Vingt-deux heures trente, Joséphine se prépare à passer sa nuit de veille à la maison de repos "Le clair séjour "
- Nous avons une nouvelle pensionnaire, chambre vingt-trois, tout est noté dans la cahier, lui a lancé Manon sa collègue en enfilant son manteau, elle lui avait envoyé un baiser de la main et s'était engouffrée dans l'ascenseur. Joséphine, comme chaque soir la voyait partir avec angoisse. La double vie de Manon lui faisait peur. Elle était amoureuse du tenancier d'un bar mal famé et Joséphine avait la certitude qu'il lui arrivait de se prostituer.
Elle chassa ses sombres pensées, décida de commencer sa ronde par la chambre vingt-trois, au passage elle entendit les ronflements d'Eugéne et cela la fit sourire. Il y avait encore de la lumière dans la chambre de la nouvelle pensionnaire, la porte était entrouverte.

Policier des mardis en mars 2008
Policier · les mardis · 8 chapitres · 4 plumes · écrite du 4 mars 2008 au 3 octobre 2008 à 09h16 · 504 lectures à l'époque
- Tout va bien ma petite dame ?, dit-elle en ouvrant la porte non sans avoir discrètement frappé à la porte. La nouvelle venue était assise sur son lit, les mains posées bien à plat sur la couverture, les jambes ballantes, les pieds chaussés d'horribles pantoufles à carreaux. Elle était vêtue d'une chemise de nuit en pilou rose avec pardessus une liquette de laine bleue. Ses cheveux gris étaient coupés très courts, une coupe moderne, se dit Joséphine .
- Bonsoir Marie comment allez-vous ?
Marie sembla s'apercevoir que quelqu'un lui parlait, elle leva la tête et ôta les écouteurs de ses oreilles et regarda Joséphine d'un regard timide .
- Moi c'est Joséphine ! Je suis la veilleuse de nuit...Bienvenue au Clair Séjour ! annonça Joséphine d'un ton chaleureux.
La petite mamie lui faisait un peu pitié assise sur son lit à ne savoir que faire dans ce nouvel environnement.
Joséphine espérait que lorsqu'elle serait vieille à son tour, ses enfants et petits enfants l'aideraient à rester le plus longtemps possible chez elle...Non pas que la maison de repos soit désagréable, au contraire, le personnel fait tout pour que les hôtes se sentent à leur aise... Mais simplement qu'à l'âge de raison elle préfèrerait vivre avec ses souvenir dans sa maison à elle... Pas dans ces mouroirs aux noms souvent édulcorés.
- Si vous avez besoin de quoi que ce soit n'hésitez pas à m'appeler avec le petit interrupteur à côté de votre lit, murmura-t-elle avec un sourire de compassion. Passez une bonne nuit Marie !
Elle referma la porte et entendit la vieille dame sangloter. A chaque fois ça lui déchirait le cœur... Et c'était toujours comme ça. Les nouveaux arrivants avaient toujours le souvenir de leur vie d'avant...de l'époque où ils étaient à la fois autonomes et entourés de tout un monde. L'arrivée en maison de repos signifiait souvent pour eux la fin d'une liberté qu'ils perdaient définitivement et surtout l'abandon de leur passé. A elle et aux autres employés, maintenant de faire en sorte que Marie s'intègre dans son nouvel environnement.
Elle repasserait devant la chambre de Marie lorsqu'elle aurait fini sa tournée d'inspection. Joséphine savait bien que Marie ne trouverait pas le sommeil cette nuit dans cette chambre étrangère...Elle ne put s'empêcher de penser au précédent occupant, parti il y a seulement quelques jours... et aussi aux dizaines d'autres qui l'avaient précédé... Foutu métier!.. Et pourtant si nécessaire... C'est sûr, elle repasserait voir Marie un peu plus tard.
Vers deux heures du matin, alors que l'inspection prenait fin et que le bâtiment entier dormait paisiblement sous l'effet des doses massives d'antidépresseurs; Joséphine s'engagea silencieusement dans le couloir qui menait à la chambre de la nouvelle arrivante. Elle se planta à la porte et colla son oreille. Elle s'attendait à entendre les sanglots étouffés et les reniflements habituels.. Mais rien ne vint...Même pas le ronflement léger d'une personne assoupie...Peut-être lisait-elle...Non ! Pas de rai de lumière sous la porte ! Inquiète, Joséphine appuya doucement sur la poignée, entrouvrit la porte et glissa la tête dans la chambre obscure et étrangement silencieuse...
Elle trouva Marie assise dans la salle de bains en train de... en train de taper frénétiquement sur un clavier d'ordinateur!
A la vue de Joséphine, la vieille dame referma l'ordinateur, lui adressa un large sourire qui sonnait un peu faux.
- Je... J'écris mes mémoires, vous comprenez!
Joséphine n'y comprenait rien du tout et se demandait bien comment quelqu'un pouvait passer des larmes à un tel enthousiasme. De plus il semblait que la tisane qu'elle lui avait apporté quelques heures plus tôt n'avait produit aucun effet. Marie avait l'air parfaitement réveillée et lui semblait même beaucoup moins âgée que quelques heures plus tôt.
Décidément certains pensionnaires étaient bien étranges.
Elle s'excusa et ressortit de la chambre 23.
En parlant de choses étranges, Joséphine ne put à ce moment s'empêcher de penser à Manon.
Elle ne savait pas grand chose de son histoire avec le propriétaire du bar mais était néanmoins sûre que des choses pas très jolies arrivaient à sa collègue et amie.
Depuis qu'elle avait rencontré ce ..., comment s'appelait-il déjà... ah oui, ce Paul, Manon avait changé. Sa bonne humeur avait disparu et elle se montrait beaucoup moins compatissante et patiente avec les patients. Joséphine se dirigeait maintenant vers le coin cuisine attenant à son bureau. Une drôle d'idée lui trottait soudain dans la tête et elle s'arrêta au bureau pour vérifier le registre de soins. Il s'agissait d'un gros cahier noir dans lequel étaient consignés tous les médicaments donnés aux pensionnaires en dehors des prescriptions quotidiennes des médecins. Malheureusement, ses craintes furent confirmées. La signature de Manon apparaissait par deux fois sur le registre. Deux sorties de stock d'un puissant somnifère étaient consignées pour les chambres 18 et 21.
Joséphine savait que cela était interdit. Au delà d'un certain type de produits, les infirmières ne devaient pas prendre la responsabilité d'une telle médication. L'affaire de la villa bleue n'était pas si loin...
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Chers lecteurs et contributeurs,
Il est temps pour vous de comprendre le petit jeu mis en place par Martine et moi-même. Jetez un coup d'oeil à l'histoire du mercredi!!!
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Il fallait qu'elle agisse sinon Manon allait avoir de gros ennuis. Sa vie affective allait déjà mal, elle n'allait pas la laisser s'enfoncer. Elle fouilla dans son sac à la recherche de son portable. Mieux valait ne pas utiliser la ligne de l'établissement. Le numéro de Manon figurait en première place dans son répertoire et il ne fallut que quelques secondes pour que la sonnerie s'enclenche. Cela sonnait, sonnait et Joséphine trépignait d'impatience.
- Réponds, je t'en prie ! Le répondeur se mit en marche Bonjour, Manon vous...............la messagerie fut tout à coup interrompue, des paroles incohérentes mêlées de gros sanglots se firent entendre.
- Manon, c'est toi ? demanda Joséphine paniquée. Calme-toi, je t'en prie.
Soudain un cri puis plus rien. La communication fut coupée.
Elle ne pouvait pas rester là sans rien faire mais ne pouvait pas non plus quitter l'établissement.
Il fallait qu'elle trouve une solution.
La porte du bureau s'ouvrit et Joséphine aperçut la vieille dame de la chambre 23. Enfin, il serait plus juste de dire qu'elle reconnut la personne qui se tenait devant elle à sa coupe de cheveux. Pour le reste, Marie ne ressemblait plus du tout à la vieille dame rencontrée quelques heures plus tôt. Vêtue d'un jean et d'une large chemise en lin Marie s'avança vers Joséphine.
- Je n'ai pas le temps de tout vous expliquer Joséphine. J'ai entendu votre communication avec Manon et je crois comprendre qu'elle a des problèmes. Je peux vous aider si vous me faites confiance.
Joséphine, sous le double choc, s'appuya contre le mur... Manon, son amie...Et cette vieille dame d'un seul coup moins vieille... Tout se mélangeait !
« Joséphine ! Réagissez ! » cria Marie en secouant doucement l'infirmière de nuit par les bras. « Où est Manon ? »
Manon...Paul...Le bar...Un éclair de lucidité traversa Joséphine. Il fallait aider Manon.
« Le bar de son ami... » articula-t-elle.
« Alors guidez moi là-bas ! Ma voiture est garée à deux rues d'ici ! » Répondit l'enquêtrice en tirant Joséphine pour la décoller du mur. « Dépêchons nous...Manon est en danger !... Je vous expliquerai plus tard le pourquoi de tout ça ! »
Joséphine se laissa guider dans l'obscurité silencieuse des couloirs sombres. Dans le tumulte de ses pensées, elle fut prise un instant de remords à laisser les occupants sans surveillance, pour finalement réaliser pour de bon que la vie de Manon était en jeu...et donc prioritaire sur tous ces grabataires endormis... Les surdoses de somnifères administrés à certains patients...Marie l'usurpatrice inconnue...Les cris de son amie... Et cette inconnue qui veut l'aider...Trop de pièces éparses d'un puzzle inquiétant!
Elles sortirent au pas de course de l'établissement par la porte des cuisines. Il avait plu et les terre-pleins engazonnés brillaient sous l'œil cyclopéen des réverbères. Marie, qui courait devant, obliqua soudainement dans une rue perpendiculaire et s'arrêta à côté de la portière d'une voiture pour y glisser une clé. Elle s'engouffra au volant et ouvrit à Joséphine qui s'assit sur le siège passager.
« Où il est ce bar ? » demanda la conductrice en lançant le moteur.
« A vingt minutes d'ici...La ville la plus proche ! » articula Joséphine en reprenant son souffle. « Vas-y... Je te guide ! »
Marie démarra bruyamment. Les maisons éclairées par les lampadaires défilaient à un rythme endiablé puis d'un coup la voiture fut plongée dans l'obscurité. Elles étaient sorties du village et à présent seul le faisceau des phares éclairait la route sinueuse.
« Et maintenant dis-moi qui tu es vraiment ! » demanda Joséphine qui avait repris du poil de la bête et profitait de l'obscurité pour questionner Marie.
L'enquêtrice pris une profonde inspiration et raconta le pourquoi de son investigation dans cet établissement. Joséphine comprit et sentit en elle monter un malaise...Elle se sentait épiée, trahie, surveillée dans son travail, comme si elle avait quelques chose à se reprocher alors qu'elle s'était toujours dévouée à ce travail...Mais au final ce n'était pas sans raison... Les irrégularités du registre des administrations médicamenteuses sans ordonnance le démontraient.
Le cœur rempli de désespoir, d'angoisse et de honte, Joséphine fixait la route. D'énormes trombes d'eau inondaient le pare-brise et les essuies glaces sur la vitesse maximum arrivaient à peine à évacuer l'eau.
Le risque d'aquaplaning et le manque de visibilité rendaient le parcours dangereux. Marie ne semblait pas s'en soucier. Certes, elle conduisait bien mais de temps en temps elle se tournait vers Josèphine pour lui poser une question ou observer ses réactions .
Joséphine était livide, elle se tenait droite, le bras droit levé, sa main crispée sur la poignée au dessus de la vitre, l'autre main fermée sur son genoux gauche qui semblait battre la mesure aux rythme des essuies glaces. Les jointures de ses doigts étaient blanches.
Marie se demanda si elle l'entendait. Elle posa sa main sur l'épaule de Joséphine pour la rassurer un peu
-"Joséphine réagissez !! Nous devons être capable d'aider Manon."
Joséphine sembla sortir de sa torpeur.
-"Oui!" Dit-elle d'une voix tremblante." Nous ne serons que deux."
Elle venait de terminer sa phrase quand elle sentit que la voiture zigzaguait, Marie crispée sur le volant tentait désespérément de redresser mais ne put éviter l'énorme platane qui arrivait vers elles à une allure vertigineuse. Ce fut le choc. Toutes deux perdirent connaissance. Elles avaient heureusement déjà repris conscience lorsque une grosse camionnette rouge s'arrêta. Les secours furent sur place en peu de temps. Les événements s'enchainèrent alors très vite.
Dès lors les évènement s'enchaînèrent rapidement .La police fût envoyée sur place pendant qu'un médecin examinait Marie et Joséphine .Le bar était encore ouvert .Il y régnait une chaleur suffocante et des volutes de fumée remplissaient l' espace .Un homme était affalé sur la table du fond et ronflait .Trois autres individus et une femme à l' allure vulgaire étaient accoudés au bar.
Le patron essuyait nerveusement les verres,derrière lui se trouvaient un miroir tout piqueté ainsi qu'une rangée de verres.L'homme était grand et massif .Son visage était ordinaire mais ce qui frappait c'était le regard .Un regard dur , des yeux noirs surmontés d'épais sourcils couleur poivre et celle tout comme son épaisse moustache .Le miroir derrière lui renvoyait l' image de son cou massif et de ses cheveux gras qui bouclaient dans sa nuque .Ses grosses mains étaient garnies de bagues .Il était pressé de voir s'en aller les derniers consommateurs , jetait des coups d'œil fréquents vers l' horloge murale dont les aiguilles indiquaient minuit et demi , et vers une porte au fond du café .Il s'y rua immédiatement lorsque la police fit éruption dans le local.Un jeune policier fût plus rapide et tandis qu'il le maîtrisait, ses collègues entraient dans la pièce .L'endroit était exigu , meublé seulement d'une table et deux chaises ainsi qu' un vieux sofa . Manon était y étendue , inconsciente .Elle avait été rouée de coups .Ses yeux étaient noirs ,sa lèvre fendue , il y avait des traces de sang sèché partout .Elle reprit connaissance et arriva à murmurer -il faut l' arrêter ....... C'est déjà fait ma petite dame lui dit l' agent .L'ambulance arriva presque aussitôt et emmena la pauvre Manon qui fût bien étonnée d'y trouver les occupantes qui y étaient déjà .Elles furent installées pour une nuit dans la même chambre commune .Les médecins n' avaient rien constaté de grave mais avaient préféré les garder une nuit.qu'elles mirent à profit pour commenter leur mésaventure .Elles ne s'endormirent qu'au petit matin , épuisées et après formulé l' espoir que l' enquête progresserait rapidement .

