Tout a débuté un de ces matins différents des autres. La grisaille sans doute, ce putain de mois de novembre qui n'en finissait plus, ou alors c'était le sang sur mes mains ! Cette couleur violente qui n'allait pas avec le décor alentour, mais qui se mariait bien avec l'obscurité de ce petit jardinet. Chez qui était-ce déjà ? A oui ! Ce petit con d'Edouard ! Si je dis "petit" c'est parce que mon mètre soixante quinze me le permet, quant à l'autre adjectif, c'est juste de la colère. La jalousie aussi, la haine sûrement... Il n'avait aucun droit, à part celui de souffrir !

Policier des mardis en août 2008
Policier · les mardis · 4 chapitres · 3 plumes · écrite du 12 août 2008 à 18h44 au 7 octobre 2008 à 19h05 · 598 lectures à l'époque
Je n'ai pas aimé ce putain de matin gris-sang... alors ne me demandez pas pourquoi ça s'est repassé. Avec Vincent d'abord, six mois plus tard, puis avec Celestine, quelques jours après Vincent.
Toujours le sang, au petit matin, sur mes mains.
Et à chaque fois, la baignoire, la scie, les sacs... je ne suis pas une bricoleuse, moi. Je suis une intellectuelle. Je vous ai raconté ma scolarité ?
Ben non, évidemment. Alors voilà. Je suis entrée à la maternelle avec un an d'avance. C'est con, un an d'avance, à l'école. Ca ne sert à rien, à part à se sentir pas à sa place. Enfin, c'est comme ça, c'est mes parents. Des gens fiers. Un an d'avance. Youpi. J'étais la meilleure. Les dessins, les trucs en pâte à modeler, écrire son nom, oui, j'étais la meilleure. Je passe sur l'école primaire, ça a été la même chose : un an d'avance, coupée des autres, et la meilleure partout. Youpi encore. Ma première amie je l'ai eue au collège. Enfin, au collège... à la sortie du collège. Une fille de 18 ans qui dealait du shit pour se payer son héro. C'était mon idole. J'ai passé la moitié de mes années collège dans le parc en bas à l'angle à parler avec elle. On parlait de la haine du monde. Elle a fait une overdose vers la période où je suis entrée en première. Ca ne m'a pas empêché d'avoir mon bac. Mention très bien. Voilà. Et là je suis en hypokhâgne. Au lycée Louis-le-Grand. La classe, hein !
C'est pour ça que je disais que je ne suis pas une bricoleuse. Une intellectuelle, si.
Quand je dis que je n'ai pas aimé ce matin gris-sang, ce n'est pas exact. Edouard était non seulement un idiot mais aussi un éjaculateur précoce. Privé de ses chaussures à talonnettes, il perdait tous ses moyens. Alors, quand le moment décisif fut venu, très en colère, il me dit "Casse-toi, pauv' conne."
Interloquée, je me rhabillais et une fois vêtue, je ne pus m'empêcher d'argumenter : "Un, je ne suis pas pauvre. Deux, on ne dit pas pauv mais pauvre. Trois, je ne suis pas conne. Quatre, tu me raccompagnes jusqu'au portail car tu l'as fermé à clé."
"Ben, ça alors ! Tu le prends bien. Tu...ne diras rien aux autres sur ...
- Tes exploits sexuels ? Non, je serai muette comme une tombe."
Quand nous fumes dehors, je remarquai, appuyée contre un mur, une fourche bêche. Un peu plus loin un jeune lilas attendait d'être planté.
Une série de coups judicieusement portés derrière la tête, un grand coup avec les dents de la fourche au niveau du coeur et Edouard n'avait plus de souci pour sa réputation.
Je creusai vite, je jetai le corps, je plantai ce si joli lilas.
Le petit jardin embaumerait au printemps prochain.
Le hasard fait bien les choses: c'était le vingt-cinq." A la Sainte Catherine, tout bois fait racines".
Vincent et ses yeux gris...De quoi damner toutes les saintes hétérosexuelles du Paradis. Et quand je dis ses yeux,c'est une figure de style. Il n'y avait pas que ses yeux.
Lui, il disait: "Dieu que tu es intelligente. Quand je discute avec toi, j'en oublie que tu es une femme. Tu mériterai d'être un homme avec un cerveau pareil !"
Quand il a dit ça, le cerveau a saisi un couteau et cric, crac, plus de cerveau de Vincent car plus de tête, non plus.
Je ne suis pas bricoleuse mais je suis une excellente cuisinière et une bonne ménagère.
Saigner un coq, lui couper la tête, le découper pour mitonner un coq au vin est un jeu d'enfant. Là, ce fut un peu plus difficile mais, les soirées sont longues au joli mois de mai. J'eus tout mon temps. Un peu de ménage et un petit tour au bord de la rivière réglèrent le reste. Il paraît que des poissons se régalèrent.
Célestine...En voilà une qui plaît aux hommes. Fausse blonde mais vraie sotte. Amoureuse de Vincent, elle m'énervait avec ses pleurnicheries, ses attendrissements, ses soupirs. Son souhait idiot "de ne jamais l'oublier, de le rejoindre, de ne faire qu'une seule âme avec lui", selon tous les poncifs qu'elle retenait de ses lectures de romans à l'eau de rose m'agaçait.
Un bon café, bien sucré, comme elle l'aimait." Toi, au moins tu te rappelles que je mets toujours trois sucres dans ma tasse."
Oui et aussi des somnifères, mais ça tu ne le sais pas, bécasse !
Voilà. Ce fut tellement simple même si je ne suis pas bricoleuse que je vais sans doute recommencer par pur souci de perfectionner ma technique et poursuivre avec une démarche plus scientifique.
Quoique... je ne m'étais pas mal débrouiller jusqu'ici ! Et puis il ne m'en restait que deux à éliminer de toutes façons ! Noémie et Dany. J'avais beaucoup d'imagination, ce ne serait qu'une question de technique.
Ne m'étais-je pas donné jusqu'à la fin de l'année pour venir à mes fins ? Rectification : à leurs fins !
Cinq petits cons dont les noms figuraient avant le mien sur la feuille de résultat du bac. Celle où je venais de barrer les trois premiers prénoms.
J'ai horreur de ne pas être la première.

