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Psychologie des mercredis en août 2008

Psychologie · les mercredis · 5 chapitres · 4 plumes · écrite du 6 août 2008 à 22h18 au 1 septembre 2008 à 20h44 · 722 lectures à l'époque

Elektralias 6 août 2008 à 22h18 · 1

Je n'avais pas d'envie ce jour-là. Le moral à zéro, une facture de plus dans ma boite aux lettres, un foutu bouton de fièvre au coin de ma lettre et des frissons partout le long des bras. Aussi avais-je décidé de sortir m'aérer, histoire de voir ailleurs si je pouvais y être, me servant de mon chien comme d'un prétexte pour ne pas rester chez moi. Pourquoi avoir bifurqué dans ces ruelles, je l'ignore ! Pourquoi avoir détaché la laisse de mon chien alors que l'heure tardive assombrissait les alentours ? Pas de réponse ! Je sais juste que je n'aurais pas dû le suivre. Lui a de quoi se défendre... pas moi !

Clothilde 13 août 2008 à 09h58 · 2

Le crépuscule continuait d'étendre de ses longs doigts son voile de pénombre. Les battements de mon coeur s'accélérèrent, amplifiant encore mon malaise. L'angoisse n'était pas loin. Je m'arrêtai un instant pour tenter de me détendre, respirant calmement. Dans la ruelle, rien ne bougeait. On se serait cru dans une ville fantôme. Pourtant, des géraniums aux fenêtres de quelques maisons, un rai de lumière au travers d'un interstice de volet clos, par ci par là, prouvaient qu'il y avait des habitants dans ce quartier. Je ne m'étais jamais aventurée si loin de ma rue. Il faut dire que je n'en avais pas encore eu le temps. Un mois à peine s'était écoulé depuis mon installation dans cette petite ville. Un nouveau job auquel je consacrais la plupart de mon temps, l'aménagement de mon appartement ne m'avait laissé aucun loisir. Cela m'arrangeait car cela me permettait d'oublier les raisons de mon arrivée ici et tout ce que j'avais quitté. Un bruit me fit sursauter, quelque chose me fila entre les jambes. Un chat venait de renverser une poubelle. Je courus jusqu'au bout de la ruelle, hésitai un instant, droite ou gauche, un aboiement familier se fit entendre, cela venait de la ruelle de droite. Sans savoir pourquoi, je levai les yeux et lu le nom de la rue. Je venais d'entrer dans la "Ruelle sans nom".

Raph 20 août 2008 à 13h48 · 3

Un vague souvenir remontait à ma mémoire... "Ruelle sans nom"... ça ne m'évoquait ni du fantastique, ni de l'incongru, ça ne me surprenait même pas. J'avais l'impression d'y être souvent passée.
A l'entrée de la Ruelle sans nom était un petit banc. Un banc d'école. Des pieds en béton soutenant deux petites planchettes de bois peintes en vert. La peinture était toute écaillée. Je décidai de m'asseoir un instant. Les genoux me remontaient jusqu'à la poitrine tant ce banc d'écolier était bas. Mon chien qui avait gambadé derrière le chat revint vers moi et se coucha à mes pieds. Je levais les yeux : le ciel était dégagé et des étoiles commençaient à percer la voûte, comme des regards bienveillants.
"Ruelle sans nom"... je ne sais pas... peut-être que je faisais inconsciemment la synthèse de deux souvenirs : une ruelle... et quelque chose, ou quelqu'un, sans nom...
Une grande détente me parcourut le corps. L'angoisse commençait à s'envoler.

Eleinad 27 août 2008 à 10h00 · 4

L'angoisse s'envolait et mon esprit aussi. Il s'envolait vers un passé pas si lointain, vers un pays pas si lointain lui aussi.
C'est vrai que mon chien peut se défendre seul.
Pas moi. Ou du moins pas contre les souvenirs.
Les souvenirs, j'essaie de les écarter mais nous sommes en août. Août, mois où lâchement, il a quitté sa femme.
Ce n'était pas la "Ruelle sans nom. C'était "rue des Boutiques Obscures", à Rome.
Elle lui avait dit : " Louis, je suis enceinte".
Il n'avait rien répondu et avait sauté dans le premier taxi venu, puis dans le premier train vers mon pays.
"Sans nom", c'est ainsi que je pense à cet enfant.
Nous avions des amis en commun. Jamais, elle n'a essayé de les contacter.
Peut-être cet enfant qu'il lui avait fait s'assoit-il sur des bancs comme celui de la "Ruelle sans nom"?
Peut-être habite-t-il dans une maison bleue, au sommet d'une colline?
Peut-être mange-t-il des pâtes au beurre?
Peut-être se méfie-t-il de l'amour?
Peut-être me déteste-t-il?
Peut-être? Peut-être? Peut-être...
Et moi, je suis là, seule, stérile, avec un chien pour seul compagnie car Louis est reparti vers je ne sais où, je ne sais qui.

Raph 1 septembre 2008 à 20h44 · 5

Seule, dans cette ruelle sans nom.

Arrive alors, de l'autre bout de la ruelle, un homme. Il est grand. Brun. Les sourcils très épais, qui se rejoignent presque.
Arrivé à ma hauteur il me lance un regard, puis passe son chemin. Je le laisse passer quelques mètres et puis je l'interpelle : "monsieur !"
- oui ?
- Vous... vous accepteriez de prendre un verre avec moi ?
- Un verre ?
- Oui, enfin, comme ça... pour discuter... de tout, de rien... enfin, un verre quoi...

Il ne retient pas un petit rire attendri.
- Haha... oui, un verre, quoi !

Je ris à mon tour. Mon chien me regarde avec curiosité. Il ne m'avait pas vu rire depuis longtemps.

- Comment vous appelez-vous ?
- Je... pour l'instant je préfère que vous m'appeliez la femme sans nom.
- Comme la ruelle ?
- Oui comme la ruelle. C'est la que je suis née. Je veux dire, c'est la que j'ai vécu ma deuxième naissance.
- D'accord, alors allons au bistrot, femme sans nom !

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