Le corps gisait là par terre dans le salon. Aucune fenêtre fracturée, aucune empreinte dans la maison.
Le commissaire Pilpoil avait beau tourner et retourner la situation dans sa tête, l'affaire s'annonçait compliquée.
Quelques heures plus tôt, branlebas de combat au commissariat lorsqu'un pigeon voyageur était venu taper du bec à la fenêtre de son bureau. Un simple petit morceau de papier attaché à la patte: "Il est chez lui, au 44 de la rue Morphée et il est mort".

Policier des mardis en février 2008
Policier · les mardis · 11 chapitres · 4 plumes · écrite du 5 février 2008 au 3 mars 2008 · 546 lectures à l'époque
Le message était écrit avec des lettres prises dans divers magazines. Le commissaire Jean-Pierre Pilpoil, véritable héros de la police belge depuis l'affaire dite du "traquenard" qui avait défrayé la chronique l'an dernier, avait rapidement constitué une équipe de fins limiers pour cette nouvelle enquête. Il était entouré des inspecteurs Fred Lamasure et Rémi Roué. Le premier était un grand échalas grisonnant et le second un jeune type massif voire trapu.
Les trois hommes étaient maintenant dans le jardin à la recherche du moindre indice. JPP (comme le surnommaient ses équipiers) avait déjà fait trois ou quatre fois le tour de la maison lorsque son regard fut attiré par un objet brillant dans les massifs de rosiers.
- Fred, Rémi, venez ici, y'a quequ'chose!
Rajustant les manches de son blouson pour éviter les épines acérées, JPP se fraya un chemin entre les roses blanches.
L'odeur de la terre humide se mêlait au parfum des roses. JPP sentit ses narines chatouiller et il maîtrisa un éternuement. Là, dans la terre mouillée se trouvait une petite boîte recouverte d'un petit miroir sur sa surface supérieure, les rayons du soleil de midi s'étaient frayé un chemin à travers le massif et se reflétaient dans cette minuscule surface comme si leur tâche était de faire découvrir cette petite boite. Elle était presque enfoncée dans la terre et semblait être là depuis longtemps.
La boite était partiellement oxydée ce qui témoignait de sa relative ancienneté. Un petit ergot dépassait sur le côté. En l'activant, JPP déclencha un mécanisme qui permit l'ouverture du boitier. A l'intérieur, les policiers découvrirent un nouveau message écrit en lettres de magazine : "Je vois que vous cherchez dans le jardin mais ce n'est pas là que vous me trouverez.".
Par acquit de conscience, la crim' passa au peigne fin tout le jardin sans plus trouver aucun indice. Le message semblait dire la vérité.
- Il faut réétudier le passé de la victime. Dit JPP.
- Tu penses qu'on a oublié un truc ? Demanda Rémi.
- C'est certain à moins que le crime soit complètement gratuit et que le tueur n'ait aucun lien avec la victime.
- Je rentre à pied, dit JPP à son collègue, rentre au bureau et vois avec Fred ce que tu peux trouver dans le passé de la victime.
Rémy savait que son collègue et ami avait chaque fois besoin, après la découverte d'un cadavre ,de se retrouver seul pour accepter cette nouvelle mort. Et dans ce cas, l'assassin les narguait et semblait vouloir jouer avec leurs nerfs.
JPP sortit du jardin et emprunta la rue de Morphée. Il y avait peu de circulation, ce n'était pas encore l'heure de pointe. La rue était bordée de maisons hautes, aux façades grises, la couleur des fenêtres et des portes s'écaillait, de temps en temps ça et là un bac de fleurs sur un appui de fenêtre tentait de mettre un peu de gaieté dans ce quartier pauvre. A l'angle de la rue de Morphée et de la rue de l'enfer se trouvait un petit bistro. La porte était ouverte et le brouhaha des conversation se faisait entendre. JPP y pénétra, se dirigea vers le bar, commanda une bière bien fraîche.
- "Nan, y reviendra pas puisque j'te dis qu'il est mort ! Y'a des flics partout qui tournent autour d'la maison"
-"Ah ouais et comment qu'on fait maintenant, alors?"
Jean-Pierre Pilpoil tendit l'oreille pour essayer de capter la fin de la conversation mais le brouhaha général était d'un tel niveau sonore qu'il ne put qu'entendre la dernière phrase prononcée par le jeune garçon accoudé au comptoir :
- C'est malin, juste au moment où ça commençait à devenir intéressant !
JPP n'eut pas le temps de réagir que déjà le jeune homme avait quitté "le bar à histoires" (tiens, pourquoi ce nom d'ailleurs ?)
JPP paya immédiatement la consommation qu'il n'avait pas eu le temps d'entamer et se lança sur les talons du jeune homme. Au préalable, il avait rapidement identifié l'autre personne de la discussion furtive : Albert Lebrecht dit la Figure. Cet homme au palmarès carcéral impressionnant n'était autre que le tenancier du bar...
Le jeune homme marchait d'un bon pas, la tête dans les épaules, les yeux rivés sur les bouts de ses santiags. Jean-Pierre Pilpoil se figurait qu'il était préoccupé et qu'il ne vérifierait pas s'il était suivi. En effet, la filature fut d'une simplicité enfantine. Après dix minutes de marche, le jeune garçon interlope s'arrêta devant une armurerie et décida, sans la moindre hésitation, d'y pénétrer. JPP préféra rester aux aguets à l'extérieur mais il ne perdait rien de ce qui se passait dans le magasin...
La conversation semblait très animée entre l'armurier et le jeune homme. Ce dernier ne cessait de gesticuler et soudain, il frappa de son poing le comptoir. L'armurier, surpris, fit un pas en arrière et un signe de tête. Le jeune sortit alors de son manteau un sac de papier brun qu'il glissa sur le comptoir. L'armurier saisit le sac sans quitter l'autre des yeux, l'ouvrit et son visage perdit toute couleur. Il posa une liasse de billets sur le comptoir que le jeunot s'empressa de mettre dans ses poches et sans demander son reste, il s'enfuit en courant.
- Alors, c'est quoi ? Quel calibre ? .... Dépêche toi l'armurier, j'ai pas la journée !
JPP se tenait appuyé sur le comptoir, le même comptoir sur lequel quelques minutes plus tôt avait eu lieu l'échange avec le gamin.
" Je ne sais pas de quoi vous parlez... le jeune y voulait juste... y voulait...
- Ouais je sais y voulait juste te refiler l'arme du crime ! Alors vas-y, dis moi c'que tu veux savoir !
- Vous faites erreur, m'sieur ! Y voulait juste que j'prenne un truc pour lui en dépôt. J'peux même vous montrer..."
JPP fit un pas en arrière quand l'armurier attrapa le sac en papier. Le gros gars rougeaud devant lui fit un geste de la main et sortit délicatement le contenu du sac.
Pilpoil ne comprit pas tout de suite et resta éberlué en apercevant une liasse de feuilles retenues entre elles par une grosse pince. Il attrapa la pile de papier et lut en première page: 'Le mystère de la rue Morphée'.
Il s'agissait de plusieurs listes de feuilles remplies de notes tapées à la machine, certaines avec des annotations manuscrites, classées par couleurs et insérées dans des chemises en platique transparent. Pilpoil se dit que cela ressemblait à l'ébauche d'un roman mais en y regardant de plus près il se dit que cela ressemblait plutôt à des rapports médicaux. Il regretta un instant d'avoir envoyé Rémy aux archives. Ses jambes d'athète lui auraient permis de rattrapper sans peine le fugitif. Pour se consoler, il se dit que Rémy aurait sans doute découvert quelque chose aus archives qui étaient sans conteste les plus fournies du département .
- Vous êtes prié de rester à notre disposition, dit-il à l'armurier qui n'en menait pas large. Cet homme transpire sa trouille, se dit JPP. Je vous attends au commissariat demain matin huit pétentes.
Il sortit sans fermer la porte que l'armurier s'empressa de fermer à double tour. JPP héla un taxi pressé de montrer sa trouvaille au médecin légiste surnommé gentiment par ses collégue de la crime "LE DEPECEUR ", surnom qu 'il assumait avec une certaine fierté .
- Je n'ai pas encore terminé l'autopsie, dit-il en voyant surgir JPP.
- Laisse plutôt tomber pour le moment, lui répondit celui-ci et occupe toi plutôt de me déchiffrer ce charabia. Passe la nuit s'il le faut mais j'aimerais tes conclusions demain matin .JPP passa un instant au premier pour voir si Rémy avait découvert quelque chose sur la victime C'était quelqu'un de solitaire qui sortait très peu de chez lui, n'avait pas l'air d'avoir un travail régulier. Casier judiciaire néant. Une particlarité cependant, il s'absentait chaque première semaine du mois.

