Le lendemain matin, à son arrivée au bureau après une nuit sans réel sommeil, McCray commença par se prendre un bon vieux café. Toute la soirée il avait cogité sur l'étrange cas de Lucas Malone mort sans plus une goutte de sang... Mu par une intuition dont il était coutumier, McCray avait même parcouru la wikipedia, sur Internet, pour tout apprendre sur la composition sanguine. Il avait ainsi noté que l'hémoglobine tenait sa couleur du fer. Sans savoir pourquoi, cette information lui semblait être la clef de l'énigme.
McCray finit par voir sur son bureau le rapport d'autopsie que lui avait fait parvenir Joe Warrens. Le coroner et son assistant avaient travaillé toute la nuit pour fournir un maximum d'éléments. Les conclusion étaient pour le moins étonnantes : le corps de Lucas Malone ne contenait pas de l'eau mais bien du sang... avec une hémoglobine dénaturée, c'est-à-dire dénuée de fer. Warrens ajoutait que le trou à la base de la nuque était vraisemblablement un orifice qui avait conduit à aspirer des fluides corporels. D'ailleurs, le rapport mentionnait la présence d'une gélule d'extrait d'ail dans l'estomac. Le principe actif de l'ail était connu pour fluidifier le sang.
Avec ce peu d'indices, McCray cherchait un lien, un mobile, en un mot : une explication plausible qui le conduirait à l'assassin. C'est alors qu'il bondit de son siège avec une idée, un peu farfelue mais qui pouvait expliquer bien des choses. Il se saisit du clavier de son ordinateur et après s'être identifié, il se connecta au site du FBI. Une rapide recherche lui permit d'obtenir un nom : GianCarlo Frattelli. Selon le FBI, Frattelli était une petite frappe de la mafia qui s'efforçait de prendre du galon dans l'organisation. Il avait déjà été arrêté trois fois pour divers trafics toujours assez innovants, susceptibles de lui ouvrir de nouveaux marchés. McCray décida d'aller lui rendre une petite visite ; il était intimement convaincu d'avoir résolu l'affaire.
La maison était cernée d'un mur d'une hauteur qui aurait mis en difficulté un basketteur de la NBA. D'un blanc immaculé, il évoquait une propriété méditerranéenne. Le portail en fer forgé noir était gardé par deux individus en costumes clairs. Leur décontraction apparente ne les empêchait pas d'être sur le qui-vive et d'avoir les mains tantôt à leur oreillette, tantôt à leur mitraillette en bandoulière. Une Lincoln bleue s'arrêta à leur hauteur sans hésitation. La vitre baissée, McCray interpella le lascar le plus proche.
- Inspecteur McCray, je dois voir GianCarlo Frattelli.
- Vous avez rendez-vous ? mâchonna le garde
- En effet, mais votre boss ne le sais pas encore...
- Vous êtes un comique vous, non ?
- Pas vraiment, mais j'imite bien les rigolos. Trêve de plaisanterie, dis à Frattelli que j'ai à lui parler.
Le garde baragouina dans son micro cravate et le portail s'ouvrit lentement. Sans attendre d'invite plus explicite, la Lincoln emprunta le chemin vers la villa.
GianCarlo Frattelli attendait McCray sur le perron. Il était petit et très mince, le genre nerveux par excellence. La Lincoln s'arrêta dans un léger crissement de pneus. McCray, fidèle à son style, fit semblant d'ignorer Frattelli feignant de le prendre pour un larbin.
- Où est Frattelli ? Demanda McCray à la cantonade
- C'est moi bordel ! Tu te fiches de moi ou quoi ?
- Tu es Frattelli ? Bizarre on m'avait parlé d'un type qui en imposait... J'ai dû confondre...
- Ouais c'est cela, je te connais toi. Tu joues au flic chanceux mais je te recommande pas ce style avec moi.
- Pourquoi, tu as moins de chance que moi ? Dit goguenard McCray.
- Arrête ça tout de suite ! Que veux-tu ?
- Je viens te parler de tes trafics en tout genre.
- Je ne vois pas de quoi tu causes.
- Allons, je sais que tu trempes dans le nouveau business, avec les Chinois.
- Quel business ?
- Le trafic de métaux. Tu sais bien que c'est le nouveau filon du moment avec la surconsommation chinoise de matières premières.
- Hein !? Mais qu'est-ce que je viens faire là-dedans ?
- Le FBI est bien renseigné : tu es le premier fournisseur de fer clandestin de l'état.
- Mais tu débloques ou quoi ?
- Tu connais un certain Lucas Malone ?
- Jamais entendu parlé.
- Tu aurais dû car figure-toi que ce petit jeune, mort hier mais ça tu le sais déjà, travaillais dans un laboratoire de physique moléculaire.
- Tu viens, chez moi, pour me parler d'un inconnu mort et m'attrister l'après-midi !?
- Arrête de jouer l'étonné Frattelli. J'en ai une bien bonne. Le sang de Lucas Malone a été retrouvé sans un atome de fer, c'est sûrement ce qui l'a tué. Figure-toi que ce fameux Lucas, dans le cadre de son job, a été exposé à des rayonnements radioactifs. Rien de bien méchant mais assez pour marquer tous les atomes de fer de son corps... Il me suffit donc de me balader avec un petit compteur Geiger dans les coins pour retrouver leur trace.
- Tu déjantes complet !
- Je te propose de vérifier tout de suite : j'ai un compteur dans la poche.
- Figlio di una cagna ! Je pensais avoir tout prévu pour une fois ! Personne n'aurait dû remonter jusqu'à moi. Mais tu n'es pas aussi malin que tu penses l'être. Hurla Frattelli en sortant un Beretta et en le braquant sur McCray.
Une détonation nette mit fin au bavardage du mafioso qui s'écroula une main à l'épaule droite.
- Bien visé Mike, chuchota McCray dans son micro portatif.
- Je suis toujours là pour t'épauler ! Répondit Mike Donovan, perché sur le mur d'enceinte.
- Une très bonne blague Mike, je te félicite.
- Le SWAT est là au grand complet, les gusses de l'entrée sont ligotés.
- Très bien, je crois que Frattelli a implicitement avoué par son geste.
- Oui c'est clair et puis, on a l'enregistrement de votre conversation.
Le Special Weapon And Tactics avait pris possession de la résidence de Frattelli. Ce dernier, bien que blessé, avait déjà les menottes aux poignets.
- Encore une enquête et une opération rondement menées. Se félicita McCray.
Frattelli le regardait l'œil mauvais.
- Tu sais Frattelli ? Tout ce que je t'ai dit à propos du compteur Geiger et des radiations... C'était du bluff ! Ce sont tes nerfs qui n'ont pas tenu.
- Figlio di una cagnaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !