Bientôt la Noël... Et comme chaque année je me retrouverai encore toute seule devant mon pavé de saumon décongelé. Point de joli sapin aux guirlandes étincellantes. Nulle loupiotte clignotante de milles couleurs à la fenêtre.
Dans l'imagerie populaire Noël c'est la neige, la famille réunie autour d'un copieux repas, le sapin illuminé avec les cadeaux en dessous... tout le tralala. Dans mes souvenirs à moi Noël ça a toujours été la pluie froide et grise, la famille qui s'engueule autour d'un repas qui s'achève systématiquement par des portes qui claquent. Les rancoeurs qui ressortent et se déversent sur mon enfance. Que des mauvais souvenirs. Noël n'a jamais été magique. Noël n'a toujours été qu'un sale moment à passer et à oublier ensuite. Pendant que les gens heureux s'amusaient d'autres, comme moi, patientaient et attendaient la fin de cette mascarade pour reprendre une vie "normale".
C'est pour ça que, du moment que j'ai quitté la maison de mes parents et que j'ai gagné mon indépendance, j'ai décidé de ne plus fêter Noël comme un mouton.
Donc, en cette période de préparation des festivités, je prends mon mal en patience à regarder les autres trépigner à l'idée du réveillon, et erre dans la ville que le froid a pétrifié. Partout les gens s'activent, courent, les bras chargés de sacs volumineux remplis de cadeaux. Les vitrines s'illuminent. Les platanes revêtus de leurs peaux de lumières éphémères semblent reprendre vie en cette période de mort hivernale. La fête réchauffe les esprits et les coeurs... Pas de tout le monde pourtant!
Juste un mauvais moment à passer. Bientôt les guirlandes regagneront les caves et les sapins les déchetteries. Les jouets seront rangés dans les étagères pour ceux qui ne seront pas revendus ou échangés...
En attendant je traîne misérablement dans la rue animée à la recherche d'un je ne sais quoi qui puisse me faire oublier ces Noël dont tout le monde rêve et qui moi me sont inconnus.
La nuit commence à tomber sur la ville. La pluie a tout lessivé et le macadam brille de reflets gras sous la lumière des lampadaires et des guirlandes. Sur le trottoir en face, alors que j'attends le passage au rouge du feu tricolore pour traverser, quelque chose attire mon attention. Un regard triste, mélancolique. Un père Noël fatigué agitant inlassablement une clochette devant son panier d'osier. Il demande la charité. Les passants indifférents ne le remarquent même pas dans la ferveur ambiante. Sous sa fausse barbe et son habit rouge pétant il y a un homme qui semble lui aussi loin de tout ça. Inconsciement je m'arrête et le fixe depuis mon bout de trottoir... à en oublier de traverser quand le petit bonhomme vert s'allume...


