Avant de quitter la pièce, il lui jeta un dernier coup d'oeil. Elle semblait en paix, aucune ligne d'expression n'apparaissait sur son doux visage. On aurait même pu croire qu'elle souriait aux anges tellement son visage était serein.
Il tourna les talons, mais s'arrêta net. Il avait oublié quelque chose d'important. Il fouilla dans son sac et en sortit une marguerite qu'il alla déposer entre les mains jointes de sa victime.
- Repose en paix, mon ange !

Horreur des samedis en février 2008
Gore & Horreur · les samedis · 6 chapitres · 3 plumes · écrite du 2 février 2008 au 1 mars 2008 · 610 lectures à l'époque
C'est alors qu'il s'aperçut d'une sorte de tressautement au niveau des tempes de sa bien aimée défunte. Cette impression fugace l'amena à toucher le corps qu'il constata plutôt chaud. C'était impossible ! Dans élan plein d'espoir il se mit à lui parler :
- Janice ! Ma Janice, tu es vivante !? Ce serait merveilleux...
Il fut interrompu par une voix très aiguë :
- Je ne suis pas Janice mais je veux que tu me serves corps et âme.
- Je..que...mais qui êtes-vous ?
- Qui je suis n'a pas d'importance pour toi pas plus que n'en avait Janice. Tu t'es servi d'elle comme tu t'es servi des autres avant. Quand elles ne t'apportaient plus rien, tu t'en débarrassais comme de vieilles chaussures.
- Ce n'est pas vrai, j'abrégeais seulement leur souffrance, je les empêchais de souffrir inutilement.
- Que de bonté mon cher ! Pour un instant, on croirait entendre parler l'Ange de la Miséricorde, mais vois-tu, moi j'ai d'autres plans pour toi. A compter d'aujourd'hui, je vivrai à travers toi, nous ne ferons qu'un.
- Comment ? demanda -t-il tout à coup intéressé. Il sentait son esprit démoniaque se réveiller et l'idée être habité par un esprit plus démoniaque encore lui plaisait. Il savourait à l'avance la lutte sans merci que ces deux âmes se livreraient. Il sentit un picotement familier lui parcourir l'échine. Il se pencha, posa sa bouche sur les lèvres du cadavre et aspira de toute ses forces.
La bouche de Janice s'ouvrit démesurément dans un craquement, celui des machoires qui se se brisaient sous l'effort. Son corps se cabra et s'arc-bouta dans une position intenable. Des spasmes animèrent de manière désordonnée les membres de Janice. Les deux corps presque enlacés s'embarquèrent dans une parodie de danse sur la table. Au fur et à mesure, celui de Janice se flétrissait et celui de Conrad... évoluait.
Après quelques minutes, le silence et le calme régnait à nouveau. Il ne subsistait de Janice qu'un amoncellement de substances organiques. Quant à Conrad, il se relevait péniblement. La difficulté venait de ses nouvelles capacités, il faut dire qu'il avait beaucoup changé...
Désormais Conrad disposait d'une paire d'ailes qui évoquaient celles des chauves-souris. Elles se terminaient par de petites serres. Le changement opéré était sidérant. L'esprit même de Conrad n'était plus le même et quelque part, cela protégeait son équilibre psychique. Jamais son moi profond n'aurait pu accepter ce qu'il était devenu.
En dehors de ces ailes, il était plus trapu qu'avant. Il était devenu très lourd, comme s'il pesait une tonne. Ie volume qu'il avait pris avait eu raison de ses vêtements qui gisaient en lambeaux à ses pieds. Son visage avait dégénéré vers celui d'un singe cynocéphale, une sorte d'intermédiaire entre un babouin et un mandrill. Ses yeux avaient migrés de plusieurs centimètres au fond de son crâne sous des arcades sourcilières saillantes et pileuses.
Il sentait en lui une vigueur inhumaine, une envie de liberté, une sensation de claustrophobie, un besoin d'air vivifiant. Cette soif inextinguible le poussa vers la fenêtre de la pièce. Elle donnait sur les buildings avoisinants. Au dehors, dans la nuit qui baignait la ville, derrière chaque fenêtre allumée, la vie continuait. Conrad avait envie de prendre de la hauteur et d'admirer la cité depuis le ciel étoilé. Il empoigna le cadre de l'ouverture et s'élança au travers de la vitre, arrachant quasiment toute la fenêtre. Pendant que plusieurs kilos de débris tombaient sur la chaussée, une dizaine d'étages plus bas, Conrad déployait ses ailes et entamait sa nouvelle vie, celle d'une gargouille au-dessus de Paris...

