Tous deux se font face. Le vrombissement des voitures couvre presque leurs voix; mais ils ne crient pas, il n'en est nul besoin. Une conversation silencieuse, presque un chuchotement.
Autour d'eux, les passants se meuvent sur le trottoir comme autant d'ombres fugitives.
Elle lève le bras, sa main décrivant un arc de cercle dans un mouvement d'impuissance, peut-être même de résignation...
- Dis moi... Explique-moi, comment en sommes-nous arrivé là ?
Sa voix implore, ses yeux sont suppliants.
- Pourquoi nous ? Regarde-les, eux !
Son geste ample à ces mots enveloppe la foule qui les entoure.
- Les autres, ils ne nous voient même pas. Regarde. Mais regarde !
Elle amorce quelques pas...

Toi, moi, les autres...
Romantique · 7 chapitres · 6 plumes · écrite du 8 décembre 2005 au 10 janvier 2010 à 18h40 · 893 lectures à l'époque
Toi, moi, les autres...
et se cogne contre un vieil homme.
"Pardon!
- Pardon? Pourquoi? Vous sentez si bon, vos cheveux ont l'air si soyeux...
-Vous me voyez?
- Hélas, non! Je vous imagine mon enfant. Je n'ai plus que des souvenirs qui s'évanouissent peu à peu."
Alix scrute le vieil homme. Il lui semble reconnaître dans son visage les traits de son aimable grand-père...
- Dîtes-moi, de quoi vous souvenez-vous Monsieur ?
- Ohhh... c'est-à-dire que je me souviens de moi péquélé !
- "Péquélé" ?
- Oui, c'est "petit" en provençal, je suis de Nîmes, d'ailleurs j'ai l'accent !
- Ah...
- Quand j'étais péquélé donc, j'aimais passer du temps au salon de coiffure de ma mère... Ça sentait bon... comme vos cheveux... sucré...
Antoine s'approcha d'Alix et de ce drôle de vieux bonhomme qui ne lui inspirait pas confiance. Très vite malgré tout, charmé par l'accent du vieillard, touché par ses souvenirs d'homme voyant, il comprit qu'il était devenu méfiant du monde. Sans doute était-ce aussi pour cela qu'Alix s'était éloignée de lui. Comment en était-il arrivé là? Combien de déceptions et de douleurs pour devenir méfiant à ce point?
Alix était belle, elle souriait au vieillard dont les rides respiraient maintenant le bonheur de vivre, ou en tout cas celui des souvenirs.
-Comment c'est ti que ça s'appelait c'te salon... A la coupe! Oui c'est ça... Moi, c'était toujours Mireille qui me coupait les cheveux. Je ne voulais qu'elle! Pour son parfum, vous comprenez... Maintenant que je n'y vois plus, je les sens encore plus les parfums vous savez... Je suis bien heureux qu'elle en ait mis un la Mireille, comme ça je me souviens... Quelle est la couleur de vos cheveux, vous mademoiselle?
- Ne pouvez-vous pas imaginer la couleur de mes cheveux de par le parfum qui s'en échappe?
- C'est que... hum. Châtains. Avec des nuances de brun... Ah ça me rappelle la nature, les clairières boisées... de l'âge que j'étais robuste comme un ours c'est que j'en voyais des paysages comme ça.
Elle avait de longs cheveux châtains, oui, parsemés de mèches brunes et voluptueuses. Elle sourit, même si le vieil homme ne pouvait le voir. Elle savait qu'il pouvait le sentir; et de fait, il lui rendit ce sourire au quintuple. La générosité du vieillard la touchait plus qu'elle n'aurait pu l'imaginer d'un inconnu. Elle jeta un rapide coup d'oeil à Antoine; comme toujours, il ne semblait rien ressentir. Ni amertume ni joie, rien. Comment pouvait-on être si égoïste...?
Pourtant, Antoine réfléchissait; son cerveau en ébullition, il savait qu'il devait faire quelque chose. C'était maintenant ou jamais.
Le vieil homme toucha doucement la main d'Alix et elle ne put retenir une larme qui roula lentement le long de sa joue alors qu'il reprenait sa route en chantonnant. C'est ainsi que tout le monde devrait être...
Elle sentit soudain une main empoigner son épaule; Antoine l'entraîna sur le trottoir, rapidement, sans un mot. Un sourire éclairait son visage et Alix ne put s'empêcher de rire au regard de son air décidé.
- Où m'emmènes-tu ?
Elle riait maintenant aux éclats, se laissant traîner par Antoine. Ils couraient presque.
- Mais on va où !?
Antoine s'arrêta brusquement et la regarda profondément. Troublée, elle ne dit rien.
- Faire une promenade en forêt, d'accord ? Ça fait si longtemps...
Alix avait son caractère. Elle laissait Antoine sur le bord du chemin et s'en alla rejoindre le vieux provençal!
"-Il ressemblait tellement à son grand-père! Elle s'interrogeait quant à l'attitude d'Antoine...
Antoine lui semblait trop égoïste jusqu'à cet instant précis. Elle ne s'en était jamais aperçue!... Là c'était tellement flagrant qu'elle préféra rompre immédiatement!
Elle était encore jeune. Envisager son avenir avec un défaut dont elle se doutait un peu... Elle n'en avait pas dit un mot, laissa passer parce qu'elle était amoureuse!
Elle préféra souffrir un peu que d'être blessée plus tard, alors elle se rendit compte qu'elle ne ferait plus aucun projet!
Antoine n'avait aucun égard... aucun émoi?
Où était la véracité de ses sentiments?
Même à mon égard?
Elle remontait sa longue mèche auburn qui lui tombait sur les yeux légèrement embuées de larmes. Elle renifla et se moucha bruyamment! Elle se sentait presque soulagée. Etait-ce un acte courageux?
Elle comprenait mieux pourquoi sa mère n'appréciait pas "son" Antoine!...
Elle courrait le long du trottoir et rejoignit le vieil homme...
Il ne se déplaçait même pas pour la rejoindre... Quelle importance Alix avait-elle pour Antoine?
Elle resta perplexe. Il s'en alla sans dire un seul mot!
Ce qu'on en a dit sur le moment
Nono, il n'est jamais trop tard pour relancer cette histoire que tu appréciais il y plus de quatre ans....
C'est ce qu'on appelle déterrer des vieux cadavres?...
C'est à voir...et à poursuivre!
Nono, il n'est jamais trop tard pour relancer cette histoire que tu appréciais il y plus de quatre ans....
C'est ce qu'on appelle déterrer des vieux cadavres?...
C'est à voir...et à poursuivre!


J'adore ce début d'histoire! Très prometteur!
Nono approuve!