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Humour des lundis en septembre 2009

Humour · les lundis · 8 chapitres · 3 plumes · écrite du 7 septembre 2009 à 18h23 au 28 septembre 2009 à 19h02 · 691 lectures à l'époque

Dielorelei 7 septembre 2009 à 18h23 · 1

Y-a des jours, comme ça...

Il y a des jours où tout va de travers. Ça ne vous est jamais arrivé, à vous? Eh bien, ce matin, c'est ce qui s'est produit. Je m'était couchée tard, parce que c'était mardi, et le mardi, on se réunit entre copines. Et Nathalie avait jugé bon de monopoliser l'attention en nous racontant ses avatars conjugaux.
Bon, là, je ne peux pas m'empêcher de vous en faire part.
Parce qu'on a bien rigolé. Enfin nous, pas elle, vu qu'elle n'arrêtait pas de chouiner et de dire:
-Mais quel salaud! non mais quel salaud, ce mec! Là, c'est terminé, je mets le divorce en route.
On a entendu ça au moins trois cent cinquante fois depuis que Nathalie a épousé Yvon, après qu'elle eut envoyé paître son premier mari qu'elle jugeait trop pantoufle, et arraché de haute lutte le dit-Yvon à sa première femme (une pétasse, aux dires de Nathalie)
Il est évident que Yvon n'est pas du genre pantoufle mais du genre chaussure de course à laçage rapide, occupé qu'il est à sprinter derrière tout ce qui porte une jupe -et de moins de trente ans de préférence-
Alors évidemment, comme le sujet était passionnant, on n'a pas vu le temps passer.
Remarquez, on n'avait qu'une hâte, c'était que Nathalie s'en aille pour pouvoir commenter la situation hors de portée de ses oreilles. Aussi, tout le monde a fait semblant de s'habiller, on a accompagné Nathalie à sa voiture en lui disant: "Ne t'en fais pas, ça va s'arranger", un peu à la manière dont on réconforte un grand malade dont on sait qu'il ne s'en sortira pas.
Et sitôt la voiture de Nathalie disparue derrière le tournant, on est toutes rentrées ventre à terre, on a enlevé vite fait les manteaux inutiles et on a attaqué le sujet.
-C'est quoi, l'histoire, exactement, a demandé Françoise qui a toujours un wagon de retard
-Nathalie est tombée sur un mail que Yvon a adressé à une certaine Florence, a expliqué Valérie, patiemment.
-Moi, a déclaré Nicole de façon péremptoire, il ne m'aurait pas comme ça, ce mec, je vous jure! Et encore un que je larguerai vite fait!
Nicole, qui, soit dit en passant, n'a jamais pu, en quarante ans d'existence approcher un mâle de moins d'un mètre, ne doit pas bien connaître l'expression "se faire avoir par un homme". Elle fabule, là.
-Oui, mais bon, a persisté Françoise, un mail, c'est pas une cause de divorce, non plus!
-Mais t'es blonde, ou quoi? a rétorqué Claire, tu crois que le Yvon, il va se contenter d'un échange platonique? ça fait trois mois qu'il trompe Nathalie avec!
-Ah! ben ça change tout, a opiné Françoise d'un air pénétré.
--Moi, je dis qu'elle va encore passer l'éponge, a dit Patricia. On parie?
Et Patricia a proposé à tout le monde de miser sur les probabilités d'un divorce.
On a toutes mis l'argent dans la cagnotte, on a mis les comptes à jour, mais Claire a dit:
-Qu'est-ce qu'on va lui dire quand l'une d'entre nous aura raflé la mise et invité tout le monde au resto avec ses gains?
-On improvisera à ce moment là, ai-je répondu, Y a pas le feu!
On a bu un dernier verre et cette fois, tout le monde est parti pour de bon.
Et ce matin, pour se tirer des toiles, c'était dur.
J'ai posé un pied par terre et je me suis dirigée vers la salle de bain. Au moment d'allumer la lumière, j'ai senti que je mettais les pieds dans quelque chose de mouillé. J'ai regardé. Le chat avait fait pipi et j'étais en train de marcher dedans.
Saleté de chat.
Puis je me suis souvenu qu'avant de me coucher, j'avais oublié de lui remettre sa litière propre en place.
Alors j'ai épongé, néttoyé et remis la litière où elle aurait du se trouver la veille.
Et je suis allée sous la douche.
Où je n'avais plus d'eau chaude.
Avant de me coucher, j'ai oublié de mettre le cumulus en marche (non, il n'a pas d'horloge, pour l'instant!)
Bon, une douche tiède, ça ne tue pas, non plus. Sauf en hiver, par moins 7°.
J'ai préparé mon petit déjeuner et celui du chat. A qui je n'ai pas fait de reproches parce que, hein, ce n'était pas sa faute s'il n'avait pas de litière, non plus!
Évidemment, comme c'était la troisième fois que je lui servais des croquettes, il n'en n'a pas voulu.
Il a commencé à faire le cirque en miaulant et en griffant les pieds de la table. Pour le faire taire, j'ai du lui donné la moitié de l'escalope de dinde que je me réservais pour midi. Il a tout englouti, y compris l'autre moitié, et j'ai compris que j'étais bonne pour aller manger au self.
Oui, mais le mercredi, j'aime pas parce que c'est pot-au-feu, et ça nage dans une sorte de bouillon insipide, je vous dit pas comment c'est dégueu. Mais bon, pour une fois...
Avec tout ça, j'étais en retard. J'ai chopé vite fait la poubelle au passage pour la mette dans le container en bas de l'immeuble et j'ai couru après le bus qui passait à ce moment là.
S'il y a une chose que je déteste, c'est bien de courir, un petit matin d'hiver, après le bus qui fait exprès de s'arrêter cinquante mètres plus loin.
C'est en arrivant au bureau que je me suis aperçu que je tenais toujours mon sac poubelle à la main.
Je me demande ce que les autres passagers ont pensé, quand ils m'ont vue cramponnée à la barre avec un sac poubelle à la main. Sans compter l'odeur, vu qu'il y avait la litière du chat dedans. Remarquez, ce ne sont pas les odeurs qui manquent, dans les bus, mais bon, demain, je ne prendrai pas le même. Celui d'avant ou celui d'après, mais pas le même. La honte.
Je me suis enfin débarrassée de mon maudit sac dans la poubelle des toilettes du bureau.
Personne n'a jugé bon de faire une longue pause maquillage, aujourd'hui. Sauf Nathalie qui avait les yeux rouges et gonflés et qui a tenté de réparé les dégâts à grand renfort de rimmel.
Du coup, on aurait dit un panda.
En arrivant au self, Claire m'a demandé pourquoi mes chaussures étaient dépareillées.
-Comment ça, dépareillées?
J'ai regardé, et effectivement, j'avais un escarpin noir et un autre bleu marine.
Dans l'obscurité de mon dressing, j'avais mélangé les chaussures.
Non, je n'ai pas pensé à changé l'ampoule qui a grillé il y a une semaine.
Du coup, alors que, dans l'ignorance de la chose, je marchais normalement, je me suis mise à ne voir que mes pieds et je me suis rendu compte que je marchais presque le nez par terre.
Et tout l'après midi, j'ai attendu, pour me déplacer, que quelqu'un passe.
Pour marcher derrière.
Saleté de journée.
Mais je me trompais. J'aurais du dire : saleté de semaine.

-Moi, a dit Nicole

Chouette 7 septembre 2009 à 22h30 · 2

...j'aurais du mal à me laisser avoir par un mec pareil!
Je m'en fous d'ailleurs complètement, c'est vrai que je ressemble à un boudin...que j'ai pas d'allure pour m'habiller...que les mecs ne me courent pas après et ne me collent pas au c.., n'empêche : faut-il être complètement barjot pour se faire avoir comme une oie?

Au fait, j'y pense? Nous nous sommes bien marrées derrière le dos de Nat, mardi soir? Hein! En rentrant chez moi, je me suis posée la question?

" Ont-elles déjà eu le culot de m'accompagner jusqu'à ma teuf...vêtues comme si...et ensuite remonter à l'appart se fendre la pêche en se moquant de " mes amours inexistants?"
" Moi, j'ai pas l'air comme ça...je suis peut-être godiche...mais ça réfléchis la dedans!!!
" J'ai des sérieux soupçons les filles! "

" Allez, allez!Avouez!"

Clothilde 14 septembre 2009 à 17h40 · 3

Ah si elles savaient ce qui m' est arrivé le soir où elles se sont payé une tranche de rire à cause de moi , elles riraient peut-être encore mais ...... jaune!!
Elles seraient même vertes de jalousie !
Le soir où je les ai quittées , la rage au coeur ,je ' avais nulle envie de rentrer chez moi .Rentrer dans un appartement vide et passer le reste de la soirée toute à ruminer mes idées noires! Non non et non !!! J' ai roulé sans but pendant longtemps ! J' avais fait le tour de tous les ronds points de la ville au moins trois fois ,vidant ainsi mon réservoir ! Je m' étais arrêtée à une station service pour fairele plein et prendre un café au distributeur .
Il prenait un café lui aussi ! Je ne sais pas pourquoi je l' ai laisser me parler. Qu' avait-il de si attirant ? Son air de chien battu ou sa voix grave et sensuelle ? Je ne sais toujours pas !

Dielorelei 14 septembre 2009 à 18h33 · 4

-Regarde, m'a dit Claire, tandis que nous nous dirigions vers la sortie, Nicole est en train de parler toute seule, elle est bizarre, non?
-Tu sais bien que c'est une "intellectuelle, une cérébrale" comme elle dit!
-Une douce dingue, oui! Tu crois qu'elle a un copain?
-Avec son caractère? ça m'étonnerait!
-Je te ramène chez toi, j'ai la voiture, aujourd'hui, m'a dit Claire.
Et j'ai accepté, à cause de de mes chaussures, vous comprenez...
Ce qui fait que je suis arrivée en avance à la maison.
En ouvrant la porte, j'ai été un peu étonnée de ne pas voir le chat accourir, comme d'habitude, et j'ai pensé qu'il dormait, alors j'ai enlevé mes chaussures, mis mes pantoufles d'intérieur et je suis allée aux nouvelles.
En arrivant dans le séjour, j'ai compris.
L'horreur.
Le chat avait vomi partout et se tenait prostré sur un fauteuil.
Je sais prendre des décisions énergiques quand ça s'impose.
J'ai attrapé la boîte de transport du chat et j'ai essayé de le fourrer dedans.
Il n'a pas voulu se laisser faire. J'ai du parlementer, menacer, pousser pour qu'enfin il se décide à s'installer en crachant à l'intérieur.
J'ai pris ma veste, de l'argent, mes clés de voiture et en route chez le véto.
Je roulais assez vite -mais pas tellement au-dessus de la vitesse autorisée- quand à un stop, j'ai vu un flic s'arrêter à ma hauteur et me faire signe de me garer.
Manquait plus que ça.
-Votre ceinture, m'a-t-il dit d'emblée.
Tiens, c'est vrai, dans ma précipitation, je ne l'avais pas mise.
-Je conduis mon chat chez le vétérinaire, alors forcément, j'ai fait vite et j'ai oublié la ceinture. Il est vraiment malade, vous savez.
-Qu'est-ce qu'il a? a demandé le policier en jetant un regard à l'intérieur de la voiture où le chat, qui avait repris du poil de la bête, miaulait furieusement.
-Surement la grippe aviaire, il a mangé de la dinde ce matin.
Il m'a regardé d'un drole d'air.
-Descendez de voiture, m'a-t-il dit.
Hein? Quoi? il ne va pas me verbaliser, non plus?
Je suis descendue, puisqu'il prétendait me verbaliser debout, et c'est là que j'ai vu que j'avais gardé mes pantoufles.
-Vous conduisez souvent avec des Mickeys aux pieds, a-t-il demandé?
Parce qu'il faut vous dire que ce sont mes chaussons favoris. Roses, ils sont, avec des oreilles noires, des boutons noirs en guise d'yeux et des moustaches. Très confortables. Enfin, à la maison.
-Dans ma précipitation, je n'ai pas pensé que j'étais en pantoufle, Monsieur l'agent!
-montrez-moi vos papiers!
Mes papiers? quels papiers? ils étaient restés dans mon sac, à la maison.
-J'ai oublié mes chaussures, alors mes papiers, vous pensez...
-Ben voyons. Pas de ceinture, pas de papier, des Mickeys au pieds!
Et il a commencé à élevé le ton. J'ai commencé à pleurnicher, le chat, par solidarité -ou parce qu'il en avait marre d'être enfermé- a augmenté son volume sonore, ce qui fait qu'un petit attroupement s'est formé autour de nous.
-Qu'est-ce qu'il a ce chat, a crier comme ça? a demandé une vieille dame qui s'appuyait sur son parapluie.
-Il est très malade, je le conduis en urgence chez le vétérinaire, et monsieur l'agent ne veut pas me laisser partir!
-Ah! mais il faut avertir la SPA, a dit la vieille dame, on ne peut pas laisser un animal agoniser pour des vétilles!
-Des vétilles, a tenté de dire l'agent, des Mickeys au pieds...
Mais il a pas pu finir parce qu'un murmure compréhensif s'est élevé et que quelqu'un a dit:
-Ce n'est pas parce qu'on porte un uniforme qu'on a tous les droits!
-Qui a dit ça? a demandé l'agent qui était tout rouge, à présent.
-C'est vrai, ça, a renchéri quelqu'un d'autre, vous attendez quoi? que cette malheureuse bête trépasse?
Là, j'ai jugé bon d'émettre un ululement de détresse, histoire d'alimenter la vindicte populaire.
La vieille dame a agité son parapluie en direction du policier.
-C'est une honte, a-t-elle crié, on devrait écrire à Madame Bardot, histoire qu'elle sache comment la police traite les animaux, en France!
L'agent a vite compris qu'on courait carrément à l'émeute et il a remis rageusement son carnet dans sa poche.
-Vous avez vingt quatre heures pour présenter vos papiers, m'a-t-il dit d'un ton menaçant. Allez, circulez!
Je suis vite remontée en voiture, attaché ma ceinture et j'ai salué mes symphatisants avant de démarrer.
Direction le véto.
Où là, j'ai appris que le chat avait une simple indigestion. Une petite diète devait suffire.
Oui, mais en attendant, c'est moi qui allait devoir supporté les miaulements d'un matou affamé.
Saleté de journée. Et je me demandai ce que demain allait me réserver.

Chouette 14 septembre 2009 à 21h17 · 5

- Le lendemain?
..... Un peu trop optimiste! A peine endormie, le chat crevait la dalle... ne cesserait de miauler... et ne cessa que lorsqu'enfin...je décidais de guerre lasse de sortir du lit et de lui ouvrir sa boîte préférée...
- La diète? Le véto? Il ne connaissait pas mon chat...Impossible de le faire taire tant qu'il n'avait pas le ventre plein! Quelle idée?

- Le comble...trop fatiguée...sans même m'en rendre compte...je me suis remise au lit, mes pantoufles de "Mickey!" aux pieds ! Tu es vraiment trop stupide...ce chat te fais faire que des bêtises...

- Il me semblais que j'avais bien chaud...Trop, d'ailleurs!
Je n'avais pas encore mis le chauffage...le chat n'était pas couché sur mes pieds...? Non, je n'avais pas bu...
- A peine recouchée..je suis à nouveau ressortie du lit...après un petit tour à la salle de bain, je me rendis seulement à l'évidence d'où venait cette chaleur, lorsqu'à moitié endormie, assise sur le pot...qu'est-ce que faisais là... avec mes pantoufles?

- Que t'es bête...ce chat te rendra complètement barjot...déjà qu'il te rend complètement gaga...tellement tu l'aime... en plus...tu n'en es même pas consciente, il ne te fait faire que des bêtises!
- La suite de ma nuit de sommeil fut encore relativement tumultueuse...mais pas à cause de lui, lui ronronnait comme une chaudière à charbon...sur son coussin en forme de coccinelle! Encore une critique? Eh oui, il n'y a pas de honte à gâter son chat!
- A peine rendormie, deux heures à tout casser...j'ai fais un bond de trois mètres... je courais dans la rue sombre et noire...perdant mes chaussures... poursuivie par cet agent...il était monstrueux, devenu géant et méchant...qui m'insultait en hurlant : horrible et montrueuuuuuuuuuuse chaaaattttte!!
- Je me suis réveillée en pleurant assise sur le bord du lit, j'étais vraiment épuisée par la course...j'avais eu si peur!!
Plus de pantoufles! Plus de chaussures?
- Mais, non il n'y avait pas d'agent...ce n'étais qu'un mauvais rêve!

- J'étais en sueur, j'ai été appaisée par l'arrivée de mon chat qui semblait inquiet de m'avoir entendu pleurer.
- Oui, il était trop mignon...j'ai craquée...je l'ai laissé monter sur le lit...il s'est frotté avec sa tête contre ma joue...il s'est mis à ronronner...il ne lui manquait que la parole!
- Je vous jure...il m'a consolée! Il vaut mieux être gaga de son chat que

Dielorelei 14 septembre 2009 à 23h04 · 6

gaga de son mari comme l'est cette Nathalie!
Tiens, au fait, il faudra penser demain à lui demander comment s'est passée l'explication avec son mari.
Et si je faisait un petit coup de tarots, pour voir?
J'ai sorti mon jeu et étalé les cartes: j'ai pensé très fort à Nathalie et à sa situation. Et j'ai vu Nathalie en pendu (non, ça, c'est le nom de la lame) qui avait en face d'elle le fou (c'est toujours le nom de la lame) avec l'Empereur et le Chariot.
Alors là, c'était d'une limpidité, je ne vous raconte pas. Voila ce que dit le jeu:
En ce moment, Nathalie était dans une phase d'incertitude (c'est la carte du pendu qui le dit) mais avec une forte envie de tout plaquer (le fou avec son baluchon). Et l'Empereur, représentant un homme d'un certain âge et d'une certaine autorité, c'était le juge. Et le Chariot, le départ du domicile conjugal.
Demain, il faudra que je lui dise que c'est elle qui va plaquer son mari et que le divorce est imminent.
Je suis sûre que ça va lui remonter le moral.
Ça va lui faire du bien de voir qu'il y a toujours une copine pour l'aider en cas de coup dur.
Et du même coup, j'aurai gagner mon pari.
Parce que moi, voyez-vous, je suis la seule à avoir miser sur le divorce.
Et youpi.

Dielorelei 21 septembre 2009 à 18h12 · 7

Aujourd'hui, en arrivant au bureau, j'ai vu les copines en train de rigoler.
-Qu'est-ce qui se passe, pour que vous vous tordiez de rire comme ça? ai-je demandé.
-Tiens, regarde, m'a dit Claire en me tendant une petite coupelle où il y avait des petites boules marrons, des chocolats faits maison.
J'ai regardé les crottes en chocolats et à ce moment, Nicole est arrivée.
-Oh! des chocolats! je peux?
Et elle a tendu la main pour se servir, mais Claire a escamoté la coupelle vite fait.
-Fais attention, ils sont spéciaux, ces chocolats!
-Et qu'est-ce qu'ils ont de particulier?
-Ils sont destinés au chef. On en a assez de le voir piocher toute la sainte journées dans nos bonbons, alors on en a fabriqué spécialement pour lui. Tu verras bien sa tête quand il va les manger!
-Eh! attendez, a dit Françoise, c'est pas dangereux, ce que vous avez mis, au moins?
-Mais non, t'inquiète, ça va juste être amusant.
-Oui, mais moi, je ne veux pas être accusée s'est entêtée Françoise.
-Bon, dites nous ce qu'il y a dedans, les filles!
-Oh! juste un peu de piment de cayenne, c'est tout.
Du coup, Nathalie en a oublié ses malheurs.
-Eh bien! ça lui fera apprendra à manger tout ce qui traîne, depuis le temps qu'il rafle tout ce qu'on amène!
Et on a entendu des échos de pas dans le couloir.
-Le voilà, a dit Claire, vite, chacune à sa place, tachez d'avoir l'air naturel.
Et dans sa précipitation, elle a posé la coupelle sur le bureau le plus proche, c'est-à-dire le mien, et tout le monde s'est mis à son poste.
-Hé! attendez, j'ai dit, mais je me suis tue parce qu'il entrait déjà dans la pièce.
-Salut les filles, qu'il a lancé à la cantonade.
Et nous, on a répondu: "Bonjour, Monsieur Lasne", d'une seule voix.
-Alors, quoi de neuf?
Et il a posé ses fesses sur le coin du bureau de Nathalie.
-bah, rien, la routine, a dit Claire. Vous avez quelque chose de particulier à nous donner, aujourd'hui?
Mais le chef n'a pas répondu parce qu'il biglait les chocolats.
-Tiens, des chocolats! ça va me mettre en forme pour la journée, y a plein de magnésium la-dedans! C'est vous qui les avez faits? a-t-il demandé en me regardant. Et sans attendre la réponse, il en a raflé deux qu'il a mis illico dans sa bouche. Et il a commencé à mâchouiller. Pas longtemps parce qu'il est devenu tout rouge, et il a poussé une sorte de rugissement pendant qu'il recrachait l'objet de sa convoitise d'un jet.
On a entendu:
sluuurp! et paf! deux choses molles et collantes ont atterri sur le clavier de l'ordi de Nathalie.
-Mais c'est dégoûtant! a crié Nathalie
-Vous! dans mon bureau! a éructé Mr Lasne d'une voix enrouée, les yeux larmoyants, et on voyait bien qu'il aurait donné sa chemise pour un tonneau de flotte.
Évidemment, c'est à moi qu'il s'adressait.
Je me suis levée, et résignée, j'ai suivi le chef dans son bureau pendant que mes copines faisaient semblant de s'affairer sur leurs ordis.
La porte a peine refermée d'un coup de pied, il a essayé de crier.
Enfin, crier, c'est un bien grand mot, vu que les mots qui sortaient de son gosier en feu semblaient sortir de la bouche d'un asthmatique en train de s'étouffer.
-J'en ai assez hem!... de vos plaisanteries idiotes! hem! hem! vous n'avez rien d'autre...hem! à faire! hem! hein?
-Heu...
-Vais faire un rapport! hem...ça va vous coûter cher!
-Ce n'est pas moi!
-Ils étaient bien..hem...sur votre bureau, ces cochonneries, non? hem! hem! mais passez moi donc la bouteille d'eau, là...Ah!!!
-faut pas boire d'eau, faut manger de la mie de pain!
-C'est ça, passez-moi donc un pain de deux livres! hem! Vous devez être folle, ma parole, à votre âge, faire des choses aussi bêtes! C'est comme la crotte de chien!
Ah oui, ça, c'était moi, pour embêter la femme de ménage revêche. Avec les autres, on avait mis un faux étron devant les toilettes, et quand la dite femme de ménage l'avait vu, elle avait couru chez le chef pour lui montrer. Et quand il était arrivé, la fausse crotte de chien avait disparu. Et la femme de ménage s'égosillait à lui dire qu'elle l'avait bien vue, qu'elle était là trente secondes avant, l'horrible chose puante (là, elle en avait rajouté) et que non, elle ne perdait pas la boule, et elle avait fini par s'en aller pleurer dans sa serpillière. Comme on se tordait toutes de rire, le chef avait fini par comprendre, et n'ayant pas de coupable officielle, il s'était contenté de nous renvoyer à nos ordis.
-Bon, la crotte de chien je veux bien, mais les crottes en chocolats, elles étaient là quand je suis arrivée ce matin.
-Mais qu'est-ce qu'elles foutaient sur votre bureau? hein?
-Est-ce que je sais, moi? Si je vous dit que ce n'est pas moi, c'est que ce n'est pas moi! Et personne ne vous a demandé d'en manger, non plus!
-Fichez moi le camp! sortez d'ici!
J'ai ouvert la porte pour sortir et j'ai fait deux pas à l'extérieur.
-Non! revenez!
Je suis re-rentrée. A entrer et sortir comme ça, je me faisais l'effet d'être un coucou suisse.
-Retapez moi ce rapport, il est plein de fautes!
-Ce rapport n'est pas à moi!
-Je ne veux pas le savoir. Retapez.
On aurait dit "stupeur et tremblements".
-Bon. Je peux y aller?
-Une dernière chose: finis la bouffe dans ce bureau: plus de croissants le matin, plus de pause café après déjeuner! compris? et plus de bonbons à droite et à gauche non plus.
-Ben ça va pas être drôle pour vous, tout ça ! que je lui ai répondu.
-Dehors!
Je n'ai pas demandé mon reste et j'ai refermé doucement a porte de son bureau.
-Alors? qu'est-ce qu'il t'a dit? ont demandé les filles en me voyant. Il t'a enguirlandée?
- A peine. En tout cas,merci, les filles, vous serez sûrement contentes d'apprendre qu'on n'a plus le droit de manger ici!
-Je vous l'avais dit, a dit Françoise, je le sentais pas, ce coup là!
-T'inquiète pas, demain, il aura oublié!
-Et tiens, ai-je dit à Nicole, il me fait retaper ton rapport, paraît qu'il est plein de fautes!
Du coup, elle m'a arraché le texte des mains et s'est mise à le relire.
-C'est avant qu'il fallait le relire, ai-je dis, et je lui est repris le rapport.
Alors elle a fait la tronche toute la journée.
Saleté de journée.

Dielorelei 28 septembre 2009 à 19h02 · 8

Hier matin, en arrivant au bureau, Claire m'a prévenue que j'allais avoir une petite surprise.
-Je te dis ça pour que tu ne rigoles pas, a-t-elle précisé.
-Et qu'est-ce qu'il y a de drôle, le patron s'est amené en bermuda?
-Mieux. Tu vas voir.
Mieux que Monsieur Lasne en bermuda, je doute.
Remarquez, quand j'ai vu Nicole, j'ai compris pourquoi Claire avait tenu à me prévenir.
Elle était allée chez le coiffeur la veille au soir, et arborait fièrement le résultat ce matin.
Imaginez. Sur un fond châtain foncé, des mèches blondes se hérissaient partout sur son crâne, on aurait dit un oursin décoloré.
-Ah! Mais qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux, a demandé Françoise.
-Ça s'appelle un "givrage", a répondu Nicole, c'est ce qui se fait actuellement.
-Ah ben ça, pour être givré, c'est givré, a dit Françoise. Non, mais c'est qu'on n'a pas l'habitude, s'est-elle empressé de rectifier en voyant la tête de Nicole, hier, tu étais auburn classique, alors forcément, ça change!
-Va falloir vous y faire et être un peu plus tendance, a rétorqué Nicole d'un ton sec.
Forcément, elle s'attendait à des compliments, et comme personne n'avait envie de lui en faire, vu que les filles, elles avaient plutôt envie de rire, elle a commencé à bousculer ses petites affaires sur son bureau, comme si une mission urgente l'attendait.
-J'ai hâte de voir la réaction du patron, m'a soufflé Claire.
Nathalie, qui à ce moment là revenait de la photocopieuse, s'est arrêtée devant Nicole.
-Qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux, a-t-elle demandé innocemment, ignorant que la question qui tue avait déjà été posée.
-Un givrage, bzzz! a glapi Nicole.
Il faut vous dire que, quand Nicole s'énerve, elle a tendance à terminer certaines phrases en faisant siffler l'air entre ses dents, ce qui fait qu'elle imite le bourdonnement de la guêpe en colère.
-Ah.
Et prudente, Nathalie a évité tout commentaire inutile. Elle aussi s'est mise à farfouiller dans ses papiers, tout en nous regardant en douce. Si l'une d'entre nous se mettait à rire, ce serait la cata. Alors on s'est mises au travail en guettant l'arrivée du patron, sans rien dire. Seule, Françoise fredonnait parfois quelques "tchi, tchi, tchi" pour meubler le silence parce que, quand l'atmosphère devient pesante, Françoise aime bien faire "tchi, tchi". Ce doit être un tic.
Comme le patron ne se montrait toujours pas, Anne a eu une idée géniale. Si, si, vous allez voir.
Au milieu de la matinée, je l'ai vue se diriger dans le couloir, et se poster devant les plannings. Je me suis levée à mon tour, et mine de rien, comme si je voulais me dégourdir les jambes, je l'ai rejointe.
-Tu fais quoi, là? Ai-je demandé en la voyant punaiser une feuille sur le tableau d'affichage.
-Je modifie légèrement le planning du mois. J'ai mis Nicole d'astreinte cinq samedis de suite. Elle va courir direct chez le patron. On va rigoler. Ne dis rien aux autres pour qu'elles aient l'air de tomber des nues.
J'ai regagné ma place et j'ai attendu.
Pas longtemps.
Françoise, qui se dirigeait vers la machine à café a fait un petit arrêt devant le planning tout en se mouchant. Puis elle est revenue vers nous.
-Vous avez vu, les filles, le planning est affiché, qu'elle nous a dit. Mais il y a un truc que je ne comprends pas.
-Quoi? a demandé Claire, j'espère que mon samedi prochain est libre, je suis de mariage.
-Non, mais attendez, il n'y a rien de compliqué à lire un planning, a dit Nicole, je vais voir, moi.
Et munie de son agenda et de son crayon, elle est allée consulter ses tours de garde.
Elle est revenue aussi sec au pas de charge et en vociférant:
-C'est quoi, cette histoire, encore? Je suis d'astreinte cinq samedis de suite! J'en ai assez de voir que le favoritisme règne, ici! Je vais voir le patron, moi! Vous n'imaginez pas que je vais être le larbin de service, non Bzzz!
Et Nicole a foncé vers le bureau de monsieur Lasne.
Elle a frappé et on a entendu un "Ouais! Entrez!" agacé.
Il y a eu un silence -le temps que Monsieur Lasne assimile le spectacle offert- et on a entendu un "Mouarf! Mouarf! Mouarf" tonitruant.
Pendant ce temps là, à toute vitesse, Année a couru dans le couloir pour remettre le planning d'origine. Et elle est vite revenue s'asseoir comme si de rien n'était.
La porte du bureau s'est rouverte, Nicole crispée précédant un patron hilare.
-Je n'ai rien compris à ce que m'a raconté votre collègue au sujet d'un planning, voyez ça avec elle, madame Valbert, a-t-il dit en s'adressant à Claire, et pendant que j'y pense, prenez l'adresse de son coiffeur, que j'y envoie ma belle-mère!
Et il a disparu de nouveau dans son antre en rigolant.
Claire est allée voir le tableau d'affichage avec Nicole, et on a pu voir celle-ci, la bouche ouverte, contemplant le vrai planning. Puis elle est revenue et s'est dirigée droit vers moi.
-C'est encore toi, hein? M'a-t-elle dit en m'agitant son agenda sous le nez, Y-a que toi pour faire ça! Tu crois que c'est malin? t'as vraiment un pois chiche dans la tête, bzzz! Tout ça pour que le patron me prenne pour une folle!
-Je n'y suis pour rien! pourquoi c'est toujours moi qu'on accuse? ai-je protesté en regardant les autres écroulées sur leurs bureaux. Et qui t'a demandé d'aller cafter, hein?
-Ne dis pas que tu n'y es pour rien, je t'ai vu galoper dans le couloir, tout à l'heure!
-Tu es complètement givrée, ma pauvre, ai-je dit, espérant clore la discussion.
Et là, Nathalie, qui se tordait de rire s'est levée en vitesse.
-Faut que j'aille aux toilettes, nous a-t-elle informées, sinon, je vais faire pipi tout debout!
-Et celle-là, a continué Nicole, on ne croirait pas qu'il y a deux jours, elle était au bord du suicide!
-Suicide? a dit Françoise, moi je croyais que c'était seulement un divorce! Tu dois exagérer, là. Ou alors j'ai raté un épisode.
-Et vous savez quoi? a crié Nicole dont la voix allait crescendo, cet après -midi, je prends des RTT! Voilà! et toi -et elle a pointé un doigt vengeur sur moi- tu finiras mon travail que j'ai commencé ce matin, comme ça, on ne dira pas qu'il y a des fautes, bzzz!
Attiré par tout ce raffut, le patron a rouvert la porte de son bureau:
-Qu'est-ce que vous avez, à glapir comme ça, Nicole? a-t-il demandé.
-C'est le planning, Monsieur, un coup il est faux, un coup il redevient vrai!
Le patron a soupiré:
-dans mon bureau, vous deux!
-Moi aussi? j'ai demandé.
-Oui, vous aussi, quelle question! Au trot.
Une fois la porte refermée, il a dit:
-Bon, alors, expliquez moi tout.
-C'est elle qui...avons nous commencé ensemble.
-Vous savez quoi? Je n'ai pas de temps à perdre avec vos gamineries.
Et pourquoi il nous faire venir, alors?
-Nicole, vous allez faire le plaisir de vous calmer, et vous, Julie, d'arrêter vos plaisanteries stupides!
-Mais je n'y suis pour rien, moi!
-Comme d'habitude, je sais. On va régler ça à l'amiable. Demain, il n'y a pas de self, alors je vous donne votre matinée, Julie -sur vos RTT, bien entendu- et comme ça, vous ferez des crêpes et tout le bureau viendra déjeuner chez vous. Moi compris. Alors, Nicole, heureuse?
-Et moi, je suis censée être heureuse, aussi? ai-je grogné, ulcérée par tant d'injustice.
-Ne vous plaignez pas, vous aurez tout votre temps, demain matin! Et nous ne sommes que huit, ce n'est pas la mer à boire, non plus!
-Non, juste une trentaine de crêpes salées et autant de sucrées, et pendant que vous y êtes, dites moi avec quoi vous voulez que je les garnisse, aussi!
-Avec ce que vous voudrez, je ne suis pas du genre à embêter le monde! allez, dégagez, maintenant!
Nicole et moi nous sommes sorties sans nous regarder.
-Alors, ont demandé les filles, il a dit quoi?
-Que demain, comme il n'y a pas de self, vous venez toutes manger à la maison. J'ai ordre de faire des crêpes.
-Chic, alors moi, je vais amener le cidre, a dit Claire.
-Et le patron, il vient aussi?
-A ton avis?
-Rapiat comme il est, il ne va rien amener, a dit Françoise. On va t'aider si tu veux.
-Non, merci, il m'a donné ma matinée. sur mes récup. Donc j'aurai le temps. Et toi, j'ai dit à Nicole, si tu braillais un peu moins, on n'en serait pas là! et tes RTT de cet après-midi, tu peux t'asseoir dessus!
-Julie a raison, tu sais, Nicole, a dit Claire, les RTT, je ne peux pas te les accorder, la journée est trop chargée.
Eh bien, croyez moi ou non, la Nicole, elle a encore fait la tronche.

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