Dino courrait à perdre haleine dans la campagne encore humide de la rosée du matin, il fallait qu'il se hâte avant que ses maîtres découvre que le cheval de Mademoiselle s'était échappé de l'enclos.
Monsieur De Malfort ne manquerait pas de le bastoner si Babecia n'était pas présent lors de la visite du Marquis. Ce cheval issu des écuries royales de Castille était sa fierté.
Sautant les barrières de ronces et les fossés remplis d'eau, Dino imaginait le bel étalon filant comme l'éclair, fier de cette liberté volée à son gardien. Un hennissement le fit se retourner, Babécia l'attendait à l'orée du sous bois, un petit garçon à ses côtés.

Aventure des dimanches en avril 2008
Aventure · les dimanches · 5 chapitres · 3 plumes · écrite du 6 avril 2008 au 20 avril 2008 · 567 lectures à l'époque
Il était vêtu d'un pantalon trop grand retenu par une corde, les bords étaient tout déchirés et retombaient sur ses pieds chaussés d'immenses sabots. Il était torse nu, un grand chapeau de paille tout aussi grand lui était posé de guingois sur sa petite tête. Il souriait en regardant venir Dino venir vers lui. L'adolescent, soulagé de retrouver l'étalon sourit lui aussi.
- Bonjour, dit-il en tendant sa main à l'enfant.
- Bonjour Dino, lui répondit l'enfant, je m'appelle Arthur et je te connais.
- Tu me connais mais moi je ne t'ai jamais vu, lui répondit Dino intrigué.
- Mon papa est un grand pirate, ajouta le gamin, même que son bateau n'est pas loin !
- Tu veux le visiter ?
- DIs-moi d'abord où tu as retrouvé le cheval de mademoiselle.
- Ici, il m'attendait comme d'habitude.
- Comme d'habitude ? S'étonna Dino
- Oui, quand je l'appelle, il vient et nous nous retrouvons ici, sous cet orme.
- Mais c'est impossible ! L'étable de Babécia est fermée tous les soirs. J'y veille personnellement. Comment peut-il te rejoindre ?
- Je n'ai pas le droit de te le dire... Mais dis-moi Dino, tu es un esclave. Ne rêves-tu pas de liberté et d'aventures ?
- Je... je ne connais que la captivité, tout comme mes ancêtres qui ont été arrachés à la terre d'Afrique.
- Dino, si tu viens avec moi et si Babécia nous accompagne, je suis persuadé que mon père t'offrira asile. Tu pourras parcourir le monde sur son navire. Qu'en dis-tu ?
Arthur regardait Dino qui voyait dans les yeux bruns, brillants comme des billes, une lueur d'espoir. Dino eut soudain la vision de mer tantôt calme tantôt déchainée, des paysages paradisiaques qu'il se plaisait à imaginer au travers de ses lectures. Voilà que tout s'offrait à lui, offert par ce petit garçon qui avait su apprivoiser l'intrépide Babécia. Il eut tout de même une pensée pour Mademoiselle qui s'était toujours montrée douce envers lui. Ils avaient grandi ensemble, elle lui avait appris à lire. Avait-il le droit de la priver de son fidèle compagnon. Les nombreux coups de maître lui revinrent en mémoire. Cela balaya ses scrupules. D'un geste vif, il saisit la silhouette menue, le jucha sur le dos de l'animal, il saisit la bride et il dit à l'enfant :
- Conduis moi à ton père !
Dino avançait et pensait "Surtout ne pas se retourner, ne pas voir le sourire de Mademoiselle"
Le chemin dans la lande lui parut interminable, puis le long de la falaise il se rendit compte que l'enfant et le cheval ne paraissaient faire qu'un et dans la descente au port, jamais il n'avait vu Babecia si joyeux. Maintenant Dino courait les cheveux dans le vent.
Sur le port les matelots s'activaient autour des marchandises. Au bout de la rade, un vaisseau bleu immense, majestueux retint son attention.
- Voilà Le Saphir, annonça Arthur en pointant son doigt . Allons rejoindre le capitaine à l'arsenal, il attend une nouvelle voile !
- Bonjour Père, je te présente Dino, il s'est enfui de chez Monsieur De Malfort et tu as besoin d'un mousse, n'est-ce pas ?
John Flayer toisa le nouveau venu, s'attarda sur la marque du fer à la cheville de Dino, regarda Le Saphir un instant...
- La vie est dure à bord mon garçon mais tu y seras libre, demain matin à l'aube c'est l'embarquement, pour l'instant il faut te cacher, allez faire une visite aux écuries avant que le Marquis Du Taillis ne vienne chercher ses nouvelles acquisitions, puis Arthur ramènera Babécia en laissant Dino à la vieille cabane des pêcheurs.
Les deux amis riaient devant le spectacle que leur offraient les trois jeunes poulains et Babécia, l'oeil humide hennissait bruyamment, ainsi donc ce cheval fougueux avait son secret....
- Je connais le Marquis, c'est un homme méchant, il rend visite à mon maître et ne manque jamais de cravacher l'un de nous sans raison !
- Ne restons pas là repris très sérieusement Arthur, et puis Mère m'attend, elle te préparera un repas chaud et tu te cacheras pour la nuit. Je viendrai pour ton départ.

