Cette nuit de fin d'automne était froide, humide et un léger brouillard couvrait le bourg. Paulo enfonça son vieux chapeau en feutre noir sur la tête et releva le col de son long pardessus gris. Il traversa subrepticement la place d'un village perdu en rase campagne qui s'appelait : « Beaubois ». Il grelottait de froid et de peur. Il avait rendez-vous, avec Pierrot, dans le cimetière qui entourait l'église, devant un monument funéraire qui portait l'inscription : « Ici gît Paul Louis ».
Il regarda l'heure à sa montre, il était minuit moins le quart. Il était en avance. La lumière froide de la lune qui filtrait à travers la brume guidait ses pas. Quand il arriva devant la sépulture, il entendit une chouette qui hululait. C'était un signe de mauvais présage, alors il sentit ses jambes qui flageolaient. Et il n'eut qu'une seule envie : s'enfuir.
Pierrot et lui s'étaient rencontrés dans un bistrot miteux. Ils avaient bu plus que de raison, puis avaient sympathisé. La boisson aidant, ils s'étaient fait des confidences :
Pierrot lui avait dit qu'il avait passé quelques années derrière les barreaux et qu'il détenait un secret qui pouvait rapporter beaucoup d'argent. Paulo, lui, avait avoué avoir perdu son travail et être désorienté. Et c'est alors, que la décision de se rencontrer l'un et l'autre, dans cet endroit sinistre, avait été prise pour choisir la stratégie à adopter concernant le projet juteux de Pierrot.

Policier des mardis en novembre 2008
Policier · les mardis · 5 chapitres · 3 plumes · écrite du 4 novembre 2008 à 09h48 au 11 décembre 2008 à 15h44 · 487 lectures à l'époque
Il tremblait de froid ou de peur. Afin de se réchauffer et de se donner du courage,il sortit d'une poche intérieure de son pardessus une petite fiole qui contenait un alcool de mauvaise qualité mais qui avait le mérite de lui réchauffer les entrailles.Goulûment, il en avala presque tout le contenu, ce qui le fît tousser.
-"Attention,tu vas réveiller les morts!" Lui dit Pierrot en lui assenant quelques tapes sur le dos.
Paulo ne l'avait pas entendu arriver ,de frayeur il s'étrangla et faillit bien rejoindre les habitants du cimetière.
Pierrot n'était pas venu seul! Deux comparses à l'allure patibulaire l'accompagnaient.
Il y avait un grand costaud, une sorte de géant presque aussi large que haut et un autre plus petit et tout maigre.
-"Je te présente Gégé et Albert surnommé le Minus." Dit Pierrot lorque Paulo eut enfin repris son souffle.
Ils étaient tous deux entièrement vêtus de cuir noir et portaient une cagoule noire également.
Paulo crut bon de tendre la main. La poigne du grand costaud était molle tandis que celle du maigrichon était de fer.
Paulo se sentait de moins en moins rassuré et si il n'y avait eu la présence de Pierrot, il aurait pris ses jambes à son cou et se serait enfui.
Le ciel se dégagea soudain et la lune qui était pleine ce soir là, éclaira de sa lumière blafarde le cimetière le rendant ainsi encore plus lugubre.
-"Ne restons pas ici!" Dit Pierrot qui ajouta en guise de boutade:"On pourrait nous entendre !"
Pierrot se recueillit un instant devant la tombe de Paul Louis.
-"Qui est-ce?" Demanda Paulo.
-"Le pote avec qui j'ai partagé la cellule pendant des années. Il a été libéré un an exactement avant moi."
-"Ce soir , il nous attend!"
Paulo sentit la panique monter en lui, il déglutit et demanda d'une voix presque inaudible: "On ne va tout de même pas ouvrir cette tombe !!!"
Les deux comparses riaient sous cape.
-"Ce n 'est pas lui qui est dans la tombe." Répondit Pierrot. "On t'expliquera celà tout à l'heure."
Paulo remarqua que Pierrot avait ramassé quelque chose sous un pot ébreché et le mettait prestement en poche.
Ils quittèrent le cimetière, zigzagant entre les pierres tombales. Ils passèrent devant une immense sépulture en granit surmontée d'un ange qui déployait deux ailes immenses. Ils marchaient tous trois, lentement presque avec précaution, ça et là des pots de géraniums et de pomponettes emcombraient les allées. Ils n'en renversèrent aucun, on respecte les morts même si on est vaurien ou bandit. Ils traversèrent encore le cimetière des enfants avec les petites tombes bien allignées puis la pelouse de dispersion des cendres et enfin rejoignirent le mur arrière du cimetière. L' air était saturé par l' odeur de la terre mouillée, les fleurs fanées.
-"Cela sent la mort." Dit le minus en renifflant. "Sortons d'ici !"
Paulo qui n'en menait pas large renchérit :
-"oui sortons d'ici."
Il faisait à nouveau sombre. La lune, vaincue par la masse des nuages était retournée dans son antre.
Enfin ils arrivèrent au bout du cimétière Il y avait une simple porte dans le mur dont Pierrot possédait une clé.
de l'autre côté du mur, une camionette noire les attendait! Au volant se trouvait une femme.
Paulo se demanda dans quel pétrin il s'était encore fourré. Décidément il n'avait vraiment pas de chance. Les sals coups finissaient toujours pas lui retomber sur la tête. Qui était donc cette femme, s'interrogea-t-il. Combien de personne était encore au courant de cette histoire ? ils montèrent tous dans la camionnette et la femme démarra en trombe. elle roulait très vite, frôlant la mort à chaque virage. Paulo eut soudain envie de vomir.
Paulo était assis à l'arrière de la camionnette entre Albert et Gégé. Seul le vrombissement du moteur fendait le silence. Et dans les ténèbres de la nuit la lumière des phares laissait voir des troncs d'arbres qui n'avaient ni vie ni mouvement.
Non seulement l'allure rapide du véhicule lui donnait envie de vomir, mais les émanations de parfums bon marché dans l'habitacle l'indisposaient.
Subitement, le véhicule s'engagea sur une route en terre peu carrossable. Les amortisseurs avaient fort à faire dans les nids-de-poule. Et l'eau boueuse qui se projetait sur le pare-brise rendait la vue difficile. Tant bien que mal les bandits poursuivaient leur chemin.
Après de nombreux efforts la camionnette s'arrêta. Nicole, la conductrice, coupa le moteur et éteignit les phares.
Pierrot, qui était assis à la droite de la conductrice, prit dans la boite à gants une lampe torche. Il l'alluma et dirigea le faisceau de lumière en direction d'une vieille bâtisse qui était bâtie toute en longueur et sans étage.
Les volets, d'un bleu déteint, étaient clos et du lierre envahissait la façade ainsi que le tour intérieur des fenêtres.
Nicole frappa trois fois (c'était un code que le gang s'était attribué) sur une porte en bois qui s'effritait et dont la couleur s'écaillait.
Ils attendirent un moment devant l'huis puis le bruit d'un verrou qu'on coulissait se fit entendre.
L'homme qui ouvrit n'était plus très jeune, il avait des cheveux poivre et sel et des rides profondes lui creusaient le front.
Il conduisit les visiteurs dans une pièce non chauffée qui sentait le moisi. Elle était éclairée par un quinquet à la flamme vacillante qui jouait avec les ombres sur les murs. Le papier peint qui se décollait laissait voir le plâtre qui se désagrégeait.
Le gang s'assit autours d'une table et le patron prit la parole en disant :
-« Je demande à mes collaborateurs une discrétion totale et une intégrité absolue face à mes projets.
Celui qui ne respectera pas ces deux conditions signera son arrêt de mort.
Et, où qu'il soit, je le retrouverai.
Ce soir vous vous êtes rassemblés devant la tombe de Paul Louis dans le cimetière de Beaubois. Ce n'est pas un hasard !
C'est à cet endroit précis que vous opérerez. Il faudra agir vite, très vite, et c'est pour cette raison que j'ai voulu que vous repériez les lieux.
Pierrot sera le meneur et vous lui obéirez.»
Puis, il ajouta :
-« Je donnerai une brique à chacun.
Avez-vous des questions à me poser?" Demanda Paul Louis.
Un silence de mort fit suite à la demande du patron. Ce qui lui donna à penser que l'affaire était conclue.
Alors il demanda à Nicole, qui visiblement était sa maîtresse, de verser à chacun un verre de whiskey. Il voulait trinquer à la bonne réalisation du projet.
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Seuls, Nicole, la maîtresse de Paul Louis, Gégé qui était croquemort et Pierrot, ancien co-détenu de Paul Louis avaient été mis dans la confidence par le patron (Paul Louis) des faits réalisés quelques années auparavant :
Le casse d'une bijouterie, rue Vendôme à Paris, avait eu lieu. Des bijoux et des diamants d'une grande valeur avaient été dérobés par Paul Louis.
Après le vol, le voleur était allé voir son ami Gégé et lui avait demandé de cacher le trésor.
Le croquemort avait fabriqué un cercueil avec un double fond et y avait planqué le butin. Ensuite, il avait enterré le tout, en dessous d'un vieux noisetier, à l'abri des regards indiscrets.
Sur ces entrefaits Paul Louis avait été incarcéré pendant une année. Puis, faute de preuves tangibles, la justice l'avait libéré.
Après sa sortie de prison, Paul Louis s'était fait refaire le visage et avait laissé pousser sa barbe.
Ensuite, il avait usurpé avec la complicité de Gégé, l'identité d'un macchabée confié au croquemort.
Le cercueil à double fonds avait été exhumé pour y mettre le quidam. Gégé avait déclaré la mort de « Paul Louis » à la mairie. Et il avait reçu le permis d'inhumer.
Voilà pourquoi on pouvait lire sur la tombe du petit cimetière de Beaubois, « Ici gît Paul Louis ».
Pour extirper les bijoux de la cachette, le voleur avait attendu suffisemment de temps pour que l'affaire du casse de la rue Vendôme soit tassée. Le moment était devenu propice.
A la lumière de bougies les gangsters firent glisser le monument mortuaire et creusèrent avec ardeur jusqu'à ce qu'ils eurent dégagé suffisamment de terre pour pouvoir ouvrir le cercueil.
Et en appuyant de toutes ses forces, Gégé dévissa le couvercle, puis le retira.
Une odeur putride envahit les narines de Paulo qui fut pris de spasmes de vomissement.
Le cadavre était dans un état de forte décomposition. Paulo détourna le regard et mis un mouchoir de poche devant sa bouche.
-« Allons mon vieux, dit Pierrot en lui donnant une claque dans le dos, remets toi ! Dans notre métier, il faut avoir du cran ! »
Après avoir extrait les bijoux les bandits se retirèrent et laissèrent le corps du défunt à ciel ouvert ainsi que la sépulture vandalisée.
Paulo rentra chez lui et se déshabilla promptement, il avait l'impression que ses vêtements étaient imbibés d'une odeur pestilentielle de putréfaction. Il se mit sous la douche et se savonna vigoureusement puis il laissa couler l'eau longtemps, longtemps, sur son corps.
Il voulait se « purifier !»
Après avoir enfilé son pyjama à pois bleus sur fond blanc, il regarda son image dans le miroir et il s'entendit dire, à voix haute :
-« C'est bien de laver ton corps, mais comment vas-tu faire avec ton moi intérieur ? »

