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Psychologie des mercredis en novembre 2008

Psychologie · les mercredis · 8 chapitres · 3 plumes · écrite du 5 novembre 2008 à 07h33 au 27 novembre 2008 à 05h48 · 505 lectures à l'époque

Clothilde 5 novembre 2008 à 07h33 · 1

D'un pas fatigué, la tenancière du café tabac se dirige d' un pas traînant derrière son comptoir. Le chuitement de la machine à café est soudain troublé par une voix coléreuse venue de derrière une porte entrouverte.
-"Où as-tu mis la mort au rat?"
Sans se troubler, la dame continue à préparer la commande de Clémentine. Elle pose sur un plateau fleuri une tasse fumante et odorante, un petit pot de lait, deux morceaux de sucre et une praline de chocolat blanc, puis avec un petit sourire de connivence sert le jeune fille perchée sur le haut tabouret.
-Dans le placard de la remise, sur la planche du haut, derrière le paquet de lessive, je suis certaine de te l' avoir déjà dit!!!
Sans se préoccuper de ces querelles domestiques, Clémentine savoure son breuvage. Le coude posé sur le comptoir en formica rouge, le menton appuyé dans sa main, elle se perd dans la contemplation d'une carte postale posée sur l' étagère entre deux verres. Dans le miroir se reflètent des mots écrits à l'encre bleue, d'une écriture large et déliée. Côté face, la représentation du Mont Blanc, avec dans le coin inférieur droit la photo miniature d'un chalet."A LA BONNE AUBERGE".
Une carte postale banale, mais qui pourtant fait soupirer Clémentine qui ressent tout à coup le besoin de s'évader.
La dame a disparu dans sa cuisine,des éclats de voix se font entendre.
Clémentine ne veut pas déranger, elle pose sa monaie sur le plateau, referme sa veste et sort.

Mum22 5 novembre 2008 à 10h26 · 2

Dehors une rafale de vent lui secoue les cheveux. Frileuse, elle ressert la ceinture de son imperméable gris souris et enfonce d'un geste décidé ses mains dans les poches. Il fait gris, brumeux et venteux. Pas vraiment un temps de mars ! Clementine soupire, engoncée dans le col de son imper. Ses pas la dirigent vers la petite superette du quartier. Après le café du matin, il est temps d'aller travailler. Mais avant, elle va acheter quelques fruits et yoghurts. Pas de viande pour aujourd'hui : ce soir, elle soupe chez ses parents.

Pierrette 5 novembre 2008 à 22h45 · 3

Sur le chemin qui conduisait à la superette Clémentine se remémorait la dispute de la tenancière du café et de son mari. "C'est un vieux couple." Se dit-elle. "Ils se disputent pour tout et pour rien". D'ailleurs, ses parents aussi se disputaient pour un oui et pour un non.
Rien quel'idée d'aller souper chez eux ce soir, elle et son compagnon Edgar, l'angoissait. Elle savait, à l'avance, que l'ambiance serait électrique.
Sa mère avait un caractère bien trempé et ne se gênait pas pour faire, à l'un et l'autre, des remarques désobligeantes et acerbes.
Le moral de Clémentine n'était pas au beau fixe. Le temps non plus d'ailleurs. Des rafales de vent ralentissaient considérablement sa marche, la décoiffaient et la faisaient grelotter.
Elle ne pouvait pas être en retard au travail. Alors, elle lutta de toutes ses forces pour accélèrer son pas.
Et pour gagner du temps, elle prit un petit sac blanc en plastique, qu'elle gardait en réserve dans la poche intérieure de son imper. Elle n'avait pas besoin de s'encombrer d'un caddie pour n'y mettre qu'un kilo de mandarines et six yoghourts aux fraises.
Après ses achats, elle s'avança vers la caisse rapide. Il y avait file. Elle voulu reporter la marchandise en rayon, mais sa gourmandise l'emporta. Elle patienta !
Elle pensa à Monsieur Chinon, son chef, qui allait la fixer avec des grands yeux bleus pleins de reproches et sans mot dire, il regarderait l'heure à sa montre. Et elle se sentirait coupable !
Elle était lasse. Quand subitement, elle repensa à la carte postale du café qui était posée sur l'étagère entre deux verres. La représentation du Mont-Blanc aux cimes enneigées, sous un ciel bleu profond, la faisait rêver : de glisse, d'espace, de solitude. Et surtout de boire, en amoureux avec Edgar, un vin chaud devant un feu de bois.

Elle en avait marre du stress qu'engendraient son chef de service, les courses, les lessives, les vaisselles, la préparation des repas. Elle voulait devenir une aventurière, voyager, être libre, profiter des grands espaces, respirer l'air frais du matin, admirer le coucher de soleil, découvrir la faune, la flore, les coutumes et les habitants de chaque pays.

Dans quelques années, il serait trop tard, elle serait vieille. Et comme les vieux, elle écouterait le tic tac de la vieille horloge murale, qui lui rappellerait, à chaque instant, que la mort n'est plus très loin.

Mum22 19 novembre 2008 à 08h33 · 4

Voila, son tour était venu de payer sa marchandise. Toujours chercher après ces quelques cents qui encombrent le portefeuille et donne au ticket de caisse des allures de plan comptable. Vite, tout mettre dans le sac blanc, blanc comme neige, blanc comme le Mont-Blanc. Clémentine balança son sac tandis qu'elle arpentait d'un pas énergique et pressé la vieille rue de l'Eglise. Son bureau se situait juste au bout. Aïe, un pavé inégal lui tordit le pied. Fichu temps, fichu pavé et fichu travail, pensa-t'elle en se massant rapidement la cheville douloureuse. Mais il fallait repartir pour limiter le retard.
-"Bonjour!" Lança Clementine à l'hotesse-secrétaire-télephoniste de l'entrée. Celle-ci, une rouquine au nez de souris lui rendit son salut. Clementine présenta son badge au lecteur optique de la porte de son service et entendit le déclic caractéristique de la serrure qui se débloque. Elle tira la porte vers elle, ouvrant sur un monde d'air conditionné au ronronnement léger et d'ordinateur à la soufflerie permanente. Seule fausse note dans ce monde informatisée : la machine à calculer avec ruban papier de Mr Lucien . Ses additions, soustractions et multiplications résonnaient dans la salle occupée par 4 personnes, Mr Lucien compris. Le bureau de Clémentine était aligné sur celui du chef. Elle sentait souvent son regard sur son cou. Interêt ou réprobation ? L'attitude de ce dernier ne lui permettait pas d'en savoir plus.

Pierrette 19 novembre 2008 à 09h13 · 5

Comme l'avait prévu Clémentine, l'atmosphère du dîner chez ses parents était lourde et chargée d'incompréhension. Léon, son père, alluma un cigare et tira plusieurs bouffées.
Philomène, sa mère, toussota avec insistance et avec de grands gestes de la main, écarta la fumée. Puis, d'une voix pleine de reproches, elle dit : " Tu nous empestes. D'ailleurs, tu m'empestes toute la journée. Il fume comme une cheminée!" Insista Philomène.
Edgar restait silencieux, il était de mauvaise humeur. Rendre visite aux parents de Clémentine était une véritable corvée pour lui.
Son père continuait à fumer sans gêne !

Au moment du dessert, Clémentine pensait que l'ambiance allait se détendre. Mais sa mère posa à Edgar la question qu'il ne fallait pas : « Quand allez-vous nous faire un petit ? »
Clémentine perçu la gêne de son compagnon, qui ne répondit pas.
Il avait un problème de stérilité qui l'attristait et dont il n'aimait pas parler.

"Mmaaaman!" Répondit--elle. "Nous avons bien le temps !"

En rentrant chez eux Edgar était tendu. Il était agressif à l'encontre des autres automobilistes et faisait des remarques désobligeantes sur les parents de sa compagne.
Malgré la réalité des dires de son compagnon, Clémentine n'acceptait aucune critique à leur égard. Et comme à chaque fois, ils finissaient par se disputer.

Edgar était fâché. Il partit se coucher sans un mot. Quand à Clémentine, elle resta longtemps à méditer dans son fauteuil voltaire en velours rouge.
Elle pensait :
« Ma journée, comme bien d'autres, a été un véritable fiasco.
J'ai fait de mon mieux ! J'ai souri ! Je me suis excusée ! J'ai écouté ! J'ai dit merci !
J'ai rendu service ! J'ai été sollicitée ! Stressée ! Dérangée...
Ma vie doit changer ! »

Clothilde 19 novembre 2008 à 10h35 · 6

Clémentine alla chercher sous le jet de la douche le réconfort dont elle avait besoin. Elle abandonna ses vêtements sur le sol, s'enferma dans la cabine, laissa couler l'eau chaude jusqu'à la limite du supportable, mêla ses larmes aux gouttes qui dégoulinaient le long de son corps, pencha la tête en avant afin que la chaleur de l' eau atténue la tension de sa nuque.
Après un long moment elle sortit enfin. Les murs carrelés de bleu azur étaient couverts de buée ainsi que le grand miroir du lavabo. Elle enfila, sans se sècher , sa sortie de bain bleue elle aussi ; de la main effaca la buée du miroir et se regarda.
Ses cheveux longs pendaient tristement le long de son visage aggrandissant ses yeux.
D'un geste preste elle enroula sa chevelure en un petit chignon au dessus de sa tête et ce faisant ne quittait pas du regard ses propres yeux. Ce soir ils avaient pris leur couleur d'orage, gris vert, plus gris que vert!
-"Quand donc te décideras-tu à être toi même ma chérie?"

Pierrette 26 novembre 2008 à 08h58 · 7

Ses cheveux grisonnaient. Des rides creusaient son front et son visage perdait de son élasticité. Elle se fanait !
Elle se précipita pour prendre sur l'étagère sa crème anti ride et s'en barbouilla la figure.
Elle enfila sa jolie nuisette bleue et son peignoir de même couleur. Clémentine avait toujours aimé le bleu.
Dans le silence de la nuit, la vieille horloge murale sonna une heure. Il était tard et elle se dirigea vers sa chambre à coucher en espérant qu'Edgar l'attendait. Ne disait-on pas : « se réconcilier sur l'oreiller ».
Elle alluma sa lampe de chevet et dans la lumière tamisée, elle vit que son compagnon dormait comme un loir. Elle en fut déçue et triste.
Les yeux de Clémentine se posèrent sur une photo déposée sur la table de nuit.
La photographie représentait un nourrisson (Clémentine) qui regardait, de ses beaux yeux gris vert, le monde qui s'offrait à elle.
Attristée, elle se dit : « J'ai oublié de vivre !»

Clothilde 27 novembre 2008 à 05h48 · 8

Clémentine regarde avec émotion l'image du bébéqu'elle a été.
Comme le temps a passé vite, même en oubliant de vivre !
Ce soir elle s'aperçoit qu'elle a presque quarante ans.
Elle se love sous la couette, reste tout au bord du lit pour ne pas réveiller l'homme endormi, éteint la lampe de chevet. Elle comtemple le plafond. Un rai de lumière venu du réverbère de la rue filtre au travers l'intertice de la tenture et dessine au plafond une figure de lumière. On dirait une étoile.Clémentine se plaît à imaginer que c'est sa bonne étoile qui se manifeste enfin. Elle la regarde longtemps puis se lève, se dirige vers la salle de bain, se regarde dans le miroir et se dit : "Vis enfin puisque tu n' es pas morte!!! "
Elle retourne se coucher le sourire au lèvres. Edgar ronfle comme le bienheureux qu'il est.
Pour la femme encore jeune, demain sera différent!Clémentine soupire, ferme les yeux et s'endort.

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