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Psychologie des mercredis en mars 2008

Psychologie · les mercredis · 10 chapitres · 2 plumes · écrite du 5 mars 2008 au 9 avril 2008 · 537 lectures à l'époque

Caco 5 mars 2008 · 1

Vingt deux heures trente. Marie était assise dans son lit blanc. Cette maison de repos ("Le Clair Séjour") lui avait été recommandée par plusieurs de ses collègues. Elle était là pour une raison bien précise et il ne fallait surtout pas qu'elle se fasse démasquer.
Elle avait rencontré l'infirmière de jour en arrivant (Manon) et savait que celle qui assurait le service de nuit n'allait pas tarder à montrer le bout de son nez. Sciemment, Marie avait laissé la porte de sa chambre ouverte, se doutant bien que l'infirmière de garde ne manquerait pas de s'arrêter pour vérifier que tout allait bien.

Clothilde 5 mars 2008 · 2

Marie avait beaucoup réfléchi avant d'accepter cette mission et il lui avait fallu de longs mois de préparation. Elle avait dû se résoudre à afficher un air que sa cinquantaine toute fraîche ne lui donnait pas encore et si la ménopause se pointait à l'horizon, elle était encore pétillante de jeunesse et de fraicheur. Elle avait gardé une jolie silhouette, le coiffeur faisait des merveilles avec ses balayages réguliers. Elle avait dû se résoudre à montrer ses cheveux gris, accentuer ses rides au moyen d'un savant maquillage, abandonner ses petites jupes sexy, ses jeans moulants. Elle avait dû adopter les manières d'une vieille, démarche hésitante, simuler des troubles de la mémoire. Ce qui lui manquait plus c'était le regard des hommes. Plus personne ne se retournait sur son passage. Le comble avait été la chaise roulante qu'on lui avait avancé au moment de son entrée à la maison de repos. Elle avait joué son rôle à la perfection.
Quelqu'un passa la tête par la porte et vint interrompre ses pensées
- Tout va bien, ma petite dame ? lui demanda Joséphine.

Clothilde 12 mars 2008 · 3

Marie ôta ses écouteurs et ajusta ses lunettes afin d'observer la nouvelle venue, essayant de voir dans son regard si elle pouvait s'en faire une alliée ou si elle devait s'en méfier. La personne était grande, ses cheveux roux et bouclés difficilement retenus en une queue de cheval. Elle avait un visage avenant parsemé de taches de rousseur et ses yeux bleus étaient pleins de gaieté. Marie se sentit mieux .

Caco 12 mars 2008 · 4

Il fallait maintenant qu'elle commence à glaner les informations dont elle avait besoin pour son article. Pas facile néanmoins de lancer le sujet... Elle devait découvrir si ici, comme dans d'autres maison de repos dont la presse avait fait allusion récemment, certains patients étaient maintenus volontairement en état de soumission médicamenteuse de manière à les garder le plus longtemps possible et à assurer de copieux revenus à l'établissement. Deux de ses collègues avaient déjà mis à jour telle escroquerie à la "Villa Bleue", maison de repos également située quelques villages plus loin.
- Avez vous besoin de quelque chose? demanda Joséphine
- Je m'appelle Joséphine et je suis l'infirmière de nuit, n'hésitez pas à utiliser la sonnette si besoin.

Clothilde 12 mars 2008 · 5

Marie saisit là l'occasion de commencer ses investigations .
- S il vous plaît, pourriez vous me donner quelque chose pour dormir, c'est ma première nuit ici et je n'arrive pas à trouver le sommeil. Je suis désemparée, si triste à l'idée de me trouver ici. Joséphine lui caressa la main en lui répondant :
- Nous n' avons pas l'autorisation de donner des médicaments sans avis médical et je n'ai pas lu votre dossier. Voulez vous une tisane ? Nous en préparons spécialement une pour le soir d'un pouvoir soporifique excellent, rien qui ne soit naturel .
- Pourquoi pas, répondit Marie qui avait horreur de ce breuvage au justement de médicament.

Clothilde 19 mars 2008 · 6

Marie regarda sortir Joséphine, elle avait du mal à imaginer que cette personne si chaleureuse pouvait avoir un lien avec cette grosse société de médicaments sur laquelle elle menait cette enquête. Mais son expérience lui disait aussi que les apparences étaient souvent trompeuses. En tout cas, ce n'était certainement qu'un maillon de la chaîne. Marie eut le pressentiment que l'enquête serait longue et difficile. Bien loin d'imaginer ce qui préoccupait l'esprit de Marie, Joséphine préparait la tisane. Elle avait branché la bouilloire électrique, l'odeur des plantes lui chatouilla les narines lorsqu'elle ouvrit la boite et elle se demanda une nouvelle fois quelles plantes pouvait contenir ce curieux mélange. Cela arrivait en vrac chaque semaine et apparemment les pensionnaires en étaient friands. Elle versa l'eau dans la tasse et en profita pour se préparer un café soluble, cette fois l'arôme lui chatouilla agréablement les narines. Elle s'empressa de porter la tisane à la pauvre Marie qui lui avait paru si désespérée. Elle l'a trouva toujours assise sur le bord de son lit, elle avait remis ses écouteurs.
-Voilà votre tisane, lui dit Joséphine en entrant, attendez un peu avant de la boire car c'est encore très chaud, ajouta-elle. Elle posa la tasse blanche bordée de petites fleurs sur la table de nuit et embrassa Marie en lui souhaitant bonne nuit. Marie attendit un peu puis prit la tasse entre ses mains, c'était chaud en effet, elle mit le nez au-dessus et renifla avec une moue de dégoût, se leva, prit un petit récipient caché au fond de son tiroir sous ses mouchoirs blancs et y versa un peu du breuvage, après l'avoir bien fermé, elle le replaça dans son tiroir, vida la tasse dans l'évier et la reposa sur la table de nuit. Elle entrouvrit sa porte, guetta un instant les bruits du couloir; rien mis à part quelques ronflements. Marie pouvait commencer, elle alla vers sa penderie d'où elle sortit un ordinateur portable.

Caco 19 mars 2008 · 7

Se sachant maintenant tranquille pour un bon moment, la journaliste s'installa dans la salle de bains pour ne pas être trahie par le bruit ou la lumière sous la porte. Elle ordonna toutes les informations sous forme de notes puis se connecta au central du journal pour consulter ses mails. Un message de l'un de ses collègues lui indiquait que plusieurs plaintes avaient bien été enregistrées contre "Le Clair Séjour" et qu'il était maintenant plus qu'évident que l'une des infirmières trempait dans une affaire pas jolie jolie.
Marie réfléchissait à la situation et il était clair pour elle que Joséphine n'avait rien à voir avec tout ça. Certes les choses avançaient maintenant plus vite que ce qu'elle avait prévu (elle pensait qu'une bonne semaine au moins serait nécessaire à l'enquête!) mais elle était déjà persuadée que la jolie rouquine n'y était pour rien. Il ne restait plus alors que Manon! Elle ne lui avait pas non plus semblé désagréable, quoique peut être un peu plus distante...
Perdue dans ses pensées et ses prises de notes, Marie n'entendit pas la porte de sa chambre s'ouvrir et se retrouva à afficher un air ébahi lorsqu'elle aperçut Joséphine à la porte de la salle de bains. Vite quelque chose...
Elle ferma l'ordinateur et lança :
- Je, J'écris mes mémoires, vous comprenez !
Il était évident que Joséphine ne comprenait rien du tout mais elle n'insista pas et quitta la chambre. Marie analysa encore une fois la situation, répondit à deux mails urgents. Il fallait maintenant tirer les choses au clair et elle décida d'aller parler à Joséphine. Elle quitta sa tenue de grand-mère et enfila un jean et une chemise. En longeant le couloir qui la rapprochait du bureau des infirmières, elle surprit une conversation téléphonique entre Joséphine et Manon.
- Je n'ai pas le temps de tout vous expliquer Joséphine. J'ai entendu votre communication avec Manon et je crois comprendre qu'elle a des problèmes. Je peux vous aider si vous me faites confiance.

Caco 19 mars 2008 · 8

Marie avait surgit du couloir et se tenait maintenant plantée devant Joséphine. La pauvre infirmière avait le teint livide et s'appuyait au mur pour ne pas tomber. Marie s'approcha et la secoua doucement.
- Où est Manon?
Après que Joséphine eut mentionné le bar de l'ami de Manon, Marie la tira du mur et l'entraina vers sa voiture garée quelques rues plus loin. Installées maintenant dans le véhicule et en route pour la ville la plus proche que l'infirmière avait mentionné, il était temps de mettre les choses à plat.
- Et maintenant dis-moi qui tu es vraiment!
La question de Joséphine était tout à fait légitime et Marie se devait de lui donner des explications.
- Je suis journaliste Joséphine et j'enquête sur les abus de médicaments dans les centres de repos. Tu as dû entendre parler de l'affaire de la "Villa Bleue", et bien il semble que "Le Clair Séjour" utilise aussi ce genre de procédés. Plusieurs personnes ont déjà porté plainte. L'état de santé des membres de leur famille placées chez vous semble s'être détérioré depuis quelques temps. Ces personnes semblent comme maintenues dans un état second qui ne favoriserait absolument pas leur sortie de la maison de repos. Je vais être très franche avec toi Joséphine, il est clair qu'une infirmière fait partie du complot...
Marie savait que toutes ces révélations faisaient beaucoup de mal à Joséphine mais il fallait maintenant faire vite si elle voulait sauver son amie.
- Je,... Je me doutais bien de quelque chose, commença Joséphine. J'ai vérifié le registre de soins ce soir et Manon a effectivement consigné des sorties de stock hors protocole. Mais il n'y a pas que ça que vous devez savoir. Elle inspira profondément avant de reprendre la parole.
- Manon a changé depuis quelques temps. Lorsqu'elle est au Clair Séjour, elle est souvent convoquée par le directeur sans jamais vouloir me donner d'explications à son retour. Sa vie privée aussi est étrange... Je n'ai aucune confiance en ce Paul, son nouvel ami. J'en suis même arrivée à penser qu'il l'obligeait à se prostituer...
Un long silence s'installa puis Joséphine reprit:
- Je dis ça parce qu'une fois Manon m'a avoué qu'il ne cessait de lui demander de l'argent! Un comble non? C'est lui qui tient un commerce et c'est Manon avec son petit salaire d'infirmière qui devrait combler monsieur!
Marie resta silencieuse quelques minutes puis avança sa théorie.
- Et peut être que Manon est obligée par le directeur d'avoir recours à la surmédication des patients pour s'assurer d'arrondir ses fins de mois... Ce qui lui permettrait de remettre régulièrement à Paul l'argent qu'il lui demande!

Clothilde 19 mars 2008 · 9

Il pleuvait et la route mouillée ressemblait à un miroir où se reflétaient les phares des véhicules qui venaient en sens inverse. Marie clignait des yeux à chaque fois qu'elle croisait un véhicule. Sa nervosité était perceptible à ses mains qui enserraient le volant au point que les jointures étaient blanches.
- Il faut appeler Hugo sans tarder, dit-elle après quelques secondes de silence . Prenez mon portable qui se trouve sous mon siège et faites ce numéro ...Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase, une camionnette rouge lui barrait la route. Elle poussa désespérément sur la pédale de frein.

Caco 9 avril 2008 · 10

La une des journeaux du lendemain avait fait sensation: "Le Clair Séjour" mis à l'ombre.
Heureusement pour elles, Marie et Joséphine, malgré une voiture en piteux état qui avait fini contre un platane, avaient été secourues par le conducteur de la camionnette rouge. Elles étaient arrivées au bar à temps pour sauver Manon d'un passage à tabac. Paul avait été arrêté et écroué et Manon avait avoué être obligée par le directeur du "Clair Séjour" à augmenter les doses de somnifères et barbituriques pour garder les patients plus longtemps au sein de l'établissement. Elle allait devoir purger une petite peine de prison, mais rien à côté de ce que sa vie était en train de devenir.
Marie avait reçu les félicitations du journal pour son courage, mais surtout pour l'excellent article publié sur le sujet.
Joséphine, quant à elle, avait trouvé un nouvel emploi sur la côte d'azur. Elle s'était rapproché de sa famille et gardait également des contacts avec Marie.
Notre journaliste avait pris quelques jours de congés et était ensuite vite repartie sur le terrain pour une sombre affaire de corruption dans le milieu bancaire.

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