Il fait froid. Très froid.
Une banquise.
Un igloo.
Dedans, deux hommes et une vieille dame. Recroquevillés. Ils ont froid. Très froid.
Mais le froid n'est rien. Il ne fait que prendre des centimètres. Des centimètres de doigts. Petit à petit, phalange par phalange, le gel engourdit les doigts.
Nous les perdons à tout jamais, se disent-ils. Et pourtant ce n'est rien. Ils vont perdre leurs doigts, leurs orteils, ils auront peut-être des maladies chroniques pour le restant de leurs jours, et pourtant ce n'est rien. Car les secours vont arriver. Il ne seront pas là avant une douzaine d'heures mais ils vont arriver. Le message était clair. Alors le froid, depuis ce message, ce n'est rien.
Non, ce qui les terrorise, ce qui leur fait remonter les boyaux à la gorge, c'est ce petit bruit qui vient de l'extérieur et qui perce le vent... presque imperceptiblement. Cette voix humaine, cette respiration suffoquée d'un enfant. Ils sont sortis, ils sont bien sortis, ils ont cherché partout, quitte à en perdre quelques centimètres supplémentaires, mais ils n'ont rien trouvé.
Le plus terrifiant c'est la proximité de ce bruit. De temps en temps la respiration etouffée devient presque un rire, ou un soupir d'ironie...
Cela fait deux jours qu'ils sont coincés, et le bruit ne s'est pas arrêté une minute, sans qu'on en sache la provenance. Pas une minute.


