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Une larme couleur argent

Policier · 7 chapitres · 2 plumes · écrite du 16 mai 2006 au 25 mai 2006 · 598 lectures à l'époque

Ligne de conduite

Quel prix les hommes sont-ils près à payer pour un rêve ?

Koala 16 mai 2006 · 1

Appuyé contre la paroi, il attendait. Il avait déjà fumé trois cigarettes, là, sous ce petit auvent qui le protègeait à peine de la pluie. Il avait pourtant regardé miss météo faire sa prévision, mais parfois certaines choses ne peuvent être écartées. Ce message, il ne savait qui le lui avait envoyé, mais il avait réussi à émoustiller son instinct de vieux privé.
Alors, il attendait, grelottant, que daigne enfin se montrer son "homme". Car après tout, le mot ne disait pas grand chose, juste un rendez vous. Mais justement, les plus gros secrets sont les plus durs à révéler.
Et puis ce n'est pas comme s'il n'avait jamais essuyé pareil, voire pire, temps, dans sa jeunesse. Alors qu'une goutte qui glissait dans son dos, commençait à avoir raison de sa patience, il vit une ombre s'approcher. Sous un parapluie : une femme. Sans voir réellement la silhouette il l'aurait parié. Sans dire que les femmes sont plus "chochottes" que les hommes, elles arrivent toujours à faire entrer des tonnes de choses dans leurs si petits, et si coquets sacs, telles Mary Poppins. Les parapluies, en temps de pluie qui plus est, ne font pas exception à la règle.
Elle était plutôt mignonne, pas la trentaine, mais un regard qu'il n'avait guère vu souvent.
"Suivez-moi !" Ces paroles résonnèrent comme un ordre à ses oreilles, et loin de vouloir froisser le jeune femme, il la suivit.

Vronique 16 mai 2006 · 2

Suivre une femme jeune et bien faite, quoi de plus agréable, penseront les lecteurs masculins ? Oui, mais c'est sans compter le métier de notre fumeur. Il ne s'attachait pas à l'aspect sexy de la démarche ondulante devant lui, il dressait le catalogue des mensurations de sa future cliente. Pour les chaussures, il savait que la marotte des femmes était de porter des souliers trop petits. Pour les cheveux, il aurait juré qu'elle ne se teignait pas, pourtant pas une mèche ne dépassait du parapluie qu'il suivait. Les épaules et les hanches dénotaient d'une bonne ossature, mais la taille fine serrée dans la ceinture de l'imperméable montrait que la femme était sportive, sa démarche assurée bien que féminine montrait sa vigueur. D'après tous ces indices et bien d'autres encore comme sa manière de traverser les rues, il érigeait la personnalité de sa cliente et essayait de deviner comment elle travestirait sa silhouette si elle voulait passer inaperçue ou du moins ne pas être reconnue. Car oui les gens n'arrivent jamais à effacer complètement leur personnalité, même quand ils se travestissent.

Koala 16 mai 2006 · 3

Elle s'arrêta finalement à l'entrée d'un pub aux abords douteux. Repliant d'un geste sûr le parapluie, qu'elle secoua légèrement, elle poussa la porte. Majestueuse, elle alla s'asseoir, et toujours il la suivait.
"Monsieur Malley, je suis sûre que votre esprit a déjà élaboré des dizaines de sénarii. Faites-m'en part."
Sa voix était moins impérieuse, plus suave.
"Votre cher et tendre cherche compagnie ailleurs que dans vos bras."
Un regard souriant.
"Vous soupçonnez votre voisin d'être à l'origine de la mort de votre minou adoré."
Une moue amusée.
"Vous avez hérité d'une fortune, et vous souhaitez faire votre B-A en l'offrant à vieux chat d'égout comme moi."
Un sourire enjôleur. Mais elle ne répond toujours pas. Plus il la regarde, plus il voit en elle ce qu'il désepérait d'admirer chez les actrices d'Hitchcock, ces beautés froides, hautaines, mais qui d'une simple larme perlant au coin de la paupière, faisait se détourner un régiment entier de militaires.
"Au risque de vous décevoir mon affaire n'est pas cas de bonté...."
"Dîtes-moi toujours..."
Et comme pour s'apprêter à révéler le plus grand secret qu'elle n'eut jamais à porter, elle pencha sa tête, remplaçant une mèche de ses cheveux derrière son oreille, humecta ses lèvres, et fixa son regard dans celui de Malley.

Vronique 20 mai 2006 · 4

"Je dois vous confier d'abord une affaire moins délicate afin de voir comment vous allez vous en tirer. Ensuite, si vous me donnez satisfaction, nous pourrons passer à ce qui mine ma vie à un point que vous ne pouvez imaginer."
J'ai bu ma bière rousse en balayant la salle d'un regard panoramique. Ma mémoire enregistrait les traits et les gestes des clients, pendant que je tentais de calmer mon ego malmené par cette femme si sceptique quant à mes capacités de fin limier.
"Vous avez vu mes résultats, pourquoi tergiverser au lieu de passer directement à ce qui nous intéresse... et vous pourrit la vie?"

Koala 23 mai 2006 · 5

"Je ne confie pas ma vie à n'importe qui!"
Elle marquait un point. Il soupirait, et contraint d'accepter, il l'encourageait à poursuivre.
"Vous êtes quelqu'un de raisonnable, commença t-elle, alors, je voudrais avant toute chose que vous suiviez ma petite soeur, qui a, comment dire, des relations... particulières. "
Et voilà, il n'aurait jamais du donner son accord, il était relégué à la petite besogne maintenant : la filature. Il détestait ça.
"Et où je la trouve la petite soeur prodigue ?"
Elle lui tendit une photo et une adresse, elle avait tout préparé.
"Merci encore, je vous recontacte..."
Et se levant pour quitter le bar, elle adressa un dernier sourire, entre charmant et contenté au privé.

Vronique 24 mai 2006 · 6

Malley soupira. Tout ça pour ça! Décidément il était temps qu'il change de métier. Il ne jeta pas un oeil à l'enveloppe, se concentra sur son verre vide. Commanda un whisky pur malt et se plongea dans des réflexions moroses sur les différentes affaires qu'il avait réglées.
Pourquoi depuis plus d'un an n'avait il rien eu de vraiment motivant à résoudre? Dans le fond, Malley le savait bien, mais il ne voulait pas se l'avouer. Son affaire périclitait depuis que sa femme l'avait quitté. Elle était un très bon chargé de communication et elle maniait à la perfection l'art d'apâter les bons clients et de détourner les affaires stupides qui prenaient un temps infini à Malley sans satisfactions personnelles.
Il traîna longtemps dans le bar avant de rentrer au bureau.

Ce n'est que le soir qu'il daigna jeter un regard au portrait et à l'adresse donnés. Passablement éméché et assez flegmatique, il ouvrit l'enveloppe en soupirant d'ennui. Mais dès qu'il vit la photo, il bondit de sa chaise qui se renversa, devint tour à tour rouge, puis blanc, puis ouvrit la fenêtre et desserra son col de chemise.
Ca ne pouvait pas être vrai, pas ELLE !

Koala 25 mai 2006 · 7

Inspirant à grande bouffée l'air frais de la nuit, il passa une main sur son front. Front qu'il avait ruisselant. La petite rue populaire qui jouxtait son bureau ne connaissait jamais le repos. Par ici, le pub de motards, par là les prostituées, plus très jeunes, un peu plus loin le quai et son agitation continuelle. Cette vision généralement, le calmait. Mais ce soir, alors qu'ELLE revenait dans sa vie, rien ne pouvait l'apaiser.
Combien de temps s'était-il écoulé, depuis qu'il ne l'avait revue ? Des mois, des années ? Elle et sa jeunesse rafraichissante. Elle et son rire chantant. son sourire enjoleur, ses pommettes hautes et roses, ses yeux calins et chauds, ses mains fines et douces.
Lorsqu'elle avait disparu de sa vie, il n'avait pas tenté de la retenir. Ce petit oiseau épris de liberté serait alors mort, même dans une cage aussi dorée soit-elle.
Soudain une question se posa à lui. devait-il vraiment accepter cette affaire ? Etait-il en mesure de le faire ? Et surtout devait-il cacher le fait qu'il la connaissait à la commanditaire ?
Quand soudain son esprit de privé revint à la charge. Ce n'était sûrement pas par hasard. Elle savait. Elle connaissait leur histoire. Qu'avait-elle donc dans l'esprit ...Il devait avant tout éclairer ce point...

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