Il faisait presque froid en ce début de mois de septembre sur le sud de la France quand Franck, comme chaque jeudi soir rentrait de son cours de médecine légale. Comme à son habitude, il empruntait toujours le même chemin à travers le parc de l'Orangerie.
Fidèle serviteur de la protection de l'environnement, il se faisait donc un devoir de n'emprunter que son vélo pour parcourir la ville. Pour tous il était une personne calme, carrée, méticuleuse et à qui l'ordre et la discipline procuraient ce qui aurait pu s'apparenter à du bonheur. Ca aurait été le cas, si Franck n'avait vu sa vie basculer totalement un jour de printemps il y a 5 ans.
A cette époque il était sans nul doute le plus grand enquêteur de toute la police francaise, médiatisé au possible, et demandé partout dans l'hexagone, il était spécialiste des meurtres en séries. Un jour alors qu'il était sur le point d'interpeller l'un des plus grands criminels du moment, il reçut un coup de téléphone qui boulversa sa vie à tout jamais : un homme à la voix rauque et sarcastique lui indiquait un endroit, un parc non loin de là où il habitait, il pourrait y trouver sa femme d'après la personne. Puis celle-ci raccrocha.
Il essaya de joindre sa femme en vain, il appela un collègue pour qu'il aille sur les lieux verifier par lui-même, mais soudain un coup de téléphone de son supérieur coupa court à toute cette frénésie. Sa femme avait été trouvée, morte dans le parc de l'orangerie, à quelques centaines de mètres de son appartement.
Franck avait tout tenté pour retrouver l'assassin, mais en vain. Peu de temps après il démissionnait prétextant que s'il n'était pas capable de trouver cet homme il ne pourrait pas en rechercher un autre, mais tous savaient qu'il était en pleine dépression et en train de devenir à moitié fou. C'est pourquoi depuis ce jour il donnait des cours de médecine légale, sujet qu'il maîtrise sur le bout des doigts puisqu'en plus de commissaire il était également médecin.
Ainsi, il arrivait non loin de l'endroit où sa femme avait été retrouvée, il ne pouvait s'empêcher d'y passer même s'il sentait son coeur dépérir à chaque regard porté vers le bord de cet étang, mais c'était plus fort que lui, comme si une force l'attirait là pour lui montrer un travail inachevé, sa seule enquête inachevée : le meurtre de sa femme.
Quand soudain, il aperçut une masse flottante au bord de l'eau. Ce ne pouvait être un animal, c'était bien trop gros se dit-il. Il pédala de toutes ses forces pour arriver sur la berge, quand il put enfin apercevoir ce qui comfirmait ses craintes : c'etait un corps de femme, inerte, decoloré par le manque d'oxygénation, les bords de ses lèvres étaient bleus, son sang ne circulait plus... Elle était morte, il en était tout à fait sûr.
Il se releva de tout son long, les larmes aux yeux, il revoyait encore une fois cette journée horrible se répéter dans sa tête. Tout correspondait : l'heure, l'époque, l'endroit précis où avait été trouvée sa femme.
Ce ne pouvait être que lui, celui qu'il avait tant cherché en vain.
Perdu dans ses pensées, et après avoir appelé l'un de ses anciens collègues, il déposa sa main dans l'herbe humide, la nuit était tombée, épaisse, impénétrable... Comme à chaque fois qu'une nouvelle affaire débutait. Parce que c'en était une d'affaire, c'était un tueur en série il en était sûr, mais pas n'imorte lequel, le tueur de sa femme.
Il voyait le dossier défiler devant ses yeux, c'etait pour lui un signe, ce tueur voulait jouer avec lui, c'était typique de ce genre de détraqué, se sentir supérieur.
Mais pour Franck, ce n'etait ni plus ni moins, qu'une seconde chance.


