savait qu'elle aimait aussi ce registre. Elle n'avait pas dit non, mais il lui faudrait d'avantage de temps. Elle n'était pas rodée aux intrigues bien ficelées. Elle sentait à nouveau qu'elle basculait dans l'histoire, ce n'était pas bon d'en être autant imprégnée. Elle prit sur elle pour isoler sa sensibilité, de la mission qui lui était confiée. Elle savait qu'il y aurait lutte, mais elle en était capable. Jamais elle ne devait autant s'impliquer. Un jour, Monsieur Delubac avait rencontré un souci parmi ses « lecteurs ». Une personne s'était approprié une histoire. Ce détournement avait frôlé le procès pour plagiat. Puis les choses s'étaient arrangées à l'amiable, l'auteur comprenant que l'indélicat lecteur, était seul responsable de la situation.
Concernant Verena et cet ouvrage, c'était une histoire de cœur qui la cueillait au plus profond d'elle-même. La reprise était difficile, mais c'était enrichissant et le gage, pour elle, de savoir qu'elle pouvait toujours scinder l'affectif de la réalité. Durant un temps, avant de prendre ses vacances, elle était venue à en douter. Pourquoi cette année plus que les autres, mais la cure lui avait rappelée combien elle était seule. Elle qui n'en souffrait absolument pas, s'était surprise à être un peu mal à l'aise parfois, lorsqu'elle était en terrasse. Elle ne s'expliquait pas les raisons de cette situation. Sa vie n'avait pas changé. Peut-être le fait de commencer à correspondre avec Cyber lui avait montré qu'elle pouvait exister autrement qu'au travers des livres. Elle ne devait pas se laisser prendre au piège des autres dont elle vivait détachée, puisque cette relation n'était que virtuelle. Ses relations étaient rares et tout allait très bien ainsi. Tout au plus s'était-il agit d'une fatigue psychologique normale, au sortir d'un hiver rigoureux et au début d'un printemps frileux.
Cyber était en ligne ce soir. Verena n'avait pas très envie de dialoguer, mais elle le fit par politesse.
Cyber, grand voyageur, évoqua sa recherche d'un prochain séjour. Tous les 6 mois environ, il s'offrait un séjour. C'est ainsi qu'il passait ses vacances. Seul, il n'avait pas d'attaches ni d'impératifs avec les dates. Il pouvait partir quand il le souhaitait. Enfin, presque, car son emploi pouvait être très prenant. Verena était plus casanière et se sentait bien ainsi. Elle détestait faire les bagages, et les défaire également. Elle s'accommodait mal des changements. A l'instant où elle répondait cela, elle pensa à l'appartement qu'elle venait d'acheter. Ce n'était pas pareil, elle serait chez-elle. Cyber aimait aller au cinéma, Verena louait des films ou regardait les nombreuses chaines télévisées. Il appréciait les sorties au restaurant et la bonne table, déplorant cependant que ces moments soient seuls ; elle sortait en compagnie d'une personne, Monsieur Delubac.
Elle préférait cuisiner plus simplement, et rester chez-elle. Tous deux aimaient lire, mais ils n'avaient trouvé aucun ouvrage commun pour l'instant. Cyber se consacrait d'avantage à la lecture lorsqu'il voyageait, tandis que Verena s'en servait pour subvenir à ses besoins et il s'agissait également d'un plaisir. Beaucoup de choses les opposaient, et pourtant, ils continuaient de correspondre, même si chacun en disait peu, surtout Verena. Parfois, elle regrettait d'avoir entrepris cet échange, surtout comme ce soir, où vraiment, elle n'avait pas envie d'écrire. Comment cet homme, au travers de quelques phrases banales, pouvait-il s'intéresser à elle ?
Le sujet de ces lectures était secret, elle ne pouvait en évoquer que le thème. Elle avait déjà eu envie de lui poser la question, mais elle ne savait comment s'y prendre sans qu'il ne s'en offusque. Il lui parla informatique et de ses journées chargées en ce moment, ainsi que d'un voyage professionnel qui lui avait malheureusement échappé. Dommage, la destination était Hawaï... Sans doute y songerait-il pour ses prochaines vacances.
Verena voyageait surtout via Internet, c'est ce qu'elle lui répondit. Bien que là, elle ait son projet mexicain. Par contre, elle ne lui en parla pas. Elle tenait à rester secrète. Elle ne voulait pas que quelqu'un puisse partager trop de choses de sa vie. Certes, elle aurait pu s'inventer un personnage comme ceux sortis des romans qu'elle pouvait lire, mais elle ne voulait pas mentir... ni se mentir. C'était le risque lorsque l'on se créait une vie de fiction. Puis il fallait se souvenir de tout, comme lorsque l'on écrit un roman par exemple. La comparaison était curieuse, d'ailleurs, car Verena avait justement ses lectures.
Cyber lui avoua sa déception de n'avoir pu aller à Hawaï, car il avait plus ou moins préparé son voyage. Mais une belle promotion était arrivée à ce moment-là, avec une charge supplémentaire de travail. Verena ne sut pas ce qui lui prit, mais elle raconta à Cyber qu'elle s'essayait elle-même, à l'écriture ! Tout cela était sorti à grande vitesse du clavier, comme un éclair surgit dans le ciel. Après tout, leur échange n'était que virtuel, et à quoi bon continuer la conversation si elle n'avait rien à raconter. Elle évoqua juste quelques poèmes écris dans son adolescence et sa prime jeunesse, puis son inscription sur un atelier d'écriture. Les livres la passionnaient et dégageaient un certain mystère. Ca, ce n'était pas faux. Ils parlèrent « décoration », et chacun évoqua son intérieur. Verena s'attendait à la description d'une belle terrasse ensoleillée de la part de Cyber, mais il n'en parla pas. Pourtant, dans le Midi... Verena s'enthousiasma sur son intérieur dans lequel elle se sentait si bien, avec ses murs en peinture, sa terrasse au soleil dont elle profitait généreusement, surtout en ce moment, où l'arrière saison était clémente. Elle pourrait être intarissable sur le sujet. Cyber, lui, était plutôt un homme d'extérieur. Il quittait son appartement dès qu'il le pouvait. Il vivait assez mal sa solitude, contrairement à Verena. Cyber vivait loin de chez-elle et elle ne redoutait pas qu'il lui propose une vraie rencontre : elle était soulagée. Ils n'en étaient pas même au tutoiement. Elle n'aurait pas pu, d'ailleurs. Ils cessèrent là leur conversation. Et Verena reprit sa lecture. Elle ne s'y attarda pas trop non plus, elle ne se sentait pas prête à le faire ce soir. Elle lut tout de même une dizaine de pages. Elle regarda un catalogue de vêtements, car il lui faudrait penser à élargir sa garde-robe. Il lui semblait un peu tôt pour passer commande de vêtements d'automne et d'hiver, puisque le soleil brillait encore. Elle attendrait un peu, car il y aurait sans doute des réductions proposées par la suite. Elle se rendit sur l'atelier d'écriture, mais l'inspiration ne lui venait guère. Elle relut malgré tout un peu cette histoire, et ajouta quelques lignes, sans grande conviction. Puis elle se résigna, car elle ne savait quoi écrire. Tout cela l'agaçait, car elle ne parvenait pas à fixer son attention. Elle ferma son ordinateur, ses volets, passa le dîner et alla se coucher devant la télé. Demain serait un autre jour.
Elle s'endormit tôt, pour s'éveiller au rythme des pas.
Ce matin était le jour des courses et Verena partit tôt pour se débarrasser de cette tache qu'elle ne prisait pas particulièrement. De mémoire, jamais elle n'avait filé aussi vite entre les rayons. Elle voulait rentrer chez-elle et reprendre ses lectures. Verena se sentait un peu déstabilisée ces temps-ci, mais elle ne parvenait pas à savoir réellement pourquoi. Les pas, peut-être, car ils l'angoissaient vraiment, maintenant. Les jours raccourcissaient et ne la rassuraient pas du tout. Il faudrait pourtant qu'elle trouve le courage de courir à la clôture afin d'éclaircir ce mystère une bonne fois pour toute. Une fois, elle avait imaginé se rendre à la gendarmerie pour raconter son histoire. Puis elle ne l'avait pas fait, elle serait passée pour une imbécile, très certainement. La fois où elle avait mieux distingué la silhouette, il faisait jour. L'homme n'avait plus de chapeau, mais nous étions en été à ce moment là et c'était peut-être la raison de l'absence du chapeau. Verena avait l'impression de perdre un peu pied, depuis qu'elle était rentrée de vacances. Tout cela lui déplaisait fortement et il fallait qu'elle se ressaisisse au plus vite. Nous étions fin septembre déjà, son anniversaire approchait et elle se sentait toujours assez mal à cette période. Non pas parce qu'elle allait avoir une année de plus, non, mais Frédéric avait perdu la vie à cette époque aussi.
Apparemment, il avait essayé de lui faire la surprise de rentrer pour son anniversaire, lorsque l'accident s'était produit. Dans l'épave, on avait retrouvé le cadeau qu'il lui destinait. Un superbe solitaire de deux carats, dont seul l'emballage avait été abimé. Alors Frédéric avait eut son message, celui qu'elle avait à l'époque laissé sur le répondeur ? Elle ne souvenait plus de ce que lui avait répondu la police à ce sujet, et s'il lui avait même été dit quelque chose d'ailleurs. Verena vivait une période difficile. Son remède était la lecture. Elle lui faisait oublier sa vie. Sauf que l'œuvre en cours, avait beaucoup de similitudes qu'elle ne pouvait oublier, elle le savait. Prendre l'autre ne servait à rien finalement, car il fallait qu'elle termine celle-ci avant, avec tout le sérieux et le professionnalisme dont elle faisait toujours preuve.
Elle s'installa confortablement dans son fauteuil préféré, avec le fond musical habituel. Elle devait être détendue. Elle ne pourrait pas se sentir aussi mal qu'elle l'avait été par le passé. Personne n'était là pour elle, et elle n'avait besoin de personne. Elle vivrait seule cette autre épreuve. Tous les ans, le souvenir du passé revenait. C'était un anniversaire funeste. Mais cette année, la douleur était plus vive. Elle se reprocha alors d'avoir entamé cette relation virtuelle avec Cyber, car d'une certaine façon, elle trahissait Frédéric. Tous les ans, Frédéric organisait une jolie soirée d'anniversaire pour Verena, rien que pour eux deux. Verena n'appréciait pas spécialement être le centre d'une fête, et Frédéric le savait. Par contre, elle mettait toujours un point d'honneur à l'époque, à ce que les fréquentes réceptions de Frédéric, soient réussies. Elle y brillait d'ailleurs, et Frédéric était très fier d'elle. Elle était là, son roman sur les genoux, entrain de se remémorer le passé. Seulement, le temps passait, et l'ouvrage n'avançait pas. Elle but un second café et se mit activement au travail. Verena entrait dans l'histoire, mais s'éloignait de la sienne. Elle réussissait enfin à dominer ses propres sentiments. Un nuage blanc passait devant ses yeux, tandis qu'elle lisait. Comme si l'ombre de Frédéric planait, et s'intercalait entre chaque phrase, chaque mot. Elle avait cependant l'impression, qu'elle aurait pu elle-même avoir écrit cette histoire. Mais non, il ne fallait pas qu'elle pense ainsi, sinon, son objectivité ne serait plus entière. Par contre, elle était certaine qu'il s'agissait d'une période vécue et non d'une fiction. Finalement, elle se plongea dans le récit, au point de ne plus voir les heures s'écouler. Le soleil lui fit un clin d'œil, lorsqu'il descendit à hauteur de sa fenêtre, en baignant toute sa terrasse. Il devait être 12h30. Verena avait lu une vingtaine de pages sans avoir ressentit d'autre malaise. Elle n'assimilait plus rien à sa vie maintenant : elle avait dompté le récit et son esprit. Elle savait qu'elle pourrait continuer avec plus de facilité désormais. Malgré l'heure, elle n'eut pas grande envie de déjeuner, mais ces temps-ci, elle négligeait trop les repas. Elle mangea un laitage, une tomate et un fruit. Elle continua la pause devant les informations, puis se prépara à reprendre la lecture. L'ouvrage n'était pas très épais et elle le terminerait rapidement à ce rythme là.
On sonna à l'interphone : qui cela pouvait-il être ? Elle n'attendait personne. Un colis venait de la maison d'édition. Il s'agissait du fameux livre électronique qu'elle avait accepté d'essayer. Très bien, elle étudierait cela plus tard. Elle referma sa porte rapidement et se remit à lire, mais dehors.
Cette fois, ce fut le téléphone qui sonna, mais elle ne répondit pas. Son mobile sonna aussitôt et là, Verena se leva pour répondre. Elle eut juste le temps d'attraper la conversation au vol. Il s'agissait de Monsieur Biggi, l'agent immobilier, qui souhaitait lui communiquer la date de signature pour l'appartement d'Antibes. Elle reprit son agenda, regarda à nouveau les dates de son voyage au Mexique, puis tomba d'accord avec la date proposée. Monsieur Biggi et elle, notèrent le rendez-vous. Celui-ci aurait lieu le 15 décembre prochain et elle rentrait le 6.
Verena appréciait tout particulièrement ce récit si bien écrit. Elle se délectait de cette lecture, avec ses mares couleur sépia où l'auteur semblait se baigner avec ses mots. Les pages portaient un message de mort parfois, où Verena ne devait pas sombrer, mais naviguer. Tout était fort et cinglant à la fois. L'auteur avait vraiment écrit avec son cœur, son âme, le sang qui coulait dans ses veines. Il y avait une histoire d'amour, vécue par un homme déçu et déchu des liens qu'il avait noué. Son épouse, disparue noyée de barbituriques dans son bain, l'avait laissé coupable d'être passé à côté d'une image qu'il n'avait pas captée. Il ne se remettait pas de cette tragédie qu'il avait trouvée un jour, en rentrant à l'improviste. Ce jour-là, il faisait un soleil radieux tandis qu'il avait trouvé un volet mi-clos. Il pensait plutôt voir son épouse allongée au soleil. Lorsqu'il l'a appelée et qu'elle ne répondait pas, il ne s'était pas de suite inquiété. Il l'a pensait dans son bain, car la chaine diffusait de la musique classique, comme elle aimait en mettre, dans ce cas là.
Arrivé à la salle de bain, ce fut l'effroi. Ensuite, tout s'enchaina rapidement.
Verena en était rendue là de l'histoire, lorsque l'on sonna à sa porte. Elle n'avait aucune envie de répondre, bien trop accaparée par sa lecture. Elle resta donc muette à cet appel. Après tout, elle avait une boite aux lettres. Elle fit pourtant une petite pause, devant un café gourmand. Elle était totalement investie dans son travail. Les heures n'existaient plus. Le temps était suspendu aux pages de l'ouvrage. Ses yeux commençaient à picoter et elle s'endormit sur l'ouvrage ! Elle s'éveilla une heure plus tard, ankylosée par la mauvaise position qu'elle avait prise. Ce qui l'étonna, c'est le téléphone. Il avait sonné sans qu'elle n'entende rien. De mieux en mieux maintenant ! Quelle heure était-il donc ? 15 h ! Elle avait dormit tout ce temps : incroyable !
Verena ne savait plus tellement où elle en était. Elle se leva rapidement, afin de s'éveiller totalement, et, en voulant aller sur la terrasse, loupa le rebord de la porte-fenêtre ! Elle chuta et se heurta violemment le coude et l'avant bras. La douleur lui donna la nausée et elle eut bien du mal à se mettre debout. De suite, elle prit de la glace qu'elle déposa sur son bras, mais celui-ci se mit à enfler tout de même. A 17 h, son bras la faisait de plus en plus souffrir et elle retira ses bracelets et ses bagues, car la main également, avait enflé. Elle redouta qu'il soit cassé et se décida à appeler un taxi qui la conduirait aux urgences. Elle ferma ses fenêtres et attendit le taxi. L'attente était longue à la clinique. Son tour arriva et confirma ses craintes. Son bras était cassé et plâtré pour 8 semaines ! Les choses allaient être moins faciles, d'autant plus qu'elle était droitière.
Véréna pesta tant et plus devant sa maladresse. Tout de suite, elle pensa à Françoise. Elle pourrait l'employer d'avantage, durant la période où elle serait immobilisée. Comment allait-elle continuer ses corrections ? Ce plâtre était lourd et elle ne pouvait presque pas se servir de son bras. Elle téléphonerait à Françoise le lendemain. Elle se rendit compte combien elle était handicapée, car accomplir les gestes courants, était tout un exploit. Une vive angoisse vint la saisir au creux de l'estomac, mais rapidement, elle reprit le contrôle. Il ne fallait pas se laisser aller, au contraire. Elle prit tout le temps nécessaire pour préparer son dîner et avala son anti-douleur. Véréna alluma son ordinateur, elle devait aviser Monsieur Delubac. Lire ne serait pas un problème, mais écrire... Elle pouvait le faire via l'ordinateur, en saisissant les lettres une par une, mais écrire, non, elle ne pourrait pas. Il y avait bien la tablette graphique et le « pen », mais ça non plus, ne lui laisserait pas de possibilité, car droitière elle était, droitière elle restait.
Véréna passa une soirée studieuse et laborieuse, avec ce bras en écharpe ! Vraiment, comment avait-elle pu être aussi maladroite ? Voilà un singulier cadeau d'anniversaire, car son plâtre lui serait retiré ce jour-là ! Elle n'avait pas réagit sur le moment, lorsque le rendez-vous avait été fixé. En plus, s'il y avait bien une date qu'elle voulait à tout prix éviter de passer dans les services médicaux, était bien celle-ci. Elle était devenue celle du décès de Frédéric ! Frédéric qui avait tout fait pour rentrer le jour de son anniversaire, justement. Sa main désenflait lentement, et elle n'avait plus vraiment mal. Elle lut un ouvrage jusqu'à minuit à peu près, mais mit plus de 30 minutes à apporter les corrections. Comme c'était pénible ! Elle alla se coucher et par chance, elle portait une chemise en jean, sans tee-shirt en-dessous. Car sinon, elle se demandait comment elle aurait fait pour se dévêtir. Elle verrait demain pour s'habiller. Déjà, là, pour enfiler son pyjama, ce fut toute une aventure ! Le sommeil l'avait quitté et elle alluma la télé, très en colère contre elle-même.
Le lendemain matin, elle s'éveilla au bruit des pas. Ils faisaient office de réveil désormais. Véréna râla après elle et ses gestes maladroits, de la main gauche. C'est ainsi qu'elle faillit renverser sa poêle, contenant ses œufs qu'elle mangeait brouillés. Ensuite, vint la difficulté de couper des tranches de pain... Bref, rien n'allait ! Quant à la douche, ce n'était pas pratique du tout, car la résine pouvait accepter l'eau, mais tout de même pas une douche. Véréna ne prisait pas particulièrement les bains, mais c'est ainsi qu'elle fit sa toilette, car elle n'avait pas vraiment d'autre solution. Le temps d'accomplir tout ça, l'avait conduit vers les 9h. Dans une demie heure, elle appellerait Françoise et lui demanderait si son emploi du temps pouvait être comblé, pour les semaines à venir. Déjà, elle limitait ses courses à une fois par semaine. Françoise conduisait, donc si elle avait des disponibilités, elle pourrait voir avec elle. Comme elle s'en était doutée hier, Véréna eut bien des difficultés à rentrer dans ses vêtements ! Grrr !!! Elle s'en voulait terriblement. Surtout qu'elle avait un rituel annuel. Pour son anniversaire, qui était aussi celui du décès de Frédéric, elle préparait un souper, comme s'il allait arriver, et elle mettait son portrait face à elle, à côté du couvert dressé à son attention. Françoise accepta de caser Véréna dans son emploi du temps. Elle aurait des journées plus longues, mais elle pouvait s'arranger et laisser une certaine autonomie à ses enfants, âgés de 12 et 15 ans. Elle viendrait un jour sur 2, en fin de matinée et conduirait Véréna en course le jeudi. Il y avait également Cyber, à qui elle devait raconter sa mésaventure, car correspondre allait être difficile. Elle laissa un mail sur sa connexion. Ah, ce n'était vraiment pas facile avec un seul bras ! Le téléphone sonna et s'était Monsieur Delubac qui venait aux nouvelles après avoir lu son mail. Il lui dit combien il était désolé, et elle l'informa qu'elle pourrait continuer les lectures qu'elle avait en cours, mais que les délais pour les rendre, seraient plus longs. Elle demanderait à Françoise de porter les corrections pour elle. Elle avait bien essayé avec la tablette graphique, mais c'était très difficile.
Il lui restait la possibilité d'annoter via le logiciel dont la maison d'édition, s'était pourvu. Elle l'étudierait d'un peu plus près, car elle ne pourrait pas tout le temps compter sur Françoise. Véréna passa la matinée avec le logiciel en question, et finalement, il s'avéra qu'il était bien pratique ! Véréna put apporter ses corrections, même si ce fut long, avec une seule main. Monsieur Delubac avait d'autres lectures pour Véréna, qui, malgré son handicap passager, les accepta. Le logiciel lui permettait de faire les corrections. Le tout prendrait d'avantage de temps, ce qu'elle annonça à Monsieur Delubac. Sa boite e-mail était pleine. Il y avait celui de l'agence de voyage. Elle avait confirmation du jour de départ, de l'heure... Elle nota que son plâtre serait retiré quelques jours plus tôt. Elle aurait très peu de séances de rééducation avant son départ. Françoise viendrait sous peu, car toutes deux avaient convenu de mardi, jeudi et samedi. Elles iraient faire les courses. Françoise était très ponctuelle et à 13h, elle était là. Véréna la convia à déjeuner, car elle n'avait pas pris de pause repas. Elles s'en allèrent en courses vers 14h. Moment où Monsieur Biggi, l'agent immobilier, choisit de téléphoner pour avancer la signature d'une petite semaine, soit le 9. Véréna accepta, mais expliqua que sa situation actuelle, ne lui permettrait pas d'autre changement, car elle rentrait juste le 6 de son voyage au Mexique. Le temps des courses passa suffisamment vite, car Véréna détestait toujours autant s'attarder dans les magasins. Elle nota les horaires de Françoise, afin de la rémunérer comme il se doit. Françoise fit office de dame de compagnie tout en rangeant les achats de Véréna et elles prirent un thé, avec quelques sablés que Véréna avait cuit avant son accident. Françoise prit congés de Véréna, il était un tout petit peu plus de 16 h.
Elle alluma l'ordinateur, car finalement, elle allait travailler pas mal avec, au cours des semaines à venir. Elle avait fait installer le logiciel sur ses deux ordinateurs, ainsi, elle pouvait se servir de l'un comme de l'autre indifféremment. L'histoire de cette vie abrégée, lui rappeler que trop bien son passé. Elle aussi, avait songé à disparaitre lorsque Frédéric avait laissé partir sa vie sur cette route. Il s'en était allé tout seul, sans personne à ses côtés pour lui parler. Il n'aurait rien entendu, avait dit le médecin. Le choc avait été frontal et tellement violent, qu'il ne lui était resté aucune chance de survivre. Ou bien dans un état végétatif. Puisque le destin avait décidé de prendre sa vie, il valait mieux que ce soit ainsi. Il n'aurait pas supporter d'être grabataire et Véténa non plus. Il n'avait pas souffert lui avait-on dit. C'est sur ces mots que Véréna resta. Ils résonnaient en écho et c'est la seule chose qui lui faisait tenir le coup lorsque l'absence se faisait trop sentir. Allez, le moment de désarroi étant parti, il fallait qu'elle se remette doucement maintenant, car elle devait gérer son stress et continuer de lire. Elle ne trouva quasiment rien à redire sur la lecture du poignant récit. Il lui restait une vingtaine de pages et elle espérait bien en terminer aujourd'hui. Après, si elle en avait le courage, elle prendrait le livre électronique pour débuter la lecture de l'autre ouvrage. Un mail venait d'arriver. Monsieur Delubac proposait à Véréna d'être considérée comme en « accident du travail », après sa chute. Seulement si elle acceptait, elle ne devait théoriquement plus lire. Il fallait qu'elle soit occupée. Elle refusa donc. Monsieur Delubac tenait à la dédommager et opta pour la prise en charge d'une aide à domicile, en l'occurrence la venue de Françoise. Véréna fut touchée et accepta de bon gré. Maintenant, elle en était arrivé au moment de la reconstruction de l'homme, au creux de la funeste histoire. Il « sortait de la nuit » dans laquelle il s'était enfermé. Petit à petit, les choses reprenaient un sens et signifiaient quelque chose. C'était plus facile de jour en jour, car il respirait un air nouveau, même si l'être aimé lui manquait. Véréna eut alors l'impression de se reconnaitre dans cette tranche de vie. Elle avait ressenti la même chose. Il restait encore quelques semaines avant l'anniversaire qu'elle fêtait. Non pas le sien, car pour elle, ce jour n'existait plus, seul Frédéric comptait. Jamais aucun autre homme ne l'avait attirée depuis. Elle était devenue une femme anonyme, que l'on ne remarquait surtout pas. Le narrateur, par contre, reprenait vie. Il s'inscrivait dans divers clubs de sport et de jeux. Il revivait, tandis que Véréna restait seule le plus possible. Elle était malgré tout contente d'avoir Françoise et surtout, d'être à l'origine d'une jolie romance. Car Françoise lui avait fait des confidences tout en prenant le thé. Véréna n'avait pas forcé le dialogue. Françoise ressentait le besoin de faire partager son bonheur à l'instigatrice involontaire de la belle histoire. Véréna, seule maintenant, esquissa un sourire en repensant à tout cela, car rien n'avait été prévu. La lecture s'achevait sur une note sèche, mais bien écrite. L'homme reprenait sa vie là où il l'avait laissée, mais en solitaire, et les nuits, sa compagne venait le hanter. Véréna était contente d'avoir terminé. Elle regarda l'heure : il était 18h40. Elle avait légèrement froid. L'été qui s'éternisait, commençait malgré tout, à laisser place à un automne clément. Puis elle voulait faire abstraction des pas. Peut-être un jour irait-elle signaler cet état de fait à la gendarmerie, mais elle redoutait de passer pour une paranoïaque. Elle prépara un des ouvrages que Monsieur Delubac lui avait confié depuis longtemps. Elle s'y mettrait après le dîner qu'elle prendrait sous peu. Un peu de soupe, une tranche de jambon et un yaourt combleraient son estomac. Les informations n'annonçait que des nouvelles tragiques pour la plupart. Véréna changea de chaine et opta pour un film. Sauf que si elle regardait le film, elle ne lirait pas. Elle verrait le film plus tard, elle avait très envie de lire.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle prit l'ouvrage ! Il s'agissait d'une histoire qu'elle avait écrite, dont Monsieur Delubac lui avait parlé comme celle d'un auteur trouvé sur internet ! Pour en être tout à fait certaine, elle regarda le second ouvrage inachevé, par contre, qui devait être de la même personne. Et oui, il s'agissait de ses ouvrages, les siens, à elle, Véréna, qui était passée du côté de l'écriture ! Comment allait-elle faire ? Elle ne voulait pas dire à Monsieur Delubac qu'elle écrivait de petites histoires. En plus, dans l'envoi récent qu'il venait de lui adresser, se trouvait une « nouvelle » parmi d'autres, qu'elle avait écrite ! Il avait mis une autre rubrique en place : celle des nouvelles mélangées dans un même ouvrage. Cette situation devenait compliquée ! Il fallait qu'elle réfléchisse, mais elle était le dos au mur : elle ne pouvait que dire la vérité à Monsieur Delubac. Afin d'être certaine qu'il n'y ait pas d'erreur, elle se connecta au site d'écriture et regarda ses messages privés. En effet, il y en avait plusieurs au nom de la maison d'édition de Monsieur Delubac, mais comme elle n'avait pas connecté depuis longtemps, elle n'avait rien lu, ni vu... Zut, il ne manquait plus que cela ! Elle ne pourrait pas mentir et trahir la confiance absolue de Monsieur Delubac. Il était un peu un père, pour elle. Elle lui dirait la vérité, mais elle se relirait avant. Comment allait-elle procéder ? Elle ne pourrait être totalement objective. Il fallait qu'une autre personne lise ses ouvrages. C'était un comble, elle passait de l'autre côté du « miroir » ! Tout cela la perturba, car elle ne sut plus par où commencer. Fallait-il reprendre l'histoire qu'elle avait écrite d'abord, ou pas ? Elle la prit et la mit de côté, puis finalement, la rapprocha, car il y avait pas mal de temps qu'elle l'avait vers elle. Bon, elle relirait rapidement la petite nouvelle, puis reprendrait le « premier récit ». Elle dirait la vérité à Monsieur Delubac une fois qu'elle aurait tout relu. Elle mit peu de temps à lire la nouvelle, qu'elle laissa telle qu'elle. Maintenant, l'histoire achevée. Elle trouva des corrections à y apporter pour peaufiner le style. Tout cela l'emmena vers 23 h et elle avait oublié qu'elle voulait correspondre avec Cyber. Elle regarda. Il s'était connecté et lui avait laissé un message d'encouragement pour la période fastidieuse qu'elle traversait. Elle se connecterait demain, et le lui proposa par e-mail.
Elle nota le rendez-vous à ne pas oublier ; son téléphone sonnerait. Elle avait sommeil et en était arrivée à presque la moitié de l'histoire qu'elle avait elle-même écrite.
Elle décida de s'arrêter-là pour ce soir.
Verena se débrouillait comme elle le pouvait lorsque Françoise n'était pas là. Elle s'aperçut aussi qu'elle avait beaucoup grossit, car elle n'entrait plus dans aucun de ses vêtements ! Elle ne pourrait pas revêtir de tenue seyante pour l'anniversaire du « départ de Frédéric ». Cela lui avait mis un sacré coup au moral, mais aucune larme ne coulait jamais plus. Dans un peu plus d'un mois, elle serait donc au Mexique, c'était une bonne chose.
Finalement, nous étions déjà samedi, et étrange, elle avait entendu « les pas ».
Entre-temps elle avait eut Cyber en ligne. Elle redouta ce jour-là, qu'il ne lui demande son numéro de téléphone, puisqu'elle avait des difficultés avec son ordinateur.
C'était la seconde fois en quelques mois qu'elle avait entendu les pas un samedi matin.
Elle fit ce qu'elle avait à faire, et la matinée passa. Elle allait s'apprêter à déjeuner d'un yaourt et d'un café, lorsque le téléphone sonna. Une ancienne amie, qui ne s'était plus manifestée depuis longtemps. Elle avait oublié combien elle lui avait rendu service dans son travail, sur ses dossiers, par le passé. Enfin... Verena resta polie et brève mais déclina son invitation en raison de sa mobilité difficile. Son « ex-amie » proposait de passer avec un repas tout prêt, mais Verena n'avait aucunement envie d'être son « utilitaire » et elle argumenta qu'elle était très fatiguée, et que l'on verrait plus tard. Verena espéra, d'ailleurs, qu'elle l'oublie !
Elle s'était bien habituée au livre électronique et puis Françoise avait accepté de se charger des traductions sur l'ordinateur. Verena lui avait expliqué le fonctionnement du logiciel, et Françoise s'en sortait plutôt bien. Monsieur Delubac avait prévu une rémunération supplémentaire pour Françoise, qu'il avait demandé à Verena de taire pour l'instant. Alors, elle n'en dit rien.
Ca y est ! On allait lui retirer ce plâtre !!! Elle passa la matinée à la clinique où Françoise avait accepté de la déposer le matin. Et Verena se débrouillerait pour rentrer. Elle ne se déroba pas à l'anniversaire de Frédéric et fit comme elle peut d'une main mal habile. Comme chaque année, elle avait écrit un petit quelque chose, et s'excusait de n'être pas bien habillée, mais son poids, hélas...
Verena et Françoise s'entendait très bien, et Françoise était heureuse, et... amoureuse !
Monsieur Barbinosa était l'élu de son cœur et tous deux semblaient filer le parfait amour. Verena était contente. Sans le vouloir, et dans la réalité, elle avait « écrit » le brouillon d'une histoire ! Déjà, ils faisaient des projets communs, tel habiter ensemble les weeks-end pour commencer.
C'était une histoire qu'elle aurait pu écrire.
Verena était débarrassée de son plâtre, et prit rendez-vous de suite avec un kiné pour débuter la rééducation avant de partir en vacances.
Elle reçut par mail, toutes les coordonnées de ses vacances. Verena retourna voir son ennemie la balance et elle avait bien pris une douzaine de kilos en presque rien de temps !!! Il fallait qu'elle rachète des vêtements, maillot de bain, robes, etc. Son moral en avait pris un très grand coup...
Elle n'avait toujours rien dit au sujet des nouvelles qu'elle avait écrites et que Monsieur Delubac lui avait transmises.
Les jours avaient couru à grande vitesse, et il était presque temps de dire à Monsieur Delubac, qu'elle était l'auteur des deux histoires qu'il lui avait confiées.
Ce matin-là, après s'être préparée, elle décida qu'elle téléphonerait à Monsieur Delubac afin de parler des histoires. Ce n'était pas facile, comment allait-elle s'y prendre et lui dire ? Il lui restait un peu de temps, car elle l'appellerait vers 10 h seulement.
En prenant son petit déjeuner, elle regarda de plus près les éléments qui constituaient son prochain voyage au Mexique.
A 9 h, elle reçut un coup de téléphone de Françoise. Très gentiment, elle prit des nouvelles et proposa ses services à Verena à la place de demain. Verena comprit que Françoise avait d'autres projets, de doux projets et accepta. Elle l'invita à déjeuner. Françoise avait surtout envie de parler de sa vie. Verena, du coup, histoire de dire qu'elle ne serait pas venue pour rien, car Françoise n'accepterait pas cette idée, lui demanda de la shampooiner. Verena qui était au régime, ça tombait mal, mais elle sortit un plat préparé par ses soins pour Françoise, et elle comprendrait très certainement en tant que femme, l'attention qu'elle prêtait à sa silhouette. Avant, elle emmènerait Verena acheter un jean à « sa nouvelle grande taille » maintenant. Verena trouva son pantalon, et en profita pour faire quelques courses au hard discount d'à côté. Elles rentrèrent, mais du coup, Verena n'avait pas appelé
Monsieur Delubac, et il fallait vraiment qu'elle le fasse. Il était presque midi et elle tenta sa chance.
Il fut ravie de l'entendre, prit des nouvelles et là, Verena lui annonça en une seule fois :
« Voilà, je suis l'auteur Internet des deux histoires que vous m'avez données en lecture »...
Monsieur Delubac fut médusé, abasourdi et questionna ensuite Verena afin de savoir si elle allait bientôt terminer l'histoire et cours et si toutefois, elle n'avait pas un autre sujet en tête » !
Il n'en revenait pas que sa lectrice préférée, ait pu devenir auteur ! Il ne savait plus vraiment à qui il était entrain de parler d'ailleurs : à l'auteur ou à la lectrice ? Il la félicita chaleureusement et comprit pourquoi elle n'avait pas encore donné son avis de « lectrice » cette fois, sur l'histoire achevée. Ils convinrent que dans ce cas, il reprendrait les ouvrages, car elle ne pouvait être juge et partie. Du coup, il avait très envie de la rencontrer au plus tôt pour en parler, et ils convinrent de la semaine prochaine, le lundi. Il était mé-du-sé et au fond, ne s'étonna pas tant que ça de cette double activité de Verena. Il lui trouvait un talent certain aux corrections des lectures. Il récupérerait les ouvrages lundi prochain. Françoise, quant à elle, avait balayé la terrasse et n'avait pas écouté la conversation téléphonique de Verena. Tant mieux, elle n'avait pas trop envie d'en parler. Il faisait froid dehors et Verena prêta un châle à Françoise, le temps qu'elle se réchauffe.
Elles s'installèrent pour déjeuner et Françoise commença de suite à parler de son bonheur tout neuf, pour lequel elle devait « tout » à Verena. Monsieur Barbinosa et elle, avaient le projet commun de louer un appartement et vivre ensemble. Ils avaient eu un vrai coup de foudre l'un pour l'autre et elle demanda à Verena, l'honneur d'être leur première invitée dès qu'ils auraient emménagé dans un mois. Verena accepta, mais elle sera en voyage en décembre, et ensuite à Antibes. Mais elle accepta. Elle était heureuse que l'amour vive autour d'elle et un peu grâce à elle, surtout à cette époque, celle du départ de Frédéric...
Libérée de son plâtre, elle n'aurait plus autant besoin des services de Françoise. Mais elle se réjouissait de cette idylle. C'était un vrai moment de joie pour les deux femmes. L'une qui vivait une histoire d'amour, et la seconde qui en était à l'origine, sans l'avoir fait exprès. Elles passèrent la journée ensemble et Françoise avait déjà décrit l'appartement de Verena et lui demanda si elle pourrait avoir son avis, pour la décoration. Ils auraient les clés la semaine prochaine ! Et en plus, ils allaient habiter la résidence une rue plus loin de celle de Verena. Françoise n'aurait même plus de frais d'essence pour venir jusqu'ici. Verena encore une fois, accepta de visiter l'appartement la semaine prochaine, et ce serait le vendredi.
Lorsque Françoise se retira, il était 16 h et l'heure d'aller chercher ses enfants à l'école. Elle ne voulu pas être payée pour ce jour-là, mais Verena compenserait lorsqu'elle visiterait leur nouveau logis.
Tout cela avait vraiment donné un « coup de fouet » à Verena. Ce soir elle dialoguerait avec Cyber, puisque son bras était libre maintenant. Elle manquait de souplesse, mais elle pouvait tout de même toucher au clavier.
Cyber était content de la retrouver en ligne, débarrassée de son plâtre. Il allait bientôt partir en vacances, pour 10 jours, au loin, là où il aurait le soleil. En ce moment, son travail saturait son temps libre et il n'était pas mécontent de voir se profiler ses congés. I lui était même arrivé de venir travailler un samedi, au bureau, et chez-lui ensuite ! Verena lui raconta comment elle avait fait naitre une histoire d'amour et combien elle était ravie.
Elle ne lui parla pas de son voyage ni de son passage éclair à Antibes. Elle raconta combien elle avait pris du retard sur ses lectures, tout le temps où elle fut partiellement « handicapée », et qu'elle avait encore quelques difficultés. Elle avait commencé sa rééducation et tout se passait bien, même si son bras, jusqu'au poignet essentiellement, était très enflé. Elle devait porter une attelle en attendant de passer un examen et exclure une décalcification localisée. Elle ne le lui dit, mais elle pensa que le soleil fera très certainement beaucoup de bien à son bras.
Ils devisèrent sur leurs activités respectives, et la passion du jeu d'échecs de Cyber. Verena détesta cela, mais Frédéric était aussi un passionné. Elle aimait lire, broder, dessiner un peu parfois, mais toujours des feuillages, sortis tout droit de son imagination. Il était un peu plus de 22 h, et Verena prit congés de Cyber avec qui elle converserait demain. Il avait toujours des détails amusants de la vie d'un « bureau », que Verena n'avait pas, en travaillant à domicile.
Le voyage au Mexique où elle rencontrera finalement un homme qui ne sera autre que « Cyber », mais sans le savoir.
Elle découvrira ensuite, sur la fin de l'histoire, que Cyber est l'homme aux pas et reconnaitra l'homme rencontré au Mexique. Elle ne l'avait pas rencontré lors de l'achat de son appt, car c'est son ex-femme qui avait racheté les parts de leur appt, pour mieux le vendre ensuite.
Maintenant que Monsieur Delubac était mis au courant que Verena était l'auteur des histoires à lire, elle lui posait un problème : à qui allait-il les donner pour lecture ? Quoiqu'il en soit, il la félicita.
Entre temps, elle avait reçu les éléments concernant son voyage au Mexique. Elle en parla avec Françoise, son invitée, à prendre un thé gourmand. Elle lui confirait les clés durant son absence. Maintenant, il fallait également préparer le séjour à Antibes, car il resterait sans doute une dizaine de jours. D'un seul coup, elle se mit à regretter cet achat, comme s'il s'était agit d'une impulsion. Finalement, elle ne séjournerait pas tout l'hiver à Antibes, car elle l'aimait aussi l'été où le soleil était au zénith. Elle aviserait. Il y avait aussi Cyber à qui elle devait répondre avant qu'il ne parte en vacances lui aussi.
L'été n'avait pas été fantastique du tout en région parisienne et ce voyage mexicain comblerait cela.
Puis maintenant, voilà que les pas se faisaient entendre aussi le samedi matin parfois, ça alors !
Et ce jour-là, Verena put presque apercevoir le visage, car l'homme n'avait pas de chapeau.
La rééducation du bras de Verena se passait plutôt bien et le clavier qu'elle utilisait, l'aidait aussi.
Françoise et Monsieur Barbinosa emménageaient petit à petit, et Verena apporta sa petite touche à l'aménagement de ce nouveau logis en offrant un canapé à ses « petits amoureux ». Car sans le vouloir, elle était à l'initiative de cette histoire d'amour en les ayant mis en présence.
Verena n'aimerait plus, elle le savait. Frédéric avait emporté son cœur avec lui.
Ca y est, la date de départ était là. Monsieur Barbinosa proposa naturellement de conduire Verena à l'aéroport, ce qu'elle accepta volontiers, non sans une forme de gêne. Elle était heureuse de voir ces deux-la, dans la plénitude du bonheur.
Verena ne parvint pas à dormir dans l'avion et du coup, elle termina de lire un ouvrage pour Monsieur Delubac. Elle avait tout fait pour le décourager de prendre ses ouvrages en lecture officielle. Elle était bonne lectrice, sans doute, mais piètre écrivain, c'était certain.
Après un si long voyage, Verena n'était pas fâchée de descendre de l'avion. Il faisait chaud et elle ôta bien vite son manteau. Elle fut prise en charge de suite par le tour-opérator et un périple d'une heure en car pullman, l'a conduisit vers le complexe hôtelier, de très belle facture. Elle dîna d'un repas simple, car son poids n'en faisait qu'à sa tête. Elle se servit des « restes » de la langue anglaise qu'elle utilisait parfois avec les relations de Frédéric, car elle ne parlait pas espagnol. Elle ne s'en sortit pas si mal. Une fois installée, elle s'endormit de suite et passa une nuit sans réveil, pas même à l'heure de celle des pas. Il y eut la réunion de présentation des activités possibles et de l'infrastructure de l'hôtel le lendemain.
Verena s'inscrivit à diverses visites, dont celle du célèbre temple de Chichen Itza, sublime joyeux.
Elle se trouva assise à table, à côté d'un homme charmant ; toutes les autres personnes étaient en couple, en voyage de noce. Pour Verena, c'était plutôt noces funèbres, mais elle n'allait pas gâcher la bonne ambiance du groupe avec une touche de morosité.
Il se présenta : « Frédéric Lombard, je suis ingénieur informaticien, divorcé et surbooké au travail » ! Verena eut un sursaut à l'écoute du prénom. Elle se présentant également, mais ne dévoila pas son emploi. Lui aussi fut surpris par ce prénom. Il faut avouer qu'il n'est pas très courant. Sans s'en rendre compte, ils restèrent un bref instant les yeux dans les yeux. Il lui parla de son emploi, et elle de ses lectures, mais en tant que passionnée. Finalement, ils restèrent ensemble tout le long du repas, de la visite, du trajet retour et même du dîner ! Après cela, il lui offrit un verre qu'elle ne refusa pas. Par contre, elle dénia l'invitation en discothèque, car elle était fatiguée et ne connaissait pas cet homme. Elle regagna sa chambre, avec le chant des oiseaux et les lumières diffuses éclairant le pont. Plus loin, elle vit l'enclos des crocodiles à demi-endormis dans l'eau.
Avec le décalage horaire, elle s'éveilla vers 07h30. Elle paressa dans son bain, et c'est vers 8 H qu'elle se rendit au petit-déjeuner. A moitié endormie, elle percuta un homme. Il s'agissait de
Frédéric Lombard. Il la salua, s'avisa qu'elle avait passé une bonne nuit et lui proposa de partager sa table pour ce premier repas de la journée. Interrogative, malgré tout, elle ne refusa pas. Il lui demanda quel était son programme pour cette belle journée ensoleillée et elle répondit qu'elle lirait, tranquillement, tantôt à la plage et aux bords de la piscine.
Frédéric était intarissable sur son travail ; un vrai passionné. Il ne s'interrompait que pour manger. Verena l'écoutait avec politesse, mais ne savait que dire. Elle connaissait bien la profession. Il s'excusa de monopoliser la conversation, et lui demanda ce qu'elle aimait, faisait dans la vie et cette fois, elle lui répondit, car elle avait emmené son sac et son ouvrage, dans l'idée de se rendre directement à la plage. Elle lui avoua qu'elle était lectrice, et qu'elle avait emporté un manuscrit avec elle, ainsi que son ordinateur, pour travailler sur le roman. Ils quittèrent la table à 9 h 30 passées. Verena avait « mangé » comme un ogre. Elle se dirigea d'un pas rapide vers la plage, choisit une place proche d'un cocotier et ôta son paréo couleur du ciel.
A vrai dire, elle n'avait guère envie de se mettre à lire, mais plutôt à bronzer, ce qu'elle fit. Plus loin, elle vit arriver Frédéric. Elle pria pour qu'il ne s'installât pas à côté d'elle, car elle ne voulait pas qu'il s'imagine qu'une histoire pouvait naitre entre eux, même si sa compagnie ne lui déplaisait pas. Elle s'éveilla avec un joli coup de soleil qu'elle alla calmer dans l'eau claire, où de jolis petits poissons nageaient autour d'elle sans frayeur. Le temps avait filé à grande vitesse, mais son livre était resté clos ! Cet après-midi, peut-être, elle y songerait... Finalement, elle avait bien envie de profiter de ses vacances et la lecture, euh...
Elle se retourna pour brunir l'autre côté de son corps, tout en sirotant un cocktail, puis, une fois celui-ci terminé, elle rentra dans sa suite pour y prendre une douche tiède. La suite était luxueuse et fonctionnelle.
Verena ouvrit son ordinateur et il y avait un mail, de Cyber et deux de Monsieur Delubac.
Elle s'amusa à répondre à Cyber, en lui disant qu'il faisait un temps déplorablement froid sur Paris et qu'elle espérait qu'il n'avait pas le même à Antibes. Il avait même neigé, selon
météo-France ! Elle avait pris soin de se renseigner avant bien sur. Elle trouvait la situation drôle, cocasse, car Cyber ne lui avait pas dit non plus, où il partait en vacances, après tout. Ils échangèrent quelques banalités, et Verena coupa court à la conversation prétextant que son travail l'appelait, malgré ses congés. Et ce ne fut pas faux, car le téléphone sonna, avec
Monsieur Delubac au bout.
Il voulait savoir si elle était bien installée, si le cadre était enchanteur, bref, si tout lui convenait.
Elle fit une description détaillée de l'hôtel et de la visite de Chichen Itza. Demain, elle irait nager avec les dauphins, dans un bassin où aurait également lieu un petit spectacle.
Elle lui raconta qu'elle était tellement bien, bronzée à souhait, dans un petit paradis qu'elle n'aurait osé imaginer. Verena resplendissait de bonheur. Monsieur Delubac la taquina en lui demandant si elle n'avait pas fait de rencontre, car il ne désespérait pas que Verena refasse sa vie un jour. Elle lui raconta sa rencontre avec Frédéric Lombard et le côté étrange que ce soit ce prénom et qu'il soit ingénieur informaticien. Monsieur Delubac était content pour elle, et lui annonça qu'il la rappellerait très bientôt si elle le lui permettait, bien sur, car il ne voulait pas la déranger dans sa quiétude. Elle ne lui avait pas dit encore, qu'elle avait emmené du travail avec elle, soit le dernier manuscrit qu'il lui avait remis. Elle le fit donc. Il se fâcha légèrement car il savait combien Verena avait été fatiguée avec son bras cassé, mais il savait qu'elle n'en ferait rien, et lirait le manuscrit. Mais là, il était plutôt l'heure d'aller déjeuner, en terrasse surplombant la piscine, après être passée devant l'enclos aux crocodiles. Et c'est là qu'elle retrouva
Frédéric Lombard, devant les blancs de dinde aux poireaux. Il lui demanda si elle était seule et voulait partager sa table. Elle ne put refuser, et c'est lui finalement, qui se déplaça, car elle voulait voir le moment où les crocodiles allaient être nourris. Demain, il irait prendre un bain avec les dauphins, elle aussi ! Ils se reverraient donc dans le pullman qui les conduirait au bassin magique. Car oui ce serait certainement magique de nager avec les dauphins. Le déjeuner se prolongea, sans pour autant qu'elle n'évoqua le contenu de sa lecture. Elle n'avait pas le droit, clause de confidentialité. Elle prit congés, alla chercher sa lecture et s'installa sur un transat, au bord de la piscine. L'ouvrage était intéressant, mais Verena avait quelques difficultés à plonger dans les pages, plus que dans l'eau de la piscine. Elle resta 3 heures allongée dans le transat, avec un cocktail légèrement alcoolisé, puis retourna à sa chambre. Elle voulait transcrire ses notes sur le logiciel, et adresser un mail à Monsieur Delubac.
Elle donna ses brèves impressions sur la lecture qu'elle avait commencée, à Monsieur Delubac, et prit de ses nouvelles par la même occasion. Il faisait bon dans la suite et Verena accusait un peu de fatigue. Elle s'assoupit une bonne heure. Lorsqu'elle s'éveilla, le soleil déclinait tout doucement. A cette époque de l'année, la nuit arrivait à 17h30 passées. Le lendemain, elle devrait se lever tôt pour aller nager avec les dauphins. C'est un plaisir qu'elle s'offrait, qu'elle n'aurait pas tous les jours. Quoique, peut-être, cela était possible au marineland d'Antibes, elle ne s'était pas renseignée. Elle se leva de ce grand lit et se changea pour la soirée. Elle sortit faire un tour pour prendre quelques photos et un goûter. Ce n'était pas raisonnable, mais elle avait un petit creux à l'estomac qui la taquinait. Elle se dirigea vers la plage, où se trouvait le snack, prêt à combler ce léger appétit. Elle se délecta d'un hot-dog et de frites, ce qui vraiment, n'était pas bon pour la ligne.
Elle n'était pas la seule à avoir eu cette idée, car Frédéric arriva. Il vit Verena et vint la saluer et lui demanda si elle acceptait sa compagnie. D'ordinaire, les femmes sont plus bavardes, mais là, il s'avérait que ce fut le contraire. Frédéric lui raconta qu'il avait une correspondante sur Internet, car il se sentait très seul depuis son divorce. Alors il compensait par son travail passionnant, mais il fallait bien qu'il rentre chez-lui à un moment ou un autre. Il lui était tout de même arrivé par deux fois, de s'endormir au bureau et de s'éveiller au petit matin, juste avant que tout le monde n'arrive. Depuis, il avait toujours une chemise propre dans sa sacoche, et un rasoir. Ce matin-là, il avait bien faillit se faire surprendre par ses collègues, en plein sommeil ! Il empruntait les transports en commun pour venir au bureau et sa voiture, lorsqu'il prévoyait de rentrer tard.
Verena lui parla de la chance qu'il avait d'habiter une si jolie région et à cela, il ne répondit pas qu'il s'agissait d'une résidence principale, mais qu'il louait, tout en étant locataire lui-même, durant le reste de l'année. Son ex-épouse avait tenu à conserver leur appartement, puis au final, l'avait vendu prétextant que trop de souvenirs étaient présents.Seulement, elle prit soin de l'avertir une fois la vente faite. Sinon, il aurait racheté ce bien. Son salaire était très confortable, pour se le permettre. Il pesta après elle, tant il était en colère, car il aimait cet appartement. Ils l'avaient choisi ensemble, sur plan, avec son ex-épouse et fait les modifications dès le départ.
Son couple s'était essoufflé avec le temps passé et son épouse était partie vers d'autres horizons. Il avait horriblement souffert de cette trahison.
Maintenant, il faisait nuit. Frédéric raccompagna Verena à sa suite et il l'invita à dîner ce qu'elle accepta volontiers. Ils optèrent pour le restaurant mexicain. Sinon, chaque jour il y avait un repas à thème, sur un pays en particulier. Il passerait la prendre à 20 h 30. Verena prendrait un long bain bouillonnant aux algues. Elle avait emporté ses propres produits et ils la détendaient considérablement. Elle porterait une petite robe noire, simple et élégante. Sauf que lorsqu'elle l'essaya, elle eut la désagréable surprise de se sentir un peu à l'étroit. Et oui, le farniente et la bonne chair, ne valait rien de bon à sa silhouette.
Verena commençait à s'assoupir dans son bain, alors elle décida d'en sortir rapidement. Elle termina se moment d'intimité par une douche revigorante. Frédéric ne tarderait pas à passer la chercher et il fallait qu'elle soit prête. Sans l'idée de le séduire, elle se maquilla légèrement et revêtit la fameuse petite robe à laquelle elle avait pensé. Elle était fin prête, habillée, maquillée, chaussée.
Il arriva à l'heure précise et ils se dirigèrent vers le restaurant mexicain. Ils n'eurent pas trop à attendre. Elle était bien embêtée, car elle ne savait que lui dire. Heureusement, et pour une fois, c'est l'homme qui avait de la conversation pour deux ! C'était un passionné de beaucoup de choses. Comme les voitures et Verena aussi. Un point commun et un sujet sur lequel ils dialoguèrent.
Du coup, le sujet automobile, fit penser à Verena qu'elle pourrait mettre sa voiture au train auto-couchettes, lorsqu'elle se rendrait à Antibes. Il faudrait qu'elle se renseigne. Elle n'allait pas louer une voiture, alors que la sienne roulait si peu. Son futur logis antibois, était proche de la plage, à environ 500 mètres. Elle pourrait largement les faire à pieds, mais les courses ? Rationnelle comme elle l'était, elle pensa déjà qu'elle pourrait peut-être louer son bien à Françoise et Monsieur Barbinosa. Pourquoi pas ? Elle savait qu'il s'agirait de personnes sérieuses. Le repas typique était délicieux et surprenant en saveurs. La soirée passa tellement vite, qu'ils ne virent pas l'heure, autrement que par le vide qu'affichait le restaurant. Finalement, Verena s'était bien détendue et le vin blanc local l'avait également aidée... Et là, elle accepta la soirée en discothèque. Elle n'osa pourtant pas se déhancher sur la piste de danse, mais ces deux-la, avaient trouvé à parler.
Elle évoqua des lectures passionnantes de parfaits inconnus, qui, peut-être grâce à ce premier écrit, deviendraient célèbres. Sa façon de raconter enivra Frédéric. Il buvait ses paroles, chose dont Verena ne se rendit pas compte tant elle était enthousiaste lorsque qu'elle devenait conteuse. Eh oui, elle l'était un peu aussi, lorsqu'elle déjeunait avec
Monsieur Delubac.
Discrètement, elle regarda l'heure et elle vit qu'il se faisait « tôt », pour ce petit matin. Il était 3h15 ! Verena décida de prendre congés. Elle en avait terminé avec les excursions, car une semaine s'était déjà écoulée. Et maintenant, plage, soins, natation, lecture et aussi repos total.
Frédéric et Verena avait pris l'habitude, tout naturellement, de se retrouver pour les repas, petit-déjeuner compris. Sa compagnie était agréable, et chacun semblait bien y trouver son compte.
Leurs repas s'éternisaient tout le temps, de façon très courtoise, en terrasse. Ils décidèrent même de changer de thème chaque soir, et de tester tous les restaurants du complexe hôtelier. Frédéric allait faire de la plongée chaque jour, mais Verena ne voulu pas tenter l'expérience. Elle avait un peu peur. Par contre, il réussit à lui faire faire du bateau, chose qu'elle n'aurait jamais pensée, car elle se souvient combien elle avait été malade dans un bateau à fond de verre. Là, ce fut un vrai plaisir que d'aller un peu au loin, sur un catamaran, tandis que Frédéric maniait la voile avec dextérité elle profitait du soleil. De retour sur la plage, Frédéric alla leur chercher des cocktails qu'ils sirotèrent tranquillement assis sur leurs serviettes. Le temps aussi, avait avancé, et il était presque 13 h, l'heure d'aller déjeuner. Toutes ses saveurs étaient très appétissantes, et tentantes.
Le choix était difficile... Frédéric reçu un appel de son employeur, car même en vacances, il travaillait à distance. Verena ne fut pas choquée, car il en était de même pour elle. Elle devrait sous peu, contacter Monsieur Delubac pour le tenir informé de l'avancée de ses lectures. Enfin, sa lecture, car cette fois, Verena n'en avait débuté qu'une seule.
Parfois, Frédéric passait une partie de l'après-midi avec elle. Mais elle lui avait fait comprendre qu'elle tenait aussi à une part de solitude. Il n'en fut pas vexé et compris le message.
Verena n'était pas faite pour une histoire d'amour quelle qu'elle soit. L'homme de sa vie avait disparu prématurément, et elle n'envisageait en aucun cas que sa place soit prise par quelqu'un d'autre. Jamais, d'ailleurs, cette idée n'était venue lui traverser l'esprit avant. Elle n'avait en aucun cas envie de changer d'idée. Sa vie était derrière elle maintenant, plus devant. Elle avait un passé, riche en bonheur, et un présent, avec son malheur et rien ne viendrait changer cela, si ce n'est que de l'amitié par exemple. Comme celle qu'elle entretenait avec Monsieur Delubac, entre autre.
Elle consacrait donc 3 h par jour au travail, la lecture, installée confortablement sur la terrasse, ou en bord de mer, ou près de la piscine. Et pour l'instant, elle avait consacré son temps aux visites des sites merveilleux des Mayas. Il était maintenant tant qu'elle se mette au travail, tout en restant dilettante tout de même.
Cette fois, elle était confortablement installée, avec sa lecture en cours, et elle se passait à Paris, dans une ambiance morose, celle d'une femme qui avait stupidement détruit son mariage pour un coup de cœur idiot, à la quarantaine. Ce n'était pas gai, mais il y avait le soleil pour l'aider à lire sereinement et objectivement, comme à son habitude.
Une palme lui donnait un peu d'air, de temps à autre, au gré du vent, plutôt, de la légère brise, passant entre le soleil lumineux et intense.
Elle avança bien sur ce drame de la vie en cet après-midi. Verena était contente d'elle et s'apprêta à rentrer pour aller ensuite adresser un mail à Monsieur Delubac. Avant, il fallait qu'elle se détende dans son bain, ou alors, elle prendrait une douche, ce serait plus rapide, car elle redoutait de s'assoupir dans la baignoire. Ce soir, à 19h30, elle avait rendez-vous avec Frédéric pour dîner. En fait, ils appréciaient la compagnie l'un de l'autre et cela leur évitait de prendre leurs repas seuls. Frédéric avait une conversation intéressante et Verena était d'une bonne écoute.
Au moins, ici, Verena n'était pas réveillée par les pas du matin. Puis le changement d'horaire avait raison d'elle et de ses insomnies.
Au dîner, qui était italien ce soir, elle apprit que Frédéric ne résidait pas à Antibes comme elle l'avait cru, mais en région parisienne, tout comme elle. Alors elle se hasarda à dire qu'elle venait de faire l'acquisition d'un bien immobilier sur Antibes justement. Ils eurent ainsi matière à dialoguer et il lui indiqua les endroits très fréquentables et à voir également. Chaque soir il y avait un spectacle, et ce soir, c'était de la danse locale. Ils se hâtèrent un peu plus vite de dîner pour ne pas risquer de le manquer. Les meilleures places étaient vite prises. Le spectacle achevé, ils prirent un dernier verre avant de se saluer et de regagner leurs suites. Frédéric, toujours galant, raccompagna Verena, et ils se donnèrent rendez-vous pour demain matin. Leurs habitudes de se retrouver, étaient vraiment prises.
Verena ne pouvait s'empêcher de « dévorer » au petit-déjeuner ce qui n'avait rien de bon pour son poids de forme. Coïncidence, Frédéric habitait la même commune qu'elle en région parisienne ! Pour une surprise, c'en était une !
Intriguée, elle eut envie de poursuivre la conversation, mais il n'aurait pas été décent qu'elle en fasse la demande. Elle espéra vivement qu'il le lui proposa.
Et il le fit. Ils choisirent d'aller s'installer à la plage et de continuer de dialoguer. Verena retourna déposer des affaires dans sa suite, tandis que Frédéric l'attendait à la porte. Ca alors, quel hasard ! Elle était curieuse d'en savoir d'avantage, vraiment !
Ils trouvèrent un endroit calme, avec peu de monde autour et s'installèrent. Verena était toute ouïe !
Il habitait toujours la même commune, mais en location maintenant. Par contre, son ancien logement était sur sa route, alors il passait devant matin et soir, avec regret que son ex-épouse l'ai gardé pour le vendre. Il regrettait cet appartement avec jardinet. Car il aimait travailler sur sa terrasse lorsque le temps le permettait. Verena écoutait et se demanda, d'un coup, comme ça, si l'homme au chapeau qui passait devant chez-elle, n'était pas la personne avec qui elle était entrain de parler !!! Tout semblait tellement coller à sa vie que c'en était étonnant. Elle était stupéfaite, vraiment. Elle continuait de l'écouter religieusement, buvant ses paroles, sans mots dire.
Allait-elle lui demander s'il portait un chapeau ? S'il empruntait le passage qui longeait son jardin ? Elle en avait très envie, mais n'osa pas. Tout du moins, pas cette fois en tout cas.
Il lui parla de son passé et revint sur cette immense tristesse d'avoir quitté cet appartement qui lui correspondait plus que tous logements qu'il avait déjà occupés.
Sa passion pour ses jardinières plantées d'impatiens qu'il posait sur le muret du jardinet. Il était intarissable.
Quant à Verena, de son côté, elle soupçonnait de plus en plus avoir élucidé le mystère des pas qui lui faisaient si peur. Mais comment le lui dire ? Comment le lui expliquer ?
Se retrouver sur Internet, par pur hasard, puis maintenant à des milliers de kilomètres, vraiment, il y avait de quoi se poser beaucoup de questions sur les surprises que réserve la vie !
Elle allait essayer de se lancer un l'interrogeant, sur ce lieu qui visiblement, lui manquait tant, lorsque son téléphone sonna. Il s'agissait de Monsieur Delubac qui venait prendre des nouvelles. Avec le décalage horaire, il avait bien du courage ! Mais s'il voulait la joindre par téléphone, sans perturber sa nuit, il devait en passer par là.
Verena lui annonça qu'elle avait bien avancé sur les lectures la première semaine, mais que la seconde, elle la consacrerait à beaucoup de repos, car les excursions avec 34° de chaleur, l'avaient beaucoup fatigué tout de même.
Elle s'excusa bien sur, auprès de Frédéric et lorsqu'elle eut achevé sa conversation, ce fut le téléphone de Frédéric qui sonna. Son employeur lui annonçait une mauvaise nouvelle sur un projet professionnel, mais par e-mail.
Pour le coup, s'il l'avait pu, il serait rentré de suite, mais il piloterait la chose à distance et il annonça à Verena avec regret, qu'il devait prendre congés pour essayer de solutionner cette affaire.
Finalement, elle était soulagée, car elle reculait le temps de lui demander l'adresse où il avait tant aimé vivre. Ils se donnèrent rendez-vous pour le prochain repas et Verena choisit alors de parfaire son bronzage. Elle s'assoupit légèrement au soleil, ce qui lui donna une peau quelque peu rougie, malgré le bronzage déjà présent. Elle regagna sa suite, se doucha, alluma la télé, et fit une sieste.
Il était largement l'heure de déjeuner lorsque Frédéric se permit de faire sonner le téléphone de sa suite, afin de savoir si elle pensait venir l'accompagner ou pas.
Rapidement, elle se prépara et s'efforça de vêtir une tenue seyante, avec les nouveaux bijoux qu'elle venait de s'offrir, ainsi que ses « spartiates » aux couleurs de ses opales, vertes à bleu turquoise.
Ils déjeunèrent longuement car Verena était fatiguée d'avoir dormi.
Mais elle voulait relancer la discussion.
Elle se lança. Elle lui annonça que son correspondant informatique, s'appelait Cyber...
Il fit des yeux ronds comme des calots, mais n'ajouta rien, car il pouvait y avoir plusieurs Cyber aussi. Mais il l'écouta attentivement. C'est là que Verena choisit de continuer et de lui demander où il habitait avant.
Elle avait eu raison, là, sous les tropiques, elle avait découvert non seulement son correspondant informatique, mais aussi l'ancien propriétaire de son appartement et « l'homme aux pas » !!!
Elle en était certaine maintenant.
Frédéric lui donna la bonne adresse, Verena ne dit rien mais accusa le coup et lui annonça qu'en effet, il y avait une bien grande coïncidence, car le prénom qu'elle portait, était peu usité !
Là, elle lui confirma son adresse, leurs échanges internet et le hasard de la vie, car son compagnon décédé, s'appelait également Frédéric !
C'était si incroyable qu'ils commandèrent du champagne !
Inouï, il avait fallu se voyage au Mexique pour qu'ils se rencontrent, se découvrent !!!
L'histoire était aussi incroyable que le coup de foudre entre Françoise et Monsieur Barbinosa !
Elle lui confirma combien les pas devant le jardin l'angoissait, le nombre de fois où elle était sortie pour voir à qui elle avait affaire, qu'elle était cette personne qui s'arrêtait devant chez-elle...
Il se confondit en excuses et vraiment, resta scotché sur sa chaise, tellement le tout était incroyable !!!
Elle avait hâte de raconter cela à Monsieur Delubac, car cela pourrait faire une belle histoire à publier.
Par contre, s'ils continuaient de se voir, Verena expliqua bien à Frédéric qu'ils ne seraient que « amis », car son amour était mort à tout jamais avec « son Frédéric », celui qu'elle devait épouser.
Il fallu que le restaurant les pousse dehors, pour qu'ils continuent ailleurs leur discussion, car celui-ci fermait ses portes jusqu'au soir !
Mais quel étonnement, quelle histoire !!!
Incroyable !
Maintenant, ils en riaient ! Il était 16 h passées, et Verena décida de se changer pour une tenue plus propice à la baignade. Ils se rejoindraient après, au bord de la piscine, sous un palmier, car le soleil était très fort cet après-midi.
Ils continuèrent à parler longuement, comme des amis de longue date et n'en finissait pas de répéter : « ça alors, ça alors » !
Désormais, ils continuèrent comme ils l'avaient fait sans le savoir, de partager les repas, la plage, la piscine, le snack lorsqu'ils avaient une petite faim, la discothèque où Verena se « souvint » qu'elle savait encore danser, puis les spectacles du soir, et ce, jusqu'à la fin du séjour.
Ils obtinrent d'ailleurs, deux places côte à côte dans l'avion de retour, et Verena, sans le vouloir, s'est assoupie un court instant sur son épaule.
A la descente de l'avion, s'est tout naturellement qu'au lieu d'emprunter les transports en commun ce que Verena n'aurait pas fait, ils partagèrent un taxi.
En plus, il habitait non loin de là, à 200 ou 300 mètres de chez-elle ! Vraiment, le hasard de la vie !
Il reprenait son travail dès lundi, ça serait dur avec le décalage horaire !
Verena, elle, travaillait à son rythme, donc elle aurait le temps de se remettre.
Ils se séparèrent et elle lui promit de l'inviter très vite dans l'appartement qu'il avait tant aimé.
Ils ne prirent pas encore rendez-vous, le temps que chacun reprenne ses repères, mais ils échangèrent la « vraie adresse e-mail », les numéros de téléphone, il lui communiqua son adresse précise et ils parlèrent d'Antibes avant de se quitter.
Car là aussi, ils pourraient se rencontrer !
Elle lui expliqua rapidement qu'elle allait en cure régulièrement.
Chacun rentra chez-soi, avec la promesse de se contacter au plus vite, et de se rencontrer devant un dîner qu'elle préparerait dans ce bel appartement qu'elle adorait elle aussi.
Ils se verraient dans la semaine, c'était sur, en tout cas.
Verena pris soin de défaire ses bagages, de mettre ses bijoux au coffre qu'elle avait fait poser dans le mur et fit en sorte de ne pas aller faire la sieste pour reprendre le rythme de vie habituel.
Verena se réveilla dans l'après-midi du dimanche, et se força à se lever, car elle eut bien du mal.
Mais il fallait qu'elle se bouge, alors elle est sortie en voiture, faire le tour d'un centre commercial et a fait de nouvelles dépenses.
Puis elle est rentrée, contente de ses achats, qui lui serviraient pour Antibes et la cure en septembre prochain.
Elle repensa à Cyber, enfin, Frédéric, qu'elle comptait inviter le vendredi soir, à la fin de semaine de travail.
Pour ne pas perdre de temps, elle se remit à la lecture. Elle profita pour reprendre les annotations, proposer les changements, les corrections etc...
Dès lundi, elle appellerait Monsieur Delubac pour lui proposer de le rencontrer et faire un point de ce qu'elle avait fait.
Mardi soir, son téléphone sonna : il s'agissait de Frédéric qui voulait prendre de ses nouvelles. Puis ces jours derniers elle avait tellement dormi, qu'elle n'avait plus entendu le bruit des pas !
Elle le convient à un dîner vendredi soir, qu'il accepta de suite, mettant entre parenthèse une synthèse professionnelle qu'il avait à faire.
Il était trop content de revoir son ancien « chez-lui » et Verena aussi, bien sur !
Entre-temps, elle avait eut Monsieur Delubac en ligne. Elle le verrait mercredi.
Elle lui annonça qu'elle avait quelque chose d'incroyable à lui raconter, mais ne lui dirait rien avant. Elle pensait bien sur, à la rencontre avec l'homme aux pas.
Mardi, elle téléphona aussi à Françoise qui allait bientôt pouvoir revenir pour les travaux ménagers, et elle alla faire ses courses. Elle cuisinerait des plats tout simples, qu'elle congèlerait.
Pour vendredi, elle avait prévu un apéritif dinatoire, moins formel qu'un repas.
Cela laisserait le temps à Frédéric de se mettre à l'aise dans l'appartement et de lui parler d'Antibes aussi.
Mercredi arriva, et Monsieur Delubac aussi.
Elle lui raconta son incroyable histoire au cours de son voyage ! Il en fut lui-même médusé.
Ils allèrent déjeuner au restaurant habituel où Verena avait réservé une table.
Elle lui fit le récit de son séjour, et de cette rencontre qui avait résolu son problème « de pas sous les fenêtres », puis elle lui parla des lectures qu'elles avaient commencées, mais inachevées, sous le beau et chaud soleil mexicain.
La semaine passa à vive allure, car Verena avait également pris rendez-vous avec sa coiffeuse à domicile et son esthéticienne.
Elle demanda à Monsieur Barbinosa de venir faire quelques plantations et à Françoise un tour de ménage pour vendredi.
Le jardin avait était entretenu et l'intérieur aussi, car elle leur avait laissé les clés.
Elle avait bien pensé préparer un couscous plutôt qu'un apéritif dinatoire, mais pour une première fois, elle avait songé que c'était mieux et plus convivial.
Tous deux vinrent le vendredi matin. Et l'appartement était un vrai bijou, tout comme le jardin. Verena avait laissé carte-blanche à Monsieur Barbinosa pour acheter des plantes colorées qui iraient avec les impatiens.
Vendredi s'étirait et Verena avait hâte de retrouver Frédéric.
Comme elle le lui avait dit, ils ne seraient que des amis.
Le soir arriva et Frédéric aussi avec un joli bouquet de roses blanches et jaunes qui firent merveille dans le salon de Verena.
Elle sentit qu'il avait très envie de visiter les lieux, et sans mot dire, et lui fit faire le tour de l'appartement.
Il en fut ravi et peiné aussi ; cela se voyait dans son regard.
Comme le temps le permettait, ils s'installèrent en terrasse, car ce vendredi était particulièrement chaud.
Ils parlèrent de cet afflux de coïncidences : les pas, l'appartement, internet, le voyage...
Puis il lui parla d'Antibes, où, les choses allaient continuer dans le même sens, car il habitait le bâtiment voisin !!!
Il partait aussi pour Antibes au mois de septembre, et du coup, ils réservèrent leurs billets de train ensemble !!!
Une belle complicité amicale se nouait.
Il invita Verena pour le dimanche, où il lui cuisinerait un bon repas !
Car ce qu'elle ne savait pas, c'est qu'il était un excellent cuisinier !
Ils rentrèrent dans l'appartement car la soirée se termina tard et il prit congés.
Verena savait où il habitait et pouvait s'y rendre à pieds....
Nous voici à la fin de l'histoire de Véréna et Frédéric, alias Cyber !!!
!!!
Ce qu'on en a dit sur le moment
Chouette,
Je n'ai plus d'activité professionnelle depuis plusieurs années maintenant.
Par contre, je ne pense pas être une vraie écrivaine, car j'écris tout en écoutant la radio ou la télévision.
Je me dis que peut-être, quelques unes de mes idées pourraient être plagiées, sans prétention aucune.
Ravie Harmony que tu me rassures! Je n'ai nullement l'intention de te plagier...je reste admirative...je tentais de comprendre...je te crois réellement capable d'éditer ce genre d'écrit! Personnellement j'écris des petites nouvelles depuis une dizaine d'années! J'ai encore pas mal de chemin à faire...de surcroit, amoureuse de la langue française, ma langue maternelle est le néerlandais. Je n'ai pas l'intention de vouloir être éditée un jour! J'aime lire ...écrire et partager avec les autres...mais j'ai autant besoin de rencontres et ai découvert très récemment un atelier d'écriture de slam et de scène ( j'ai eu le trac) expérience passionnante ! Je reprends les cours en octobre et du théâtre
Je continuerai à te lire avec plaisir...merci...J'apprécie!
Merci, Chouette !
Tes compliments me vont droit au coeur. Lorsque je parlais de plagiat, c'était en général bien entendu. Je n'ai pas terminé cette histoire. Peut-être que lorsque je l'aurai achevée, je tenterai de trouver un éditeur. Tu écris merveilleusement bien et je t'en félicite, car notre langue est réputée pour ne pas être facile : tu en as encore plus de mérite ! Je ne connais pas les ateliers d'écriture dont tu parles, mais tu le fais avec tellement d'enthousiasme, que c'est agréable de le lire ! Je vais continuer à raconter l'aventure de Véréna... !
Evidement qu'il faut la continuer! J'ai bien envie de savoir ce qu'il va lui arriver à elle et son manuscrit de velour!^^
Coucou Harmony...tu as apprécié la manière dont je te relatais les ateliers d'écriture de slam et la déclamation sur scène! Je t'avoues humblement...la première fois, je suis restée interrogative...je me disais: je ne sais pas faire! De nature tenace et persévérante, je me suis sagement raisonnée! Si tu veux? Tu peux! Et oui! De surcroît, j'étais la plus âgée du groupe!!!(64 ans)
Les interrogations fusaient dans la tête? Me disant :
" T'as vu l'âge des participants? Une voix basse me disait: non? Là je ne te reconnais pas!"
" Je me suis lancé le défi...la page blanche m'a fait de l'oeil : je lui ai dis oui, ma très chère...je vais te remplir de mots qui sont cachés tout au fond de mes tripes...je dois oser!!" Un texte de ma création sur la tendresse"! Je le mettrai prochainement sur le Forum : Poésie!
J'ai commencé à me laisser entièrement apprivoiser par la feuille qui progressivement a accueilli le trop plein de choses qui jusqu'à cet instant, je n'avais jamais oser exprimer!!
Le lâcher-prise, comme ils disent en psychologie!
Divin et libérateur!
A la lecture sur scène de mon premier texte, j'avais du mal de lire...je déclamais à voix haute...mais la feuille tremblait tellement, je dûs faire un effort surhumain pour me contrôler...oui, oui tu peux le faire...et je l'ai fait! Je suis descendue de scène...les jeunes m'ont applaudis et encouragés...ils m'ont donnés des notes se situant dans la moyenne! La victoire, ce n'était pas les points:j'avais osé!!!
J'avais tout simplement envie de te faire partager cet enthousiasme de l'instant!!! Voilà pourquoi je suis déjà inscrite pour la nouvelle session qui reprend en octobre!
Si toute fois cela te fait plaisir, je te ferai occasionnellement un petit coucou!!! Bonne soirée!!! J'ai hâte de découvrir la suite de Véréna!!!
Coucou, Chouette,
Et bien, une belle aventure que la tienne. Merci de me l'avoir fait partager. Je crois en effet qu'il ne faut pas hésiter à se lancer, même si les mots ne coulent pas à flot de suite. Il suffit de trouver les idées, puis ensuite, le tout s'organise dans l'esprit et prend forme petit à petit. Des poèmes ? Super, j'adore ! J'en ai écrit quelques uns, mais ces temps-ci, l'inspiration ne me vient pas beaucoup. J'avoue que je suis plutôt penchée vers Véréna... La aussi j'ai des idées, mais il me faut les mettre en ordre dans mon esprit, afin de pouvoir continuer l'histoire... Et j'avoue être tentée par le soleil ces temps-ci et un bon livre à lire, allongée dans mon transat :-)))
Je te lirai chaque fois avec plaisir. Faire connaissance avec quelqu'un qui partage la même chose, n'est pas toujours évident. Ici, nous sommes nombreux et il y a plein de talents dans tout ce que j'ai pu lire. Alors les petits messages persos en plus, j'adoooorrre !
Bonne journée à toi.
Coucou Harmony,c'est avec ravissement que je viens de trouver ton message! Merci à toi!
Sincèrement, cela me donne la pêche de partager quelques points communs! Un petit mot aimable partagé...de temps en temps...met du baume sur le coeur et nous fait sortir un peu...d'une solitude, pas toujours choisie!!! Heureusement, je n'en souffre pas et ne m'ennuie jamais!!!
Lorsqu'elle l'est...elle peut-être très bénéfique...faire le point...où en sont nos projets en cours...à venir...les échanges...les rencontres...l'écriture!
La lecture...je suis une bibliovore (ce mot n'existe pas dans le dictionnaire) Je l'utilise à plaisir...pour moi, il définit une personne qui fréquente les bibliothèques bien sûr...mais qui lit aussi tout ce qui lui tombe sous la main, même ce qu'elle n'aime pas, pour élargir son horizon et cultiver une plus grande ouverture d'esprit!
Les trop fortes chaleurs de ces derniers jours...me rendent plutôt casanière...je fuis le soleil...je serais mieux dans les pays scandinaves que sous les tropiques en ce moment!!
Quant au livres, je viens de terminer "La pluie, avant qu'elle ne tombe " et " La femme de hasard" de Jonathan COE...Peu friande d'auteurs américains...j'ai beaucoup aimé!
Véréna doit sans aucun doute germer dans ton esprit...allongée sur ton transat...je suis presque certaine qu'elle te chatouille les méninges...( peut-être même les pieds)!!!
Prends-tu des notes, lorsque de nouvelles idées surgissent?
Je te souhaite également une excellente journée...pleine d'idées à glaner en lézardant...!!
Au prochain petit message......
Régales-toi!!!
Coucou, Chouette !
Merci de cet échange. j'apprécie beaucoup. Je lis pas mal aussi. J'ai lu tous les ouvrages de Guillaume Musso et j'ai beaucoup aimé. Les flashes-back dans le temps, sont une gymnastique qu'il maitrise parfaitement. Je lis actuellement Marc Levy. Enfin, "j'ai sous le coude", car je vais partir une petite semaine en congés, et je ne le ferai pas sans des livres, c'est certain ! Peut-être même emmènerai-je mon ordinateur portable pour continuer l'histoire de Véréna. Ou alors, les 10 dernières pages, et je continuerai à la main !
Oh là là, je n'ai pas "lézardé" depuis hier, car il fait trop chaud. Ce serait de l'irresponsabilité ! Aujourd'hui, lorsque j'ai ouvert la porte-fenêtre à mes chiennes, j'ai pris une "bouffée de chaleur" !!! Mais contrairement à toi, je ne pourrai pas habiter au pays des fjords ! J'aime trop le soleil :-)))
Oui, je prends des notes lorsque les idées me viennent. Je joue avec les couleurs et les fonctions de mon traitement de texte. Certaines idées sont en bleu surlignés, d'autres en rouge... Bref, je prends mes repères. J'essaie d'éviter trop de fautes et de contre-sens, mais ce n'est pas facile.
Je regardais aujourd'hui et je n'en reviens pas moi-même, car j'ai écrit un peu plus de 60 pages !
Même en travaillant, je pense que j'écrirais, sauf que je serais disons moins rapide, c'est certain. J'ai également écrit des poèmes, des petits textes et un d'une cinquantaine de pages. Il y a des jours où les idées sont un peu en panne, ça arrive, alors je laisse les méninges au repos...
Bonne soirée, car je laisse le clavier !
A demain, aux détours d'un message...
Hello! Harmony!
Je pense que...tu es en congé! Ne plus pouvoir lire la suite de Véréna? Je me résonne, tous ont le droit de prendre des vacances! Harmony...s'est absentée...elle se
ressource, quoi de plus normal? Reviens-nous avec la suite...je me languis , chaque jour je pianote...sur le PC, et non Harmony n'est pas encore rentrée...je me rassure! Bientôt...Harmony nous écrira la suite!!!
A te lire ...Amicale pensée!
Hello! Harmony!
Je pense que...tu es en congé! Ne plus pouvoir lire la suite de Véréna? Je me résonne, tous ont le droit de prendre des vacances! Harmony...s'est absentée...elle se
ressource, quoi de plus normal? Reviens-nous avec la suite...je me languis , chaque jour je pianote...sur le PC, et non Harmony n'est pas encore rentrée...je me rassure! Bientôt...Harmony nous écrira la suite!!!
A te lire ...Amicale pensée!
Coucou, Chouette !
Non, je n'étais pas encore en vacances, mais un peu occupée ! Je pars en congés une petite semaine, maintenant, et je n'emmènerai sans doute pas mon pc portable : trop chargée entre la valise et lui, dans le TGV. Je m'en vais dans la contrée de Pagnol, notre beau Midi ! Cependant, j'aurai de quoi prendre note, car si les idées viennent, entre les rayons du soleil, autant ne pas les laisser passer, n'est-ce pas ?
J'apprécie beaucoup ce que tu écris, car je lis, lorsque je n'écris pas...
Amicalement !
Hello, Harmony, contente d'avoir quelques news! Amuses-toi dans la belle région de Pagnol!! Je connais très bien la région! Mon lieu favori:Les Cévennes et le Tarn.
Je suis ravie que tu aimes ce que j'écris! Je dois t'avouer que ce Forum me booste et me donne la super pêche! J'y viens chaque jour...je me régale!!! As - tu lu le texte assez drôle " Ras-le poil"??? Jamais je ne m'imaginais qu'il allait virer dans ce délire...
Harmony...te voilà fin prêtes pour aller profiter de la douceur du soleil...que tu apprécies! Excellent séjour...au plaisir de te retrouver en ligne...J'espère que tu vas nous ramener des surprises dans tes valises à propos de Véréna? Amicalement!!!
Coucou Harmony...ravie et contente de te retrouver sur le Forum!
Véréna...me semble se sentir encore en vacances...et tant mieux...gardes-nous quelques pages en réserve pour ces deux prochaines saisons....Au plaisir de te lire!!!
Amicalement!
Bonjour Chouette !
Merci. Je suis contente de lire ce que tu écris, c'est super ! Les "tribulations de Théodore et Pélagie", c'est tout simplement génial ! Disons que je lis plus que je n'écris ces jours-ci.
Amitiés
Bonjour Harmony,
Je suis super contente d'avoir reçue ton message! J'étais intriguée par ton silence et je craignais que tu ne sois éventuellement souffrante!Ravie et heureuse que tu apprécie " Mes chouchous " Pélagie et Théodore! C'est vrai qu'ils sont mimis...les romantiques de 20 ans c'est courant...mais en
" Résidence " pour personnes âgées? Il n'y a pas d'âge pour tomber en amour!! C'est toujours avec autant de plaisir que suis la vie très organisée de ta chère Véréna! Tu n'as pas envie de la faire délirer un peu? De lui donner un côté extraverti à laquelle personne ne va s'attendre? Fais lui faire des petites folies!!!
Excellente journée! Merci pour tes news!
Amitiés! Au plaisir de te lire!!!
Re, Chouette !
Si si, je prévois des petites surprises, mais justement, le côté de la vie bien réglée de Véréna, surprendra que d'avantage, je l'espère !
J'aime toujours autant ce que tu écris !!! Je te félicite !
Très bon après-midi.
Amicalement,
Ce lundi 22 février??? Quelle surprise de retrouver le retour d'Harmony...et la suite de Véréna!
Réellement ravie! Heureuse de ton retour!
Bonjour Harmony...ravie de te relire!J'espère que tu vas bien?...
Je pensais ne jamais connaitre la fin de l'histoire de Verena!
Perso...un peu plus paresseuse à me remettre à l'écriture...j'ai en tête la suite de "l'Arbre sans racines" avec le voyage en Egypte qui avait été écourté ...pour raison de décès...@


Soit l'histoire est copiée...soit cette personne est une vraie écrivaine...Il est impossible de remplir autant de pages en ayant une activité professionnelle...vivre...avec les siens, être dans le monde...je reste interrogative!!! Sans aucune envie...ni de jalousie, certainement pas, je tente simplement de comprendre??? Je reste muette!!