Elle est là, assise sur le banc de bois de l'église. Les badauds sont enfin partis et elle laisse à présent couler librement les larmes sur son visage diaphane. Comme elle est belle ! Jamais je ne l'ai vu aussi belle !... Peut-être que je n'ai jamais su la regarder auparavant. Elle a l'air si fragile et si douce. J'ai envie de la serrer dans mes bras, de la réconforter, mais c'est désormais trop tard...
Je me suis vu mourir. J'avais trop bu, j'allais trop vite. La voiture a dégringolé dans le ravin. J'en ai été éjecté et j'ai poussé mon dernier soupir tout seul comme un con au pied d'un jeune chêne. Aussi ridicule et désarticulé qu'un vieux pantin... C'est un chasseur aussi bourré que moi qui a découvert ce qui restait de mon cadavre au bout de trois jours.
Je laisse une veuve éplorée. Je suis le roi des cons ! Car c'est maintenant que l'irrémédiable est advenu que quelqu'un ou quelque chose m'oblige à contempler et comprendre ce que j'ai gâché.
J'ai honte. Honte de la laisser seule car même si j'étais une ordure imbibée elle m'aimait quand même... Et moi je ne l'ai jamais aimée comme elle le méritait.
Ses larmes perlent sur ses joues pâles et disparaissent dans le noir de son long manteau de feutre. Elle serre entre ses doigts délicats un petit mouchoir que je reconnais être mien... Elle ne devrait pas me pleurer ! Je ne le mérite pas !



Original pour un vendredi romantique! Merci Mika!