Il était une fois un vagabond qui vivait avec deux choses: un agenda et un téléphone.

Un agenda et un téléphone...
Aventure · 11 chapitres · 6 plumes · écrite du 11 décembre 2005 au 28 juin 2007 · 913 lectures à l'époque
Que faire d'un agenda et d'un téléphone...
Seuls rescapés de sa vie d'avant. Il avait tout perdu en très peu de temps, son travail tout d'abord pour décentralisation, son appartement, sa femme. La rue l'avait accueilli sans bail, sans condition. Il avait gardé de ce passé un téléphone portable, sur lequel il ne pouvait composer que les numéros d'urgence, et un agenda, plein de ses rendez-vous d'avant associé à un carnet d'adresses et de téléphones du temps de sa vie active.
Ces deux objets étaient pour lui si précieux, du temps d'avant...
Mais aujourd'hui, il fallait survivre, se nourir, et se réchauffer. Dans la rue de Melbletown, il rassembla quelques branches humides, en vue de faire un feu. Par chance, il lui restait deux allumettes dans sa poche. Il saisit l'étui abimé, frotta la première allumette contre la surface marron et vit s'enflammer le petit bâton inflammable. Il l'approcha du tas de branches. Mais il savait qu'il n'irait pas loin avec ça. Il lui fallait du journal, ou du papier... Mais où en trouver ?
- Mon agenda...
En feuilletant les pages et en regardant les noms, Il tomba sur le nom Papoisse .
Papoisse était un de ses anciens clients, grossiste en papier d'emballage de poissons pour les marchés.
L'adresse le fit réagir promptement, "Papoisse ltd, 12 Melbletown street !"
Il étaient au numero 4623 !!
-"Papoisse, quel salaud ! la décentralisation, les licenciements, tout ça , c'est de sa faute !"
Il marcha longuement jusque devant le bâtiment de Papoisse ltd. C'était essentiellement des bureaux au-dessus d'un entrepôt de stockage.
Voir ce building rutilant l'enraga . Si seulement il pouvait récuperer du papier dans leur stock, il pourrait allumer son feu !!
L'idée du feu lui fit penser à son téléphone portable et sa possibilité d'appel de numero d'urgence.
Il composa le numéro des pompiers
-" allo les pompiers ? oui, bonjour, je vous téléphone depuis le 12 Melbletown street , je vois de la fumée sortir depuis un bâtiment " ....
- Nous arrivons immédiatement, donnez-moi votre numéro pour qu'on puisse vous joindre au cas où ça tournerait mal.
- Euh grrg grgrr gr déso - lé je n'entend pl - us rien.
Et il raccrocha. Il avait fait croire à des grésillements pour ne pas donner son numéro. En effet, les informations qu'il venait de donner étaient fausses.
Elles etaient fausses , certes, mais les pompiers ont le devoir absolu d'intervenir. Leur système de localisation des téléphones mobiles par triangulation, système généralisé de nos jours , leur permet de se rendre compte que l'appel venait bien des alentours du 12 Melbletown street !!
Notre vagabond réalisa malgré tout qu'il venait de commettre un délit !!
Se venger , oui , mais faire déplacer les pompiers pour cela non !!
Il rappella immediatement le Central des pompiers mais malheureusement, la batterie de son portable choisit ce moment pour rendre l'âme !!
Il venait de se mettre dans un beau pétrin. De toute façon, il lui était impossible à présent de faire marche arrière. Il fallait qu'il assume ses actes.
Assis sur un banc face à l'usine de Papoisse, il attendit.
Cinq minutes après, les pompiers étaient arrivés. Mais notre vagabond était tellement fatigué qu'il s'était endormi. Il ne put donc pas avertir les pompiers qu'il n'y avait pas de feu, pas d'incendie, et que tout était en ordre dans cette usine de papier d'emballage.
Comment donc avait il pu s'endormir ?
C'est une question délicate car généralement quand les pompiers arrivent sur ce qui est censé être un incendie, on les entend arriver de loin !
Les pompiers s'agitaient dans tous les sens à essayer de repérer le feu. Bien qu'aucun signe apparent ne laissait de doute quant à la présence d'un feu dans le bâtiment de Papoisse, un des pompiers hurla pour appeler ses collègues. En effet il venait de découvrir...
une salle remplie de travailleurs clandestins, la plupart étant des femmes devant leur machine à coudre!
" Mais c'est illégal! Le responsable de tout ce bordel va avoir de gros ennuis! Appelez la police! ".
Et oui, non seulement, Papoisse menait des affaires douteuses avec des poissonneries, mais il exploitait de pauvres gens pour amasser encore plus de bénéfices! Il n'avait pas changé. Toujours omnibulé par l'argent, l'argent et encore l'argent.
Mais comment avait-il pu en arriver là ? Plus jeune, il était un enfant modèle. Il ne mangeait jamais la bouche pleine et c'est peut-être pour cette raison qu'un jour tout a basculé.
Son père, un africain venant du Cambodge avait sa propre poissonnerie, mais n'arrivait pas joindre les deux bouts.
Le petit papoisse n'allait pas à l'école car il fallait qu'il aide son père. Aujourd'hui, il a deux fils, et il ne veut sûrement pas la même chose pour ses fils. Papoisse n'est pas un criminel, c'est un père.

