Elle se dit que ce temps qui lui était octroyé, était peut-être un cadeau. Elle ressentit quelque chose d'inconnu, comme un frisson, un tendre abandon. Elle avait revêtu une robe trop courte. Elle leva les yeux vers la voûte du ciel. Les moutons gris s'amoncelaient dans le ciel de plus en plus noir. Un papier glissé entre les plis d'une robe fleurie, Noémie se croyait à l'abri des regards, cachée sous cette ombrelle qui aujourd'hui lui servirait peut-être de parapluie. Pauvre Noémie qui, assise sur le trône de chine, se croyait à l'abri des gens, du temps, de tout. Elle pensait à son homme qui lui avait fait parvenir ce message, message qu'elle n'osait pas ouvrir sachant à l' avance ce que l'écriture de l'homme lui disait. Cet homme qu'elle aimait plus que tout, plus que son enfant. Il travaillait sans relâche dans sa plantation toute la semaine, ne ménageant pas sa peine, suant et souffrant autant que ses ouvriers. Le samedi soir, enfin il s'adonnait à sa manie. Noémie, ma mère, pétrie d'angoisse, acceptait de moins en moins la situation et chaque semaine, la même scène se reproduisait au centre de la grande pièce qui servait à tout.. Au fond du jardin deux glaneurs étaient écroulés de fatigue, leur sommeil était si profond qu'ils ne réagirent pas au cri inhumain qui surgit dans la nuit.
J'écoutais mes parents se disputer enfermé dans ma solitude d'enfant unique. J'avais l'œil expert pour déceler à l'avance les signes avant coureur de la crise sur le visage de ma mère. Je me réfugiais alors dans le renfoncement de la cheminée. C'était mon antre, mon palais, mon refuge...Là dans la solitude rassurante de la flamme, je rêvais, échappant ainsi aux cris de ma mère et aux injures de mon père. Moi, leur enfant, statufié en ange de pierre revivait chaque semaine ce cauchemar éveillé et je me sentais chaque fois de plus en plus impuissant. L' amour que j'éprouvais pour ma mère n'avait d'égal que celui que j'éprouvais pour mon père. Je tremblais pour les deux. Cela pouvait durer longtemps. Je restai là près du feu, passant du sourire aux larmes. La flamme, tel un pantin sorti de son bêtisier, dansait et traversait le brouillard de mes larmes pour venir rendre mes yeux plus brûlant encore.
Lorsqu'au petit matin, les cris se taisaient enfin, je regardais les cendres terminer de se consumer dans la cheminée, me levais, secouais mes membres engourdis et sortais dans l'air frais de l'aube naissante.
Un jour, j'eu la chance de trouver sur mon passage le dernier train de nuit j'embarquais aussitôt pour une destination inconnue. Je me laissai bercer par les secousses des roues et m'endormis enfin mouillant de mes larmes les coussin rouges des sièges, encore inoccupés..

Psychologie des mercredis en avril 2009
Psychologie · les mercredis · 1 chapitres · 1 plumes · écrite le 15 avril 2009 à 08h49 · 498 lectures à l'époque

